jeudi 20 janvier 2011

Le casting, c'est de la discrimination décomplexée !

C'est une question que je me suis plusieurs fois posée, et que Balmeyer, en commentaire chez Suzanne, m'a remise en mémoire : comment les responsables de castings – au cinéma notamment – se débrouillent-ils pour obtenir les comédiens qu'ils désirent sans heurter la sensibilité de qui que ce soit, sachant que heurter une sensibilité est à notre époque l'un des innombrables péchés capitaux ? Par exemple, si tel film comporte un personnage d'adolescente laide, obèse et imbaisable, comment rédige-t-on l'annonce, si annonce il y a bien ? Ou bien quel parent présenterait sa progéniture à un casting réclamant un enfant mâle de neuf ans à l'air profondément stupide ? Enfin, vous voyez le problème : si quelqu'un a des lumières à ce sujet, je suis preneur.

Et puis, bien entendu, il y a l'amusant corollaire que les plus mauvais esprits d'entre vous ont déjà commencé d'imaginer : qui, de nos jours, prendra le risque de dire qu'il souhaite engager un Arabe à l'air méchant et n'engager que lui ? Ou un Antillais au sourire stupide ? Un nain particulièrement contrefait ? Une Chinoise du sud repoussante ? Un Caucasien monstru… (ah non, ça, c'est possible). Vous la sentez, la grosse discrimination ? La stigmatisation en 3 D ? Quand j'y pense, je suis bien content de n'avoir pas fait marchand de castings, comme métier.

35 commentaires:

  1. ha ha ha !

    Purée, votre illustration...

    Il n'y a peut-être que dans cette profession et celle de policier, où l'on vous demande le "type" de la victime ou de l'agresseur qu'on appelle un chat un chat.

    Il y avait eu une petite affaire avec un filmeur de téléfilms qui cherchait pour une millième version de "Sans famille" un petit garçon pour lequel il n'avait rien précisé, supposant que tout le monde avait lu le livre, et qui avait écarté pour motif racial un petit eurasien.

    RépondreSupprimer
  2. ...mais Balmeyer répond bien à votre billet, quand il dit que dans la vraie vie, on ne s'embarrasse pasde ces pinailleries. Dans les castings non plus.

    RépondreSupprimer
  3. Ouh la ! Recaler un petit Eurasien pour Sans famille ? Mais c'est très dangereux, ça ! Car, à ma connaissance, Hector Malot ne précise nulle part que Rémi est blanc…

    Et puis, si vous faites valoir le bon sens, on vous rétorquera que des cantatrices noires ont été Carmen ou la comtesse des Noces, etc.

    Et, au fond, aura-t-on vraiment tort ? Voir Rémi joué par un gamin africain ne me choquerait pas plus que ça, s'il n'y avait pas tout le contexte, si je ne comprenais pas tout ce dont on essaie de me persuader en choisissant un gamin africain.

    Compliqué tout ça…

    RépondreSupprimer
  4. Eh bien moi si, ça me choquerait, ça n'aurait aucun sens. Enfin, comme vous dites, c'est le discours qui va avec que je trouverais pénible. Refilmons tous les classiques de la littérature jeunesse pour mieux s'adapter à la diversité des origines et des physiques des enfants en France. On aurait une Cendrillon noire, une Blanche-neige asiatique et un Petit Poucet arabe ? (et pour la Case de l'Oncle Tom, on prend des islandais ?)

    RépondreSupprimer
  5. Alors, là, vous avez raison ! Tournons un Huckleberry Finn avec un gamin blond aux yeux bleus, et non seulement personne ne se privera de dire que c'est stupide, mais en plus les officines noires habituelles sont foutues de gueuler parce que ce sera une atteinte à leur fierté, leur dignité et je ne sais quoi d'autre.

    Sinon, évidemment, il est préférable que Carmen ait le type andalou plutôt que bantou, que Sieglinde soit blonde plutôt que brune ou qu'Isolde ne soit pas une quinquagénaire de 80 kg. Seulement, le talent entre en ligne de compte, aussi…

    RépondreSupprimer
  6. Parfaitement, Suzanne! Il n'a jamais été précisé que Cendrillon était banalement caucasienne. Ce manque de précision montre bien le côté ethnocentré, étriqué, etc. et le manque d'ouverture d'esprit des peuplements "primitifs" d'Europe (pour les autres, on dit "premiers")

    à ce propos, dialogue jouissif entre un producteur et un réalisateur chez Nico :

    http://preemigration.blogspot.com/2011/01/la-question-de-ladaptation.html

    RépondreSupprimer
  7. Si vous parlez trop de Cendrillon, vous allez vous prendre les féministes sur le coin de la gueule, je vous préviens... Et si vous choisissez une Portugaise au casting, j'vous dis pas...

    RépondreSupprimer
  8. Vu le chômage parmi les acteurs, je pense que la simple perspective de décrocher un rôle évite que l'on se pose trop de questions quant à la nature de ce rôle (apparence physique, intelligence, etc.).

    D'autre part, quand on cherche quelqu'un de vraiment moche, on peut sans problème prétendre chercher des beautés : bien des laiderons se prennent pour des canons.

    Si la laideur du personnage est clairement exprimée dans le scénar,
    on peut expliquer que grâce aux prouesses des maquilleuses, on devrait parvenir à enlaidir suffisamment l'acteur. Après tout, Jean Marais a bien joué la bête.

    Et puis il y a les euphémismes: on peut chercher une femme "ronde", un personnage "fortement typé", un regard "rêveur"...

    Ça ne doit pas être si difficile que ça, vu qu'ils y parviennent.

    RépondreSupprimer
  9. "Il n'a jamais été précisé que Cendrillon était banalement caucasienne." a dit quelqu'un. ç'aurait été une erreur parce qu'elle ne l'est précisément pas.
    Tous les spécialistes du folklore ayant comparé les différentes versions connues du conte et de ses variantes s'accordent à y voir une origine asiatique. Cendrillon a une petit pied recroquevillé d'antique chinoise (une pratique effectivement antiféministe et condamnée comme toutes les mutilations appliquées aux femmes, mais les instances féministes ont gagné: les chinoises se laissent désormais pousser les pieds depuis des lustres).
    De même, sa pantoufle est de "vair" (une fourrure haraldique), c'est à dire fourrée (usage traditionnel chez les peuples des steppes) et non pas de "verre".
    Par conséquent, le dessin animé de Walt Disney commet une double erreur avec son personnage blond et son escarpin de cristal, d'assez mauvais goût. Ce qui n'empêche pas son œuvre d'être dans l'ensemble une réussite.
    Pareil pour Blanche-Neige, dont la version la plus célèbre est celle de Grimm. Avec ses sept nains, il s'agit clairement d'un conte d'origine nordique. Elle ne peut-être que blonde aux yeux bleus, et en aucun cas être la gracieuse personne brune comme une petite italienne méridionale qu'a inventé Disney, et qui fait désormais partie de notre imaginaire, ce qui n'empêche pas son dessin animé d'être un des meilleurs du genre.

    RépondreSupprimer
  10. Où avez vous trouvé cette photo de Balmeyer ?

    RépondreSupprimer
  11. Bon, vous m'accorderez la blondeur d'Isolde et la brunitude de Carmen, tout de même ?

    RépondreSupprimer
  12. Nicolas : c'est Zoridae qui me l'a fait passer discrètement.

    RépondreSupprimer
  13. "un Arabe à l'air méchant [...] ? Ou un Antillais au sourire stupide ? Un nain particulièrement contrefait ? Une Chinoise du sud repoussante ? Un Caucasien monstru… "

    Vous faites un concours de pléonasmes ?

    (smiley les gens, la Halde et tout ça).

    RépondreSupprimer
  14. Nicolas encore : vous prenez des risques inconsidérés, là ! Le "smiley" n'excuse pas tout, gaffe…

    RépondreSupprimer
  15. Hé ho ! J'ai le droit de dire des conneries, je suis de gauche.

    RépondreSupprimer
  16. Ah oui, c'est vrai, j'oublie tout le temps…

    D'un autre côté, gardez présent à l'esprit que vous n'êtes pas LA VRAIE gauche !

    RépondreSupprimer
  17. Blanche-Neige: Une reine se désolait de ne pas avoir d'enfant. Un jour d´hiver, alors qu'elle était assise près d'une fenêtre au cadre d'ébène, elle se piqua le doigt en cousant et quelques gouttes de sang tombèrent sur la neige. « Ah ! » se dit la reine, « Si j´avais un enfant, au teint blanc comme la neige, aux lèvres rouges comme le sang et aux cheveux noirs comme le bois d´ébène ! ». (Grimm)

    Noirs comme le jais, les cheveux !

    RépondreSupprimer
  18. Dorham: pas seulement les féministes... Dans les contes de Perraut, les riches sont beaux et les pauvres laids. Les sentiments élevés vont aussi avec la richesse.

    RépondreSupprimer
  19. PerrauLt.

    Et le vair, c'était de la fourrure d'écureuil.

    RépondreSupprimer
  20. Perrault président ! Perrault président !

    RépondreSupprimer
  21. Ah ! Non ! Pas un noble. Le comte de Perrault, président, ça ne ferait pas sérieux pour le peuple.

    On est bien dans un blog réactionnaire, ici.

    RépondreSupprimer
  22. Didier : ah, non ! On a déjà eu un furher qui était pire qu'un ogre, et qui ne recrachait même pas les petits enfants qu'il tuait.

    RépondreSupprimer
  23. Un exemple délirant de casting est le recrutement de la chorale de feu Michael Jackson : il fallait des enfants (bien sûr) "entre 5 et 13 ans, capables de parler la langue des signes et [qui] soit composée à parts égales de noirs, de blancs, de métis et d’asiatiques."

    L'exemple est extrême, mais il est troublant de voir dans cette volonté de "bien faire" une implacable sélection, du comptage, strict.

    Sans compter le "langage des signes", qui demeure un mystère, sans doute pour plaire au public sourd de son spectacle.

    RépondreSupprimer
  24. Tristan et Iseuld étant un vieux conte celte (dont d'ailleurs les racines pencherait plus vers la Bretagne que l'Irlande selon certains historiens) , on peut rêver à une Iseuld Rousse ...

    RépondreSupprimer
  25. Belmeyer : pour plaire à ceux RENDUS sourds PAR son spectacle.

    RépondreSupprimer
  26. Il y a le casting de certains ministères:le ministre le plus stupide...le plus corrompu...le moins dérangeant....le plus félon...le plus raciste... je laisse des blancs...(des espaces, je veux dire.)

    RépondreSupprimer
  27. Pas marchand de casting toi?? comment fais tu pour choisir les personnages qui composent les BM ?? :)

    RépondreSupprimer
  28. igor_et_grishka_bogdanoff20 janvier 2011 à 20:52

    La photo, c'est ma soeur.

    RépondreSupprimer
  29. Eh, mais c'est moi à 20 ans ! J'étais pas si mal, finalement.

    RépondreSupprimer
  30. D'abord Perrault dit verre, allez vérifier, je l'ai raconté il y a un mois à des collégiens somnolents ; ensuite il y a dans les 2800 versions de ce conte dans le monde entier, autant dire qu'il y en a de toutes les couleurs et de toutes les sortes ;
    pour finir, une Isolde brune pesant plus de 80 kilos (suédoise cependant) j'ai vu ça dans ma jeunesse, et je ne le regrette pas, morbleu.

    RépondreSupprimer
  31. Je sais pas pour quel rôle elle "caste", la nana de la photo, mais si on faisait un film sur Isabelle Alonso (héroïne du combat des femmes pour avoir des couilles et du poil aux pattes comme tout le monde), elle aurait sa chance : elle a les gencives.

    RépondreSupprimer
  32. Suzanne, vous savez, la BBC a déjà commencé: dans certaines de ses séries récentes, on peut notamment découvrir un Robin des Bois accompagné d'un Frère Tuck noir et expert en arts martiaux, ou une cour de Camelot franchement "diversifiée" (Guenièvre a un papa black etc...).
    Plus anecdotique, un très bien fichu dessin animé irlandais récent, "Brendan et le Secret de Kells", censé se dérouler dans un petit monastère de l'île d'émeraude au VIII° siècle, y voit figurer un moine noir et un asiatique... What are the odds, hein?
    (cela dit, l'auteur du dessin animé a également expliqué dans l'Irish Times la raison pour laquelle le Livre de Kells n'y est jamais appelé "Bible" ou "Evangiles" mais simplement "Le Livre": c'est sur demande des co-producteurs français, soucieux de la bonne réception de l'oeuvre dans les villes de l'Hexagone... Sick.)

    RépondreSupprimer
  33. [hemm... j'ai écrit "villes", j'aurais pê du mettre "banlieues" pour être plus claire. Il s'agissait explicitement de ne pas heurter les p'tits spectateurs muzz.]

    RépondreSupprimer
  34. Pistache: en fait, je me demande si j'ai raison. Rémi ne PEUT pas être noir, sauf si on fait une adaptation de "Sans famille". Il ne peut pas être noir comme ça, tout simplement, sans vouloir dire quelque chose d'autre que ce que l'auteur a écrit initialement. Un téléfilm inspiré de "sans famille" avec un Rémi noir ne serait pas sacrilège ou impossible, mais ce ne pourrait être une adaptation fidèle. Il ne pourrait pas être unijambiste, ou fille, ou très laid, non plus.

    RépondreSupprimer
  35. Suzanne, vous avez raison, puisque Rémi est le descendant d'une famille noble anglaise, et qu'à l'époque à laquelle l'histoire est censée se passer, les aristocrates anglais sont tous mélanodermes.
    Maintenant, comme vous dites, si on fait une adaptation, tout est possible, même que Rémi soit l'arrière-petite-fille d'ET et de Frankenstein.

    Barbara.

    RépondreSupprimer

Les commentaires anonymes seront systématiquement supprimés, quel que puisse être leur contenu, voire leur intérêt.