lundi 25 mars 2013

C'est un joli nom, camarade…


Un lycéen a été poignardé, à Blaye, au sein de son établissement scolaire, le 19 mars. Il en est mort, il s'appelait Sylvain, apprend-on dans les différents journaux en ligne qui, manifestement, se recopient les uns les autres à la virgule près. Quand on est mort assassiné, on a droit à un prénom, en France. Peut-être même s'agit-il de son véritable prénom.

Ces mêmes journaux en ligne – qui portent si bien leur nom, eux – nous indiquent, avec le même impeccable ensemble, que Sylvain a été poignardé par un camarade. Un camarade. Ce que les mots veulent dire.

Quand on tranche plus ou moins la carotide à un camarade, on n'a pas droit à un prénom ; même pas à un faux. On est juste l'agresseur présumé. Ou encore le mis en cause. Pourquoi une telle pudeur ? On nous dira sans doute qu'il s'agit de protéger l'assassin présumé. D'abord, il ne doit pas l'être tellement, présumé, puisque son acte de camaraderie s'est produit au cours d'un atelier de plomberie, c'est-à-dire au vu et au su des autres élèves ; et que, par conséquent, la moitié au moins de la ville de Blaye doit savoir de qui il s'agit. D'autre part, en quoi le fait de donner son prénom le mettrait-il en danger ? En principe, à l'heure qu'il est, il doit être plutôt en détention qu'à traîner à la terrasse chauffée des bistrots de la ville, je suppose ; donc, hors de portée d'une éventuelle vengeance d'un ami ou parent de Sylvain qui, à son tour, se sentirait une poussée de camaraderie à son endroit. Pourtant, il n'a pas de prénom. Il est le mis en cause. Ce que les mots veulent dire, et ce qu'ils taisent.

On peut bien entendu imaginer encore deux ou trois autres raisons plus plausibles à cet anonymat unanime. Mais à quoi bon ? Les gens que la mort de Sylvain Tout-Court a atteints de plein fouet savent déjà à quoi et à qui s'en tenir, quant au mis en cause Sans-Prénom. Et ils vont avoir du temps pour méditer sur la notion de camaraderie.

32 commentaires:

  1. C'est affreux... Quand la sémantique cache des aspects nauséabonds, ça chlingue davantage...
    (cette histoire m'avait écoeuré et attristé...)

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    1. D'un autre côté, il faut bien que jeunesse se passe.

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  2. C'est vous qui bossez dans la presse. Nous, on est tous camarades.

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    1. Vous pouvez avoir des camarades, mais ne leur tournez pas le dos.

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  3. Le coupable présumé se prénomme Quentin et a 17ans...

    Il ne s'appelle ni Ahmed, ni Mustapha et c'est bien là que le le bât blesse l'âne Didier Goux.

    Où tel est pris qui croyait prendre.

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    1. Et pourquoi donc pensez-vous à Ahmed ou à Mustapha ? Il ne faut pas laisser parler votre inconscient aussi fort, mon cher !

      D'autre part, vous le sortez d'où, votre Quentin ?

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    2. @ Didier: Oh vous savez, cui cui est un mulet bâté se prenant pour un subtil, sympathique et joli canari des îles.
      Ce meurtre ne lui aurait tiré quelques larmes d'attendrissement que si la victime s'était appelée Ahmed ou Mustapha. Mais puisqu'il ne s'agit que d'un Sylvain ou Quentin, pour lui c'est tout au plus un regrettable incident à mettre sur le compte du remboursement des méfaits coloniaux.

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    3. "c'est bien là que le le bât blesse"

      (soupir de satisfaction et bon point accordé au camarade Cui-Cui)

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    4. Le remboursement des méfaits coloniaux durera-t-il autant que celui de la dette ? Le bon peuple retient son souffle…

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    5. On ne dit pas un "mulet bâté" mais un "mulet batsé" Toutes les spécialistes en linguistique vous le diront.

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    6. Mais c'est quoi cet oiseau?
      Vous en voulez des exemples où les salopards n'ont pas de prénoms du calendrier? Vous en voulez des photos de victimes et d'agresseurs?
      Votre déni de réalité et cette fausse façon de faire la morale tout en restant cool fait de vous un bel ambassadeur de la bien pensance.

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    7. @ Suzanne: non pas un "bon point", il vient de marquer un point Spartak, il fait un championnat avec Rose Bonbon, c'est à çui qu'en marquera le plus. Les paris sont ouverts.

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  4. Si un "camarade" vous égorge, on se demande jusqu'où pourrait aller un ami...

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    1. Et le slogan "touche pas à mon pote" en devient tout à fait obsolète.

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    2. Et on frémit de savoir jusqu’où irait un ennemi....

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  5. Robert Marchenoir25 mars 2013 à 23:47

    La plomberie c'est dangereux.

    Si ce garçon avait fait du grec ancien il serait vivant à l'heure qu'il est.

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    1. Ne nous plaignons, il aurait pu faire boucherie.

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  6. Je me suis fait la même remarque en écoutant les infos que ce terme de 'kamarad' avait bien évolué remarquez quand on voit le binz de dimanche les cousinades aussi ;.)

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    1. D'un autre côté, le même terme employé par les communistes n'était guère plus attrayant – au moins dans ses conséquences.

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  7. Si vous tirez à la kalashnikov sur une voiture en plein centre-ville, vous ne serez jamais qu'un tireur présumé. Et les passagers de l'auto verront accourir la "cellule psychologique". Notre monde est ainsi fait, à la con !

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    1. Oui, la présomption d'innocence (qui, rappelons-le sans nous lasser, ne concerne jamais les hommes politiques de droite mis en examen, ni les prêtres soupçonnés d'actes pédophiles, ni les prétendus auteurs de propos racistes, etc.), la présomption d'innocence, disais-je, conduit parfois à des situations assez drolatiques.

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  8. C'est d'une tristesse tout ça. J'ai une pensée pour sa famille et ses camarades. On ne parle jamais des traumatismes pour les victimes et l'entourage. Une des raisons pour laquelle je ne voterai jamais à gauche.
    Je crois qu'une des nombreuses associations proches du gouvernement et du précédent a demandé aux médias de ne pas diffuser le nom de la personne lorsqu'elle est issue de la diversité. Et oui, il faut maintenir la haine entre les gens tout en stigmatisant jamais le vivre ensemble.

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    1. Le résultat de cette chape de silence obligatoire, c'est que, même si ce Quentin est effectivement Quentin, ce qui est fort possible, le soupçon est là. On commence à acquérir les mêmes réflexes qu'un Russe, un Polonais, un Tchèque ou un Allemand de l'Est au doux temps du communisme.

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  9. Dommage que vous soyez rapidement passé à un autre sujet, monsieur Goux. ;)

    Voici la confirmation de ce que j'avançais

    Vous auriez dû avoir l'élégance de reconnaître que vous vous êtes fourvoyé, vos insinuations du dernier paragraphe étant tombées à plat !

    Le lièvre que vous avez offert en pâture à votre meute s'est blotti entre vos jambes et vous vous êtes retrouvé Gros-Jean comme devant.
    Vous ferez mieux la prochaine fois.

    Après tout, rien n'est perdu : Quentin est peut-être musulman, allez savoir ! Vous devriez enquêter...
    .

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    1. Je ne vois pas bien en quoi je me serais fourvoyé, dans la mesure où la religion de l'assassin n'était nullement le sujet de mon billet. D'autre part, le fait que France 3 Aquitaine le prénomme Quentin ne constitue pas une preuve en soi que tel est bien son prénom : en général, dans la presse, lorsqu'un “mis en cause” est mineur, il est d'usage de changer le prénom en question.

      Par conséquent, vous n'en savez pas plus que moi à ce sujet. Mais je note que, plus que la mort d'un adolescent, la souffrance de ses parents, etc., la seule chose qui vous préoccupe réellement est que son assassin ne soit pas musulman. Le reste, on le sent bien, est parfaitement accessoire. Vous méritez bien votre certificat de bonne pensée, soyez rassuré.

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  10. Attention les copains, celui qui reçoit le coup de couteau n'est pas forcément la vraie victime ! C'est un cas assez courant quand il s'agit de harcèlement scolaire : le harcelé joue son rôle de victime, jusqu'au jour où il pète un plomb et vient armé à l'école. Une fois, je ne sais plus où, c'est un copain du harcelé qui a planté son canif dans le bide du harceleur. Donc méfiance. Un coup de couteau est parfois une bonne nouvelle.

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    1. Tiens, vous avez raison, cette éventualité m'avait échappé.

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  11. Allons donc !

    Faîtes semblant de pleurnicher sur un drame comme il en existe hélas trop souvent !

    Votre soudaine empathie concernant un évènement que vous avez vainement tenté d'instrumentaliser semble aussi sincère qu'un évanouissement d'une Christine Boutin incommodée par des gaz lacrymogènes.

    Quant à votre blog, il n'est pas un recueil de faits divers, que je sache. Alors de grâce, épargnez moi votre couplet sur l'atroce souffrance des parents !
    Cette histoire est triste, certes, mais il s'agit d'un fait divers comme un autre.
    Pardonnez moi de ne pas jouer au gauchiste hypocrite de service...

    C'est mon dernier commentaire pour ce sujet.

    Salut.

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    1. Un fait divers comme un autre, c'est cela même. Il y a jurisprudence, en somme. C'est le monde tel qu'il va… le progrès, si cher aux gens de votre sorte.

      Pour finir, je vous re-re-re-rappelle que le sujet de ce billet était l'étrange utilisation des mots, qui consiste à appeler camarades un poignardeur et un poignardé, d'une part ; et d'autre part à accorder à l'un le prénom que l'on refuse à l'autre.

      À force de voir du racisme et de la nauséabonderie partout, vous allez finir par devenir stupide, mon pauvre.

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  12. "Quant à votre blog, il n'est pas un recueil de faits divers, que je sache. Alors de grâce, épargnez moi votre couplet sur l'atroce souffrance des parents !"
    Et bein dîtes-donc Didier, je ne savais pas que vous deviez rendre des comptes à cet oiseau de malheur.
    "Epargnez-moi" ---->Hallucinatoire!

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  13. Je m'adresse à vous personnellement, Goux, je vous demande d'ailleurs de ne pas passer ce com.

    Était-il vraiment nécessaire d'effacer mon droit de réponse à ce Fil ?

    Bof ! Peut-être suis-je trop méchant, après tout ?
    Il est possible que vous ayez raison...

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    1. Ben non, vous n'êtes ni méchant, ni quoi que ce soit. Vous êtes simplement un petit bonhomme qui se prend pour un révolutionnaire. Je ne sais rien de votre vie, et je m'en fous, en fait. Vous n'êtes évidemment pas méchant (désolé…), vous êtes juste un petit garçon qui ne sait pas trop comment envisager sa propre existence : on en est tous à peu près là, si ça peut vous rassurer.

      Cela étant, je ne crois pas avoir effacé aucun commentaire venant de vous. Renvoyez-le, s'il s'est perdu…

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