vendredi 27 juin 2014

Les joies de l'Éduc' nat' (une amie nous écrit)


Cher Didier,

J'émerge de trois semaines d'arrêt pour avoir tenté, une année durant, de mettre des élèves au travail, de responsabiliser des parents et de faire exclure les perturbateurs  :
 
– Oui mais là, non, on peut pas, vous comprenez. La situation de Trucmuche, c'est très très compliqué. Il vous faut prendre du recul. Bon, ce qu'on va faire c'est qu'on va se réunir pour trouver tous ensemble une solution à lui proposer pour qu'il accepte de réapprendre son métier d'élève.
 
– Et un coup de pied au cul, ça serait possible ? il empêche toute une classe de travailler depuis le début de l'année.
 
– Oui mais là, non, parce que vous comprenez, comme je vous l'ai dit, la situation de Trucmuche, c'est très très compliqué. Hou là là ! Oui, très compliqué. A la rigueur, on va l'exclure-inclure avec sursis une journée. Et puis faut vous faire à l'idée que le cours frontal, c'est fini, ça marche plus. Faut être créatif aujourd'hui, faut rendre les élèves acteurs de leurs apprentissages, vous comprenez.
 
– Et pour Machin-Chose, qu'envisagez-vous ? Il ne vient plus en cours depuis deux mois. Un signalement à l'Inspection d'Académie, peut-être ?
 
– Hou là là ! Alors là, non.  Pour le petit Machin-Chose, c'est très très compliqué. Il fait de la phobie scolaire. Alors, avec l'infirmière, l'assistante sociale, l'éducateur, le médecin scolaire, la CPE et les parents, on travaille dessus pour le réconcilier avec l'Ecole.
 
– Et un coup de pied au cul, ça ne pourrait pas enrayer sa phobie ?
 
– Hou là là ! Pas du tout du tout, ça mettrait à mal tous nos efforts. Non, pour le petit Machin-Chose, on a pensé à un emploi du temps aménagé. Alors, que je vous explique : il ne viendra que quelques heures en français et en maths et on lui garde les heures d'EPS, d'Arts Plastiques et d'Éducation musicale. Comme je vous l'ai dit, faut à tout prix le réconcilier avec l'École. Alors, le lundi, j'ai vu qu'il avait français de 8 à 10. Il viendra avec vous de 9 à 10. Parce que vous comprenez, c'est compliqué pour lui de se lever et d'être en cours pour 8 heures. Bon, après, il pourra aller en maths de 10 à 11. Je lui enlève l'histoire-géographie et l'anglais parce que c'est l'après-midi ; ce serait trop compliqué pour lui. Ah ! en revanche, il pourrait venir le mardi de 9 à 12 parce que là il aurait EPS pendant deux heures, il aime bien ça, et Arts plastiques. Pour le mercredi, on verra où il en est.

Résultat : moi aussi j'ai fini par faire de la phobie scolaire. C'était une année très très compliquée pour moi, vous comprenez, m'sieur Goux ? D'autant plus qu'il n'y avait pas que Trucmuche et Machin-Chose. J'ai acheté  En Territoire ennemi à sa parution, mais si tu n'y vois pas d'inconvénient j'attendrai un peu pour en entamer la lecture parce qu'en territoire ennemi, j'y suis restée toute l'année…

Je t'embrasse. Embrasse de ma part Catherine dont je regarde les photos avec plaisir.

(La mort de Swann m'a rendue triste ; j'avais un faible pour lui, je peux l'avouer maintenant !)

Marie-Ginette [Le prénom a été changé. Heureusement pour cette malheureuse, on va dire…]

22 commentaires:

  1. Didier, si vous saviez... Ma très chère Maman (que j’aime beaucoup) fut pendant de longues années "professeure des écoles" (elle a reprit le travail après avoir plus que correctement élevé ses 3 enfants, avant elle travaillait dans la photographie) mais elle a changé pour être psychologue scolaire (et ya du boulot...).

    Des histoires comme ça, j'en ai des tonnes !

    Et encore, celle là est "soft"...

    Je ne souhaite que des bonnes choses à votre amie !

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  2. et encore c'était AVANT le problème de math n° 7 du Brevet
    l'examen 2004 a traumatisé une classe d'âge rétive à la réflexion , à la logique et à l'effort

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  3. "Ma très chère Maman fut pendant de longues années "professeure des écoles"" (...)
    "elle a reprit le travail"...
    Bon, ben y'a encore du boulot à repriser pour la maman!
    Bon, je sais c'est facile!.. et rien n'interdit une "fausse touche"
    Mais bon, je n'ai pu m'en empêcher!
    "Mea culpa maxima" (j'ai été enfant de chœur, il y a 50 ans environ)
    Bon week-end à tous!!

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    1. enfant de choeur pas très assidu apparement : "mea maxima culpa" et non "mea culpa maxima". Pardon, j'ai pas pu m'en empêcher. Mais aussi, fallait pas commencer avec votre "reprit"...

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    2. Seriez-pas une ancienne du Forum de Télérama ou des avatars qui ont suivi ?

      Curieux
      Duga

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    3. @Alix Vous avez que ça à foutre à reprendre les fautes des autres ?... Et oui, je suis nul en orthographe, et alors ? C'est encore et toujours la science des imbéciles...

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  4. Encore ces pleurnichardes fonctionnarisées de l'éducation nazionale qui passent leur vie en vacances avec notre argent ! Vous mettrais tout ça au boulot, moi, 45 heures par semaines pour 1200 euros, et encore...

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    1. Robert Marchenoir29 juin 2014 à 13:17

      Un professeur, "Marie-Ginette", livre, à la suite de milliers de ses collègues, un témoignage montrant de façon éclatante que les maux de l'Education nationale ne sont pas une question "de moyens".

      Aussitôt, Marco Polo se met à entonner la chouinerie socialiste, gratuite et obligatoire selon laquelle l'Education nationale manque de "moyens".

      S'il y a un billet au cul duquel il fallait s'écraser sur la question des "moyens", c'est bien celui-là. Mais plus le mur du socialisme est gros, visible et signalé, plus on peut compter sur Marco Polo pour foncer dessus en klaxonnant.

      C'est incroyable, le nombre de profs qui passent leur temps à se plaindre de l'Education nationale, et qui en concluent dans la foulée qu'il ne faut surtout rien changer à l'Education nationale (mais qu'il faut leur donner plus de "moyens").

      Comment mieux démontrer que l'Education nationale est irréformable, qu'il faut abolir le statut des fonctionnaires (tous les fonctionnaires, pas seulement les professeurs), et construire une vraie école à côté ? Une école libre, et donc privée ? Et laisser tous les Marco Polo de la terre, et autres passionnés de socialisme, se débrouiller entre eux avec leurs méthodes ?

      Il est tout à fait normal de travailler 45 heures par semaine. C'est la durée légale du travail en Suisse.

      Pas mal de gens travaillent nettement plus que 45 heures par semaine pour nettement moins que 1 200 euros par mois, voire pour rien du tout : on les appelle des entrepreneurs.

      Mais il ne faut pas demander à un "professeur de philosophie" de savoir comment fonctionne le monde.

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    2. Non, moi je disais "et encore"... laissant penser que l'on pourrait descendre bien plus bas que 1200 euros. Vous êtes un petit joueur. Pourquoi pas 50 heures pour 857 euros, hein ?

      Blague à part : savez-vous lire ? Où voyez-vous que je réclame plus de moyens ? Auriez-vous tenté, maladroitement, de répondre à ma plaisanterie par une autre ?

      En ce qui me concerne je ne crois pas qu'il faille supprimer le statut de fonctionnaires, qui doit bien exister dans tous les pays du monde, y compris en Suisse, allez savoir pourquoi. Peut-être parce que c'est utile ?

      En revanche qu'il faille en supprimer quelques centaines de milliers (et même un ou deux millions), j'en tombe d'accord, seulement, comme je vous l'ai dit mille fois, ce n'est pas chez les profs qu'il faut taper prioritairement.

      Mais non, pour vous il s'agit surtout de taper sur les profs, parce qu'ils vous ont mis de mauvaises notes peut-être, vous ont empêché, croyez-vous, d'échapper à votre destin d'épicier. Ce ne sont pas les fonctionnaires de la fonction publique, où les inutiles sont légion, qui ont droit à vos suggestions d'hécatombes. Non ceux-là sont respectables . Les seuls fonctionnaires que vous détestez vraiment ce sont bien les profs, ce qui signale un curieux problème psychologique.

      Et n'allez pas nous raconter que la psychologie est une explication de gonzesse. Il est bien clair que vous avez un problème avec l'école, un contentieux sévère qui trouve à s'exprimer quasiment un commentaire sur deux, et qui vous fait préférer ma contradiction à toute autre, comme le prouve à nouveau ce roman que vous venez écrire sous mes deux lignes humoristiques et gentiment décalées.

      Vous adorez me détester, n'est-ce pas ?
      Eh bien moi je vous aime bien, figurez-vous. On devrait se boire une bière un de ces quatre.

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    3. "Une école libre, et donc privée ?" Pas forcément privée. Le système Suédois me parait être un très bon compromis.

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  5. Heureusement qu'il existe le Centre National de Réadaptation des Personnels de l’Education nationale

    Créé en 1972 à l’initiative de la MGEN et du Ministère de l’Education nationale, le CNR est une entité administrative autonome qui œuvre en faveur des personnels affectés par la maladie. Il a pour mission d’aider à la réinsertion professionnelle des personnels au cours de leur maladie, ou lorsque leur état de santé permet d’envisager une possibilité de retour à l’activité. Il organise pour ces personnels des stages, des bilans de compétences et d’aptitudes, en vue d’une reprise éventuelle. Il permet aux stagiaires de reprendre progressivement contact avec leur métier, de faciliter leur réinsertion, d’envisager une réorientation.

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  6. J'étais cancre et perturbateur.
    A chaque fois que je faisais l'effort d'apprendre une leçon, j'avais une bonne note . A chaque fois que je foutais le bordel, je me faisais virer. Provisoirement ou définitivement.
    Aujourd'hui je remercie tous ces gens de l'eduć nat´ car sans cette fermeté, je n'aurais jamais pu saisir le sens des mots efforts et disciplines. Merci à tous mes profs qui m'ont permis de distinguer le bien du mal. Merci aussi à mon père qui savait être fermé quand je déconnais.
    Un gros doigt d'honneur à tous ces soixante huitards qui veulent transformer les gosses en partouzeurs précoces et illettrés, afin de faire des France un baisodrome à ciel ouvert.

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  7. Votre amie devrait laisser tomber ce métier de fous et se reconvertir.

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    1. Elle a mon âge : difficile, pour une reconversion…

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    2. C'est pourtant ce que j'ai fait…

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  8. Si si ça se dit "professeure des écoles"

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    1. Bah oui, mais l'autre la haut veut faire la maline sans même être capable de citer du latin correctement.

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  9. Robert Marchenoir27 juin 2014 à 17:57

    Compliqué.

    Le nouveau mot à la con.

    Oui mais non.

    La nouvelle expression à la con.

    Marie-Ginette.

    J'espère bien que non...

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  10. La dégaine du prof...
    C'est le grand Duduche encarté chez Mélanchon.

    Majeur

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  11. Qund je pense que j'ai fait toutes mes études avec des profs qui ignoraient qu'on pût souffrir de phobie scolaire, j'en frémis

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  12. Fichtre j'ai cru lire une lettre que j'aurais pu écrire du temps où j'ai fait un malheureux (pour moi) passage par l'EN. J'ai entendu exactement le même genre de conversation en conseil de classe. À pleurer.

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    1. Eh oui, y a pas à tortiller, comme disait ma grand-mère : le vécu c'est le vécu !

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