mardi 19 août 2014

Trois petits détours mortels et puis à table !

Leçon numéro un : ne pas trop se pousser du col.

Je ne sais pas ce que valaient les trois premiers Détour mortel, et à mon avis on risque d'avoir du mal à trouver des survivants pour nous les raconter. En tout cas, le numéro 4 est parfait : rien d'inattendu, pas d'innovations dérangeantes, de fantaisies perturbatrices ; tout est prévu, balisé, rassurant. Dès le début, on sait bien que les neufs jeunes gens des deux sexes partis faire les fous à motoneiges vont se perdre ; que, perdus, ils vont arriver, nuit tombée, devant une immense bâtisse pourvue de tout le confort, mais déserte ; et dont la porte leur aura été généreusement ouverte pour leur donner l'envie d'y passer la nuit. Ces crétins sont évidemment les seuls à ne pas se douter un seul instant qu'une maison aussi vaste, isolée et disponible, recèle forcément en ses entrailles des zombis, ou des dégénérés mentaux, ou un tueur psychopathe, ou un alien assoupi, ou une section très active des jeunesses socialistes. Donc, ils s'installent, l'un des trois garçons fait des farces idiotes aux filles pour leur faire peur, et comme elles ont peur elles le traitent de asshole

Au moment où Catherine partait se coucher, juste après le générique, je lui ai prédit : « Normalement, ils devraient très vite ouvrir un placard et y trouver de l'alcool. » Elle n'était pas au lit depuis cinq minutes qu'une bouteille de whisky même pas entamée faisait en effet son apparition. Juste avant, les motoneigeux avaient mis la main sur des dossiers vaguement médicaux, montrant que l'endroit avait abrité, fut un temps, des dégénérés mentaux et physiques à tendance violente et vaguement cannibale. Leur dégénérescence physique se voit très bien, grâce aux photos d'identité grossièrement photoshoppées qui sont jointes aux dossiers.

Le jeu, dans ce type de films, consiste pour le spectateur averti à essayer de deviner dès le début qui a une chance de survivre au générique final, qui va mourir dans les premiers, etc. Là, c'est difficile car ils sont plus nombreux que d'ordinaire. Évidemment, j'élimine d'entrée de jeu la blonde qui ne dit pas grand-chose et semble tristement inutile : il est évident qu'elle n'est là que pour lancer le jeu, pour intéresser la partie par une gentille pendaison artisanale suivie d'une décollation à l'arrachée (notre photo). Mais les autres ? 

La partie est rendue encore plus délicate par le fait qu'il y a, dans cette faune ricanante, un couple lesbien. Comme ces deux brouteuses sont en outre l'une noire et l'autre asiatique, on se dit que, sur ces deux paratonnerres à modernité, il y en a forcément une qui devrait survivre : aucun réalisateur soucieux de sa carrière ne peut se permettre de zigouiller deux gouines diverses en un seul film.

Après ? Quoi, “après” ? Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ? C'est comme d'habitude, après ! Les trois psychopathes à dents cariées qui vivent dans la bâtisse présumée déserte se mettent à massacrer tout le monde – en commençant par la blonde parce qu'ils ont le sens des convenances –, les filles hurlent, les garçons roulent des biceps, l'une des deux brunes joue les raisonneuses, en général à contretemps, etc. Et, bien entendu, on ne peut pas fuir, à cause de la tempête de flocons mais aussi parce que les dégénérés ont piqué aussi bien les doudounes fourrées que les bougies des motoneiges.

La seule scène amusante est celle où le petit blond plutôt moins stupide que ses camarades se fait prendre et ligoter sur une sorte d'étal de boucher. Là-dessus, deux des tarés de souche entreprennent, avec des mines gourmandes, de découper de larges steaks dans ses cuisses, ses bras, son ventre, sans se soucier de ses hurlements et de ses appels à l'aide.

(Appels à l'aide que les autre guignols, retranchés je ne sais plus où, entendent très bien eux aussi. Mais comme la raisonneuse a suggéré que ce pourrait être un piège, ils vont mettre dix minutes pour se décider à lui porter secours : des bons potes, comme on voit.)

Pendant ce temps, le troisième larron fait chauffer une bassine d'huile. Ensuite, quand elle bouillonne, il ne reste plus qu'à découper les steaks humains en petits cubes, à les piquer au bout d'une longue fourchette, et voilà une délicieuse fondue bourguignonne qui ne doit rien à personne. Comme ils sont dégénérés, les dîneurs ont oublié de préparer les petites sauces qui, en principe, rehaussent si bien la viande grillée à point.  Après ce repas sur le pouce, on retourne équarrir le reste de la bande…

… Sauf la gouine noire et la raisonneuse, qui ont réussi à sortir et qui courent dans la neige. Mais elles sont poursuivies par le plus éveillé des carnivores (il a remis les bougies sur l'un des motoneiges). Grâce à une ruse aussi idiote qu'incompréhensible par le spectateur à demi assoupi, elle s'en débarrassent et filent vers la liberté sur le motoneige, en riant de joie et de bonheur alors qu'elles ont tout de même perdu sept petits camarades en moins d'une heure. Elle se serrent tellement l'une contre l'autre sur leur engin qu'on se demande si la raisonneuse n'est pas en train de se convertir au gazon elle aussi.

Là-dessus, on suppose que le réalisateur reçoit un e-mail de la production, l'avertissant qu'il n'a pas été retenu pour assurer le tournage de Détour mortel 5. Furieux de cette mise à l'écart, il tend rapidement un fil de fer en travers de la piste enneigée, à environ un mètre vingt du sol ; et voici que volent gracieusement dans les airs et au ralenti les têtes de nos deux brouteuses, la professionnelle et l'apprentie.

Juste avant le générique, on voit arriver l'un des trois gourmets au volant d'un camion hors d'âge et ramasser les deux têtes qui, en effet, font un peu désordre dans ce paysage immaculé – mais pas plus que les deux corps décapités qu'il laisse sur place. Puis il repart vers de nouveaux festins, et c'est fini.

25 commentaires:

  1. Pas de survivants ? C'est pas possible, il doit en rester un caché quelque part…

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  2. Mon épouse regardait ce film gore de série Z, je n'ai pu m’empêcher à un de vos articles anciens de ce fait je me suis plongé dans un livre évoquant la première guerre mondiale.

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    1. Série Z, comme vous y allez ! On voit que Monsieur n'est pas spécialiste (contrairement à Madame, que je salue respectueusement au passage) : les vraies séries Z, on ne peut même pas en faire de billets, tellement il ne s'y passe rien.

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  3. J'adore quand vous racontez des films de ce genre. Apparemment, c'est un genre qui vous plaît. A moi aussi quand c'est vous qui le racontez.

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    1. J'avoue une attirance coupable pour les films d'horreur, et principalement pour ceux qui mettent en scène des “bandes-de-jeunes”.

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  4. Ah, j'aime beaucoup votre côté "notre correspondant permanent au Zombistan", très utile pour ceux qui n'y vont jamais.

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    1. Pourquoi croyez-vous que je me dévoue à y aller ?

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  5. "Catherine .. n'était pas au lit depuis cinq minutes qu'une bouteille de whisky faisait son apparition"
    me paraît un peu ambigu.
    Sinon le cinéaste n'est pas tout à fait politiquement correct : il y a des blancs, des asiatiques, des noirs, des hétérosexuels et des homosexuels, mais est-ce qu'il a engagé au moins un gros ?

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    1. Je reconnais que la tournure peut enduire avec de l'erreur. Mais je jure sur la tête de saint Ricardo Pastaga que j'étais absolument sobre !

      (Sinon, aucun obèse n'a été maltraité durant le tournage de ce film.)

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  6. C'est ennuyeux, je n'aurais jamais accordé un regard à ce film, a fortiori son quatrième chapitre - je suis un garçon ordonné sur ces choses-là - mais après votre compte-rendu, j'admets que je suis presque tenté. Pour un peu, je vous reprocherais de nous spoiler la fin...

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    1. Je crois que vous pouvez vous en dispenser…

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  7. Pas même un seul tir à la kalachnikov ? Ce n'est pas chez les modernœuds qu'on verrait ça !

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    1. Non, il y a juste une sorte de foret électrique géant dont l'un des cannibales se sert pour percer de part en part la gouine annamite.

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  8. Ce genre de films me laisse froid. En revanche, je confesse un goût certain pour le visionnage de nanars tels que "surf nazis must die", voire "sharknado" dont le scénario est plus ténu qu'une ficelle de string, sans parler des effets spéciaux qui ont oubliés de l'être compte tenu de la maigreur du budget.

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    1. J'ai vu les deux Sharknado il y a une semaine ou deux : j'ai bien ri.

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  9. Vous n'êtes pas terrible au rayon suppositions, c'est le même réalisateur, Declan O'Brien, pour l'opus 5.

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    1. À moins qu'il ne s'agisse d'un nom "générique", comme l'était Michel Brice pour les Brigade mondaine ?

      Je dis ça parce qu'on imagine mal un type sain d'esprit signer ce genre de films de son vrai nom.

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    2. Eh bien, comme dirait Georges, vous manquez d'imagination. D'après ses photos, il n'a pas l'air d'avoir inventé l'eau tiède, mais il pourrait avoir le bac français (qu'il n'y a plus qu'à remplir à moitié d'eau froide et chaude mais je m'égare)...

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    3. Ah ! très bon ça !

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    4. Il y a quand même une exception : Ed Wood qui a signé de son nom des nanars d'anthologie comme "Plan 9 from Outer Space".

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    5. Et Luc Besson, qui n'utilise pas non plus de pseudonyme...

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  10. "recèle forcément en ses entrailles des zombis, ou des dégénérés mentaux, ou un tueur psychopathe, ou un alien assoupi, ou une section très active des jeunesses socialistes."

    HAHAHHAHA !!!! Merci de me faire autant rire Didier !!!

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  11. Moi aussi j'ai adoré l'allusion à la section très active des jeunesses socialistes!

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  12. Je salue la trouvaille du couple lesbiano-divers (ou comment faire mieux avec moins).
    Et j'espère voir, à un prochain détour, un héros qui soit métis, trans, juif et arabe.
    S'il pouvait en plus être nain et aveugle, ce serait "que du bonheur".

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