vendredi 15 février 2013

Si les muets donnaient de la voix…

Je suis tombé dessus à peu près par hasard ; je l'avais oublié, il m'a fait sourire. J'ai pensé qu'il pourrait vous faire le même effet…

C'est d'un très bon œil que l'on a d'abord vu les aveugles cesser de l'être pour devenir des non voyants, il y a déjà nombre d'années. On pensait alors, un peu naïvement, que ce phénomène de polissage linguistique resterait unique, mais nos amis sourds ne l'ont pas entendu de cette oreille : pas question de se contenter de cet acquis primordial, de s'endormir sur notre unique laurier, de s'abandonner dans les bras de morphème ! Et c'est ainsi qu'ils ont eu droit, eux aussi, à leur petit toilettage lexical en devenant des mal-entendants. Certes, des esprits chagrins purent déceler déjà un certain gauchissement du principe de départ, car mal entendre n'est pas tout à fait ne rien entendre. Mais enfin, mieux valait tout de même ça que d'être sourd.

Ensuite, les Diafoirus du langage prirent la question de plus haut et, comme on naturaliserait en bloc, pour avoir la paix, des hordes lampédusiennes, ont décidé de régler en une seule opération le cas de tous les infirmes. Il en ont d'abord fait des handicapés, puis des personnes-en-situation-de-handicap – on en est là, à l'heure où je vous parle.

Mais nul ne semble s'être avisé, à propos de parler, que pendant ce temps les muets, eux, restaient muets. Certes, on peut comprendre que le défaut de porte-parole ait nui à leur cause, mais tout de même. Quoi ! il ne se serait trouvé personne pour néologiser en leur faveur ? Pas une âme compatissante pour faire d'eux des non-parlants ? À la rigueur des mal-jactants ? Voire des défiés du babil ? Ou pourquoi pas, si on a un peu de temps devant soi, des personnes en situation d'empêchement phonétique ?

Eh bien je le dis à leur place, puisque élever la voix reste dans mes cordes : il est temps que cesse cet ostracisme, pour ne pas dire cet ost-racisme ! Rapidement, tous ensemble, changeons le nom des muets ! Et écoutons la différence.

31 commentaires:

  1. Votre allusion aux personnes en situation de handicap, c'est par défi envers le premier sinistre dont la ville vient de perdre la pôle-position (quel honneur !) pour la mobilité* d'icelles, n'est-ce pas ?

    Amicalement.
    Al
    *j'ai failli parler de circulabilité ; je n'ai pas osé.

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    1. Ah mais vous auriez dû : c'est très très bien, circulabilité !

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    2. On entend aussi beaucoup « personne à mobilité réduite ».

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    3. "très très bien", comme vous y allez -mais je suis très très touché par ce que je prends comme un compliment. En revanche, Nantes première ville des personnes à mobilité réduites -ou à circulabilité améliorée pour elles-, je me demande si c'est très vendeur.

      Ce qui est certain, c'est que nos sinistres élus font tout, absolument tout, pour la rendre impraticable, pour le simple piéton, le cycliste, le cyclomotoriste et l'automobiliste.

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  2. Quelle technicienne de surface fera le ménage dans les écuries d'Augias de cette vieille langue française réactionnaire et discriminante ?

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    1. Tss ! on ne dit plus “écuries” mais “lieux d'hébergement chevalins”, vous devriez le savoir ! Ou, aussi, “ centres d'accueil hippophiles”.

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    2. Mépadutou. On dit usine de lasagnes.

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  3. Mines de lasagnes, Aristide, MINES !

    En attendant, personne n'a quelque chose pour remplacer "muet".
    Je proposerais bien "personne en situation d'a-oralité" mais...

    - hein, d'amoralité ?
    - non, d'a-oralité.
    - c'est sexuel ?
    - mais non, c'est pour les muets, quoi...

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    1. Comment ça "personne" ? Je vous en propose au moins trois, des remplaçants !

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    2. Oui mais ils ne sont pas bons. Deux familiers, et un pas bon, car non-parler ne fait pas de vous un muet constitutionnel.
      ... et s'il n'y AVAIT PAS DE MOT ? (Angoisse).

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    3. Comment ça “pas bons” ????? Mais je vous merde !!!!!

      (Je rappelle à tous mes commentateurs que, selon une tradition bien établie, ils sont censés se comporter en parfaits bénis-oui-oui vis-à-vis du demi-dieu qu'est le taulier de ce blog. Merci.)

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    4. Non mais dites donc ! Allez me chercher Catherine, là !

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    5. Mais elle est là ! Regardez mieux, espèce d'offusquée du nerf optique…

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    6. ...J'ai vu ! Venue assister son lumignon céleste, alambiqueur de périphrase, bouilleur de métaphores !

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  4. Sinon, "les silencieux" serait joli.

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  5. Merci pour la douce rigolade, cher Didier.

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  6. Bien vu dîtes-donc Didier.
    Je l'avais pas encore relevée celle-là, mais en effet, c'est très juste. On passe du sourd au mal-entendant.
    Je crois que si l'anéantissement de la langue française était une pêche, on aurait du poisson tous les jours.

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  7. Pas du poisson, malheureux ! Du ressortissant de milieu aquatique…

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  8. Ben quoi?
    mon parent 1 était une Personne Mal Entendante et en Situation de Handicap
    et mon parents 2 était Technicienne de surface…
    ça vous défrise? (Euh ! comment on dit "défrise" maintenant?)

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    1. Ça vous désentortille le capillaire ?

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    2. Oh ! vous causez bien le Social-Démocrate vous alors!!

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    3. Je l'avais pris en première langue, au bahut : pas fou, je pressentais l'avenir…

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    4. Je suis devenue une « petite (vieille) entortillée du capillaire gracieuse » ?

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    5. Ah oui, ça me plaît beaucoup, la petite entortillée du capillaire gracieuse !

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    6. Grrr Chaud Chaud la Saint Valentin ! euh ? je veux dire La "Love Pride Pour tous"…

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  9. Le mieux, c'est quand même "personne en situation de mutité".

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  10. Un mal entendu, mais ça se dissipe facilement.

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  11. Réponses
    1. Dites donc, je vous signale que j'ai pris la peine de l'annoncer en deux lignes, que c'était un vieux billet !

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