Affichage des articles dont le libellé est Français moderne. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Français moderne. Afficher tous les articles

lundi 11 décembre 2023

L'IA et les violeurs


— Titre concocté par mes analphabètes atlanticoïdes d'élection : « L'Europe et l'IA : comment préférer réguler l'intelligence artificielle que la bêtise nauséabonde quotidienne. » Ce qui est rassurant pour les zombis capables de dégurgiter une telle pâtée, c'est que, artificielle ou non, l'intelligence ne semble pas constituer pour eux une menace immédiate ni bien sérieuse. 

— Pendant ce temps, chez MoiTaussiMedia, on se prend également les pieds dans le tapis syntactique. Je lis cette affirmation émanant du haut commandement (j'espère au moins que ce n'est pas miss Élodie la rédactrice…) : « PPDA, Bourdin, Plaza, Cerruti : autant de victimes que nous accompagnons. » Ça va les changer agréablement, ces ignobles violeurs d'étudiantes et tripoteurs de stagiaires, d'être soudainement intronisés victimes, et donc désormais sacrés. Les sœurs-z'en-lutte passent à l'anacoluthe sans débander….

lundi 13 juillet 2015

Arnaud Mercier, grand méritant du désastre


« Il tente de capitaliser sur ses compétences économiques attestées à priori par ses diplômes et ses expériences acquises, y compris dans le secteur bancaire. Il cultive un profil qui se veut intermédiaire entre l’élu militant (l’élection au suffrage universel et/ou les positions de pouvoir au sein de l’appareil partisan valant carte d’accès à bord du gouvernement) et le technocrate expert (seule son expertise justifierait sa nomination au gouvernement), tout en penchant davantage du côté de l’expertise. »

La bouillie dont je viens, qu'on me pardonne, de vous infliger la lecture, est sortie du cerveau d'un certain Arnaud Mercier (il parle d'Emmanuel Macron, mais, en l'occurrence, on s'en moque). Ce Mercier-là, nous informe-t-on ici, est professeur en sciences de l'information et de la communication à l'université de Lorraine, responsable de l'Observatoire du webjournalisme au sein du CREM et chercheur associé au Laboratoire Communication et Politique (LCP) du CNRS. Cet impressionnant palmarès n'empêche nullement notre âne couronné de s'exprimer dans un sabir qui serait répugnant s'il n'était aussi risible, ni de croire que les mots expérience et expertise sont interchangeables.

M. Mercier est certainement l'exemple parfait de ce qu'est un diplômé d'après la catastrophe ; un grand méritant du désastre.

vendredi 4 juillet 2014

Puis est arrivé le règne des serial mamans


C'est un procureur de la République qui s'exprime, le procureur d'Albi : « […] ce matin, une maman est arrivée avec un couteau et a poignardé devant les enfants une enseignante âgée de 34 ans pour une raison que l'enquête déterminera. »

Il y a déjà quelque temps que les mères ont commencé de se retirer devant la horde suavement menaçante des mamans. Au début, on n'y a pas pris garde plus que cela : il ne s'agissait, nous assurait-on, que de conférer un petit surcroît de douceur à la maternité, dans certains contextes particuliers. On y aurait presque cru, tant c'était dit gentiment…

La dernière digue vient donc de sauter : il n'y aura désormais plus de mères. (D'un autre côté, comme on faisait déjà tout le possible pour supprimer les pères, ces salopes réactionnaires d'un autre âge n'ont que ce qu'elles méritent.) Désormais, les mamans assumeront tous les rôles, y compris celui de poignarder les institutrices de 34 ans. On aura aussi des mamans “bien connues des services de police”, comme celle qui nous occupe ; des mamans placées en garde à vue tels de vulgaires présidents en retraite ; et ainsi de suite.

On guette avec une certaine impatience la première affaire dans laquelle un enfant aura été violé, découpé en morceaux, cuisiné et mangé en ragoût par sa maman : ça ne devrait pas trop tarder.

lundi 11 mars 2013

micmac, méli-mélo et embrouillamini


N'ayant pas, ces jours-ci, la tête à des lectures nouvelles, j'ai repris le Répertoire des délicatesses du français contemporain de Renaud Camus. Je me suis arrêté sur l'article qu'il consacre au mot “imbroglio”. Camus commence bien entendu par rappeler qu'en italien le g disparaît à la prononciation et que, de même que l'on devrait parler du peintre Modiliani, il conviendrait de dire imbrolio. Mais il ajoute :

« Ce mot est parmi nous depuis si longtemps (on le relève chez Bossuet) qu'on est bien excusable de le traiter comme un Français. On montre seulement, ce faisant, qu'on ne sait pas l'italien (à moins qu'on ne soit d'une rare délicatesse, et que l'on cache ses connaissances linguistiques). »

Je vois pour ma part deux autres raisons pour prononcer imbroglio à la française, qui ne s'excluent pas l'une l'autre. La première est de se donner l'assurance que l'on sera compris en l'employant, que le mot sera bien identifié par celui à qui l'on s'adresse. Car il y a assez loin, auditivement, entre les deux prononciations : non seulement le son “g” n'est plus perçu, mais d'im-bro-lio à imbro-gli-io le mot se rallonge d'une syllabe par doublement du i.

La seconde raison est que, de toute façon, nous ne prononcerons pas le mot comme les Italiens le font ; lorsque nous produisons quelque chose qui pourrait être noté imbroliò, eux diront probablement imebròlio, en faisant entendre l'i initial et le m qui le suit, en roulant le r et en déplaçant l'accent tonique de la dernière syllabe à la seconde.

Il est d'ailleurs heureux qu'il en soit ainsi : je trouve peu de choses plus disgracieuses que ces prononciations étrangères intercalées brutalement dans une phrase française. C'est par exemple une manie pénible qu'ont les Québécois dès que surgit dans leur propos un mot ou un nom anglo-saxon, systématiquement prononcé à l'américaine. (De leur côté, il se moquent copieusement de nous lorsqu'ils nous entendent évoquer notre récent séjour à Nouillorque ou à Lausse Angélesse.)

Je pencherais donc assez nettement pour une prononciation française assumée et massive. Sauf, bien sûr, s'il s'agit de moucher un cuistre prétendant par ailleurs vous donner des leçons de ceci ou de cela.

dimanche 10 mars 2013

Midi le juste


À plusieurs reprises, dans tel de ses livres et tel autre, Renaud Camus a noté que les gens qui disaient “ce midi” plutôt que “à midi” signaient par là même leur appartenance à cette petite-bourgeoisie dont il dit qu'elle occupe désormais tout l'espace de nos sociétés, ne concevant ni n'admettant rien en dehors d'elle – et surtout pas ce qui pourrait encore tenter de se faire passer pour une classe cultivée. Il y revient encore dans ses Inhéritiers, ouvrage majeur me semble-t-il, et formant le dernier panneau d'un triptyque commencé avec La Grande Déculturation puis Décivilisation. Les Inhéritiers peuvent être lus en ligne, après avoir versé sa modeste obole à l'auteur…

Cela posé, revenons à ce fameux midi. Si la remarque de Camus est fondée syntactiquement – midi étant une heure de la journée, il convient bien de dire à midi… –, elle me paraît pourtant contestable, ne serait-ce que si on s'adosse au Cimetière marin de Valéry, dans lequel il est question de Midi le juste. C'est surtout que midi a cessé d'être une heure, en tout cas de n'être que cela, pour devenir le raccourci de “la pause que l'on s'accorde au moment du déjeuner”. Il ne me choque donc pas que l'on en vienne à parler d'un midi, et par conséquent de ce midi. 

D'autant que m'amusent assez les particularismes, que je suppose régionaux, qui font varier de façon inattendue les manières de l'évoquer. Ainsi, ma mère, qui par ailleurs parle un français que pourraient lui jalouser 90 % des bacheliers du jour, ma mère dira facilement qu'elle a fait telle chose pendant midi ; la femme d'un ami, dont je crois qu'elle est lorraine, la fera, cette chose, entre midi ; pour ce qui est de la mienne, d'épouse, elle accomplira la même besogne sur l'heure du midi, ce qui est pousser le bouchon un peu avant, mais on supposera que cette biscornue locution a été par elle rapportée du Québec. 

Quant à moi, pour obvier à ces chausse-trapes, j'ai pris la saine habitude de ne strictement rien faire et de me tenir coi, approximativement entre onze et trois heures.

mercredi 23 décembre 2009

Vous dites ? Gide ? Vous écrivez ça comment ?

Tout à l'heure, descendant fumer, je m'engouffre dans l'ascenseur à la suite de deux jeunes filles, 15 ou 16 ans pour autant que je puisse en juger. L'une d'elles expliquait à l'autre qu'elle s'était fait reprendre par je ne sais qui, pour avoir dit “par contre” plutôt que “en revanche”. Je lui dis alors, tandis que la cabine s'ébranle, que depuis qu'André Gide en a décrété ainsi, on peut désormais utiliser “par contre”.

Elle : – C'est qui, Gide ? Durant une seconde, je crois à une plaisanterie. Mais non : devant mon silence, son amie réitère la question. Aucune de ces deux filles, qui doivent bien aller au lycée, je suppose, n'avait jamais entendu parler de Gide. Je précise qu'elles avaient l'air plutôt éveillé, s'exprimaient presque correctement, et ont même fait preuve d'une certaine curiosité intellectuelle, puisque, lorsque je leur eus donné le renseignement, l'une d'elles a sorti une espèce d'iPhone de sa poche afin de noter le nom de l'écrivain. Et que, plus tard, sur le parvis, elles m'ont très aimablement remercié de leur avoir appris quelque chose.

J'ai un certain nombre d'amis professeurs qui, parfois, lorsqu'ils sont en verve, me dressent un tableau apocalyptique de l'Éduc' Nat' (c'est tout ce que ça mérite, comme nom...) ; il m'arrive de les soupçonner de noircir un peu le tableau, par esprit de vengeance pour ainsi dire. Or, je me suis bel et bien trouvé face à deux filles ayant l'âge d'être en troisième ou en seconde, pas sottes et l'esprit curieux, qui n'avaient jamais entendu prononcer le nom d'André Gide. J'en ai été atterré tout le temps que ma cigarette a mis à se consumer, puis je m'en suis amusé : venant après les deux extraits mis en ligne ici de La Grande Déculturation, ces deux adolescentes, innocentes victimes d'un “corps enseignant” en complète déréliction, m'ont fourni la plus belle et la plus pertinente des illustrations.

En plus, elles étaient souriantes.

mercredi 17 juin 2009

In french dans le texte, ma mie !

À la boulangerie de Levallois-Plage, on doute un peu de l'entendement des clients, mais on table à fond sur leur multilinguisme. Ainsi, pour qu'ils soient bien assurés de ce que signifie une baguette “tradition”, on a pris soin d'imprimer, sur le petit tube de papier l'enveloppant, la précision suivante (typographie respectée) :

MADE IN
COMME AUTREFOIS