samedi 12 décembre 2009

Comment en est-on arrivé là ?

C'est la question que, pour Philippe Muray, tout romancier se pose. Doit se poser s'il veut avoir une chance de devenir romancier. Bien entendu, il ne s'agit pas, comme semblent le croire nos écrivaillons à perruque poudrée, de se demander : Par quel miracle sommes-nous devenus si beaux dans le miroir magique ?, mais bien plutôt : Comment sommes-nous arrivés à ce stade d'hébétude niaise et de cruauté satisfaite ?

Si Muray a raison dans sa définition, alors (et n'en déplaise à Ygor Yanka) Michel Houellebecq est le romancier essentiel de ce début de siècle, en tout cas jusqu'à La Possibilité d'une île exclusivement. À propos de ce dernier roman (en date), Alain Finkielkraut a déclaré être un “déçu du houellebecquisme” – je le suis aussi. Je ne désespère pas d'une reprise en main, si je puis dire, d'un déségarement houellbecquien, d'un retour à ce qu'il est seul capable de faire pour l'instant. (Peut-être qu'à l'heure où je babille, un jeune homme ou une jeune femme est occupé à dresser le portrait cruel et radical de cette époque, qui mettra à nu ses répugnances, nous la fera voir comme on montre un écorché aux amoureux de l'homme.)

En attendant, Houellebecq est celui qui, tout seul, tout seul pour l'instant, a liquidé les miasmes de 68, dissipé les brumes des années 70, dévoilé ce que pouvaient avoir de proprement démoniaque ces décennies souriantes que j'ai bien connues, et surtout bien subies. Lui le premier a mis à nu cet égoïsme carnivore et bénisseur qui est devenu notre règle de vie, offert aux regards la chair nue et les souffrances dont aucune époque n'avait eu le moindre aperçu avant nous – il a dépiauté le bisounours.

Bien entendu, le bisounours a survécu. Il s'apprête même à dominer le monde. En ce sens, on pourrait donc penser que les écrivains ne servent à rien. Il est vrai qu'il ne servent pas à grand-chose ; ils n'ont, pour les plus hauts d'entre eux, qu'un pouvoir de dévoilement – encore : seulement pour ceux qui acceptent de voir ; et il y faut du temps et de l'application.

Les penseurs non plus ne servent à rien. Par exemple, ce que dit René Girard depuis quarante ans, à propos de l'aliénation du désir, n'a pas empêché les ravages de ce même désir de se poursuivre et de s'amplifier jusqu'à des proportions monstrueuses – ainsi qu'il l'avait prévu et le dit encore. Il n'empêche que ce que l'un a appelé la “propagation du désir mimétique”, l'autre, dans son premier roman, en a fait l'Extension du domaine de la lutte – et qu'ils disent, chacun en son moyen, en son regard, exactement la même chose. Il reste que l'œuvre de l'académicien recoupe parfaitement Les Particules élémentaires du masturbateur sacrificiel. Je doute que ce soit un hasard.

D'autant que les deux “mordent” très peu sur le lectorat féminin, il me semble. Ce qui est à porter à leur crédit.

Lourd comme un cheval mort...

Sur un blog où je ne vais quasiment jamais – mais où j'ai bien fait de traîner mes valises (oculaires) ce matin –, je tombe, à propos des ennuis de santé de M. Smet, sur cette superbe envolée :

Johnny, toi qui nous a tant donné, ressaisis toi car c'est la bataille du bien contre le mal.

Au saut du lit ou presque, un samedi de vent d'est, c'est tout de même du brutal.

vendredi 11 décembre 2009

L'Occident meurt en bermuda

« De toutes les entreprises de dévastation de notre temps, le tourisme est la plus encensée. Tandis que sa conquête se poursuit à marche forcée, l'industrie touristique et ses innombrables prédateurs appointés (tours-opérateurs, hôteliers de loisirs, directeurs et rédacteurs de guides, etc.) ont inventé de se protéger de toute critique en montant en épingle ce mouton noir, ce monstre, cet ogre hideux et providentiel qu'on appelle le tourisme sexuel. Et plus celui-ci sera chargé de péchés, plus le tourisme “normal” apparaîtra innocent. Il passera même pour l'incarnation de la conscience éthique. En d'autres termes, le tourisme sexuel est un salaud utile : il sert à blanchir le cauchemar du tourisme normal et à légitimer ses vastes exactions. Les petits ou grands tartuffes du “voyage respectueux de l'autre” ou du “tourisme responsable” ont besoin de ce suppôt de Satan modernisé pour retourner leurs destructions en exploits humanitaires. Comme le déclarait il n'y a pas si longtemps un orfèvre en la matière, le directeur des Guides du Routard, “la seule chose qui se vend bien c'est la morale, et il faut aller très loin là-dedans”.

« Le nouveau roman de Houellebecq, Plateforme, dont l'intrigue se développe précisément dans le milieu de l'industrie du loisir, va très loin de l'autre côté. (...) S'il y a bien un scandale dans ce roman, celui-ci consiste à faire avouer au tourisme, transformation brutale du globe terrestre en marchandise, l'obscur secret que ses entrepreneurs camouflent sous les balivernes d'une vertu d'emprunt : toute forme de tourisme est sexuelle et tous les corps exotiques sont des marchandises parce que le tourisme est par définition occidental et que l'Occident contemporain agonise dans un épuisement libidinal absolu. Les Occidentaux, comme dit le narrateur du livre, n'arrivent plus à coucher ensemble. Leurs femmes seraient même incapables d'être des prostituées thaïes. Elles ne leur arrivent pas à la cheville. L'Occidental, explique-t-il encore, a de l'argent mais plus aucune satisfaction sexuelle. Dans d'autres pays, en revanche, vivent des milliards d'individus qui n'ont à vendre “que leur corps et leur sexualité intacte”. (...)

« Dans ces conditions, l'appel au “tourisme respectueux” et aux “voyages éthiques”, ainsi que la guerre contre le tourisme sexuel, ne sont même pas les marques d'un néo-puritanisme : ce sont des volontés délibérées de mettre en place une fausse conscience destinée à promouvoir l'identification de l'industrie touristique avec les plus hautes exigences de la morale afin de cacher que cette industrie est par définition coupable. Cette fausse conscience a une autre fonction, solidaire de la première. Elle permet de masquer ce que le roman de Houellebecq dévoile : l'agonie de l'homme européen. Le symptôme le plus sûr de cette agonie réside dans une de ses activités les plus encouragées : le voyage. L'homme européen souhaite voyager. On a réussi à le persuader qu'il veut voyager. Il n'a d'ailleurs pas le choix : en Occident, comme le dit le héros de Houellebecq, il fait froid, la prostitution est de mauvaise qualité, il est devenu impossible d'y fumer en public et d'y acheter des médicaments ou des drogues. Pour de multiples raisons la vie a fui l'Occident. Et le processus est irréversible : on ne change pas un continent qui perd, on ne peut qu'essayer de le quitter. »

Philippe Muray, Exorcismes spirituels III, Les Belles Lettres, p. 72 - 73.

(Le titre de ce billet est celui de la chronique de Muray d'où j'ai tiré ces extraits.)

jeudi 10 décembre 2009

Il faut brûler San-Antonio !

À Nicolas et Lediazec, preux chevalier d'Antonio...

Frédéric Dard : en voilà un qui a de la chance d'être mort, tiens. D'abord parce que ça lui évite d'avoir à se désoler des tombereaux de conneries “sociétales” qu'on nous déverse chaque matin sur la tête et pour lesquels nos applaudissements enthousiastes sont sévèrement requis. Ensuite parce que, s'il vivait encore, il écrirait, bien entendu. Et, là, ça risquerait de coincer. Car cet homme au sourire indulgent et au regard vitrail a fait sortir de sa machine à boule de nauséabondes monstruosités, qui rappellent fortement les heures les plus sombres de notre histoire. Aujourd'hui, ce serait direct le prétoire, dernier bistrot avant le pilori.

Prenons l'exemple d'un “hors-série” san-antoniesque : Si Queue-d'âne m'était contée. Dès le titre, le NAZE – Nouvelle Association des Zoophiles Équitables – serait fondé à porter plainte pour discrimination (porter plainte contre Dard pour une queue d'âne : ç'aurait une certaine gueule, non ?).

Après lecture de l'ouvrage, ce serait l'halali (ou l'hallali, si les bouchers barbus s'en mêlent). Prenons un épisode au hasard (presque au hasard...). Celui où Alexandre-Benoit Bérurier entraîne à l'hôtel une pauvre orpheline sans le sou qui a su l'apitoyer sur ses malheurs. Comme elle proteste qu'elle veut se conserver vierge pour son futur, Béru se décide pour une sodomie, sans vraiment solliciter l'avis de la donzelle. (Là, en principe, les cliques féministes devraient pouvoir commencer à renauder vilain.) À cette fin, il fait monter un sandwich jambon-beurre et, après avoir prélevé le beurre pour un usage ultérieur, mange le jambon. C'est ici que les imams se présentent à la barre, pour incitation à la consommation de porc, foulage aux pieds des valeurs de l'islam éternel.

Ensuite, dernière bouchée avalée, le seigneur Bérurier s'apprête à carrer son goumi de légionnaire dans le fouinozof de la jeune éplorée. C'est alors que la Brigade des mœurs fait irruption dans la chambre. Béru proteste qu'il n'est pas encore interdit de monter à l'hôtel avec une pure jeune fille, dans le but de la réconforter. Il s'attire alors cette immortelle réplique de la part d'un des inspecteurs de la Mondaine :

– Ça, une pure jeune fille ? Mais c'est Riton-la-pipe, qu'a l'fion plus vérolé qu'une roulotte de romanos !

À ce stade, la salle d'audience est envahie, les forces de l'ordre débordées, la journaliste de Libération trempe sa culotte, celle du Monde entame illico une grossesse nerveuse. L'association Homos tétiques porte plainte pour image dégradante de la fellation ; suivie de peu par l'Amicale des Henris, lesquels protestent contre ce surnom discriminatoire, se comparent à des juifs que l'on traiterait de youpins, et vont jusqu'à parler de ritonnades dignes de l'OAS. Le relais est pris par Sidactons ! qui s'étrangle de l'image ignoble des maladies du fondement qui est donnée à lire ici, très vite remplacée auprès du greffier par CD-Rom, le collectif pour la dignité des gens du voyage.

Face à ce juste déferlement de colère-pour-la-dignité, le tribunal accède aux demandes des plaignants, Frédéric Dard est déchu de sa nationalité française et ses livres seront tous brûlés lors de la journée d'inauguration du prochain Paris-Plage, chacun étant invité à se présenter avec son propre exemplaire et à le jeter dans le brasier, afin de témoigner de sa solidarité avec toutes les victimes du monstre. Toutefois, les juges ne suivront pas l'association de transgenres Avatarlouze, avatar win !, qui souhaitait que l'écrivain maudit soit dégenré de force et en public, si possible au couteau de cuisine mal affuté.

Frédéric Dard prend alors le chemin de l'exil. Il choisit de résider en Suisse où, pour prouver qu'il ne s'est pas amendé et conserve son âme noire, il prendra un malin plaisir à votationner pour l'interdiction des minarets.

Et Queue-d'âne ne nous sera plus contée.

mercredi 9 décembre 2009

Les vivants, tu sais, ça vaut la peine, parfois...

Dialogue d'ombres, tu te souviens ? Ça s'appelait comme ça, au départ. Ça signifiait quelque chose, il me semble. Aujourd'hui (enfin, plus tellement “aujourd'hui”, déjà), j'ai trouvé Dialogue reprisé. C'est moins bien. Très moins bien, forcément (si je puis dire). C'est normal : j'ai démarré un truc, et je l'ai perdu en route. Ça ne devrait pas te surprendre : immobile au point d'en être pénible, tu restes le seul à me connaître un peu – à part l'Irremplaçable, évidemment, mais tu comprends bien que vous ne connaissez que deux moitiés de moi pas faciles à assembler, ne serait-ce que parce que... enfin, parce que... la rencontre ne s'est pas faite, quoi.

Mais ce n'est pas ce que je voulais te dire. Écrivant la phrase précédente, je sais déjà que j'ai oublié ce que je voulais te dire, précisément. Ça se délite, ma poule, presque pire que toi, ce n'est pas peu dire. Cela avait avoir avec les filles d'André. Pas avec André lui-même : avec ses filles. Et, bizarrement, pas avec ta filleule, mais avec la mienne que tu ne connais pas, et sa cadette qui est la filleule de Jef. Bref, ça parlait de cette famille hautement la tienne. Mais pourquoi ? Il y avait un lien, je t'assure. Quelque chose de solide, qui méritait – à mes yeux – de ranimer cette manière que j'avais trouvé de te parler, de ne parler qu'à toi. Et puis j'ai oublié. Entre la maison et la Case, j'ai oublié.

Il me demeure, bien sûr, les visages de Sarah et Adèle, que tu ne connais ni l'une ni l'autre (et encore, qu'en sais-je ?) – mais ce sont elles, et non... et non... (Dieu du ciel, pourquoi le prénom de l'aînée des Fernique, la fille absolue, ta filleule, pourquoi justement m'échappe-t-il, maintenant ? – Et c'est vrai qu'il m'échappe, c'est presque atroce, même si je sais qu'il va revenir dans quelques secondes, c'est ta filleule, et elle se dérobe, ses deux syllabes se dérobent (donc je sais que son prénom a deux syllabes).)

ELSA ! Ta filleule, donc, cette photo d'elle à peine née, dans le canapé, à Schiltigheim, et de toi presque mort – irrejoignables, ou alors par d'autres voies qui m'échappent. Elsa : il y a moins d'une minute, moi sorti de ce bureau, pissant sous une pluie battante, plaisir que tu as peut-être oublié mais je ne crois pas, je ne peux pas le croire, j'ai retrouvé : Elsa. Comment a-t-elle pu se dérober à moi aussi longtemps – ces quelques minutes ? Vraiment, ma poule, si je croyais aux films dhorreur, ou en Dieu, je penserais à un tour, un tour de ta part.

Malheureusement, je ne crois en rien, tu le sais. Ou seulement en ton existence terminée, ce qui est peu, et peu consolant. J'ai reparlé de toi, il y a quelques jours. Avec un autre fantôme de ma vie – mais vivant, celui-là. Un fantôme femelle : pas les moins dangereux, crois-moi. Je lui ai rappelé, à ce fantôme bienveillant, qu'il avait été le seul être à deux doigts de nous brouiller, toi et moi. Il ne se souvenait de rien, mon fantôme. – Et toi non plus, je suppose.

Et, du coup, je m'en avise, la pluie a cessé. Quant à moi, si tu permets, je vais continuer un peu, s'il est possible : j'ai charge de famille et de fantômes.

Putain, le journal, c'est bien !

Ben, là, normalement, vous auriez à lire un billet éructif, cognant sur au moins trois blogueurs, parmi les plus soviétoïdes que je connaisse. Et je me serais fait taper sur la gueule par le gros frisé qui se serait imaginé que ce sont des potes à lui. Mais, finalement, je suis allé vomir discrètement dans le Journal de blog. Donc, il vous faudra attendre le 1er janvier 2010 pour le lire. (Si on n'est pas mort ou légumineux.) À condition qu'il ne soit pas parti à la poubelle d'ici là.

Ouarf...

mardi 8 décembre 2009

Un nouveau-né dans la blogosphère

Cet été, lorsque nous étions à Plieux et que je tenais le journal de ce mois d'août, j'y avais exprimé l'idée que, peut-être, il serait bon de le continuer une fois rentré, ce journal. Je n'ai réalisé l'idée qu'à compter du 16 octobre, et m'y tiens depuis, tous les jours ou presque.

Très vite, se sont posées plusieurs questions. Fallait-il donner ce journal à lire ? Quand ? Selon quelles modalités ? Comment allait-il s'articuler avec le “blog-mère” ? Etc.

Aidé par les suggestions de Catherine, j'en suis arrivé à la position suivante : mon Journal de blog sera désormais publié, sur le blog créé à cet effet, par livraisons mensuelles et toujours avec un mois de battement entre la rédaction et la publication. C'est pourquoi, aujourd'hui, je donne à lire le mois d'octobre (amputé, donc). Au premier janvier sera publié novembre et ainsi de suite. (Le Journal de blog apparaît en haut de la colonne de gauche du blog-mère, dans une mini-blogroll créée spécialement pour lui.)

Cette publication devrait changer un peu la physionomie du blog-mère, puisque j'ai décidé de ne plus y écrire de considérations "politiques” ou “idéologiques”, etc., que je conserverai pour le journal : le mois de décantation me permettra ainsi de polir, de nuancer (enfin, dans la mesure de mes moyens...), voire de gommer des attaques personnelles, souvent excessives et injurieuses parce qu'écrites “sur le coup”. Le blog-mère devrait ainsi devenir plus apaisé, ce dont personne ne se plaindra, je suppose.

Dans le même souci de ne plus perdre de temps en polémiques stériles, lassantes et énergivores, les commentaires du journal seront fermés à tout le monde : celui qui aura vraiment besoin de me dire quelque chose saura bien trouver le chemin de mon adresse mail.

Enfin voilà, quoi...

lundi 7 décembre 2009

Les cons à sourire festif grimpés dans les miradors

En fait, j'aurais mieux aimé une carte de petit con. Ou encore de "petit con malfaisant". Ç'aurait mieux correspondu au profil. Bon, on fera avec : gros con ira très bien.

Voilà deux jours que ça dure. Sur tel blog hier, sur tel autre aujourd'hui. Toujours les mêmes d'ailleurs : les alter-ménopausées et les folles mondialistes – les malfaisants, en un mot. Une chose les réunit : le mirador, celui où ils se voient juchés, la bave aux dents et la kalachnikov au côté, scrutant le déviant qui grenouille en bas, dans le camp.

Ils veulent absolument séparer le bon grain progressiste de l'ivraie nazie. Du coup, ils ne comprennent plus rien. Et surtout pas pourquoi un Nicolas et un Didier sont capables de se taper dans le dos en se souciant d'eux comme d'une cerise avariée et dépourvue de noyau. Du coup, ils éructent des phrases de ce type :

« La féministe fait la belle chez le réac misogyne qui n’hésite pas à copiner avec le gauchiste mou ou avec l’écolo -bayrouiste. Tout est bon pourvu qu’on ait des liens. »

Le réac misogyne, c'est moi, le gauchiste mou c'est Nicolas. Pour la féministe, j'ai aussi mon idée... Le rire, la nonchalance, le remettez-nous-ça-patron : voilà bien ce qu'il ne supporte pas, ne comprend pas, ce gros bloc de gelée sans madère. Pas plus que le castriste en tutu. Pour eux, il faut choisir son camp, une fois pour toutes. Pas de déviance ! pas un pas de côté ! tout le monde dans le rang ! Preuve qu'ils aiment les camps, pas une tête qui dépasse. Et le gauchiste qui se laisse aller à boire une bière avec le mec qu'ils ont placé de l'autre côté des barbelés, devient un gauchiste “mou” – à surveiller, donc. Peut toujours trahir la cause, celui-là...

Parfois, ils menacent, ils somment, ils mettent en demeure : lui ou moi, bordel ! Choisis ton camp, camarade ! (le camp, toujours le camp...) En face, ils trouvent un type qui les renvoie gentiment dans les cordes dont ils sont empêtrés. Dans ces cas-là, ils sourient vil, ils courbent l'échine, présente la croupe, assouplissent les sphincters, se beurrent le sourire : mais non, mais non, bien sûr, tu as le droit d'être ami avec qui tu veux, n'est-ce pas ? Je n'ai jamais voulu dire ça, tu penses bien !

N'empêche que leurs dents grincent, à nos petits malfaisants, la bile se fait acide...

Quart de chef de meute

Chef de meute

dimanche 6 décembre 2009

Le puceau se dévoile...

C'est juste pour le plaisir. Cette rue, là, je ne la reconnais pas. J'ai vécu à Châteaudun, pourtant, en 1971 et 1972. Je n'ai pas pas grand-chose à en dire. Mais enfin, puisque depuis hier je parle des filles que j'ai aimées... Il y a tout de même Brigitte. Brigitte Bichoux : c'était son nom.

Brigitte avait une particularité : il lui manquait un bout de langue. Petite fille, elle avait collé sa langue sur une prise électrique et, du coup, un bout lui manquait. Néanmoins, elle me plaisait énormément. Le pire est que je crois qu'elle m'aimait aussi beaucoup. Il est probable que, moi juste un peu moins con, cette Brigitte et moi nous serions embrassés — voire davantage. Et on ne l'a pas fait, parce que je n'avais que 15 ans, et que j'étais parfaitement con.

J'ai été amoureux de très peu de filles, finalement. Vraiment peu. Certaines m'ont gentiment envoyé chier, d'autres ont attendu que je me déclare.

Elles n'ont rien perdu, je crois.

samedi 5 décembre 2009

Je me souviens, il y a longtemps, j'ai bandé...

Alors, voilà. J'ai vécu ici, dans cette photo, quelque part dans cette photo. Si on pouvait zoomer, et si la photo avait été prise en 1969 ou 1970, on verrait peut-être Marie-Paule sur la plage, dans son petit maillot de bain jaune. Dans ma mémoire (j'en ai déjà parlé, il me semble), Marie-Paule n'a jamais eu autre chose qu'un petit maillot de bain jaune.
Pas bleu, pas rouge, pas rien : jaune. Ne me demandez pas pourquoi, il était jaune. Dégoulinant de mille gouttelettes d'eau de mer, avec ce merveilleux renflement pubien n'est-ce pas...

On jouait. Les garçons prenaient les filles sous les bras et sous les cuisses, puis les balançaient cul par-dessus tête dans l'eau tiède et bleue. Elles adoraient ça. Nous, nous bandions dans les slips de bain comme il n'est pas permis – quinze ans, n'est-ce pas ? Qu'est-ce qu'on bandait, Dieu du Ciel, qu'est-ce qu'on bandait !

Et on les balançait dans l'eau, et elle riaient (Mon Dieu, comme elles riaient...), et comme Marie-Paule était belle, dans son petit maillot jaune. Et comme je suis malheureux de mon âge. Et Marie-Paule, enfin...

vendredi 4 décembre 2009

Les Arabes parlent aux cailleras (ici Londres)

Je suis tombé, dans le courrier des lecteurs du Vieil-Observateur, sur une lettre intéressante. Je ne suis pas sûr d'avoir le droit de la reproduire, mais comme j'emmerde profondément la gauche poutres apparentes, la voici tout de même (je respecte scrupuleusement la typographie reproduite dans l'hebdomadaire) :


« Cette lettre ne concerne EXCLUSIVEMENT que LES CASSEURS, les semeurs de merde, les “hagarines*”, les profiteurs du systême, les bâtards qui, après la victoire de l'Algérie sur l'Égypte l'ont “fêtée” en cassant, en sabotant, en importunant. Je suis un Algérien comme vous. Établi en France depuis trente ans. respectueux de ce pays d'accueil qu'est la France. Mais là, j'ai décidé de m'adresser à vous, avec le langage que vous connaissez bien, le langage ordurier. Je ne vais pas vous faire un discours sur la démocratie, ni la laïcité, ni le respect, ni le racisme, ni la tolérance. Non, je vais parler comme vous.

« L'équipe nationale de football d'Algérie, par sa victoire contre l'Égypte, a rendu espoir à tout un peuple écrasé par plus de dix ans de terrorisme barbare. Elle a rendu sa fierté à des millions de gens... (...) Mais pourquoi casser des vitrines ? Pourquoi brûler des poubelles ? Pourquoi agresser les automobilistes ? (...) Par votre comportement de chiens, vous avez volé cette joie aux honnêtes supporters de l'équipe nationale. Pire. Vous contribuez à donner cette image catastrophique qui nous colle à la peau comme “Maghrébins”. Et vous comprendrez que ni SOS-Racisme, ni le CV anonyme, ni la ligue des Droits de l'Homme ne peuvent venir à votre secours pour vous aider à vous insérer dans cette société qui vous accueille, qui vous protège et qui vous entretient, ainsi qu'à vos parents. (...) Je vomis sur ce comportement qui nous salit et que rien ne justifie, absolument rien. Vous êtes mal-aimés ici. Vous l'êtes encore plus en Algérie, qui ne vous considère que comme une bande de ratés, de tarés, de lâches, de voyous, de voleurs et de menteurs. Vous n'avez aucune identité : ni Français ni Algériens... Vous n'êtes rien si ce n'est des fils de chiens mal éduqués.» Lyess E.
* Hagarine est un terme auquel les “jeunes” sont très sensibles. Il désigne tout comportement d'un fort sur un faible.


(On appréciera, à la lecture de la “note en bas de page”, à quel degré d'approximation langagière sont rendus les journalistes du Vieil-Observateur. On remarquera aussi que, désormais, même la gauche la mieux pensante met des guillemets au mot “jeune”, lorsqu'il s'agit de signifier qu'on ne parle pas réellement de gens n'ayant que peu d'années à leur actif, mais d'Africains délinquants.)

jeudi 3 décembre 2009

Banlieues respect, bordel !

J'ai découvert chez Nicolas 1er, jamais en retard d'une connerie bien pensante, même quand il n'y croit pas une seconde lui-même — mais bon, on est numéro un, ça suppose certains accommodements, je peux le comprendre. Donc, chez le gros frisé, on lit ceci (lui-même cite) :

« Le collectif Banlieues Respect, qui regroupe une centaine d'associations impliquées dans l'action au sein des quartiers difficiles, a exprimé dans un communiqué sa "satisfaction" devant cette mobilisation contre "la religion du chiffre". »

Faites-moi plaisir, relisez ce paragraphe lentement, en savourant bien chaque syllabe : il n'y a rien à jeter, comme chantait Brassens.

Le collectif “Banlieues Respect”, déjà (avec un "r" majuscule, comme le respect qui leur est dû) : on a l'impression d'être revenu au doux temps du communisme triomphant, celui qu'on défendait à l'Ouest (les cons bien nourris et libres de brailler) et qu'on subissait à l'Est (mange ce qu'il reste et ferme ta gueule). À l'époque de ma jeunesse, les rideaux-de-ferisés disaient : « Démocratie populaire : deux mots, deux mensonges. » On on est revenu là. La fin de l'Europe se caractérise par un emploi stalinien des mots, consistant à dire l'exact contraire de la réalité, en sachant que personne n'y croit mais en s'en foutant absolument.

Par exemple : Famille recomposée. Désigne de répugnants égoïstes post-modernes se foutant de détruire la famille qu'ils n'ont jamais eu la force de construire, et y englobe les pauvres mômes que l'on balade d'une maman à une autre, d'un papa à un tonton, dans un grand concours de rires festifs et de lâchers de ballons multicolores. Il va de soi que la famille recomposée est encore plus attractive, plus enviable, si jamais papa est devenu pédé après la mort de maman, ou si maman a changé de sexe juste après le divorce et demande aux enfants de l'appeler désormais papa. L'important est qu'il n'y ait plus de père ni de mère (famille d'extrême-droite, le genre à se faire naturaliser suisse juste pour le plaisir de refuser les gentils minarets des gentils musulmans (qui, eux-mêmes, dès qu'on a le dos tourné, décapitent les pédés, les gouines, les trans et les scoubidou-bidou ouah !) – je reconnais que ma phrase est un peu acrobatique, mais pas plus que vos familles de merde), mais des tas de papas et tout plein de mamans : ça sonne plus cool.

Revenons à notre stalinisme actuel. Le mot n'a pas été pris au hasard, bien entendu. Autant la droite, et même cette fantomatique extrême-droite que tous les petits Bonnet invoquent chaque matin devant leur bol d'Ovomaltine, ont liquidé le nazisme qui pouvait parfois être en elles, certes, autant nos amis de gauche font toujours les yeux de Chimène au petit père des peuples. Pas à lui nommément, bien sûr, ce serait tout de même un peu gros, mais aux millions de décérébrés à casquette et mégot sur l'oreille qui ont assuré sa publicité en Occident durant une quarantaine d'années bien tassées – ces cons d'ouvriers blancs qui, depuis la mort de Georges Marchais, ont bien compris que son seul héritier était Jean-Marie Le Pen ; preuve qu'ils sont moins cons tout de même que des électeurs de Bertrand Delanoë.

Donc, Banlieues respect.Un gang, une réunion mafieuse de types qui vivent aussi grassement sur les fonds publics que les noirs bataillons de larves sur la Charogne de Baudelaire. Et l'idée m'est venue.

De même que l'on désigne désormais sous le nom de "jeune" (avec guillemets) tout Africain (du Nord ou sub-saharien) délinquant et un tantinet bolosseur, je propose à tous mes amis nazis (et Dieu sait si j'en ai !) que l'on désigne les "banlieues" (avec guillemets) du nom de Banlieues-respect, pour garder le nom simple de banlieue à ce qu'il a toujours désigné : les alentours des villes où tentaient de survivre les ouvriers, couturières, lorettes, voyous à casquette sur l'œil, Céline, Léautaud, ma grand-mère paternelle, votre grand-oncle gargotier, Maupassant, mon père, peut-être le vôtre, et d'autres encore – toutes gens qui ne se souciaient nullement de ce que pouvait bien être leur identité nationale.

Je demande instamment, à tout lecteur réactionnaire rappelant les heures les plus sombres de notre histoire (nauséabonde, of course) de relayer sur son blog cette nouvelle définition. Merci à tous. Et bonne nuit tout de même.


(Demain, si on a le temps, le courage et l'envie, on examinera le reste des trois lignes citées par Nicolas : elles valent la peine aussi. Notamment, à propos de cette fameuse "religion du chiffre", on parlera de ces couilles molles de gauche que sont en train de devenir les policiers français dans leurs jolis uniformes.)

Pour Catherine, mon p'tit voyou...

Quand tout est gris
J'en bourre ma pipe à gamberger
D'ailleurs la vie m'a culotté
Quand tout est gris
J'en mets partout dans ta carrée
Y a pas de raison que je te laisse griser
La vie mon p'tit voyou
Ça se dresse un point c'est tout

Quand tout est bleu
Y a le permament dans tes quinquets
Les fleurs d'amours se foutent en bouquets
Quand tout est bleu
C'est comme un train qui te tend les bras
Y a pas de raison que je te prenne pas
La vie mon p'tit voyou
Ça se prend par le bon bout

Quand tout est vert
Et que la nature bat ses tapis
On y a joué tous nos habits
Quand tout est vert
C'est comme l'espoir qui va tout nu
On l'a fringué comme on a pu
La vie mon p'tit voyou
Ça se vend à des prix fous.

Quand tout sera noir
Et qu'on fumera des fleurs fanées
On s'en repassera les mêmes goulées
Quand tout sera noir
Les petits oiseaux pourront becqueter
Aux mots d'amour qu'on a causés
Alors mon p'tit voyou
La vie qu'est-ce qu'on s'en fout...

mercredi 2 décembre 2009

La religion ne va pas s'en remettre, c'est sûr !

Mes bien chers frères, j'ai une triste nouvelle : le christianisme vient de se prendre un coup ne pouvant que lui être fatal, tant il est asséné avec précision, intelligence et hauteur de vue. Après un réquisitoire aussi terrible et profond, il ne nous reste plus qu'à porter en terre le dernier successeur de Pierre. Je vous livre cet acte d'accusation, sans rien occulter de son implacable grandeur :

« Tiens, la "votation" des Suisses (quel vilain terme) relance la question de l'islamophobie. Personnellement, je ne crois pas en dieu, et je considère les croyants comme des paresseux intellectuels. Ils croient en dieu comme on croit au père Noël. C'est gentil, ça rassure, mais ça ne tient pas le coup 2 minutes face aux connaissances scientifiques modernes. La bible est un joli bouquin de contes et légendes, mais croire ce qu'il y a dedans relève d'une naïveté infantile. Ou d'un grand manque de curiosité. Pourtant le premier athée reconnu fut Diagoras de Mélos, en grèce antique, preuve que la lucidité n'est pas un privilège de nos esprits modernes. Etudier l'histoire des religions est assez simple, et il apparait bien vite que les religions ne sont que des organisations politiques. Le Pape n'est qu'un chef d'état temporel, comme le calife musulman. Au fond les superstitieux obscurantistes sont tous pareils. Alors, donner la préférence à une religion plus qu'à une autre est stupide et dangereux dans le sens où c'est un moyen de priviliégier un mensonge par rapport à un autre. Les clochers ou les minarets se valent bien. Que nous soyons sur une terre européenne façonnée par les chrétiens n'est en rien un titre de gloire, l'église catholique n'a fait qu'asservir le peuple en lui prélevant des taxes. L'inquisition a mené des massacres qui conduiraient aujourd'hui leurs auteurs devant un tribunal pour crime contre l'humanité. Je vais me mettre à dos 80 % de l'humanité, mais je m'en moque. J'ai un peu de mépris pour les gens qui croient en dieu, qu'ils soient juifs, chrétiens ou musulmans, ce ne sont tous que des enfants crédules à mes yeux, volontiers haineux et belliqueux. Des trouillards qui ont peur de la mort. Que de paresse intellectuelle, que de médiocrité chez ces croyants... Je préfère l'Europe de Voltaire et des lumières. Vos synagogues, églises, mosquées ou temples ne sont que des monuments à la gloire de la connerie humaine. Gwendal n'est pas un con, c'est pour ça que je l'aime bien. »

Comment voulez-vous vous remettre d'une attaque aussi flamboyante ? D'une vision tellement surplombante qu'elle ne peut faire tout croyant se sentir autrement que minuscule, dérisoire, écrasé par une pensée aussi rigoureuse ?

J'ai conservé la dernière phrase de ce billet grotesque (mais l'auteur a un entraînement hors pair dans ce domaine) simplement pour préciser une chose : Gwendal, que je lis à peu près tous les jours, n'est en effet pas un con. Sauf lorsqu'il se met à parler de religion. Auquel cas, tout comme l'auteur immortel du billet cité – et qui lui n'en sort jamais –, il régresse au stade du sale gosse de huit ans, prêt à faire ou dire les conneries les plus insanes dans le but d'obtenir une seconde d'intérêt de la part des adultes.

Ce qui m'amuse le plus, dans ce genre de flambées hystériques, c'est que ces gens se prennent pour le nec plus ultra de l'athéisme, alors qu'ils ne sont rien moins. Un athée, ne croyant pas en Dieu (par définition), ne lui accordant aucune place dans son existence, s'en soucie donc comme d'une guigne, n'y songe jamais, sauf éventuellement comme à un joli thème poétique.

C'est dans Astérix chez les Normands, je crois, que l'on voit Assurancetourix juché sur les épaules d'un colosse barbu et lui tapant de toutes ses forces sur la tête. Au bout d'un moment, le colosse : “Mais où est donc passé le barde ?” Nos petits amis, confits en athéisme, blancs enfants de chœur de l'irréligion trépignante, sont ces petits bardes qui ont besoin de la stature divine pour s'élever un peu au-dessus de leur taille réelle, et pouvoir grâce à Elle, éprouver qu'ils ont des poings qui martèlent et une voix qui porte.

Et plus ils bravent, plus ils trépignent, plus ils bavent, éructent et vocifèrent, et plus Dieu existe en face d'eux, ou plus exactement au-dessus. Au point que les vrais athées dans mon genre finissent par en être incommodés.

Chant d'un patriote (ritournelle multifonctions)

Demain je pars pour la guerre
Avec mon grand chien qui aboie
Des cailloux pleins ma gibecière
Et à mon côté gauche le droit

Je vais tuer sa majesté
Qui dit m’attendre qui dit m’aimer
Cent fois par jour elle me trahit
On doit mourir quand on trahit

Je suis seul de mon équipage
Les gens d’ici sont peu violents
Parce qu’ils ont viande sous la dent
Et ventre plein n’a pas de rage

J’ai dans mon sac 45 tours
Chansons lacets magie vautour
Je me prépare à cette guerre
Depuis l’esclavage de mon père

Mes généraux sont des rivières
Et mon état-major le vent
C’est lui qui me tient au courant
Des mauvais coups qu’on va me faire

Majesté je suis devant vous
Sujet sans terre et sans abris
Vos étrangers nous ont tout pris
J’ai l’arme au poing défendez-vous

Avant d’atteindre la colline
Avant de crier feu vas-y
On m’aura fait plier l’échine
Je suis un pou dans ce pays

En même temps suis un géant
Qui a bâti géants soumis
Qui a dormi et dort encore
Pourtant pourtant il est midi

Et si demain mains dans les fers
Vous me rejetez à l’exil
Quelqu’un viendra finir ma guerre
Peut-être votre fils ainsi soit-il

Quelqu’un viendra gagner ma guerre
Peut-être votre fils ainsi faut-il


Félix Leclerc, 1974.

mardi 1 décembre 2009

Un mardi inoubliable (pour agacer un peu les cynophobes)

Le mardi, lorsqu'on ne travaille pas à Levallois et qu'on n'a pas de Brigade mondaine en train, on sait tout de même se trouver un tas d'activités passionnantes, au Plessis-Hébert, afin que la journée s'écoule comme un fleuve de miel. Ce matin, par exemple, très fortement incité à cela par l'Irremplaçable, j'ai passé l'aspirateur dans tous les recoins de la Case, afin d'en faire disparaître les feuilles mortes que j'évoquais tantôt.

En remerciement de la joie qu'elle m'avait procurée, celle de me rendre utile et de me croire indispensable, sitôt le déjeuner avalé j'ai emmenée Catherine découvrir la toute nouvelle déchetterie de Pacy, beaucoup plus luxueuse et pratique que l'ancienne, vous pouvez me croire. Elle était sciée. Naturellement, comme il fallait bien un but tangible à cette promenade practico-bucolique, nous avions préalablement chargé la voiture de tout un bric-à-brac immonde, qui pourrissait depuis des mois devant la porte du garage, faisant de plus en plus ressembler notre palais plein d'odeurs légères à une roulotte de Romanos (c'était l'indispensable minute xénophobe et raciste se devant de figurer dans tout billet, sous peine de se voir retirer la licence de réactionnaire).

Décidément d'humeur joueuse, l' Irremplaçable, alors que je pensais les réjouissances terminées, m'a entraîné incontinent (adverbe, et non adjectif me qualifiant) au Super U local pour y faire l'emplette d'une machine à pain, la sienne ayant rendu l'âme une couple d'heures auparavant – finalement on n'en a pas acheté, c'était trop cher.

Hélas, comme une journée de fêtes doit toujours être bémolisée par une corvée, il a bien fallu, rentrant au logis, se résoudre à offrir à Elstir sa première promenade hors des limites du jardin, soit jusqu'au terrain de football du Plessis. Bonne fille, Bergotte nous a accompagnés. Malgré tout, la corvée n'a pas réussi à nous gâcher cette journée en tout point enchanteresse.

Et puis, que de souvenirs engrangés pour plus tard ! Que de belles choses à nous rappeler, vieillesse étant venue, elle et moi confortablement accoudés à nos déambulatoires respectifs !

lundi 30 novembre 2009

Sont-ils pas mimis, nos gentils démocrates ?

Mon bons amis, ce matin (mais la fête va durer toute la journée), si vous voulez vous offrir une bonne tranche d'hilarité saupoudrée d'ironie, il vous faut absolument aller traîner sur les blogs de gauche – en sélectionnant habilement ceux qui parlent de la Suisse (je ne mets pas de liens, vous vous débrouillerez très bien). L'impression dominante est que Père Ubu vient de réussir un putsch et prendre le pouvoir dans le camp des progressistes progressants.

D'abord, il y a l'attendrissant désarroi : mais comment les Suisses ont-il pu nous faire ça ? De là, on passe facilement à l'insulte et au mépris : 57 % des Helvètes sont pis que des Waffen-SS, des waffenculo (cet approximatif jeu de mots italo-nazi est dédié à Dorham) de leur race. Ensuite, on arrive au meilleur.

Le meilleur, c'est l'espoir fou qui saisit nos modernants depuis ce matin : grâce au ciel, d'ici 5 ans, on pourra faire revoter les Suisses sur la même question et effacer le résultat-de-la-honte d'hier. Car nos modernants sont certains d'une chose : cette votation dominicale (qui rappelle les heures les plus sombres de notre histoire de la Suisse), c'est une sorte de petit coup de calcaire que nos voisins ont pris derrière la nuque. Dès qu'ils auront retrouvé leurs esprits placides et débonnaires, ils s'apercevront que, comme tout le monde autour d'eux, il désirent ardemment voir des minarets hérisser demain leurs cantons.

Donc, nos avenirophiles commencent déjà à bouillir d'impatience en attendant cette rebelote qu'ils appellent avec des accents chateaubriannesques (Levez-vous, votations désirées !). Tellement enthousiastes qu'ils ont apparemment oublié avoir récemment poussé des cris d'orfraie lorsqu'on a fait revoter les Irlandais sur la constitution européenne, et d'horreur quand Méphisto Sarkozy a contourné le “non” des Français pour le faire transformer en un “oui” par ses laquais du palais Bourbon et de l'hôtel de Lassay réunis.

Et c'est pour ne rien dire du tracsir intense qui saisit nos futurolâtres lorsqu'il songent que l'on pourrait poser la même question au peuple français. Grâce au Ciel, et dans le but charitable de ne point troubler la dormition de nos vierges laïques, il ne lui sera rien demandé, à ce connard de populo populiste.

dimanche 29 novembre 2009

Trop forts, ces Helvètes !

Il y a des jours – peu nombreux, il est vrai – où on adorerait être suisse : aujourd'hui en est un. Il y a peu de temps, en commentaire chez je ne sais plus quel blogueur de gauche, qui réclamait plus de démocratie, davantage de référendums, etc., je faisais remarquer qu'il devrait peut-être mettre une sourdine à son admiration pour les votations de nos voisins car, organisant la même chose ici, on aurait sans doute des surprises qui feraient grincer les dents à nombre de nos amis du camp du Bien. Aujourd'hui, près de 58 % des électeurs suisses ont expliqué à leurs dirigeants et à leurs laquais journaleux bien pensants que, les minarets étant déjà taillés plus ou moins en pointe, ils pouvaient s'ils le désiraient se les introduire dans le rectum, mais certainement pas les installer dans leurs alpages.

Tariq Ramadan s'est dit très préoccupé par ce résultat – ce qui est en soi une bonne nouvelle – et les Verts helvètes, aussi grotesques et malfaisants que les nôtres, sont déjà en train de piailler qu'ils vont prendre le premier train pour Bruxelles demain matin, pour aller pleurer très fort auprès des instances idoines.

Rendre la parole et le pouvoir au Peuple ? Sir, yes sir !


(Rajout de huit heures six : À Bruxelles ? À Bruxelles ? Mais qu'est-ce que des écolos suisses iraient foutre à Bruxelles, pauv'con ?)