samedi 9 mars 2013

Redevenir des cosaques zaporogues


Dans la première moitié de La Chanson du mal-aimé surgissent soudain les cosaques zaporogues, Ivrognes pieux et larrons, par-dessus tout fidèles Aux steppes et au Décalogue. Ils viennent de recevoir une lettre du très-puissant sultan de Constantinople qui leur dit :

Portez comme un joug le Croissant
Qu'interrogent les astrologues
Je suis le Sultan tout-puissant
O mes Cosaques Zaporogues
Votre Seigneur éblouissant

À la suite de quoi, le sultan (je lui refuse la majuscule que lui accorde le poète : il n'y a pas de petites victoires…), les prie, d'une manière aussi menaçante qu'onctueuse en surface, de devenir ses sujets fidèles. Immédiatement, ces ivrognes pieux et larrons écrivent une lettre à cet Important (et, là, je lui inflige sa majuscule). Ils lui disent :

Plus criminel que Barrabas
Cornu comme les mauvais anges
Quel Belzébuth es-tu là-bas
Nourri d'immondice et de fange
Nous n'irons pas à tes sabbats

Poisson pourri de Salonique
Long collier des sommeils affreux
D'yeux arrachés à coup de pique
Ta mère fit un pet foireux
Et tu naquis de sa colique

Bourreau de Podolie Amant
Des plaies des ulcères des croûtes
Groin de cochon cul de jument
Tes richesses garde-les toutes
Pour payer tes médicaments

Pour apprendre à s'adresser aux foules musulmanes locales, à leurs associations et prédicateurs : relire Apollinaire.

5 commentaires:

  1. La vision des poètes a été tuée par la télévision. Le reste a suivi: le règne de l'à peu près en lieu et place de l'exploration, de l'aventure ... Oui, les poètes ont su dire le monde tant qu'ils étaient libres. Avant l'idéologie. ( Libéralisme, marxisme, droite, gauche, etc)
    Relire toujours Mallarmé.

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  2. Voilà qui est parlé.
    A apprendre par coeur et à sortir, le cas échéant.
    Tiens d'ailleurs, je vais ressortir ça immédiatement. Le cas échoit…

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  3. On trouve sur Wikipedia la lettre dont Appolinaire s'est inspiré. Elle ne rime pas mais elle n'est pas mal non plus

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  4. " Nous avons rendu nos intelligences délirantes, nos âmes extatiques et nos santés précaires; nous avons regardé la force comme un bien superflu. Je le dis nettement : il faut que les Cosaques nous apprennent à vivre.
    Nous sommes vieux et voulons remonter le cours des âges : nous serons terrassés. Tandis que les Russes descendent ce cours avec l'aide de la nature. - Car la nature triomphe toujours, et la guerre n'est pas aussi aveugle et aussi folle que les académiciens le disent.
    Nous sommes les races femelles pleines de grâce, de délicatesse et de sensualité voluptueuse. Ils sont les races mâles qui poursuivent les races femelles, les violent et les rendent fécondent. "

    Ernest COEURDEROY, HURRAH !!! ou la révolution par les Cosaques (1854). Editions Plasma, 1977.

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  5. Il faudrait aussi rendre la lecture de Tarass Boulba (qui continue assez mystérieusement de passer à travers la censure) obligatoire à nos petites têtes blondes. Voire crépues.

    Content de voir que je ne suis pas seul dans mes obsessions zaporogues !

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