lundi 26 novembre 2018

Les Juifs, le Russe et moi


C'est ma lecture du moment ; un moment qui risque de durer un moment, puisque l'ensemble des deux tomes compte environ 1200 pages bien tassées : quand je disais que les Russes ne savaient jamais s'arrêter, dès lors qu'on leur avait mis plume à la main… Qu'en dire ? En fait, pas grand-chose, dans la mesure où j'ai à peine dépassé la moitié du premier volume et que, donc, je vais seulement aborder tout à l'heure l'année 1905 (Potemkine, Odessa, le landau dans l'escalier, pitoussa…). Et puis, je dois dire que, dans ma hâte d'en arriver à la seconde partie (les Juifs pendant la tyrannie communiste), j'ai eu tendance à lire les deux cents premières pages, celles qui traitent de la “préhistoire” du sujet, un peu au galop. Ce qui frappe d'emblée, tout comme dans L'Archipel ou dans le peu que j'ai lu de La Roue rouge, c'est l'incroyable abondance de la documentation que l'auteur parvient à maîtriser, la largeur panoramique de sa vision. Étonnante aussi sa justification préambulatoire, lorsqu'il dit que, ce sujet important et épineux, il aurait nettement préféré le voir traiter par d'autres que lui, plus qualifiés ou simplement plus jeunes ; mais comme personne ne s'y mettait…

Lorsque j'en a assez des pogroms et de l'agitation révolutionnaire, je vais prendre un petit bain de Russie à l'ancienne en lisant quelques pages de La Maison de Matriona : on y mange assez mal, mais, hormis les galopades de souris sous les papiers peints de l'isba, les nuits y sont fort tranquilles.

jeudi 22 novembre 2018

Pur bonheur du soir vaut petit billet anodin (mais parfumé)


Nous sommes, lorsque la saison y convient, d'impénitents lapeurs de soupe (ce qui donne sapeurs de loupe, pour les amateurs de contrepet, mais c'est rigoureusement sans intérêt). Ce soir, Catherine s'était risquée sur une recette jamais encore essayée en nos murs, à base de bouillon de poulet (maison, il va de soi), de bière, de poireaux, de pommes de terre et de munster. Non seulement c'était délicieux – je me suis servi sans barguigner une seconde assiettée –, mais le mélange constituait à lui seul un repas complet, le tout sans avoir à mâcher une seule fois. Du bonheur pur.

dimanche 18 novembre 2018

La roue de l'infortune, ou la fête au nœud-nœud


Mes bons amis, ceci n'est rien de moins qu'un appel au peuple, pour ne pas dire aux foules.  Plongé jusqu'aux oreilles dans un cycle de lectures aussi soljénitsynien qu'infernal, ainsi qu'on s'en est peut-être rendu compte au vu des précédents billets, j'ai décidé de faire une seconde tentative du côté de La Roue rouge, cette épopée héroïco-monstrueuse en huit volumes de près de mille pages chaque que le Russe a consacrée à la catastrophe qui s'est abattue sur son malheureux pays en 1917. La première, de tentative, s'était, je dois l'avouer, soldée par une noyade complète après cent ou deux cents pages, je ne sais plus trop. Mais, depuis hier que je suis à nouveau plongé dans le premier “nœud”, à savoir Août 14, il me semble que, cette fois,  je vais pouvoir me risquer vers le grand large, au lieu de couler piteusement dès la sortie du port. Si tel est bien le cas, il va me falloir acheter les sept volumes correspondant aux trois “nœuds” suivants, à savoir :

Novembre seize : un volume,
Mars dix-sept : quatre volumes,
Avril dix-sept : deux volumes.

Pas de problème pour les deux derniers nœuds, qui sont toujours “en vente libre”, donc pas trop chers. En revanche, avec l'absence de conscience professionnelle qui caractérise désormais la quasi-totalité des “grands” éditeurs, Fayard a laissé s'épuiser Novembre seize sans prendre la peine d'en faire un nouveau tirage. Résultat hélas prévisible de cette carence : on ne trouve plus le volume à moins de cent euros ; ce que je juge un peu saumâtre.

Ma question est donc la suivante : y en aurait-il un, parmi vous, estimés compagnons de blogoroute, qui, possédant cet ouvrage (ou connaissant quelqu'un qui…), serait près à me le céder, sinon à vil prix, du moins en échange d'une somme plus raisonnable que celle qui vient d'être citée ?

N'hésitez pas à en parler autour de vous…

jeudi 15 novembre 2018

If, ou les longues vacances d'Edmond Dantès


Dans Le Premier Cercle – superbe “roman russe” au sens classique du terme, j'y reviendrai peut-être –, le zek Gleb Nerjine est à l'évidence le double d'Alexandre Soljénitsyne. Un dimanche soir, entre la page 538 et 539 de l'édition “Pavillons Poche” de Robert Laffont, le voici qui s'approche du châlit où un autre détenu, Abramson, est occupé à lire le fameux roman d'un Alexandre antérieur, j'ai nommé Dumas. Et Nerjine dit ceci : 

« J'ai eu l'occasion en prison de relire Monte-Cristo, sans toutefois aller jusqu'au bout. J'ai remarqué que Dumas, malgré ses efforts pour créer une ambiance d'horreur, peint son château d'If comme une prison franchement paternaliste. Sans parler de menus et gracieux détails, comme l'évacuation quotidienne des tinettes, qu'il omet en bon péquin qui ne saurait penser à tout, vous êtes-vous jamais demandé pourquoi Dantès parvient à s'échapper ? C'est parce que pendant des années il n'y avait pas eu de fouilles dans les cellules, alors qu'elles s'imposent une fois par semaine : du coup sa galerie demeure inaperçue. Ensuite, ce sont les mêmes matons qui restent de quart alors que, comme la Loubianka nous l'a bien montré, il convient de les relayer toutes les deux heures, afin que chaque surveillant tâche de surprendre l'autre en flagrant délit de négligence. Dans ce château d'If, il se passe des journées entières sans que personne ne pénètre dans les cellules ou y jette un coup d'œil. Pas même de judas aux portes – ce château d'If n'est pas une prison, c'est “mer et loisirs” ! On accepte qu'une casserole de métal traîne dans une cellule et c'est ce qui permet à Dantès de piocher le sol. Enfin on vous coud un mort dans un sac en toute confiance, sans le brûler au fer rouge à la morgue ni le percer d'un coup de baïonnette au poste de garde. Au lieu d'appuyer sur les effets lugubres, Dumas aurait mieux fait d'observer un minimum de méthode. »

Où il est démontré, donc, que le régime socialiste est un réel progrès par rapport à la monarchie, au moins sous son aspect carcéral. Certains d'entre vous, mes bons et loyaux co-détenus de ce blog, ont peut-être tiqué en lisant le début de l'intervention de Nerjine : « Quand j'étais en prison… », alors que, juste avant, j'ai parlé de zek et de détenu. Incohérence ? Non pas. (Et on change de paragraphe, pour respirer un peu.)

Le Premier Cercle se déroule presque entièrement, non dans un camp sibérien, ni même dans une prison classique, du type Boutyrki ou Léfortovo, mais dans une charachka. Les charachkas sont des laboratoires secrets, faisant partie intégrante de l'archipel du goulag, où sont enfermés les scientifiques que le NKVD a pris ; afin que, même privés de liberté, ils puissent continuer d'œuvrer (gratuitement, il va sans dire) à l'édification de l'avenir radieux et à l'apothéose de la classe ouvrière : Soljénitsyne a passé quatre ans dans l'une d'elles. Les mathématiciens, physiciens, chimistes, techniciens, etc., qui y sont enfermés ont une vie nettement plus facile que les infortunés condamnés aux camps “ordinaires”. C'est pourquoi Nerjine parle du temps où il était en prison comme différent de celui qu'il vit maintenant : parce que la charachka n'est que le premier cercle de l'enfer concentrationnaire créé par le pouvoir communiste dès 1918. 

Dantès et son ami Faria peuvent donc bien aller se rhabiller, avec leurs petites journées de babillage tranquille : dans leur dos, les zeks se tapent sur les cuisses.

mercredi 14 novembre 2018

11 avril 75, addendum


Puisque je donnais, il y a quelques jours, mon sentiment sur le numéro d'Apostrophes consacré à Soljénitsyne, le moins que je pouvais faire était de le compléter par celui du grand Russe lui-même. On le trouve (p. 156) dans Le Grain tombé entre les meules, qui est la première des deux parties de ses mémoires intitulés Esquisses d'exil ; lesquelles font suite à un tout premier volume, Le Chêne et le Veau : c'est précisément pour la parution française de ce livre-ci que Soljénitsyne se trouvait à l'émission de Pivot. Voici donc ce qu'il en dit :

« Il se trouva qu'avant d'aller à la télévision, j'avais eu une journée très dure : des rendez-vous dans l'après-midi, tout le temps sur mes jambes, de la marche à pied dans Paris, des heures à tirer quelque part en attendant le début tardif de l'émission, gros mal de tête – c'est sans énergie que j'entrai dans l'immense studio qui ressemblait à des coulisses de cirque. Des centaines de gens, brouhaha, confusion. C'est dans cette bousculade qu'on nous fit asseoir tous les sept à une table, le socialiste tendu comme un arc, Jean Daniel, du Nouvel Observateur, en face de l'homme de droite, Jean d'Ormesson, qui semblait distrait, pas mobilisé pour le débat ; les autres poussaient chacun son idée. La tête baissée, j'assistai sans intérêt et même avec désespoir à leur controverse, fatigué par leurs empoignades comiques, repoussant parce qu'il le fallait bien les attaques du socialiste et résigné à ne jamais déboucher sur un véritable entretien. Mais ma participation fut, en fait, étonnamment réussie, toutes les opinions concordèrent sur ce point. Mon calme et mon ironie sans espoir furent justement perçus comme la manière la plus digne de représenter la Russie. […] »

On peut signaler, en outre que, du point de vue de Soljénitsyne, ce mois d'avril était particulièrement meurtrier, dans la mesure où, suite au retrait américain (considéré par lui au pire comme une lâcheté, au mieux comme un aveuglement suicidaire), le Vietnam du Sud était en train de tomber aux mains des armées communistes du Nord, dont il allait ensuite subir le joug implacable, joug dont l'auteur de L'Archipel du goulag venait, lui, de se dégager tout juste.

dimanche 11 novembre 2018

La perception du temps


Dans Une journée d'Ivan Denissovitch (page 84 de l'édition 10/18), on peut lire ceci : « Choukhov [tel est le nom du personnage éponyme] l'avait remarqué qui sait des fois : les journées, au camp, ça file sans qu'on s'en aperçoive. C'est le total de la peine qui n'a jamais l'air de bouger, comme si ça n'arrivait pas à raccourcir. »

Or, je me souviens fort bien que, quelque part (dans ses Récits de la Kolyma ? Oui, probablement), Varlam Chalamov affirme tout juste l'inverse, à savoir que, au goulag, les journées sont interminables, mais que les années, elles, passent très vite.  Qui a tort ? Et qui, raison ? Est-il possible que deux hommes, placés dans des conditions effroyablement similaires, aient des perceptions du temps diamétralement opposées ? Quel mystère plane ici ?

Il y a en tout cas un point sur lequel les deux écrivains se rejoignent tout à fait : le zek ne doit pas perdre son temps à penser à ce qu'il fera après le camp, puisqu'il est à peu près sûr que, quelques mois avant la date de sa libération, on s'arrangera pour lui coller dix années supplémentaires.

C'est l'inattendu et incongru point commun entre les bagnes communistes et les cheveux d'Éléonor : quand y en a plus, y en a encore.

mercredi 7 novembre 2018

Je me suis souvenu du 11 avril 1975


Il aura fallu près de sept cents pages à Alexandre Issaïévitch Soljénitsyne pour se faire expulser d'URSS, mais enfin, ça y est : depuis ce matin, entre six et sept, le voici en Europe de l'Ouest. Et parce que l'épisode est très brièvement évoqué, je me suis souvenu de l'avoir vu en direct à la télévision française, lors de son passage à Apostrophes du 11 avril 1975 (j'avais bien entendu oublié la date, mais j'aurais en effet situé la chose cette année-là, ou peut-être à la fin de 1974). 

Je me suis souvenu surtout de la honte ressentie alors par le jeune homme que j'étais, en voyant Jean d'Ormesson et Jean Daniel, invités là on se demande encore pourquoi, se mettre à se chamailler comme des gamins et… mais non, l'image est encore trop noble pour eux, en la circonstance : ils étaient, ces deux pontes des lettres et du journalisme, telles deux punaises minuscules se livrant à un simulacre de combat d'antennes, sans s'apercevoir qu'ils se trouvaient juste sous la semelle d'un géant, qui aurait pu les écraser dans la seconde (mais alors : quelle humeur visqueuse aurions-nous vu se répandre ?), mais qui s'est contenté, durant le temps que dura cette picrocholine escarmouche parisienne, d'observer les deux blattes sans rien dire, avec un sourire où le mépris le disputait à l'indulgence et à la pitié, le tout rehaussé quand même par un pétillement d'ironie. Je me souviens aussi qu'à un moment, sans doute un peu gêné de l'exhibition de ses cafardeux invités, Pivot a tenté de vaguement s'excuser pour eux auprès du colosse russe impassible. Et que celui-ci lui a répondu quelque chose comme : « Ce n'est rien, j'ai l'habitude de ce genre de choses… » À moins, bien sûr, que ma mémoire ne me trahisse.

Je me souviens finalement que, quelques années plus tard, consacrant un autre numéro d'Apostrophes à Soljénitsyne dans sa maison du Vermont, Pivot eut la prudente sagesse de n'emmener avec lui ni d'Ormesson, ni Daniel, ni personne. On finit toujours par s'habituer plus ou moins aux parasites chitineux qui galopent dans la cuisine et nichent dans les placards à provisions ; mais de là à les emporter avec soi en voyage, il y a des limites.

dimanche 4 novembre 2018

Alexandre a six ans


La photo dont il était question hier…

samedi 3 novembre 2018

Le fusil à bouchon de Soljénitsyne


Je demande humblement pardon à la factrice pour le poids du livre qu'elle a dû, ce matin, transporter jusqu'ici. C'est la biographie de Soljénitsyne écrite par Mme Lioudmila Saraskina ; elle compte plus d'onze cents pages et est agrémentée de trois “cahiers photos” qui l'alourdissent encore : les Russes, mâles ou femelles, quand ils commencent à écrire, ils ne savent plus s'arrêter. On nous dit, en quat' de couv', que l'auteur a eu accès aux archives personnelles de Soljénitsyne (c'est bien le moins), lequel lui a également accordé de nombreux entretiens. J'ai lu aussi, je ne sais plus où, que l'écrivain avait eu le temps, avant sa mort, de lire le travail de sa biographe et de l'approuver. C'est à double tranchant : cela peut signifier que la courageuse Lioudmila a produit un travail scrupuleux, au plus près de la vérité de l'homme ; cependant, le nihil obstat de son personnage pourrait tout aussi bien trahir une certaine complaisance de l'auteur vis-à-vis de lui (je laisse dans l'ombre ce qui te gêne, je glorifie ce à quoi tu tiens). Mais enfin, accordons-lui le bénéfice du doute, la bénévolence d'avant lecture.

J'ai dit que le volume renfermait de nombreuses photographies, réparties en trois cahiers qui sont autant d'époques : l'enfance et la jeunesse, les années de déportation, la gloire. Le tout premier de ces clichés est saisissant. C'est manifestement le travail d'un photographe professionnel, il représente Alexandre âgé de six ans. Le crâne de l'enfant est soigneusement rasé, le regard est droit, le demi-sourire assuré ; il est vêtu d'une chemise rayée ressemblant à une veste de zek et il tient fermement entre ses mains un fusil à bouchon.

mardi 30 octobre 2018

Du bon usage de la xénophobie


On nous répète à l'envi que se méfier a priori des étrangers, les tenir pour suspects et potentiellement dangereux tant qu'ils n'ont pas dûment donné la preuve de leur innocuité, on nous répète que c'est très mal, que cela fait de nous de patentés suppôts du nazisme, dont la nauséabonderie délétère devrait d'ailleurs suffire à faire fuir n'importe quel étranger aux narines tant soit peu délicates – mais passons.

Il est donc entendu que l'étranger est notre ami, qu'il ne vient vers nous que dans l'espoir de s'enrichir culturellement à notre contact ; le présupposé reste vrai même lorsque l'étranger est une demi-douzaine et que chacun tient négligemment à la main la chaîne de sa mobylette : la perspective d'un réel déplaisant ne doit en aucun cas faire pâlir l'image sainte que l'on nous somme d'adorer, ou au moins d'accueillir comme un autre nous-même, voire un nous-même amélioré.

C'est d'ailleurs ce qu'ont fait les Indiens des Indes occidentales lorsque les Colomb, les Cortès et autres Pizarro ont débarqué dans leurs îles puis sur leur continent : accueil bienveillant, ouverture à l'autre, curiosité interethnique, rien n'y manquait. On sait le résultat de cette largeur d'esprit : massacres, épidémies, réserves. Si ces braves emplumés avaient pu bénéficier des apports du fascisme, du repli sur soi, de la xénophobie agissante et des heures les plus sombres de toute histoire, qu'eussent-ils fait, voyant débarquer ces peu nombreux étrangers cuirassés et coiffés de casques ridicules ? Ils les auraient gaillardement massacrés jusqu'au dernier avant même qu'ils ouvrent la bouche, puis auraient envoyé caravelles et galions par le fond, tandis que les squaws auraient préparé un grand barbecue festif sur la plage pour arroser ça. Et ils étaient tranquilles pour au moins un siècle, à chasser le bison et scalper les voisins. Au lieu de ça, ils ont préféré jouer aux progressistes, aux multicul', aux vous-n'aurez-pas-ma-haine : c'est bien fait pour eux.

La règle sera donc la suivante, et elle est d'or : soyez xénophobes, mes frères, par principe et résolument ; cela peut vous sauver la vie, et accessoirement le pucelage de vos filles, comme l'histoire des hommes le montre d'abondance. Et ce n'est qu'une fois prouvée sa bénévolence que l'étranger pourra, très éventuellement, être convié à dîner à la maison. Mais on aura garde de ne mettre à sa disposition, à table, que des couteaux aussi peu affutés que possible. Parce que, tout de même : un étranger reste un étranger. Parole de Geronimo.

samedi 27 octobre 2018

Encore un drame de l'inculture contemporaine…


Voici le poulet qui est arrivé cette nuit dans ma boitamel :

Bonjour,

Suite à plusieurs menaces envoyées par l'auteur de GAUCHEDECOMBAT, nous cherchons à l'identifier. Vous aviez écrit le 30 septembre 2016 à 10:29 (!!):

"Je vous trouve bien cruel avec ce pauvre Adolfo Ramirez…
Pas de femme, pas de travail, un appartement lugubre dans une cité sinistre d'une petite ville pourrie : que voudriez-vous qu'il fît, à part la révolution du bout de ses petits doigts musclés ? "

Auriez-vous des informations plus précises? Adolfo Ramirez est-il son vrai nom?

Merci d'avance,

Denis

Mon cher Denis, je vais te répondre deux choses : 

1) Comment se fait-il qu'un grand garçon comme toi ne connaisse pas l'immortel Papy fait de la résistance et, à l'intérieur d'icelui, le savoureux personnage de collaborateur joué par Gérard Jugnot ? Il y a là un défaut de culture tout à fait dommageable, je t'assure.

2) Non, Adolfo Ramirez n'est donc pas le vrai nom du camarade Gauche de Combat. Le sien est beaucoup moins folklorique mais, comme je ne suis pas indicateur de police, ni délateur assermenté, contrairement à lui, je m'abstiendrai de te le communiquer.

Bon courage pour la suite de tes passionnantes recherches.

P.S. : En revanche, je dois te préciser que Didier Goux, lui, n'est pas un personnage issu de Papy fait de la résistance, mais bel et bien le gars moi-même.

jeudi 25 octobre 2018

Les communistes sont des Jacobins comme les autres… et ils ne sont pas les seuls


Les premières pages que Taine, dans ses Origines de la France contemporaine, consacre aux Jacobins sont éblouissantes de style et d'une grande acuité de vision. Nonobstant qu'il est toujours délicat, et souvent vain, de rapprocher terme à terme les faits survenus à deux époques différentes, il devait être difficile, pour un lecteur du XXe siècle (et malheureusement encore pour un du suivant) de résister à la tentation, en certains paragraphes, de biffer le mot “Jacobin” pour le remplacer par celui de “communiste” : au prix de quelques rares et légères dissonances temporelles, le tableau reste parfait. Illustration :

« […] lorsqu'il s'agit de prendre d'assaut le pouvoir ou d'exercer arbitrairement la dictature, sa raideur mécanique le sert, au lieu de lui nuire. Il n'est pas ralenti et embarrassé, comme l'homme d'État, par l'obligation de s'enquérir, de tenir compte des précédents, de compulser les statistiques, de calculer et de suivre d'avance, en vingt directions, les contre-coups prochains et lointains de son œuvre, au contact des intérêts, des habitudes et des passions des diverses classes.  Tout cela est maintenant suranné, superflu : le Jacobin sait tout de suite quel est le gouvernement légitime et quelles sont les bonnes lois ; pour bâtir comme pour détruire, son procédé rectiligne est le plus prompt et le plus énergique.  Car, s'il faut de longues réflexions pour démêler ce qui convient aux vingt-six millions de Français vivants,  il ne faut qu'un coup d'œil pour savoir ce que veulent les hommes abstraits de la théorie. En effet la théorie les a tous taillés sur le même patron et n'a laissé en eux qu'une volonté élémentaire ; par définition, l'automate philosophique veut la liberté, l'égalité, la souveraineté du peuple, le maintien des Droits de l'homme, l'observation du Contrat social. Cela suffit :  désormais on connaît la volonté du peuple, et on la connaît d'avance ; par suite, on peut agir sans consulter les citoyens ; on n'est pas tenu d'attendre leur vote. En tout cas, leur ratification est certaine ; si par hasard elle manquait, ce serait de leur part ignorance, méprise ou malice, et alors leur réponse mériterait d'être considérée comme nulle ; aussi, par précaution et pour leur éviter la mauvaise, on fera bien de leur dicter la bonne.  – En cela, le Jacobin pourra être de très bonne foi : car les hommes dont il revendique les droits ne sont pas les Français de chair et d'os que l'on rencontre dans la campagne ou dans les rues, mais les hommes en général, tels qu'ils doivent être au sortir des mains de la Nature ou des enseignements de la Raison. Point de scrupule à l'endroit des premiers : ils sont infatués de préjugés, et leur opinion n'est qu'un radotage. À l'endroit des seconds, c'est l'inverse : pour les effigies vaines de sa théorie, pour les fantômes de sa cervelle raisonnante, le Jacobin est plein de respect, et toujours il s'inclinera devant la réponse qu'il leur prête ; à ses yeux, ils sont plus réels que les hommes vivants, et leur suffrage est le seul dont il tienne compte. Aussi bien, à mettre les choses au pis, il n'a contre lui que les répugnances momentanées d'une génération aveugle. En revanche, il a pour lui l'approbation de l'humanité prise en soi, de la postérité générée par ses actes, des hommes redevenus, grâce à lui, ce que jamais ils n'auraient dû cesser d'être. – C'est pourquoi, bien loin de se considérer comme un usurpateur et un tyran, il s'envisagera comme un libérateur, comme le mandataire naturel du véritable peuple, comme l'exécuteur autorisé de la volonté générale ; il marchera avec sécurité dans le cortège que lui fait ce peuple imaginaire ; les millions de volontés métaphysiques qu'il a fabriquées à l'image de la sienne le soutiendront de leur assentiment unanime, et il projettera dans le dehors, comme un chœur d'acclamations triomphales, l'écho intérieur de sa propre voix. »

Et lorsqu'on relit calmement, ligne à ligne, ce qui vient de l'être, on peut constater avec un certain accablement que, non seulement ce portrait du Jacobin est bien celui de notre communiste old fashion, mais que la lèpre a encore gagné en surface depuis le siècle passé, puisque cette surdité pleine de morgue est désormais aussi celle des bureaucrates bruxellois ou, sur un mode plus folklorique, d'un Emmanuel Macron.

dimanche 21 octobre 2018

Dans ce grand vide des intelligences…


De Taine encore ceci : « Dans ce grand vide des intelligences, les mots indéfinis de liberté, d'égalité, de souveraineté du peuple, […] tous les nouveaux axiomes flambent comme des charbons allumés, et dégagent une fumée chaude, une vapeur enivrante. La parole gigantesque et vague s'interpose entre l'esprit et les objets ; tous les contours sont brouillés et le vertige commence. Jamais les hommes n'ont perdu à ce point le sens des choses réelles. Jamais ils n'ont été à la fois plus aveugles et plus chimériques. Jamais leur vue troublée ne les a plus rassurés sur le danger véritable, et plus alarmés sur le danger imaginaire. »

Nous sommes dans les premiers mois de 1789.

Puisque vous êtes là, et que vous n'avez rien de mieux à faire, je vous livre les dernières lignes du chapitre dont j'ai tiré ce qui précède ; chapitre intitulé La Propagation de la doctrine. Taine en a successivement étudié et montré les effets dans l'aristocratie et le clergé, puis dans la frange aisée du tiers-état, se réservant le peuple pour le chapitre suivant. Voici donc :

« Ainsi descend et se propage la philosophie du dix-huitième siècle. – Au premier étage de la maison, dans les beaux appartements dorés, les idées n'ont été que des illuminations de soirée, des pétards de salon, des feux de Bengale amusants ; on a joué avec elles, on les a lancées en riant par les fenêtres. – Recueillies à l'entresol et au rez-de-chaussée, portées dans les boutiques, dans les magasins et dans les cabinets d'affaires, elles y ont trouvé des matériaux combustibles, des tas de bois accumulés depuis longtemps, et voici que de grands feux s'allument. Il semble même qu'il y ait un commencement d'incendie ; car les cheminées ronflent rudement, et une clarté rouge jaillit à travers les vitres. – “Non, disent les gens d'en haut, ils n'auraient garde de mettre le feu à la maison, ils y habitent comme nous. Ce sont là des feux de paille, tout au plus des feux de cheminée : mais, avec un seau d'eau froide, on les éteint ; et d'ailleurs ces petits accidents nettoient les cheminées, font tomber la vieille suie.” Prenez garde : dans les caves de la maison, sous les vastes et profondes voûtes qui la portent, il y a un magasin de poudre. »

Et nous approchons de 2019.

samedi 20 octobre 2018

Les vertus du préjugé


Lisant – en alternance avec les mémoires de Casanova – Les Origines de la France contemporaine de M. Taine, Hippolyte de son petit nom, je tombe tout à l'heure sur ceci, que je m'empresse de partager avec vous autres :

« […] les hommes, après une multitude de tâtonnements et d'essais, ont fini par éprouver que telle façon de vivre ou de penser était la seule accommodée à leur situation, la plus praticable de toutes, la plus bienfaisante, et le régime ou dogme qui aujourd'hui nous semble une convention arbitraire a d'abord été un expédient avéré de salut public. Souvent même il l'est encore ; à tout le moins, dans ses grands traits, il est indispensable, et l'on peut dire avec certitude que, si dans une société les principaux préjugés disparaissaient tout d'un coup, l'homme, privé du legs précieux que lui a transmis la sagesse des siècles, retomberait subitement à l'état sauvage et redeviendrait ce qu'il fut d'abord, je veux dire un loup inquiet, affamé, vagabond et poursuivi. »

Où l'on voit que ce bon Hippolyte, heureux homme, ignorait l'envoûtant pouvoir et la force non pareille des “j'vois pas pourquoi” et des “y a pas d'raison”, au nom de quoi on galope de l'avant en effaçant joyeusement la vénérable déposition des siècles, préalablement grimée en champ de tabous. Il n'empêche : « Un loup inquiet, affamé, vagabond et poursuivi. » Nos petits bougistes échevelés, recroquevillés sur le tas de cendres de leurs tabous, ne pourront pas venir pleurnicher qu'on ne les avait pas prévenus.

lundi 15 octobre 2018

Brève errance contrôlée en Camusie intérieure

Le chien Horla
Comme je me l'étais promis il y a peu de jours, en raison des quelques incursions que nous y fîmes à partir du Cantal, j'ai, de retour ici, relu Le Département de la Lozère ; je le qualifiais, dans mon journal, et me fiant à ce qu'il me reste de mémoire, d'admirable : il l'est, peut-être encore davantage que dans le souvenir que j'en gardais. Une lecture un peu distraite pourrait faire croire à un ouvrage écrit au fil de la plume et des impressions successives fournies par le voyage qui l'a suscité ; il n'en est rien : c'est au contraire un livre rigoureusement et très subtilement construit, étagé, sculpté même, pourrait-on dire. Et c'est cette construction, et sa rigueur, et la subtilité de ses correspondances, qui font que le lecteur a la sensation troublante de s'y perdre ; de s'y perdre avec délices, de s'y perdre doublement aussi : dans les méandres géographiques des vallées profondes et le dénuement des monts de plein ciel, mais tout autant dans les entrelacs du temps historique. 

Étant parvenu au bout du volume, et à celui des gorges du Tarn conjointement, je ne voulais pas quitter Renaud Camus aussi abruptement, dans un cas comme dans l'autre, et j'ai relu aussitôt la Vie du chien Horla. Le choix, par hasard (mais y a-t-il des hasards ?), fut heureux, puisque, au sein de ce second livre, il est donné au lecteur de retourner en Lozère, mais arpentée cette fois d'un point de vue canin, si j'ose dire, dans la mesure où Horla et son demi-frère Hapax faisaient partie de ce périple entre mont Lozère et mont Mouchet, d'Aubrac à Margeride. À cette différence que, dans le premier livre, ils se faisaient si discrets à l'arrière du véhicule que le lecteur ne pouvait pas même deviner leur présence ; tandis qu'ils occupent dans celui-ci toute la place. Il y avait assez longtemps – hors les volumes successifs du Journal – que je ne m'étais pas offert ce plaisir d'une errance contrôlée en Camusie intérieure : je ne regrette pas celle-ci.

dimanche 14 octobre 2018

Pour votre prochaine cure minceur… pensez Cantal !


Comme nul n'en ignore, nous venons de passer une semaine complète en Haute-Auvergne, autrement nommée Cantal. Bien décidés à bafouer toutes les règles de la diététique couramment admise, à en suspendre les rites et blasphémer les dogmes, nous nous sommes érigé un temple gastronomique provisoire, reposant essentiellement sur trois piliers de séculaire tradition :

Fromages
Vins
Cochonnailles

Cela en sachant que la facture, au retour, serait salée, aussi riche en kilogrammes surnuméraires que le furent nos repas en cholestérol, de préférence mauvais (à quoi cela rimerait-il de n'ingérer que du bon cholestérol, ce truc de fiotes ?). Du reste, hier, à mesure que les kilomètres défilaient, que s'accumulaient les tours de roues nous rapprochant du Plessis, Catherine et moi faisions de moins en moins les fiérots : la sentence était déjà presque audible ; la potence, au bout de la route.

Et puis, ce matin, embellie d'autant plus délicieuse qu'imméritée : Madame avait, durant ces agapes, perdu cinq cents grammes ; et votre serviteur, exactement le double. Vous savez ce qui vous restera à faire, si jamais l'envie vous saisit de vous affiner la silhouette.

samedi 6 octobre 2018

Nous sommes là…


 C'est-à-dire que, si vous lisez ce billet aujourd'hui, samedi, et matinalement, nous sommes en route pour là. Là, c'est-à-dire Saint-Flour, fière cité cantalienne que le monde entier serait bien avisé de nous envier, s'il était moins con. En réalité, nous ne passerons pas la semaine à Saint-Flour même (mais nous y serons reçus avec tous les égards dus à nos éminences…) : une partie de notre temps se déroulera entre les murs de la maison ci-dessous présentée.

Pour le reste, c'est comme d'habitude : les commentaires seront validés dans la mesure où nous bénéficierons bien de la connexion promise ; et, durant ce temps, les cambrioleurs normands auront toute latitude pour vider la maison du Plessis, aucun piège à rats humains n'ayant été disposé dans le jardin. Qu'ils sachent néanmoins que nous sommes nantis d'un voisin armé et perspicace.


mardi 2 octobre 2018

Hier encore, j'avais 4 ans



Nous découvrons l'enfant dans la pièce principale du petit logement où il vit avec ses parents et son frère tout juste né, rue Saint-Éloi à Châlons-sur-Marne ; ce même appartement qui, 55 ans plus tard et transporté à Montcosson, servira de tanière transitoire à Evremond. L'enfant a entre 4 et 5 ans, c'est le soir, probablement un vendredi ; son père rentre de la base aérienne de Reims – ville, pour l'enfant, incroyablement éloignée  ; il rentre, le père, avec un électrophone, celui qu'un ami lui a prêté pour la durée du week-end : les parents de l'enfant, bien que tous deux travaillant, n'ont pas encore eu les moyens, en cinq ans de mariage, de s'offrir ce luxe. 

Mais ils possèdent des disques ; peu, et uniquement des “45 tours” (deux chansons par face) : avec un sens inné de l'économie ménagère et une vision ordonnée de l'avenir, la mère a décidé qu'il convenait d'acheter deux disques chaque mois – un seul dans les périodes budgétairement plus épineuses. Ainsi disposera-t-on d'une quantité suffisante pour ne pas s'en écœurer, au jour supposé lointain où l'on pourra faire l'acquisition de l'appareil justifiant leur existence – jour qui devait arriver plus vite que prévu, mais on n'en savait encore rien.

Donc, voici le père, de retour du monde très vaste. Son plus urgent travail a consisté à “se mettre en civil”, comme il le sera chaque soir de sa vie militaire. Ensuite, bien sûr, on pose le premier disque, jamais écouté encore, sur l'électrophone. Il y a neuf chances sur dix pour qu'il soit de Charles Aznavour. Le père de l'enfant a été un “fan de la première heure”, comme on dira dans les années suivantes. En 1954, un an avant son mariage, il est allé passer une soirée à l'Olympia ; non pour Sydney Bechet qui y fait alors un triomphe, mais pour cet Arménien qui chante quelques chansons en première partie ; pas en “lever de torchon” mais pas loin. Et il racontera souvent, plus tard, comment, à la sortie du music-hall des Capucines, ils n'étaient pas plus de quatre ou cinq à attendre Aznavour, lequel, après avoir signé ces quelques autographes, était parti à pied dans la nuit, tout seul. Peut-être même pleuvait-il légèrement.

Cinq ans plus tard, Aznavour truste la chiche discothèque de la rue Saint-Éloi, et c'est lui qui a les honneurs de l'électrophone en transit. L'enfant en reçoit une véritable commotion. Il n'en gardera pas le souvenir, mais l'épisode est dûment signalé dans la saga familiale. Il y est dit que l'enfant passera l'essentiel du samedi, puis du dimanche, assis par terre, tout près de l'appareil posé à même le sol, près de la prise électrique à quoi on l'a raccordé. La légende veut même que, si l'enfant s'en éloignait parfois, lorsque chantait Patachou ou Marcel Amont, la voix d'Aznavour le ramenait invinciblement vers l'appareil : l'histoire a peut-être été enjolivée.

Il reste vrai que, six ou sept années plus tard, alors que l'appartement familial, allemand désormais, est doté de tout le confort auditorial, l'enfant connaît par cœur plusieurs dizaines de chansons d'Aznavour, qu'il interprète en boucle sur le siège arrière de la Panhard, puis de l'Opel, à chaque voyage un peu long que la famille entreprend ; cela ne suffit pas à dégoûter les parents d'Aznavour, qui continuent à acheter ses disques, mais toujours sous forme de 45 tours, sans doute par l'entraînement de l'habitude, bien que la situation financière, en franchissant le Rhin, se soit nettement améliorée.

Puis, fatalement, l'enfant grandit ; il devient, pour un temps, un adolescent de modèle courant, à la bêtise péremptoire, qui s'empresse d'oublier et la rue Saint-Éloi, et l'électrophone de fin de semaine, et surtout Aznavour. Il ne l'oublie pas, c'est pire : il le piétine, il en ricane, il en fait le sabre en caoutchouc de sa rébellion acnoïde. Les parents haussent les épaules et continuent d'acheter des disques, et toujours des 45 tours – mais il n'y a plus qu'une seule chanson par face, maintenant.

Au crépuscule de toute chose, l'ancien enfant écoute de nouveau Aznavour, depuis quelques années. Toujours lorsqu'il est seul et qu'il fait grand nuit. Et en choisissant avec une sorte de crainte révérencieuse les chansons des 45 tours, jamais d'autres, jamais de plus récentes. Alors, si le whisky a été correctement dosé, il s'imagine que son père est là, en retrait de son fauteuil, debout, sagement immobile, attendant sous la pluie fine la sortie des artistes de l'Olympia.

lundi 1 octobre 2018

Le Roi Soleil a frôlé l'éclipse


Il avait commencé à chanter en 1946 et n'avait plus arrêté depuis – ou alors juste le temps de changer de costume. J'en connais un qui doit mieux respirer aujourd'hui, et c'est Louis XIV : ses 72 ans de règne (1643 – 1715) ont certes été égalés par le King Charles, mais pas battus. L'Olympe n'a pas cédé devant l'Olympia.