lundi 4 octobre 2010

Une dissimulation surexposée


Le journal intime : je vous dis tout, mais n'espérez pas en savoir davantage.

dimanche 3 octobre 2010

Français en CDD

Qui songerait à se scandaliser de ce que le postulant à un emploi quelconque se voie d'abord offrir un contrat de six mois avant d'être réellement embauché ? Qui s'offusque de ce méchant A discriminatoire et stigmatisant que les jeunes conducteurs doivent arborer au cul de leur voiture durant trois ans avant de prétendre à un vrai permis de douze points ? Et moi-même, après avoir subi un retrait de ce même permis six mois durant, ai-je ameuté les foules haldophiles parce que je n'ai récupéré qu'un document valable six mois, puis un autre bon pour un an, avant de redevenir un “conducteur à part entière” ? Non, n'est-ce pas ?

Dans ce cas, à quoi riment ces cris de pucelles envapées dès lors qu'on parle de déchoir de leur toute fraîche nationalité française des malfrats faisant mumuse à l'arme lourde ? Possibilité qui, rappelons-le, existait déjà bel et bien sous les règnes de MM. de Gaulle et Mitterrand, ces fascistes bien connus, sans que ça ait fait remuer l'oreille du moindre progressiste de leurs époques respectives. Est-ce qu'il n'est pas bien plus scandaleux que ce traitement soit l'apanage des tueurs de policiers ou de gendarmes, tandis que les massacreurs d'épiciers et les pourfendeurs de coiffeurs pour dames resteront de bons Français comme les autres ?

On nous clame que l'on va ainsi fabriquer des Français “de seconde zone”. Et alors ? Ou avez-vous pris, mes bons apôtres, qu'il n'y avait pas de différence entre telle personne qui est née et a grandi au sein d'une communauté quelle qu'elle soit et telle autre personne qui demande à en faire partie, qui sollicite son admission ? Est-ce que celui-ci n'a pas ipso facto plus de devoirs que celui-là, au moins dans un premier temps ? Et vous-mêmes, lorsque vous êtes invités à dîner chez vos voisins, ou en villégiature à l'hôtel, est-ce que vous ne vous efforcez pas un peu de manger votre soupe en silence, et non avec ces grands slurps que vous vous autorisez chez vous lorsque le potage est trop chaud ?

Cela étant, si vraiment vous ne voulez plus de Français de seconde zone, il y aurait bien une solution : celle qui consisterait à n'en plus fabriquer ; à fermer les distributeurs automatiques de cartes d'identité que l'on a, voilà quelque temps déjà, installés à toutes les frontières. Ensuite, on prendrait le temps de régler les problèmes existants avant d'envisager, peut-être, extrêmement peut-être, avec des prudences délicates, une réouverture des dites frontières.

On pourrait même remplacer le droit du sol, totalement absurde, par celui du sang – pour le simple et gamin plaisir d'entendre s'égosiller la volaille.

jeudi 30 septembre 2010

Aimez-vous brame ?

À Jérôme Vallet, évidemment...


Au musée des Beaux-Arts de Dijon, où Adrien et moi fûmes cet après-midi, il y a des tas de peintres dont j'ignorais jusqu'au nom – ce qui ne devrait surprendre personne. Parmi eux, un certain François Bonvin ; ou Saint Bonvin, c'est selon. Exposé de lui, à Dijon, un tableau intitulé Nature morte avec violon. Donc, on peut, contrairement à ce que d'aucuns affirment péremptoirement.

Sinon, Catherine et sa sœur ont prévu d'aller, à la nuit tombante, crapahuter dans la forêt proche afin d'entendre le brame des cerfs – étant bien clair que je ne vous raconte cela que pour justifier mon titre imbécile. C'est d'autant plus inexplicable qu'il pleut et qu'on entend très bien les autres crétins boisés de la terrasse, un verre à la main, comme nous avons pu le vérifier hier soir. Enfin, bon, elles feront bien comme elles voudront, hein ?

mercredi 29 septembre 2010

La grave question de la lunette arrière

De nombreuses femmes, modernes, avant-gardistes et très conscientisées, militent ardemment – notamment auprès de la pauvre loque au cerveau liquéfié qui leur sert de souffre-douleur estampillé, à savoir leur époux – pour que les hommes rabaissent la lunette des toilettes lorsqu'ils ont fini de pisser ; de manière à ce que ces feignasses patentées n'aient plus qu'à y poser leurs ravissantes miches quand le besoin leur point. Je ne suis pas d'accord : personnellement, je laisse toujours la lunette relevée. Afin que la dame qui passera derrière moi soit bien certaine que je n'ai pas constellé l'ustensile de ma miction erratique.

Cela étant, j'avoue qu'il m'est parfois arrivé d'oublier de la relever, cette lunette de discorde, et de ne le faire qu'après, afin de fourvoyer les donzelles me suivant. C'est ce qu'on appelle avoir une âme noire.


Et comme ce billet le mérite hautement, je rouvre les commentaires.

mardi 28 septembre 2010

Connaissance de l'Est


Nous partons dans une couple d'heures pour Besançon et ses environs, lestés de deux des trois chiens. Au programme : quelques petits repérages brigado-mondains à Arc-et-Senans mercredi, excursion culturello-couturière à Dijon jeudi, et retour ici même vendredi. Avec quelques apéritifs familiaux habilement intercalés. Je ferme les commentaires mais vous rappelle que l'encre est encore fraîche du journal d'août – garanti sans givre et sans biches.

lundi 27 septembre 2010

La double ironie du bref

Pour toucher du doigt la dégringolade de l'époque (je ne sais si vous avez déjà essayé de toucher du doigt une dégringolade : c'est une expérience unique), il suffit parfois de comparer les discours des ludions qui s'agitent à notre avant-scène avec ceux des hommes qui ont présidé à nos destinées, quand nous avions encore des destinées. Il me semble inutile d'aller fouiller les entrailles du net pour y trouver des extraits exacts de la sanie verbale répandue par l'actuel chef de l'État dès qu'il ouvre la bouche : chacun l'a bien présente dans les narines. C'est du style : « C'que les Français i' veulent, c'est... » Glissons.

Comparons avec les trois premières lignes du discours prononcé par Charles de Gaulle le 14 décembre 1963, pour l'inauguration de la maison de la Radio :

À tant d’idées, de mots, d’images, de sons, lancés sur des ondes merveilleuses, à toutes ces rafales de suggestions déclenchées vers la foule secrète des esprits, bref à la radio, fallait-il une maison ?

Je vous laisse savourer le drapé classique de la phrase (un peu trop drapée, la phrase, ergoteront certains...), les rafales de suggestions et la foule secrète des esprits, pour m'arrêter un instant sur ce “bref”, qui me ravit absolument, parce qu'il me paraît être d'une ironie non seulement parfaite mais encore bi-directionnelle, si je puis dire.

Car qu'entend-on dans ce bref, qui claque comme un guichet désinvolte, presque dédaigneux ? D'abord le tribun rassurant ceux qui l'écoutent : « Je sais bien que vous ne comprenez pas du tout où je veux en venir, mais vous allez voir, ça se résume à un truc tout simple : la radio. » Dans le même temps, on perçoit le demi-sourire que de Gaulle s'adresse à lui-même, moqueur : « Mais qu'est-ce qui t'a pris, vieux phraseur, de te lancer dans cette période imbitable, alors que tout le monde n'attend que le point final pour se ruer sur les petits fours ? »

Bref à la radio, fallait-il une maison ? La chute, par surcroît, dans son “ramassé” brutal et saugrenu, est d'une irrésistible cocasserie, il me semble.

Et encore, vous n'avez pas le son... la voix...

En avance sur le temps


Le journal d'août est en ligne avec quelques jours d'avance, en raison d'un départ pour la verte et montueuse Franche-Comté...

dimanche 26 septembre 2010

Quelque chose qui ne tourne pas rond

Très beau chapitre que celui intitulé Prêtres, dans le quatrième tome de La Grande Intrigue, de Taillandier. Il commence ainsi :

« Assez peu de temps, trois ou quatre mois peut-être, après son arrivée en tant que nouveau curé dans la paroisse de Vernery-sur-Arre, en 1967, le père Jean Noirac dut se rendre à l'évidence : il y avait quelque chose qui ne tournait pas rond. »

Le souffle de Vatican II est précisément parvenu à atteindre ce bourg imaginaire de l'Yonne, d'où part toute la pentalogie et dans lequel elle se déroule en grande partie – souffle que l'âge et la mauvaise volonté du curé précédent, le père Bordessoule, avaient pour un temps empêché de mettre à bas les coiffes des paroissiennes. Un peu plus loin, l'auteur introduit son motif, si je puis dire :

« Noirac était un petit homme gras, d'environ trente ans. Il était sérieux, sincère, de bonne volonté. Il considérait que la mission des prêtres était désormais de “réconcilier l'Église avec le XXe siècle” ; du moins avait-il loyalement accepté que ce fût là le mot d'ordre de son apostolat. En même temps, il avait des doutes. Le XXe siècle ! Le XXe siècle avait une façon qui n'était qu'à lui de parler du XXe siècle, sur un ton de gravité et d'importance. Le XXe siècle se faisait une haute idée du XXe siècle. Tout le monde aurait souri d'imaginer les gens de 1450, par exemple, s'exclamer : « Mais enfin !... Nous sommes tout de même au XVe siècle ! Voir des choses pareilles en plein XVe siècle ! » Au XXe siècle, on entendait couramment de tels propos, et personne ne souriait. »

Quelques pages encore, et cette notation à propos de la soutane :

« Avant, tout le monde savait ce qu'était un curé ; on en pensait du bien ou du mal, mais on savait. Sa silhouette noire, si souvent caricaturée, le posait dans le décor comme une référence ; il avait l'air d'un mot du dictionnaire se promenant avec sa définition. »

Le chapitre se clôt en 2008, lorsque le père Noirac est affecté à la formation des diacres et qu'il cède sa place à un prêtre africain, lequel devra courir d'une paroisse à l'autre, parce qu'il est seul pour en faire (sur)vivre douze ou quinze. Taillandier conclut :

« Bien d'autres choses le rendent tristes. En France, en 2008, on détruit des églises, on construit des mosquées. Impossible de dire la simple tristesse sans déclencher le feu roulant de lieux communs des journaux. Noirac n'est pourtant pas un croisé ni un brandisseur d'anathèmes. Simplement il n'était pas né dans ce monde et n'a pas été préparé pour ça. Il se réconforte et se soumet en se disant qu'avec le Christ, personne n'a jamais été “préparé pour ça” ni pour quoi que ce soit d'autre. Pierre, Jean et Jacques, et toute la clique, n'avaient pas été “préparés pour ça”. Jésus lui-même avait-il été “préparé pour ça” ? Avec le Christ, on n'est pas prêt. On n'est jamais prêt. Noirac le sait.
« Il se sait aussi atteint d'un cancer probablement incurable. Tout va s'achever pour lui. Une vie d'homme sera accomplie, usée, vidée, déversée dans le courant. Et personne ne pourra dire ce qu'elle fut.
« Il n'y a d'autre clef, mon Dieu, que celle que vous ne nous donnez pas. »

François Taillandier, Les Romans vont où ils veulent, Stock, pages 172 à 195.

Mais se préoccuper de ce que put être une vie terminée, disparue, simplement faire mine de s'y intéresser, est-ce que ce n'est pas déjà lâcher l'aveu un peu ridicule que l'on est resté coincé dans le monde d'avant ? Que le grand Maintenant se fabrique sans nous ?

Les romans vont où ils veulent


Juste un mot pour vous signaler que Bruno Maillé parle plus longuement et mieux que moi de la pentalogie de François Taillandier, dans laquelle je vais de ce pas me replonger. C'est ici.

samedi 25 septembre 2010

Il n'y a personne dans les tombes

Depuis une semaine, je suis occupé à lire La Grande Intrigue, une pentalogie de François Taillandier – le troisième roman de cette série portant le même titre que ce billet. N'étant parvenu qu'au premier tiers de ce volume, il m'est difficile de parler de l'ensemble bien sûr. Néanmoins, il apparaît clairement que Taillandier a réussi où Philippe Muray a échoué, à mon sens, à savoir dans la métamorphose romanesque des idées et des concepts développés par ce même Muray dans ses essais. Au travers de quelques familles, depuis le début du XXe siècle jusqu'à nos jours, c'est notre sortie de l'histoire qui est mise en scène, notre entrée dans une nouvelle conception du temps, devenu binaire d'après l'auteur : avant et maintenant – cet éternel maintenant s'occupant de liquider aussi rapidement que possible les dernières traces de l'avant. Le premier volume de cette pentalogie s'intitule Option Paradis, qui n'est rien d'autre que le monde voulu (?) et créé par Festivus festivus à son propre usage. Un petit extrait, pour dire :

« Au bas de la rue, la municipalité de Paris avait implanté deux de ces modestes sucettes marron qui indiquent les lieux historiques. Qui a inventé la sucette pour l'histoire ? On aimerait le connaître, l'inventeur de la sucette marron ! Qu'il se dénonce ! Deux sucettes marron, rue de Belleville, indiquent l'une, le bal Desnoyez, l'autre, le bistrot du bagnard Maxime Lisbonne. Qu'est-ce que c'était, le bal Desnoyez ? Qui était Maxime Lisbonne ? Allez voir. Les sucettes marron vous le diront. De toute façon, il n'y a plus rien derrière elles. C'était la vie d'avant. La sucette marron désigne invariablement ce qui est mort une bonne fois pour toutes. La sucette marron, ou : Paris cimetière. La sucette marron est l'ultime signal de la vie d'avant. D'avant quoi ? D'avant rien. D'avant la sucette marron. Quand on installe des sucettes marron pour signaler la vie, c'est qu'il n'y a plus de vie. Passez muscade ! »

François Taillandier, Il n'y a personne dans les tombes – La Grande Intrigue III, Folio, page 92.

jeudi 23 septembre 2010

Une femme que l'on aime... vous prive des autres femmes...

Ce que j'aime, dans cette musique, que j'écoute en ce moment même, celle de Jérôme Vallet, c'est à la fois sa violence et sa bouffonnerie, les deux se mêlant dans une sorte de contrepoint, parfois doux (très), parfois violent (très aussi). Tout artiste est bouffon, et c'est même sans doute à cela qu'on peut le reconnaître. Un musicien sérieux (ou un écrivain, ou un peintre) sera toujours une grosse merde, surtout s'il se vend comme "provocateur", ou encore comme "rebelle", voire comme "iconoclaste". Un artiste est un bouffon. Pur. Il fait rire, y compris et surtout avec son malheur propre. Il se fout du lien social, de votre solidarité, de la tolérance obligatoire – il cherche juste à s'élever au-dessus de vous, de moi. Un artiste est forcément un type désagréable, de ce point de vue : il sait que certains humains sont supérieurs à d'autres, et c'est bien ce qu'il veut être : supérieur à vous, et à moi. Et, en général, il y parvient.

Je parle des véritables artistes : de ceux qui pratiquent un art. Pas des chanteurs, des bidouilleurs de BD, des rockers, des auteurs de polars, etc. Non, non : des artistes. De ces gens qui nous dépassent, de ces gens supérieurs que, pour cette raison même, vous ne supportez pas, à cause de cette brûlure qu'ils vous occasionnent par leur existence même.

Mais j'ai dévié. Je voulais au départ parler d'une science du contrepoint, dans cette musique que j'écoute. Mais naturellement, personne n'est moins qualifié que moi pour parler de contrepoint.

Il reste que la porte est ouverte, et qu'il pleut, et que cette pluie qui tombe se marie parfaitement avec la musique que j'écoute.

La Delse, faut qu'elle arrête la fumette (et pas qu'elle)


J'ai pris la Delse comme exemple parce que je l'avais sous la main (c'est bien pratique, pour ça, mon asile...), mais enfin elle n'est pas la seule. Je voulais dire ceci, à mes petits camarades blogueurs : arrêtez donc, bande d'abrutis, de mettre vingt ou trente liens par billet que vous écrivez. Personne ne “clique” dessus. On s'en fout. Vous êtes des malades. Il y a les malades peu atteints, comme Corto par exemple, dont on comprend tout de même ce qu'il veut dire – mais, le lisant, on a envie de lui dire : arrête de te faire chier avec ces petits soulignés bleus, on n'ira pas ! Et puis, il y a les vrais psychotiques, comme la Delse. Je ne sais pas si ses billets deviennent compréhensibles quand on clique : je ne me suis jamais risqué. Mais, comme ça pour voir, essayez d'aller lire ceci, et dites-moi si vous avez pigé quelque chose : je suis intéressé par le résultat.

En plus, elle sera contente : si je n'étais pas là, personne ne la lirait.

Solidiste avec les grèvaires

Depuis ce matin, dans l'immeuble qui abrite mes coupables activités professionnelles, traînant un peu partout : table du hall, ascenseurs, bureaux, etc., on peut trouver de petits carrés de papier rouges d'environ cinq centimètres de côté, sur lesquels est écrit ceci :

NON À LA RÉFORME DES RETRAITES

SOLIDAIRE AVEC
LES GRÉVISTES


Dans ma jeunesse, et jusqu'à une date somme toute récente, les jours de grève offraient deux possibilités aux pue-la-sueur : la faire ou ne la faire pas. Dans le premier cas on était un travailleur exemplaire, conscient et combatif ; dans le second cas un jaune.

Les modernœuds de notre si merveilleuse époque ont donc inventé une troisième catégorie : le jaune solidaire. Je viens gagner ma croûte comme tous les jours, mais je suis de tout cœur avec vous, les gars. On imagine le type arrivant face au piquet de grève, le matin :

Le gros bras bedonnant de la CGT : – Tu fais pas la grève, camarade ?
Le jaune : – Euh, non... j'ai trop de boulot et j'ai besoin de thunes. Mais attention, chuis solidaire ! J'ai mon petit autocollant et même un mot de mes parents...
Le gros bras : – C'est bon, les gars, laissez-le passer, il est des nôtres.

Et le plus comique, dans cette histoire, c'est que j'ai en effet croisé quatre ou cinq bipèdes des deux sexes qui s'étaient placardé le petit badge sur le sein gauche. À la place du cœur, là où se niche la solidarité.

mercredi 22 septembre 2010

Proust et Céleste m'ont crucifier...

Troisième volet d'une série de quatre – pas loin de la sortie, donc. J'avais tout bétonné, comme un gamin idiot : « Si j'écris aujourd'hui mes 8000 signes sur Proust & Céleste, on prend l'apéritif ce soir. Sinon, non. » Voilà ce que j'ai dit ce matin à l'Irremplaçable, avant de partir faire le guignol à Levallois-Plage.

Ce soir, je suis... comment dire ? Frustré ? Non. Furieux ? Un peu. Découragé ? Pas tout à fait. Un peu des trois ? Sans doute. Bourré ? L'occasion était belle.

J'ai écrit 13 000 signes, sur les 8000 qu'on me réclamait, me demandant comment j'allais faire pour raconter quelque chose d'intéressant en moins de 30 000 signes. En peinant comme un jeune con qui pond son premier article (tête qui enfle, chaleur à tous les étages, certitude d'être nul, incapable de faire quoi que ce soit de propre). Et, chaque phrase poussant l'autre, la certitude de produire de la merde en barre, de passer à côté de ce qu'il fallait dire, d'être celui qui n'aurait pas dû écrire cela – imposture totale.

Je n'ai rien relu, on verra demain. Ne venez pas me dire que personne d'autre que moi n'aurait pu mettre debout ce petit mausolée : je le sais bien. Mais la gueule du mausolée, franchement... Ce soir, j'ai honte de ce qui est sorti de mes doigts et de ma tête. Je n'ai pas hâte du tout d'être à demain pour relire ce salmigondis dont j'espérais être content. Je me voyais même aller demander à mon patron l'autorisation de reproduire, après publication, ce texte ici même, sur ce blog : on voit bien à quel point l'auteur se rengorge...

Dieu du ciel, jamais ! Que Marcel et Céleste (Albaret, évidemment, pas l'autre grosse conne) me pardonnent : non seulement j'ai tout raté l'affaire, mais en plus ce sera publié. Et ce sera bien fait pour ta gueule, auteur : c'est toi qui as écrit ça ; c'est toi qui pensais pouvoir produire quelque chose... un texte lisible... Enfin, bon.

mardi 21 septembre 2010

Et nous mourrons dans un dernier grand rire...


Par la crémation, les hommes deviennent des morts portables, comme des téléphones ou des ordinateurs – résolument modernes, presque fun.

lundi 20 septembre 2010

Rien à vous dire, mais les culs de singe ça va cinq minutes...


Un petit mot tout de même, pendant que je suis là ? Alors, voyons... Le temps est beau... Le quatuor de Schubert aussi (celui dont on retrouve quelques mesures chez Jérôme V.)... Je devrais être occupé à écrire huit mille signes sur Paul Léautaud et son Fléau, mais comme je peux encore, à l'extrême rigueur, ne rendre l'article que demain, j'attends, au bord de l'hébétude... Voilà, c'est à peu près tout... Il y aurait bien le fait que ma pipe vient de s'éteindre, mais là, vraiment...

dimanche 19 septembre 2010

Pascal Picq et Maman Goux

Ce matin, poursuivant sa lecture de la Nouvelle histoire de l'Homme de Pascal Picq, l'Irremplaçable est tombée sur ces deux phrases, assez énigmatiques dès lors qu'on les extrait de leur contexte, ce que je m'empresse de faire :

Les années 1960 et 1970 voient l'arrivée des femmes dans les universités ainsi que la conquête de leurs droits. La vie des babouins va en être bouleversée !

Certes, certes.

samedi 18 septembre 2010

Sont parfois pénibles, ces filles...

Déjà je n'appréciais que très modérément que l'Irremplaçable ait pu connaître ma propre mère avant moi. Mais alors là...

Hier soir, nous recevions Isabelle G., Québécoise de souche, pour qui j'ai éprouvé une passion absurde et violente aux alentours de ma vingt-troisième année, c'est-à-dire vers 1978-1979, avec un léger débordement sur 1980 – passion non réciproque, comme il se doit dans les belles histoires de la vie réelle.

En dehors d'un croisement fugitif il y a douze ans, alors qu'elle était enceinte jusqu'aux dents, je n'avais pas revu Isabelle depuis lors. Je me suis trouvé face à elle comme Verlaine à la femme de son rêve étrange : ni tout à fait la même ni tout à fait une autre, et la soirée – fort agréable – a passé sans que je parvienne à faire coïncider tout à fait ces deux images. Fort sentiment d'étrangeté.

Lequel s'est encore renforcé lorsque Catherine et elle se sont avisées qu'elle s'étaient trouvées au même endroit, à Québec, le 14 juillet de l'année 1975, à l'occasion de la fête donnée par le consulat de France – soit trois ans avant que je ne fasse moi-même la connaissance d'Isabelle. Peut-être se sont-elle parlé, ce soir-là, ces deux femmes de ma vie ? En tout cas, je me plais à le penser. Même s'il m'énerve un peu que Catherine, cette fois encore, soit passée avant moi...

vendredi 17 septembre 2010

Qui a perdu sa petite culotte rose ?

Il y a environ une heure, sur le trottoir de droite (je ne prends jamais les trottoirs de gauche, par peur de la contamination) de la rue Thierry-Le Luron, j'ai vu une petite culotte de fille, rose. Elle semblait toute désemparée, et, Dieu sait comment et pourquoi, me sont revenus deux vers de Brassens, dans lesquels il parle d'une poignée de main – car certains chanteurs, notamment lorsqu'ils sont sétois, ont cette faculté de s'intéresser aux poignées de main délaissées par les hommes :

Quelque peu décontenancée
Elle était là dans le fossé.

Et tel était bien le sort de ma petite culotte rose.

Juste après, j'ai croisé un jeune homme qui ressemblait à Denis Barthès (l'un de mes deux plus vieux amis – l'autre étant Carlos –, connu le 23 novembre 1972 et perdu de vue depuis 13 ans, comme s'il s'était évanoui dans l'air), tel qu'il était il y a trente-cinq ou trente-six ans, lorsque nous logions ensemble au 21 de la rue de Patay – Paris treizième. On notera que vivre rue de Patay lorsqu'on débarque d'Orléans ne manque pas d'une certaine cohérence johannique. Cet inconnu lui était à ce point identique que c'en devenait presque choquant d'illogisme temporel.

Il se passe de drôles de choses, à Levallois-Perret. Et je ne serait même pas plus surpris que cela si je voyais soudain resurgir un amour de fin d'adolescence avant que se termine la journée...

(Et tandis que j'écris cela, passent sur Levallois des nuages absolument magnifiques.)

jeudi 16 septembre 2010

Les mots ça console et ça venge (et Georges tout pareil)

Alors voilà, je vais vous dire un truc, aux uns et aux autres. À propos de Georges (et à propos de celle qui parlait si gentiment et qui ne parle plus). En admettant qu'il doive ne me rester qu'un seul commentateur sur ce blog – en admettant. Eh bien, ce serait lui et personne d'autre. Parce qu'il est musicien, et pas vous. Et pas moi non plus, malheureusement. Comment vous dire ? Pas facile...

Moi-même je ne savais pas que j'allais aimer cette musique-là. Et même, en fait, j'étais certain de détester. Et puis...

Et puis non. Évidemment, je ne peux rien faire pour vous, je ne peux pas vous forcer à éouter ...

Vous êtes assez nombreux à gagner mes suffrages, mais enfin, tout de même, Georges vous dépasse assez facilement. (Et ne vous demandez pas pas pourquoi de Gaulle illustre ce billet : lui le sait.)

« Bref... fallait-il une maison ? »

Oui, tiens : fallait-il une maison ? Mais ça ne va plus du tout, Louis-Ferdinand Céline !
Le bruit est resté longtemps dans ma tête. La voix du Général...

Une chose reste certaine – mais alors là, vraiment certaine : on ne peut pas faire une nature morte avec un violon.

Comprenne qui pourra.