dimanche 19 avril 2020

Indispensable réforme du vocabulaire


Chaque jour, des mots disparaissent de notre vocabulaire – et il convient de s'en féliciter chaleureusement. S'ils disparaissent c'est parce qu'ils sont bannis ; s'ils sont bannis c'est en raison de leur haute toxicité. Sans remonter jusqu'à ces monstres préhistoriques que sont “aveugle”, “nain”, “vieux”, et quantité d'autres tout aussi infamants pour les malheureux qui les endossaient, il est fort heureux que, de plus en plus, le spectre des mises à l'index s'élargisse. Ainsi sommes-nous occupés depuis quelque temps à frapper d'exil les mots “père” et “mère” qui, admettons-le une bonne fois, suaient littéralement leur sexisme, d'autant plus pernicieux qu'il prétendait arborer les innocentes couleurs de la nature biologique et éternelle. Les “parent 1” et “parent 2” de belle facture ont heureusement fait justice de cela.

Les balayeurs techniciens de surface du langage auraient cependant tort de se reposer sur leurs lauriers, de réclamer séance tenante leurs RTT syntactiques : il y a encore beaucoup à faire ! Il ne suffit pas d'avoir dépoussiéré les voies de passage les plus fréquentées, il faut aussi aller déterger dans les coins sombres et les alcôves dérobées. Ainsi voit-on encore aujourd'hui s'employer le terme d'esclave, lequel, tout le monde en sera d'accord, reste profondément humiliant et discriminatoire pour les descendants de tous ceux qui en furent victimes, dans des passés plus ou moins lointains. Il est temps d'en finir avec ce vocable maudit, il est même plus que temps ! C'est pourquoi, en ce dimanche de mai, claquemuré mais animé d'une foi vigoureuse en l'avenir radieux, je propose de remplacer l'ignoble appellation d'esclave par celle de 

travailleur détaché.

Aucun commentaire:

Publier un commentaire

La boutique est rouverte… mais les anonymes continueront d'en être impitoyablement expulsés, sans sommation ni motif.