jeudi 31 juillet 2008

Encore autre chose

Tou à l'heure, dans le canapé du hall (merveilleusement climatisé, mais fâcheusement passant), je me suis remis à lire Danube, dont je parle dans le billet précédent. L'idée saugrenue d'écouter en même temps de la musique iPodique m'est venue. Et Claudio Magris a dû rendre les armes : l'ayant pourtant entendue (mais peut-être pas, justement) des dizaines de fois, et dans toutes ses déclinaisons, jamais La Nuit transfigurée de Schönberg, dans sa version initiale pour sextuor, ne m'avait à ce point bouleversé. Et je pèse mes mots.

Camus s'invite (prenez place, Maître...)

Depuis hier, je lis Danube, de Claudio Magris. Tout ce que j'aime. Littérature pure. Près de 600 pages de promenade le long de cette paresseuse cicatrice barrant l'Europe, l'unifiant tout autant qu'elle la sépare (non : plus l'un que l'autre), de Donauschingen à la mer. Sentiment géographique, à la Michel Chaillou, promenade historique, promenade littéraire, promenade tout court, à l'intérieur de l'esprit de l'auteur, si l'on peut dire. C'est d'ailleurs mal dire : l'esprit de l'auteur, pour être présent, ne se pousse pas du col ; il pousse en revanche très bien le voyageur qui accepte d'embarquer.

Il est possible que je sois obsédé, et me plante, mais Magris me semble foutrement camusien (foutrement est exagéré, dans la mesure où l'Italien se déclare radicalement hétérosexuel...). Les premières pages, les seules que j'aie encore lues, parlent de la source du fleuve, de cette source incertaine, multiple, disputée, toujours repoussée en amont, hasardeuse, jamais trouvée ; et ces pages semblent avoir été écrites sinon par du moins pour Renaud Camus, celui des Demeures de l'esprit ou du Département de la Lozère.

C'est un livre étale. Une écriture dont le but semble être de ralentir le fleuve, voire de l'annuler, si la chose était possible, une promenade hasardeuse dont, dès le début (je n'ai atteint que la page 70), on sent qu'elle va ressembler aux sources même : un pré spongieux, sans ruisseau visible, gros des flots de l'aval.

Un livre, mot qu'il conviendrait d'écrire en capitales, s'il nous prenait l'envie d'élever la voix.

mardi 29 juillet 2008

Le 29 juillet (qui fait naître et) qui tue

Il devait être environ quatre heures et demie ; peut-être un peu plus, mais à peine. L'Irremplaçable rentrait de Pacy, elle était notamment passée au laboratoire d'analyses médicales - ainsi que l'on dit - et rapportait, sous enveloppe cachetée (une première), les résultats de la prise de sang effectuée par moi (plus exactement : sur moi), hier matin. À part l'explosion superbe de mon record de triglycérides, j'ai eu l'impression de jouer très petit bras, tout le reste étant normal.

Là-dessus, nous prenons un café ensemble sur la terrasse, et Catherine m'annonce, avec un petit air laissant présager des orages futurs (mais plutôt "futur proche", voyez ?) qu'elle a mis de la bière au frais. Dans la mesure où, depuis quatre jours, je me passe parfaitement d'alcool, même tandis qu'elle se prend son petit whisky chaque soir entre six et sept, je pressens une forme encore indéterminée de catastrophe. Je bafouille un étonnement hâtivement bricolé. Je vois venir des tempêtes à la Ronsard :

...Voici l'orage
Et puis la foudre, et le tonnerre,
Tout mort, me brise contre terre.

« Oui, ce soir, on prend l'apéro... susurre-t-elle, d'une voix grosse de je ne sais encore quoi. Tu vois pourquoi (la menace se précise) ? »

Et je trouve, évidemment : on est le 29 juillet, elle a ... ans juste aujourd'hui, je n'y ai pas pensé une seule fois depuis ce matin. Je me couvre immédiatement la tête de cendres frelatées (tout en me réjouissant de la bière qui n'attend que moi dans le frigo), me roule moralement dans mon indignité conjugale.

Je me récupère in extremis en songeant que, il y a quatre mois, la même Irremplaçable a passé toute la journée du 19 mars en oubliant que nous étions rendus à mon 51ème anniversaire. Et que, mieux encore, l'année dernière, ma mère a passé toute cette même journée chez nous, puis est repartie sans s'aviser que son fils aîné était en train de passer son demi-siècle.

Du coup, j'ai sifflé ma bière l'esprit tranquille.

dimanche 27 juillet 2008

Ce sera dur de faire mieux

Tout à l'heure, à 19 h 47, un internaute ayant probablement abusé de diverses substances illicites a débarqué sur ce blog après avoir présenté à son petit moteur de recherches la requête suivante :

MOUCHE MORTE DANS UNE FLEUR DE PERSIL

Fin de partie

« Je pense que la société métissée va vaincre, qu'elle a pour une grande part déjà vaincu. Je pense que la France sera bientôt un quartier comme un autre du village universel, avec, pour mettre les choses au mieux, un dosage ethnique et culturel peut-être original. De même qu'ont été progressivement et plus ou moins heureusement intégrés les Juifs, beaucoup moins étrangers toutefois à notre culture ancienne, de même seront intégrés les musulmans, les Arabes et les noirs. Mais ils ne seront pas intégrés aux Français de souche, et les Français de souche ne seront pas intégrés à eux : tous seront intégrés ensemble à une société et peut-être une civilisation qui est en train de naître sous nos yeux, et que nous voyons déjà à l'oeuvre dans les banlieues, les lycées, les discothèques et les films publicitaires.

« Cette société est pour moi sans charme, et certes réciproquement. Je ne suis pas capable de l'aimer, elle n'est pas capable de me comprendre - c'est moins grave pour elle que pour moi. Son apparition, qui n'est que celle, presque normale, quoique un peu précipitée, du futur, m'attriste moins que la disparition du monde ancien, ce monde français, au sens étroit désormais, qui est celui qui m'a nourri, pour lequel j'avais été préparé, et que je trouve éteint lorsque arrivé à l'âge mûr je pouvais espérer me fondre harmonieusement en lui. Peut-être devrons-nous fonder, par nostalgie, et par désir de nous comprendre encore, une amicale des "Vieux Français", comme il y eut en Russie les "Vieux Croyants"...

« Les lois que personnellement j'aurais voulu voir appliquer, aux groupes et surtout aux individus d'autres cultures et d'autres races qui se présentaient chez nous, ce sont les lois de l'hospitalité. Il est trop tard désormais. Elles impliquaient que l'on sût de part et d'autre qui était l'hôte, et qui l'hôte. À chacun ses devoirs, ses responsabilités, ses privilèges. Mais les hôtes furent trop nombreux dans la maison. Peut-être aussi restèrent-ils trop longtemps. Ils cessèrent de se considérer comme des hôtes, et, encouragés sans doute par la curieuse amphibologie qui affecte le mot dans notre langue, ils commencèrent à se considérer eux-mêmes comme des hôtes, c'est-à-dire comme étant chez eux.

« L'idéologie dominante antiraciste leur a donné raison. Il n'est plus temps de réagir, sauf à céder à des violences qui ne sont pas dans notre nature, et en tout cas pas dans la mienne. Je n'oublie pas notre ancien rôle d'amphitryon, toutefois, même si nous ne l'avons pas toujours très bien tenu ; et si nous ne sommes plus désormais que des commensaux ordinaires parmi nos anciens invités. »

Renaud Camus, Du sens, p. 341-342, P.O.L. Texte repris de La Campagne de France, journal 1994, p. 60, Fayard.

Tous semblables, presque morts

« S'il nous fallait encore une fois penser le sort de l'humanité en termes de classe, nous devrions dire qu'il n'existe plus aujourd'hui de classes sociales, mais uniquement une petite bourgeoisie planétaire, où les anciennes classes se sont dissoutes : la petite bourgeoisie a hérité du monde, elle est la forme dans laquelle l'humanité a survécu au nihilisme.
(...)
« Cela signifie que la petite bourgeoisie planétaire est vraisemblablement la forme sous laquelle l'humanité est en train d'avancer vers sa propre destruction. »

Giorgio Agamben, La Communauté qui vient, Seuil. Cité par Renaud Camus, Du sens, P.O.L

vendredi 25 juillet 2008

Mordant, le Kapellmeister !

Herbert von Karajan, revenu diriger la philharmonie de Berlin, à l'issue de la répétition : « On m'avait rapporté que votre niveau baissait tous les jours. Eh bien, vous venez de jouer comme après-demain ! »

Folle soirée parisienne

Alors, là, pour une première, on a évolué dans le grandiose. Hier soir, après avoir traversé Levallois dans les deux sens pour aller récupérer le pantalon acheté à midi, je me suis retrouvé à la terrasse de L'Ambiance, avec Brice, pour écluser quelques mousses (pas beaucoup ; moins que Nicolas, en tout cas). Puis, comme le Brice en question était attendu chez lui, il est parti. Du coup, moi aussi, bien que non attendu. Sur le trajet, j'ai dîné d'un sandwich dit "mixte", comprenez jambon-emmental (pas mauvais, bizarrement : vrai jambon, vrai fromage et surtout vrai pain). Ensuite de quoi, j'étais au lit à 9 h 20 très précisément.

Bien entendu, ce matin, j'étais parfaitement éveillé dès six heures et demie. Et, à huit heures, sur la terrasse de la place Pompidou, alors que les cravates-chemisettes chipotaient sur leur croissant et leur crème, j'attaquais au pâté-cornichons, arrosé d'eau-qui-pique. Virile, l'ambiance, non ?

jeudi 24 juillet 2008

L'aventure au coin de la rue (de la Gare)

Ce soir, mes drôles, je vais passer ma première nuit dans le placard à balais que des requins immobiliers peu scrupuleux m'ont vendu pour un studio. Depuis ce matin, je m'en sens excité, comme un adolescent à sa première chambre de bonne (mais sans la bonne : il n'y a pas la place de la mettre... enfin, de la loger). M'est avis que ce bel enthousiasme juvénile ne durera pas. On verra bien.

Avant de prendre un repos totalement immérité, j'aurai passé une courte soirée en solitaire (mais avec quelques demis de bière tout de même). Je me consolerai de cette solitude en pensant que, au même moment ou à peu près, Balmeyer sera en train de régurgiter un dîner approximatif sur le paillasson ensoleillé de Dorham, après avoir été contraint de contempler toute la soirée, la cravate de Nicolas. Franchement, je plains la pauvre Zoridae, forcée de se compromettre avec cette triplette de clowns pontifiants.

Mais, évidemment, ce que j'en dis, c'est rien que de la jalousie et de l'aigreur qui me remonte...

mercredi 23 juillet 2008

Puis vint le joli temps des enfants morts

D'abord, vous noterez que le titre de ce billet est un impeccable décasyllabe, coupé à 6-4 comme il se doit, et non à 5-5 comme un vain peuple voudrait qu'il fût.

Ensuite, quoi ? Une prise de conscience salutaire dont je viens de m'aviser. Peut-être inspiré par l'exemple de mon excellent ami Marchepied, un brave habitant de Saint-Marcel (banlieue de Chalon-sur-Saône (sans accent circonflexe ni "s", contrairement à Châlons-sur-Marne, ma ville natale, rebaptisée Châlons-en-Champagne par d'obscurs connards)) a sottement oublié sa progéniture dans sa bagnole et l'a, comme il se doit, retrouvée morte. Sottement ? Nenni ! Nous sommes en présence d'une courageuse avant-garde (vanguardia, en espagnol) qui a enfin pris conscience de la dramatique surpopulation du globe, et qui, ce faisant, a décidé d'appliquer de drastiques mesures de déflation humaine, en commençant par eux-mêmes. C'est bien.

Mais on peut faire mieux. Rendons-nous bien compte que si chaque père de famille se contente de supprimer son propre enfant et s'en tient là, on n'arrivera à rien de probant. Il est donc indispensable de prendre exemple sur ce courageux chauffeur de car qui, à Allinges (Alpes-de-Haute-Provence (anciennement Basses-Alpes : encore des cons prétentieux)), a pris sur lui d'en tuer sept d'un coup, tel le brave petit tailleur de notre enfance.

Un exemple qu'il ne suffit pas de méditer : il faut le suivre !


Document annexe : dans un truc qui porte le nom de Creusot infos, cette légende-photo :

C'est à côté de ce taxi que le papa a garé son véhicule
quand il a accouru au centre de secours de Saint-Marcel

On notera que, même lorsque qu'il laisse mourir son enfant dans des circonstances probablement atroces, de nos jours, un père reste un «papa». C'est consolant.

mardi 22 juillet 2008

Des nouvelles sans microbes

Depuis sa bulle, Claire répond ceci (oui, parce qu'elle répond, en plus, l'insolente !) :

Merci a tous pour vos messages de soutien !
j'entame ma cinquième semaine en chambre bulle et hier mon médecin vient me voir et me promet une sortie du secteur stérile avant la fin de semaine. Mes globules blancs se réveillent et augmentent rapidement de jour en jour. Une fois sortie du secteur je dois passer 48h en chambre normale afin de recontaminer mon organisme et puis la sortie s'annonce enfin !
Sous le soleil évidemment !

Claire

Socialistes en préau

Ils allaient tout faire sauter. Réunis en congrès avec leurs camarades des écoles voisines, les petits socialistes l'avaient juré : ils allaient faire exploser le préau du surgé à moustaches, le vilain Nicolas (très méchant, M. Nicolas, ouh la la ! il fout la trouille à tous les enfants !).

Et voilà que, par suite d'une distraction, ce sont eux qui ont perdu, à « la balle au prisonnier ». Ben merde, alors ! Qu'est-ce qu'on fait, les gars ? On rentre dans la classe et on réfléchit à la prochaine partie ?

Non ! non ! une tête ! du sang ! réclame l'équipe perdante. C'est de la faute à Jacquot : il a reçu trois bonbecs pour lâcher le ballon, c'est un traître ! un monstre ! une enflure de sa race ! On lui coupe les couilles ! Allez, tous ensemble ! Il est où, ce putain de frisé ? Préparez le poteau, c'est lui l'Indien, on est les cowboys ! Le goudron ! les plumes ! la corde !

Et ça crie, dans la cour, ça crie, bon dieu... Même les voisins, pourtant si tolérants, en sont incommodés. Tenez, la mère Lavenir, d'habitude si patiente, eh ben elle se dit qu'ils charrient vraiment, les mômes, cette fois. Qu'ils jouent à la guerre dans la cour qu'est juste en dessous de chez elle, bon, d'accord, elle a l'habitude, hein, depuis le temps que ça dure. Mais, là, ils charrient. Elle l'a vue, elle, la partie de « balle au prisonnier », depuis sa fenêtre de cuisine ; elle a bien remarqué que les p'tits socialos, ils avaient déjà perdu avant que Jacquot fasse exprès de laisser échapper la balle. Alors, hein...

Elle a bon coeur, la mère Lavenir. Que les gosses braillent à la récré, elle a toujours toléré. C'est dans leur nature. Et puis, même quand ils pensent pas à mal, ils sont toujours excités par le petit Grouik-Grouik (un vrai boisseau de puces, celui-là !) et par le fils de la Sévillano, celui qu'a attrapé la pelade l'hiver dernier. Pas moyen de les t'nir, ces deux-là ; ils ont ça dans le sang, faut croire.

N'empêche qu'elle est inquiète, tout soudain, la mère Lavenir. Chauffés à blanc comme ils sont, ces petits foireux, ils seraient capables de lui faire un mauvais sort, au Jacquot, qu'est pourtant si intelligent et si correct. Peut-être un peu faux cul avec les grandes personnes, c'est vrai, mais si gentil et si souriant que c'en est un bonheur. S'ils étaient tous aussi bien élevé que lui, hein ! Pas comme le petit Grouik-Grouik et le gamin Sévillano, dont on se demande s'ils ne profitent pas de la récré der dix heures pour aller se tripoter dans les latrines. Le diable au corps, quoi...

Le père Lavenir lève le nez de son Parisien :

- Te bile pas, ma poule : dans deux jours ils auront oublié. Et puis, même s'i s'foutent deux ou trois gnons et qu'i a un peu de sang qui coule dans le bac à sable, c'est pas bien grave : c'est des gosses, ça tache pas...

lundi 21 juillet 2008

Pour ceux qui me veulent facho...

Les bauges fascistoïdes, il m'arrive d'aller y mettre le nez. Par curiosité. Comme je traîne parfois sur certains blogs d'extrême-gauche : l'odeur y est à peu près la même, je persiste et signe. Mais, pour que l'on ne m'accuse pas de ne taper que d'un côté, voici ce qu'est capable d'écrire (et donc de «penser», suppose-t-on) une réjouissante hystérique d'extrême-droite...

Initions des projets en attendant la mort

Ce billet sera sans commentaire, tiens (je veux dire : sans commentaire émanant de moi ; vous, vous faites ce que vous vous voulez, bien sûr). Sur un blog, je lis cette phrase :

Un projet initié par les Stones pour réunir le Grand Swingin' London de l'époque, avec des groupes et des personnalités aussi divers que les Who, Hendrix, Lennon.

En commentaire, je me permets cette observation :

Cela dit, si vous pouviez arrêter d'initier des projets, vous me feriez bien plaisir, allez !

Didier Goux, élitiste gonflant et puriste à la con

Je m'attire illico cette cinglante (je suppose) réplique, de la part d'un des séides du taulier :

Si j'interpète DG,
j'imagine que ça ne doit pas se dire, sans doute, "initier un projet", ça ne doit pas être correcte, dans la langue figée et archaïque qui est celle de DG.
Ce doit être un "modernisme" qui écorche ses vieilles oreilles aurignaciennes.
Or tu as écris, Dorham :
"Un projet INITIE par les Stones pour réunir le Grand Swingin' London de l'époque".
Ce qui te vaut un coups de règle sur les doigts.



Y'a vraiment des gens qui s'ennuie, dans la vie...

Sur quoi le tenancier d'applaudir :

Doudourou,

Aaaaaah ouaiiiiiiis !
Même pas réalisé, c'est dire si ce texte était destiné au jugement de Maître Cappello :)

Je continuerai à user de l'expression, même si elle est foireuse (et que je me foute de savoir pourquoi elle l'est). D'autant plus que les extra-sound ne sont pas fait pour montrer qu'on a de la plume, juste pour parler de musique simplement.

Ce genre de concept abscons qui met en phase les idées de partage et d'humilité...

(et puis, quand on est à coté de la plaque, on pratique l'art de la diversion, c'est plus pratique...)

J'ai tout de même conclu (provisoirement, je suppose : j'ai le don d'agacer ces jeunes gens, notamment lorsque je dis des choses simples et qui devraient être évidentes pour tout un chacun) :

Roudoudou a tout compris !

(Ce qui ne laisse pas de me surprendre.)

L'Aurignacien-cien à sa mémère

On s'amuse bien, dans la blogosphère, et en particulier sur les blogs littéraires...

Dressez haut la poutre maîtresse...

À propos de la prétendue transmission arabe du savoir grec, un texte très éclairant (et sur un excellent blog), bienvenu en cette période de « polémique Gouguenheim »...

dimanche 20 juillet 2008

L'été de Claire

Inutile de chercher, vous ne la connaissez pas. Claire est l'amie de Ludovic, le fils de l'Irremplaçable. Claire passe ce qu'il n'est pas exagéré d'appeler un « été de merde », et pas seulement parce que le temps est pourri. Le temps pourri, on peut penser qu'elle aimerait bien devoir le supporter ; qu'elle accueillerait volontiers la gifle des vents incessants sur son visage ; mais ça ne risque pas de lui arriver avant au moins cinq ou six semaines, si j'ai bien tout compris.

Claire passe son été dans une bulle. Vous me direz que chacun va en vacances où il veut, et c'est vrai. Mais elle n'a pas trop eu le choix. Après une greffe de moelle osseuse, on se retrouve, à ce qu'il paraît, avec des défenses immunitaires d'Aztèque un jour de débarquement espagnol. Donc : la bulle. Une gentille petite chambre isolée du reste du monde, avec quoi le seul lien demeure l'ordinateur et, je crois, le téléphone portable. Comme quoi le monde moderne (même s'il m'en coûte de le reconnaître) a aussi quelques avantages, des fenêtres inédites.

La conséquence est qu'on s'emmerde. En tout cas, c'est ce que supposent naturellement les gens grossièrement immunisés, tels vous et moi. Alors, on se dit qu'entre deux activités stupides (les mêmes exactement que reprendra Claire dès qu'elle sortira de sa bulle), on pourrait bien lui adresser un petit signe. C'est ce que je fais ce soir. C'est ce qu'il ne vous est pas interdit de faire également, ici (ou ailleurs, mais en lui signalant où) :

claire.labsente@gmail.com

samedi 19 juillet 2008

Val taille et Siné file

Moi aussi, si je veux, je peux parler des affaires sans aucun intérêt dont tout le monde cause. Celle-ci est exemplaire de ces petites tempépêtes qui font régulièrement violir d'indignation libertaire les blogosphériques patentés.

Le pitch : dans un journal hebdomadaire, dissimulant son archaïsme pénible sous une geste révolutionnaire graillonneuse, il y avait deux personnages, jouant à bonnet blanc et blanc bonnet au moins sous un aspect, celui de l'hystérie anti-religieuse la plus bouffonne. L'un était un vieux stalinien jamais khrouchtchevisé, l'autre un conformiste inébranlable se faisant, par intermittence, passer pour un humoriste. Le premier ne perdait jamais une occasion d'exprimer l'adoration postillonnante dans laquelle le plongeait la vue de n'importe quel keffieh palestinien ; le second, sans doute un peu moins racorni du bulbe, venait de s'aviser du danger que l'islamisation rampante fait désormais courir aux libertés et aux quelques lambeaux de valeurs conservés par ce pays.

Le résultat était prévisible et logique : à la première occasion, le (plus très) jeune loup a viré sans frais le vieil hezbollâtre. Occasion fort mal choisie, du reste, car les propos incriminés ne cassent pas trois pattes à un canard, même à un canard aussi consternant. Conclusion ? aucune : tout le monde s'en fout, ou devrait s'en foutre. Or, il n'en est rien. On s'agite, on ergote, on vitupère, on est à deux doigts de rallumer les feux de la guerre sainte.

Sur certains blogs, comme par exemple chez Marc Vasseur (mais il y en a des dizaines d'autres), les commentateurs s'en donnent à coeur joie. Siné devient un héros et un martyr de la liberté d'expression, Philippe Val (si on m'avait, un jour, dit que je défendrais Philippe Val !) enfile les oripeaux du monstre, crevant de trouille devant - pêle-mêle - Sarkozy, les juifs, Bruxelles, que sais-je encore. On dresse hâtivement les tréteaux de l'Inquisition afin de tenter de savoir pour qui a finalement voté le bonhomme au second tour de l'élection présidentielle. On rappelle doctement qu'il ne faut surtout pas confondre l'antisionisme avec l'antisémitisme (ben non, tu penses !), et encore moins l'islam avec l'islamisme (mais à qui viendrait une idée aussi bouffonne ?).

D'ailleurs, tout se tient, notez-le bien : Philippe Val a laissé imprimer sans rien dire, dans Charlie-Hebdo, une diatribe du même Siné contre les musulmans, donc Val est islamophobe, donc Val est de droite, donc Val a certainement voté Sarkozy. Ficelez-moi ce salopard et foutez-le-moi à la Seine !

Et voilà comment, par la grâce d'une phrase aussi stupide qu'inoffensive, Siné se retrouve intronisé martyr de la liberté d'expression, quand oncques ne traîna de plumitif plus sectaire et borné dans les couloirs de ce piteux fanzine, ancienne ou nouvelle formule, au choix.

Alors que tout ce foin se ramène à l'évidence à une querelle d'egos solidement indurés, le sémillant directeur de Charlie-Hebdo devant avoir à coeur de se débarrasser d'une manière ou d'une autre des "vieux de la vieille", des "gloires historiques" qui, semaine après semaine, doivent lui briser considérablement les nougats.

Sans l'absoudre, on peut le comprendre.

L'horreur du rire

« Les morts ne rient pas, le rire est lié à la vie, le rire est la seule chose à avoir de l'avenir. Il disait des sentences de ce genre, puis se taisait de nouveau. Tout à coup, au moment où on s'y attendait le moins, il éclatait de rire, un rire non contagieux, incroyablement désagréable, aussi horrible que son thé, je n'ai jamais vu une chose pareille. Sa bouche était un immense ongle noir fendu au milieu. Son rire était terriblement métallique, déshumanisé, comme si c'était le rire de l'avenir, le rire qui nous attend, un rire en boîte, un rire ni avec Dieu ni sans Dieu, ni avec livres ni sans livres, quelque chose d'indescriptible tant il était répugnant.
(...)
« "Je ne me souviens même plus de l'art, il ne me reste que des images éparpillées des troncs sciés sur lesquels je perdais mon temps", a-t-il dit en ouvrant grand sa bouche et en laissant très clairement voir les taupes qui travaillent, nuit et jour, inlassablement contre la littérature. Et j'ai eu ainsi la confirmation que Teixeira n'était pas, bien sûr, un artiste, mais un criminel moderne ou plutôt l'homme à venir, à moins qu'il ne fût l'homme déjà venu, l'homme nouveau avec son indifférence à l'égard de l'art d'autrefois et d'aujourd'hui, un homme au rire amoral, déshumanisé. Un homme au rire de plastique, au rire de la mort. »

Enrique Vila-Matas, Le Mal de Montano, p. 110-111.

vendredi 18 juillet 2008

111

Jusqu'aujourd'hui, je pensais non pas connaître, ce qui serait très présomptueux, mais avoir souvent écouté la sonate opus 111 de Beethoven. Tout à l'heure, Arturo Benedetti Michelangeli s'est chargé de me signifier qu'il n'en était rien.

jeudi 17 juillet 2008

Patrick Lambert est un con

On comprendra le titre plus tard, vous verrez. Je suis sorti du journal à six heures moins vingt. C'était large : on avait rendez-vous chez le notaire, avec M. Marchepied (oui, maintenant, j'ai décidé d'appeler tout le monde Marchepied (sauf Lambert, qui est un con)), à six heures précises, l'étude étant au métro Anatole-France (avec trait d'union), soit à dix minutes à pied de la rue Thierry-Le Luron (je sais, ça fait rire, c'est pour ça que je vous la remet).

Premier choc : je marche sur le trottoir de droite (je ne l'ai pas fait exprès...) en direction du lieu de rendez-vous que nous nous fixâmes, l'Irremplaçable et le gars moi-même. Soudain, je me trouve à environ cinq mètres derrière Cioran. Je sais qu'il est mort : foutez-moi la paix. Il n'empêche que ce vieil homme, dos voûté, front penché vers le sol, mains dans les reins, pas précautionneux, petite silhouette, chevelure incertaine, a été Cioran, le temps que je le rattrape et le double. Ensuite, à sa hauteur, de profil, l'illusion s'est révélée pour ce qu'elle était. Mais la commotion a été forte, je vous assure. De toute façon, il était six heures moins cinq, j'étais presque arrivé, Catherine m'attendait, tout était conforme.

À six heures trois, arrive le type de l'agence immobilière. À six heure dix, l'ersatz de notaire (un clerc, donc), nous propose de passer dans son bureau, afin de commencer à nous lire les trucs que personne n'écoute jamais, mais qui devraient nous permettre de patienter en attendant le vendeur, à la bourre.

Vers six heures vingt-cinq, on perçoit une certaine inquiétude chez le clerc et le représentant de l'agence. Chacun à son tour dégaine son portable, appelle le gars Lambert (il s'appelle comme ça, bien fait : qui supporterait de s'appeler LAMBERT ?). Messagerie, pas de réponse. La tension monte. Même en lisant très lentement, le clerc arrive au bout de son pensum : toujours pas de Lambert...

Enfin, à sept heures moins le quart, ce monsieur arrive. Il entre, très décontracté, tend la main à Catherine. Qui ne lui tend pas la sienne. Comprenant ce qu'elle veut faire (plus exactement : ne veut pas faire), j'explicite :

- Monsieur, nous avions rendez-vous à six heures, il est sept heures moins le quart, nous ne vous serrerons pas la main (en gros : Catherine confirmera pour ceux qui ne me croient jamais).

Tout cela dit très calmement. Lui, le Lambert (c'est son vrai nom, à cette noix vomique) grimpe immédiatement dans les décibels, comme tous les connards qui se savent en tort (vingt minutes plus tôt, le représentant de l'agence nous avait gentiment averti que ce mollusque était TOUJOURS en retard...), je lui réponds très calmement, lui explique qu'il nous a déjà fait perdre assez de temps comme cela, qu'il a juste à s'asseoir, à signer où on lui dit et à fermer sa gueule (en gros et en plus poliment tout de même, mais à peine : j'étais agacé).

Le clerc est obligé de relire, il le fait très vite et très bien (arrivant, je lui avais fait croire que j'étais en plein bouclage, et lui avait dis que s'il disposait d'une version light de son laïus, elle m'irait très bien - ce qui avait eu l'air de le ravir...). On signe partout comme des bêtes, le Lambert prend son misérable chèque, nous notre lourd trousseau de clés (jamais vu autant de clés pour un si petit endroit...), on redescend dans la rue, on se sépare.

Content que cette journée de merde soit enfin terminée, je me sens envahi par une invraisemblable mansuétude, qui me pousse à faire la paix avec l'autre raclure de bidet (Lambert, pour ceux qui auraient oublié), et je lui tends la main. Il me la serre (mollement et moitement, j'ai le regret de le dire) avec réticence et me signifie qu'il prend sur lui pour ce faire, car je l'ai "humilié".

Franchement, si l'occasion vous est donnée d'humilier un jour un connard d'une envergure semblable à celle de PATRICK LAMBERT, domicilé à Fontenay-le-Comte, en Vendée, surtout ne vous gênez pas. Vous pouvez même dire que vous venez de ma part, tiens...