dimanche 1 juin 2014

Un dimanche matin de haute perturbation


À peine levé, et une fois avalés mon premier café après mes diverses pilules de vieillard égrotant, j'ouvre la Physiologie du goût de Brillat-Savarin (1755 – 1826) et commence à en lire la préface, ce qui est une façon bien tranquille et savoureuse d'entamer un petit parcours dominical. Le calme ne dure pas ; il cesse dès que je tombe sur cette phrase, à la page 35 de l'édition Champs classiques :

« On pourrait bien me reprocher encore que je laisse quelquefois trop courir ma plume, et que, quand je conte, je tombe un peu dans la garrulité. »

Garrulité ? Garrulité ? J'empoigne le Petit Robert qui trône à droite du fauteuil, et qui me sert habituellement, lorsque je fais des mots croisés, pour me désembarrasser d'une grille récalcitrante : point de garrulité. Il faut donc se lever, se diriger vers la porte, assurer à Bergotte qu'on ne part pas en promenade et qu'elle peut demeurer au panier, se traîner jusqu'à la Case ; et fondre sur l'étagère à Littré – à moi, Émile, à moi !

Intense soulagement : la garrulité est bien là, deuxième tome, page 2727. La définition d'Émile est d'une simplicité biblique : Envie constante de bavarder. Et, comme pour s'accorder avec le mot “biblique” qui vient d'être écrit, suit une citation de Calvin : « Une telle garullité est pour se jouer avec Dieu comme avec un petit enfant. » ; laquelle me semble légèrement obscure. Elle est suivie d'une seconde, qui n'est autre que la phrase de Brillat-Savarin que j'ai reproduite. 

Le lecteur, apaisé, peut aller retrouver son fauteuil ; mais il a eu chaud.

26 commentaires:

  1. J'aime bien la phrase de Calvin: l'homme parle trop croyant en cela que son dieu (sa vérité) pourrait s'en trouver jouée...

    Mais bon, je suis athée.

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  2. Bonjour.

    cnrtl.fr donne plus simple encore : "Bavardage immodéré", mais au sens figuré car à l'origine c'est le cri de l'oiseau, spécialement du geai. Vous voyez que, selon ce trésor-là, on est au-delà de l'envie.

    Bref, et bonne journée.

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  3. Oh, j'ai oublié de le dire : cnrtl.fr cite précisément "votre" phrase de Brillat-Savarin pour exemple.

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  4. D'après le Dictionnaire des trésors de la langue française :Empr. au b. lat. garulare « débiter des inepties », du lat. class. garrulus « qui parle beaucoup; qui gazouille (d'un oiseau) ».

    À noter que la phrase de Brillat-Savarin y est citée en exemple dans l'article sur le verbe garruler:
    http://atilf.atilf.fr/dendien/scripts/tlfiv5/advanced.exe?8;s=1370377395;

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  5. Il suffit ! Vous n'allez pas continuer à garruliter ainsi tout le dimanche ?

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  6. La garrulité s'emploie t'elle pour un homme ?

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  7. Robert Marchenoir1 juin 2014 à 18:42

    Tout à fait hors sujet, cet excellent titre :

    Happiness is when nobody is shooting at you

    Suivi d'un article expliquant ce qu'est la guerre civile.



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  8. Il me semble que le mot apparaissait dans l'introduction d'un blog de l'ami Yanka.

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    1. Ça ne m'étonnerait pas de lui !

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    2. Jacques Étienne a des souvenirs précis. Le terme figurait en effet dans la description de feu "L'Éphémère Chinois".

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    3. Jacques Étienne a des souvenirs précis. Le terme figurait en effet dans la description de feu "L'Éphémère Chinois".

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  9. En italien, le geai se dit "garrulo" et on utilise encore fréquemment "garrulo" comme adjectif, pour désigner le babillage d'un petit enfant (sens qui pourrait éclairer la citation de Calvin dans le Littré) mais aussi quelqu'un de trop loquace, dont les bavardages peuvent être fastidieux ou même impertinents. Le substantif "garrulità" existe aussi, mais uniquement dans un registre littéraire et soutenu.

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    1. Eh bien voilà, tout s'éclaire ! Cela dit, le mot n'a pas fait une grande carrière chez nous ; ce qui n'est guère surprenant : il n'est guère évocateur ni très agréable sous la langue.

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    2. "... il n'est guère évocateur ni très agréable sous la langue."
      Mais dans la gorge, peut-être en y mettant du vôtre, pourrait-il évoquer un agréable gargarisme ?

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  10. En anglais, garrulous : loquace, volubile.

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  11. Mais alors, mais alors... Votre cui cui ne serait il point geai ?

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    1. Voilà qui ouvre des perspectives !

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    2. à propos du geai : -Dans le nom latin scientifique de cette espèce, Garrulus glandarius, on voit une référence aux glands, mais aussi, par le latin garrulus, "gazouilleur", une référence au tempérament bavard de l'oiseau.
      C'est pas de moi, c'est d'Henriette Walter, dans : La mystérieuse histoire du nom des oiseaux.

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  12. En anglais, on a également l'adjectif garrulous.

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  13. Hors sujet moi aussi : pas mal, le dernier "Fils de pute de la mode".

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    1. Il est en effet assez réjouissant…

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    2. Certes, mais il n'évite pas toujours l'écueil de la garrulité...

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    3. Emmanuel, vous êtes un fayot.
      Bien sur, je plaisante, j'ose espérer que je vous aurai fait sourire et non mettre en colère.

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  14. Arrivé au mardi midi il est inacceptable que vous vous vautriez encore dans cette "haute perturbation' du dimanche matin.

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    1. C'est le problème, quand on indique une date dans un billet…

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