mardi 31 juillet 2018

Passons de l'Eure à la Manche…


Il fut beaucoup question d'eux, ce mois-ci.

lundi 30 juillet 2018

Le vieil homme et le chien

Elstir et Charlus Swann (panne de cerveau !).

Un fort beau texte de M. Lafourcade.

(En espérant compenser ainsi mon manque d'inspiration actuel…)

mardi 17 juillet 2018

La chute de l'ange


Après Don Quichotte puis Les Somnambules d'Herman Broch, il ne m'a pas paru tout à fait incohérent de relire Les Versets sataniques ; ne me demandez pas de m'expliquer à propos de cette supposée cohérence : je suis fatigué d'avance des explications que j'aurais à fournir.

À l'époque de l'Affaire (je mets la majuscule pour relier subtilement Salman Rushdie à Alfred Dreyfus…), et contrairement à tous nos petits braillards occidentaux – politiciens, journalistes et autres clowns pensionnés –, favorablement disposé envers l'auteur après avoir aimé Les Enfants de minuit, je m'étais empressé d'acheter le livre et de le lire. Pas de le feuilleter vaguement pour savoir si je devais porter condamnation ou non : de le lire ; tranquillement, page à page, en essayant d'y trouver de la richesse, un sens (ou plusieurs) et de la beauté. 

J'en avais trouvé, et même beaucoup. Mais pas la moindre trace d'un quelconque blasphème, contrairement à ce que tentaient d'accréditer nos grands esprits parisiano-démocrates, Jacques Chirac en tête, comme il se devait, à l'époque, dès qu'il y avait une sottise en vogue à répéter. Il fallait lire ce livre comme le roman qu'il était, et non le consulter comme un dossier, à charge ou à décharge. C'est ce que j'avais fait, et que j'ai commencé de refaire ce matin.

(Le titre de ce billet fait écho à l'ouverture du roman, dans laquelle on voit deux personnages éjectés de l'avion les amenant de Bombay, Gibreel et Saladin, tomber de 8848 mètres et piquer droit sur l'Angleterre : début hautement prometteur, on en conviendra.)

jeudi 12 juillet 2018

Le modernisme anti-moderne



 À Juan dit Sarkofrance.


Le titre que j'ai choisi est celui de l'une des sous-parties de l'essai de Milan Kundera qui s'appelle Le Rideau. La partie de l'essai contenant ce court chapitre s'intitule Die Weltliteratur. (Pourquoi me suis-je mis, voilà deux jours, à relire les essais de Kundera, principalement consacrés au roman ? Ce serait une histoire sans grand intérêt, un peu longue car faite de ricochets appelant chacun sa propre explication : Cervantès, Diderot, Carlos, Kafka…) Dans le modernisme anti-moderne, Kundera part de ce savoureux personnage de Ferdydurke que Gombrowicz a baptisé “la lycéenne moderne”, laquelle a bien entendu un père, mais surtout une mère qui s'essouffle à demeurer – ou devenir – aussi moderne que sa fille : elle est, par exemple, un membre actif et plein d'enthousiasme du Comité pour la protection des nouveau-nés… Après avoir exposé cette sorte de préambule descriptif, Kundera poursuit ainsi :

« Gombrowicz a saisi dans Ferdydurke le tournant fondamental qui s'est produit pendant le XXe siècle : jusqu'alors, l'humanité se divisait en deux, ceux qui défendaient le statu quo et ceux qui voulaient le changer ; or l'accélération de l'Histoire a eu ses conséquences : tandis que, jadis, l'homme vivait dans le même décor d'une société qui se transformait très lentement, le moment est venu où, soudain, il a commencé à sentir l'Histoire bouger sous ses pieds, tel un tapis roulant : le statu quo était en mouvement ! D'emblée, être d'accord avec le statu quo fut la même chose qu'être d'accord avec l'Histoire qui bouge ! Enfin, on put être à la fois progressiste et conformiste, bien-pensant et révolté !

« Attaqué comme réactionnaire par Sartre et les siens, Camus a eu la répartie célèbre sur ceux qui ont “placé leur fauteuil dans le sens de l'Histoire” ; Camus a vu juste, seulement il ne savait pas que ce précieux fauteuil était sur roues et que, depuis un certain temps déjà, tout le monde le poussait en avant, les lycéennes modernes, leurs mamans, leurs papas, de même que tous les combattants contre la peine de mort et tous les membres du Comité pour la protection des nouveau-nés et, bien sûr, tous les hommes politiques qui, tout en poussant le fauteuil, tournaient leurs visages riants vers le public qui courait après eux et riait lui aussi, sachant bien que seul celui qui se réjouit d'être moderne est authentiquement moderne.

« C'est alors qu'une certaine partie des héritiers de Rimbaud a compris cette chose inouïe : aujourd'hui, le seul modernisme digne de ce nom est le modernisme anti-moderne. »

Je reprends la parole, un bref moment, uniquement pour encourager vivement tous ceux qui s'intéressent au roman (mais aussi à la musique, à la culture, à l'Europe et à deux ou trois autres sujets aussi peu importants) à lire les essais de Kundera, au minimum les deux premiers : L'Art du roman, puis Les Testaments trahis.

L'interrogation écrite qui suivra comptera dans la moyenne générale du trimestre, je préfère que vous en soyez prévenus.

lundi 9 juillet 2018

Un temps de chien


Un temps de chien, c'est lorsque le thermomètre franchit la barre des trente degrés, implacablement Celsius, et que vos poils repoussent à tout va, vous fournissant le manteau dont vous vous passeriez volontiers. Mais quand est-ce qu'on retourne chez l'esthéticienne canidologue ?

Demain.

vendredi 6 juillet 2018

Cervantes en noir et blanc


J'en ai un peu assez, des romans noirs (ou policiers, ou ce que vous voudrez) ; assez qu'on me présente comme des classiques de la littérature mondiale ces petites choses empoussiérées comme des greniers jamais aérés. Alors j'ai repris Don Quichotte, et dès les premières pages la vie s'est mise à bouillonner, à voleter en tous sens telle une mésange ravie de l'audace qui vient de la pousser à quitter le nichoir natal.

1605 – 2018 : j'ai manqué de peu le quadricentenaire de cette œuvre, dont je ne vais certainement pas m'offrir le ridicule de tenter l'analyse, tant abondent les noms prestigieux de ceux qui s'y sont essayés avant moi. En revanche, tout modestement, je puis noter une inexplicable bizarrerie, que l'on relève dans l'excellente traduction de Mme Aline Schulman (Seuil, 2 vol.).

Au tout début du chapitre XXXVI, de nouveaux voyageurs arrivent dans cette auberge de la Manche où le lecteur a l'impression que la moitié de l'Espagne s'est donnée rendez-vous. L'aubergiste les annonce ainsi à Don Quichotte, Sancho Panza et quelques autres personnages (c'est moi qui souligne) : « Il y a quatre hommes à cheval, armés de lances et de boucliers […], et qui portent tous un masque ; au milieu d'eux, il y a une dame vêtue de blanc, et masquée elle aussi ; […] »

Trois paragraphes plus loin, l'un des valets de la petite troupe fournit quelques éclaircissements sur ceux qu'il est chargé de servir ; il dit notamment ceci (c'est toujours moi qui souligne) : « […] ils n'ont pas desserré les dents de tout le voyage. On n'entend que les soupirs et les sanglots de cette pauvre dame, qui nous fait bien pitié. Pour nous, il n'y a pas de doute, on l'emmène contre son gré. À en juger par son habit noir, elle est religieuse ; […] »

Évidemment, le brave lecteur se perd en conjectures dont, le lendemain matin, il ne s'est toujours pas dépêtré. Il lui semble impossible que l'excellent Miguel de Cervantes Saavedra ait pu commettre, et surtout ne jamais rectifier, une bourde semblable, ni ses éditeurs successifs. Quant à Mme Schulman, il paraît tout aussi improbable qu'elle puisse ignorer la différence entre blanco et negro (la langue castillane est atrocement raciste, comme on peut voir), si tant est que ces deux mots soient bien présents dans le texte originel.

Je dis “si tant est” car, me référant à la traduction de César Oudin (1615) que donne la Pléiade, il y est question de l'accoutrement de la supposée religieuse, mais nullement de sa teinte. Le mystère reste donc entier. Si l'ingénieux hidalgo était ici, il nous dirait sans doute que c'est simple affaire d'enchanteurs, toujours prompts à brouiller l'entendement des pauvres humains en changeant la couleur des choses qu'ils ont sous les yeux. Le pis est qu'on se sentirait tout prêt à le croire.

dimanche 1 juillet 2018

La Vendée des cartes postales (et aussi des crayons)


Pardon pour le titre : n'ai pu résister.
Il est pour annoncer le journal de juin.

jeudi 28 juin 2018

La bourde de Vian


Ayant décidé de m'attaquer (enfin ! soupireront certains) au roman noir américain, j'ai commandé, hier, quatre ou cinq volumes des auteurs les plus connus, de Raymond Chandler à Chester Himes, en passant par Jim Thompson, James Hadley Chase et Dashiell Hammett. Les premiers sont arrivés tout-à-l'heure et, confortablement installé dans l'un de nos deux antiques Lafuma, sous le cerisier perdant ses derniers noyaux, j'ai entrepris la lecture du Grand Sommeil, en essayant de n'y pas succomber moi-même, dans la traduction de Boris Vian. Mais, dès la troisième page (édition Quarto, Gallimard), j'ai trébuché sur une impropriété de langage.

Philip Marlowe vient de pénétrer chez les Sternwood (je ne sais pas encore ce qu'il vient y faire) et un domestique, un domestique mâle, l'escorte jusqu'au fauteuil roulant du maître des lieux. Il l'annonce ainsi : « Voici Marlowe, Général. » Or, c'est une faute grossière. Si les femmes s'adressent en effet aux généraux en les appelant “Général”, les hommes, eux, sont tenus de leur donner du “Mon général” – La règle vaut d'ailleurs pour tous les autres grades d'officiers [rajout de cinq heures et demie : à la réflexion, je me demande si la règle vaut pour les officiers subalternes], et je m'étonne que Vian l'ait négligée. On m'objectera que les Anglo-Saxons ignorent l'usage de cet étrange “mon”, qui n'est aucunement la marque de je ne sais quelle possessivité déplacée, mais la simple abréviation de “monsieur”. Certes, mais enfin, il me semble bien que le travail d'un traducteur consiste à rendre les livres qu'il traduit non seulement compréhensibles, mais également assimilables par ses lecteurs pratiquant la langue d'accueil, langue à laquelle il importe qu'il se soumette en grande humblesse d'esprit.

Bref, voilà une lecture qui commence bien.

lundi 25 juin 2018

Ce qu'inspire la relecture du Désert des Tartares


Les livres qu'on a lus à 20 ans, c'est un peu comme les filles qu'on a aimées au même âge : on ne devrait jamais essayer de les rouvrir.

samedi 23 juin 2018

Go West !


L'avantage des romanciers qui meurent jeunes, c'est qu'ils reviennent moins cher à découvrir. Ainsi, ce Nathanael West dont j'avoue, un peu honteux, n'avoir jamais entendu parler jusqu'à dix minutes dans le passé. Il est mort en 1940, à 37 ans, dans un accident de voiture, après avoir grillé un stop à El Centro : si la Californie avait eu la sagesse de notre bon président Macron et limité la vitesse à 80 km/h (vous ferez vous-mêmes la conversion en mph), il serait peut-être encore des nôtres, ce brave West, né Weinstein comme le premier tripoteur de starlettes venu.

Toujours est-il qu'il n'a écrit que deux romans : Miss Lonelyhearts et L'Incendie de Los Angeles, que je viens de commander ensemble. Il m'en coûtera 15, 60 €, ce qui n'est pas le Pacifique à boire. Les deux sont chaudement recommandés par Roland Jaccard sur le site de Causeur : si jamais il y a tromperie sur la marchandise, il peut s'attendre à me voir réclamer le remboursement sur un ton comminatoire, le vieux Suisse. Dans le cas contraire, je croquerai un carré de chocolat noir à sa santé.

jeudi 21 juin 2018

Demandez le programme


Je suis finalement parvenu au sommet de cette méchante Montagne magique, mais Dieu que les dernières dizaines de mètres furent laborieuses ! Il n'a pas pitié du pauvre monde, ce monsieur Mann… Comme le hasard et la Poste font parfois bien les choses, j'avais à peine tourné l'ultime page, et délacé mes chaussures à crampons, qu'arrivaient les livres de juillet, les plus précoces d'entre eux, en tout cas. On trouva dans le paquet :

Un apostolat, d'Albert t'Serstevens, cet écrivain belgo-français, dont le nom étrange siffle tel un aspic, et qui m'est encore, à cette heure, tout à fait inconnu (à part son nom, justement, croisé deux ou trois fois, je ne saurais dire où).

Le Désert des Tartares, de Dino Buzzati, qui m'avait fort impressionné lorsque je l'avais découvert, vers 18 ou 19 ans. L'impression sera-t-elle aussi forte cette fois-ci ? On vous dira. 

Mr Vertigo, de Paul Auster : nous l'avons déjà évoqué dans un précédent billet, je n'y reviens pas ; pas pour l'instant.

René Leys, de Victor Segalen. A priori, je ne suis guère attiré par ce qu'on appelle les “écrivains voyageurs”, peut-être parce que n'étant moi-même ni l'un ni l'autre. Mais enfin, comme c'est en hommage à Segalen et à son roman qu'un jour Pierre Rickmans est devenu Simon Leys, et que c'est lui, ensuite, qui a éveillé mon intérêt pour la Chine, il était logique que je finisse par boucler cette boucle.

– Enfin, celui par lequel, tout à l'heure, j'ai attaqué cette mini-pile en en lisant les sept ou huit premières pages : La Folie Baudelaire, de Roberto Calasso, parce qu'il faut toujours revenir à Baudelaire, surtout quand il est, comme ce semble être le cas ici, en excellente compagnie.

Ces heures de lecture à venir m'ont coûté moins de 40 € : la littérature est un plaisir de salaud de pauvre. Mais de salaud de pauvre d'élite.

mardi 19 juin 2018

Le vieux réactionnaire sur la montagne suisse


La Montagne magique, tout le monde le sait, se passe à Davos, petite cité suisse bien connue des altermondialistes décervelés. Le jeune Hans Castorp, frais émoulu de son école d'ingénieurs (on notera au passage que l'on ne rencontre jamais de vieil émoulu, encore moins de rance émoulu : l'émoulu est toujours frais, comme le Portugais, toujours gai), Hans Castorp, donc, arrive au sanatorium de l'endroit pour une visite de trois semaines à son cousin Joachim, qui se soigne là afin de pouvoir entamer la brillante carrière d'officier prussien à quoi il se sait voué. L'histoire se passe aux environs des belles années 1910, comme l'aurait dit Trenet.

Les trois semaines de Castorp vont durer sept ans. C'est ce septennat immobile qui constitue la matière des mille pages du roman ; lequel fourmille de moments extraordinaires se détachant d'une pâte uniforme et vaguement ennuyeuse : image parfaitement juste, donc, de ce qu'on imagine être la vie de sanatorium quand on n'y est jamais allé. Comme il ne se passe rien, chaque micro-fait prend des proportions gullivériennes, à commencer par les cinq repas quotidiens qui sont servis aux malades ; ou les heures de balcon et de chaise longue qui ponctuent chaque journée. 

Pas d'événement qui ne fût attendu et préparé de longue date, mais des conversations à perte d'ouïe, notamment entre MM. Settembrini et Naphtah, dans lesquelles le jeune Castorp s'introduit en comparse secondaire. On parle de politique, de théologie, de morale, on s'oppose, on se contre avec courtoisie bourgeoise et conceptuelle fermeté. M. Settembrini figure ce que nous appellerions aujourd'hui un progressiste, tandis que M. Naphtah tiendrait le rôle du réactionnaire, ou du traditionnaliste si l'on veut être gentil. Voici par exemple ce que déclare celui-ci à celui-là (qui vient de lui servir une belle tartine de siècle des Lumières, de liberté et de droits de l'homme), peu après la mi-roman : 

« Je cherche à introduire un peu de logique dans notre conversation et vous me répondez par des phrases généreuses. Je ne laissais pas de savoir que la Renaissance avait mis au monde tout ce que l'on appelle libéralisme, individualisme, humanisme bourgeois. Mais tout cela me laisse froid, car la conquête, l'âge héroïque de votre idéal est depuis longtemps passé, cet idéal est mort, ou tout au moins il agonise, et ceux qui lui donneront le coup de grâce sont déjà devant la porte. Vous vous appelez, sauf erreur, un révolutionnaire. Mais si vous croyez que le résultat des révolutions futures sera la Liberté, vous vous trompez. Le principe de la Liberté s'est réalisé et s'est usé en cinq cents ans. Une pédagogie qui, aujourd'hui encore, se présente comme issue du siècle des Lumières et qui voit ses moyens d'éducation dans la critique, dans l'affranchissement et le culte du Moi, dans la destruction de formes de vie ayant un caractère absolu, une telle pédagogie peut encore remporter des succès momentanés, mais son caractère périmé n'est pas douteux aux yeux de tous les esprits avertis. Toutes les associations vraiment éducatrices ont su, depuis toujours, ce qui importait en réalité dans la pédagogie : à savoir l'autorité absolue, une discipline de fer, le sacrifice, le reniement du moi, la violation de la personnalité. En dernier ressort, c'est méconnaître profondément la jeunesse que de croire qu'elle trouve son plaisir dans la Liberté. Son plaisir le plus profond, c'est l'obéissance. »

Voilà qui, je pense, suffirait à faire grimper ce malheureux Naphtah sur le bûcher toujours dégoulinant d'essence des pédagogues vallaudo-belkacémistes. Il y aurait, évidemment, bien d'autres choses à dire, et souvent plus intéressantes, à propos du roman de Thomas Mann. On m'excusera de remettre : je dois, pour l'heure, aller rempoter mes plantes médicinales, qui ne m'ont que trop attendu.

jeudi 14 juin 2018

Découverte de l'eau


Bondissant à la poursuite d'une bande de mouettes idiotes (ou de sternes stupides, ou de ce qu'il vous plaira d'imaginer comme volatiles), Charlus s'est retrouvé dans l'océan… à ma plus vive inquiétude : je ne me voyais guère plongeant dans la vague glacée, ou que j'imaginais telle, pour aller sauver de la noyade ce semi-abruti. Car il va de soi qu'il fut le seul à se tremper dans l'eau, et que nous autres nous en sommes bien gardés. Du reste, on n'en a pas beaucoup bu non plus.

lundi 11 juin 2018

Parce que c'est mon Chouan…


À compter de ce soir, nous serons là, à Saint-Hilaire-de-Riez, charmante petite cité vendéenne où vit mon beauf' (frère de Catherine) et cousin germain, ainsi que sa femme. Nous rentrerons après-demain, ce qui laisse largement, aux cambrioleurs et autres énergumènes divers, le temps d'exercer leur art (nota bene : les bijoux et les diamants de Catherine sont dans le troisième tiroir du congélateur, et il reste, dans la Case, quelques exemplaires neufs du Chef-d'œuvvre de Michel Houellebecq, roman qui ne peut que prendre de la valeur avec le temps, n'en ayant pour l'heure pas la moindre). Je ne suis pas devin, mais je crois pouvoir affirmer qu'on va manger du poisson et boire du vin blanc. Quant à se tremper dans l'eau avec les crétins huileux, plutôt crever.

samedi 9 juin 2018

Qui connaît Paul Auster ?


Pas moi. C'est-à-dire que j'ai lu un roman de lui, La Cité de verre, il y a bien trente ans : je n'en garde aucun souvenir, pas même celui de l'avoir aimé ou non. Il fallait bien entendu remédier urgemment à cette ignorance : était-il possible de continuer à vivre comme si de rien n'était sans savoir qui est Paul Auster ? Poser la question était y répondre. 

J'ai donc mis deux livres de lui dans mon petit panier Amazon et je laisse reposer le tout jusqu'au 20 de ce mois, date où le compte “Visa” se remettra miraculeusement à zéro, et où l'on pourra de nouveau dépenser sans remords : on n'est pas plus budgétairement orthodoxe. Les deux romans sont un déjà ancien, Léviathan, et ce qui semble être le dernier paru, 4, 3, 2, 1, titre interpelant, on me l'accordera. Pourquoi deux ? s'interrogera-t-on peut-être. C'est une curieuse et assez stupide manie que j'ai, d'acheter presque toujours plusieurs volumes d'un coup des écrivains dont j'ignore tout, et au premier chef si leurs livres vont me plaire, ou au moins s'ouvrir, métaphoriquement parlant.

Mais je bavarde, je bavarde… L'objet de ce billet est d'en appeler aux plus cultivés d'entre vous, et que moi, qui auraient, eux, une connaissance plus approfondie de ce New-yorkais, ce qui n'est pas mettre la barre bien haut, on l'aura compris. Pour leur demander si, à leur autorisée opinion, j'ai bien fait de choisir ces deux romans-là. Et de me dire, dans le cas contraire, lesquels ils me conseilleraient plutôt, et pourquoi. On a donc jusqu'au 19 juin pour remettre sa copie.

Sinon, j'ai également mis dans mon panier un roman de Victor Segalen, mais c'est totalement hors-sujet.

mercredi 6 juin 2018

La tondeuse n'est pas que pour les jardins


Charlus après son passage chez l'esthétichienne.

samedi 2 juin 2018

Ami-ami avec Tom W.

Tom Wolfe, 2 mars 1930 – 14 mai 2018.

J'ai terminé les 820 pages de Bloody Miami tout à l'heure, juste avant d'aller prendre ma douche (les deux faits n'étant d'ailleurs liés en rien) : il y avait longtemps que je n'avais pas lu un roman aussi réjouissant, qui se parcourt à tombeau ouvert (ou à bride abattue si on est vraiment passéiste), et donne de l'Amérique – ou au moins de Miami – une image aussi glaçante que drôle, vraiment très drôle. Par moment, on se croirait chez le bel Alexandre (Dumas), tellement ça galope. Quand je me dis que, pendant ce temps, des malheureux s'obstinent à déchiffrer les minces grimoires de Christine Angot ou d'Édouard Louis, un grand élan de pitié me vient pour eux ; la seconde suivante, je me dis qu'après tout ils n'ont que ce qu'ils méritent. 

Il est vrai que Tom Wolfe – c'est à la fois, de sa part, modestie et ambition – se contente de montrer le monde tel qu'il le voit, d'en indiquer quelques-uns des ressorts les plus agissants, même si ce dévoilement ne risquait pas de lui valoir le Nobel, ni de lui ripoliner l'âme en couleurs pastel ; alors que nos deux chevaliers blancs, eux, attention les yeux, dénoncent le racisme et l'essclusion – pas moins. Il est certes fort beau de flétrir le racisme et l'exclusion, même si tous les bien-pensants occidentaux le font du matin au soir depuis près de quarante ans ; mais il faudrait peut-être leur dire, à Christine Édouard et à Louis Angot, qu'un homme qui dénonce, cela ne s'appelle pas un écrivain mais un délateur. En attendant, et cela s'accorde à merveille avec les deux clowns évoqués, je vais aller tout de suite ouvrir à sa première page Le Bûcher des vanités du même Wolfe ; dont les deux autres romans sont déjà bien au frais dans mon petit panier Amazon.

vendredi 1 juin 2018

Le journal prend de l'avance


Ayant considérablement merdé le mois dernier en publiant deux livraisons d'un coup, et même pas dans le bon ordre, j'ai décidé que, désormais, le journal mensuel serait livré sans attendre, dès le premier (ou deuxième…) jour du mois suivant. Voici donc celui de mai, encore tout chaud du four dont il sort.

Si j'ai choisi Witold Gombrowicz pour illustrer cette annonce, c'est parce qu'il m'a occupé beaucoup au début du mois. Et aussi parce que j'aime bien sa tête.

mardi 29 mai 2018

De l'homme, de l'urinoir et des vastes questions métaphysiques


Sait-on toujours comment les discussions éclosent ? A-t-on idée de la manière dont surgissent les vastes questions métaphysiques ? Celle que je m'en vais vous soumettre a jailli (et c'est bien le cas de le dire…) dans la salle du rewriting de France Dimanche, voilà sans doute un petit quart de siècle. Elle le fit à peu près en ces termes :

Lorsque l'on va pisser dans des toilettes plus ou moins publiques, faut-il se laver les mains avant ou après ?

D'emblée, nous fûmes clivés comme des bêtes. D'un côté, les ultras de l'hygiénisme dû à autrui, les apôtre du vivre-ensemble-proprement, qui penchaient fortement pour l'après, auxquels se joignaient les faux indignés jurant que, leur appendice urinatoire étant d'une irréprochable cleanitude, ils n'avaient nul besoin de passer leurs mains sous l'eau avant de s'en saisir. En face, le clan des réalistes, de ceux qui, au profond des abysses de leur for intérieur, savent bien qu'on n'a jamais la queue aussi propre qu'un vain peuple se l'imagine, et que, donc…

Yves J., notre chef fort-aimé, qui malgré sa cinquantaine bien sonnée attachait une importance à mon avis exagérée à son organe et à ses différentes fonctions, Yves J. voulut jouer les jusqu'au-boutistes et préconisa le double lavage de mains : un avant, un autre après, ajoutant encore à la confusion qui menaçait de tourner à la sécession.

Personne ne songea à émettre l'hypothèse que l'on pourrait aussi bien aller pisser avec des gants, ce qui aurait pourtant été le bon sens même. Nous étions, en vérité, au bord de la lutte fratricide.

Je rétablis brusquement le calme et pulvérisai le clan des après, en faisant observer que, pour quitter le local, il fallait bien poser ses doigts sur la poignée, puis éventuellement serrer la dextre du bipède qui, dans le couloir, avait la pénible manie de vous la tendre dès que le hasard vous faisait vous croiser avec lui ; et que, par là même, on récupérait fatalement les bataillons de germes véhiculés par tous ceux qui ne se lavent ni avant ni après. 

Le clan des vaincus se retira en bon ordre, mais l'alerte avait été très chaude. Et aucun d'entre nous ne put, par la suite, contempler les urinoirs d'un œil tout à fait serein.

dimanche 27 mai 2018

L'air de la bêtise, 7


ESCHYLE

– Eschyle, comme quelques dramaturges de notre époque, avait toujours une pinte de vin quand il composait ses tragédies.
Le Moniteur viticole, 1856.


ESCLAVES

– L'esclavage est une très mauvaise préparation à l'exercice de la liberté.
Anthony Trollope, The West Indies and the Spanish Men, 1860.


ESPAGNOLS

– Les Espagnols n'eurent jamais beaucoup d'inclination pour les voyages.
Schwab, Dissertation sur les causes de l'universalité de la langue française, 1803.


ÉTOILE POLAIRE

– Polaire (étoile) ou la Polaire, étoile de troisième grandeur, ainsi nommée parce qu'elle est à une très faible distance du pôle Nord.
Nouveau Petit Larousse illustré, 1935.


FAMILLE

– Une vraie famille chrétienne, pour respecter les vœux divins, ne devrait pas avoir moins de quinze enfants, dont douze au moins seraient vivants.
Abbé Niolet, Nouveaux sermons pour les jeunes époux, 1829.


FEMME

– La femme a été peu ou mal étudiée. Nous avons des monographies complètes sur le ver à soie, sur les hannetons et les chats, et nous n'en avons pas sur la femme.
P. Mantegazza, Physiologie de la femme,  1911.


FILS UNIQUE

– MM. Jules Grasset, avocat à la Cour, et Albert Grasset, officier de marine, sont les fils uniques du défunt.
Le Soir, 20 juin 1893.


FONTENELLE

– En 1755, le centenaire vivait encore : il avait près de quatre-vingt-dix-neuf ans.
F. Funck-Brentano, préface aux Mémoires de Mme de Staël, 1927.


FOOTBALL

– Foot-ball signifie littéralement “ballon-pied”, ce qui éveille tout de suite l'idée d'un ballon mis en mouvement avec le pied.
V. Dabat, Revue encyclopédique, 2 septembre 1899.

– La victoire revient quand même à Reims, mais Monaco aurait tout aussi bien pu être battu.
L'Équipe, 3 septembre 1974.


FRONT POPULAIRE

– Dans l'état présent des affaires de l'Europe, le temps travaille pour l'ordre et la paix.
Roland de Mares, Le Mercure de France, 1er septembre 1937.

– La cour d'assises de la Seine a acquitté M. Paul Cusinberche, industriel, qui avait tiré en l'air au cours d'une occupation de ses ateliers par ses ouvriers en grève et en avait tué un.
Le Courrier de Flers, 29 mars 1938.