dimanche 24 novembre 2013

Les socialistes, ces catholiques sans Dieu


Le Concile de Trente, qui, ouvert en 1545, ne durera pas moins de dix-huit ans (mais avec des pauses…), est la réponse de l'Église catholique à la Réforme de Luther et Calvin. Il s'agit d'un durcissement de ses positions et d'une contre-offensive, que l'on appellera d'ailleurs la Contre-Réforme. Il est intéressant de voir les lignes de forces qui s'en dégagent, à savoir essentiellement les tabous contre le profit, la prohibition, voire la diabolisation, de l'usure, le refus de la nouveauté et de la modernité, la prétention au monopole de la vérité ainsi qu'une grande défiance envers la liberté individuelle – c'est-à-dire à peu près tout ce qui caractérise aujourd'hui les socialistes et leurs sympathisants. On m'objectera sans doute que l'assimilation ne vaut pas pour ce qui concerne le refus de la nouveauté et de la modernité, puisque, justement, les gens de gauche se proclament les champions de ces deux increvables mamelles. Tout dépend de quoi on parle. Dès qu'il s'agit de petits hochets sociétaux, de bibelots d'inanité législative ayant pour effet de couper un peu plus l'homme de lui-même, de l'arracher à l'épaisseur des siècles, alors oui, en effet, les progressistes sont enragés de nouveauté, possédés de modernité. Mais ce sont les mêmes qui, dans un champ plus général, s'accrochent comme des désespérés à ces notions de droite et de gauche, quand ce n'est pas à l'intangible lutte des classes, ces vieilles lunes fourbues nées au milieu du XIXe siècle et prenant déjà la poussière à la fin de la Seconde Guerre mondiale, qui a jeté tout cela à bas sans qu'ils s'en avisent.

Du Concile de Trente, ils ont aussi conservé un évangile, appelé Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, auquel chacun est tenu de faire acte d'allégeance préalable, sous peine de se trouver disqualifié, anathémisé, avant même d'avoir ouvert la bouche. D'après certains – mais ils doivent pécher par excès de pessimisme –, il serait déjà question de réactiver la Sainte Inquisition et d'envisager de nouveaux barbecues de sorcières, qui ne furent jamais plus en vogue qu'à l'époque de notre concile. Pendant ce temps, luthériens et calvinistes du septentrion continuent de prospérer à notre barbe, en ricanant discrètement.

(Ce billet m'a été plus ou moins inspiré par la lecture de La Société de confiance, d'Alain Peyrefitte, publié par Odile Jacob, et que je me permets de recommander à Vos Honorables Sagacités.)

20 commentaires:

  1. Je n'ai aucune "confiance" dans les écrits de Peyrefitte (Alain) , sauf ceux dont les propos touchant à l'Histoire furent corrigés ( pour le moins ) par l'un de mes amis qui était hélléniste et président de la Sorbonne, mais l'ouvrage que vous citez n'a pas bénéficié de ces lumières.
    S'il est votre seule source pour le concile de Trente, aïe aïe...

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  2. Et comme à chaque fois que ce genre d'offensives a lieu, l’école est instrumentalisée. Discrètement, Peillon agit, avec sa charte sur la laïcité (conçue par lui, c'est une religion délirante) et, à venir, des cours de morale obligatoires... (trouveront-ils des guignols pour assurer les cours ?)

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  3. Robert Marchenoir24 novembre 2013 à 17:30

    Le concept de droite et de gauche ne date pas du XIXème, mais de la Révolution. Il est très à la mode en ce moment de prétendre que c'est une distinction dépassée, mais c'est largement une ruse de... la gauche. Le communisme a tellement été discrédité par la chute de Moscou que plus personne ne s'avoue communiste, mais celui-ci est plus vivant que jamais, sous de nouvelles formes.

    Plus de la moitié de la population active française vit des subsides de l'Etat. Au Vénézuéla, le gouvernement envoie l'armée dans les usines de papier toilette pour remédier à la pénurie qu'il a lui-même provoquée. Aux Etats-Unis, des fonctionnaires subalternes prennent une retraite dorée à 55 ans, avec des pensions que des cadres supérieurs en activité en France n'auront jamais comme salaire, puis se font réembaucher immédiatement à leur poste... en cumulant leur retraite avec un nouveau salaire (très largement supérieur aux salaires comparables du privé).

    Le communisme, c'est le socialisme, et le socialisme, c'est la gauche.

    Il y a plus que jamais une différence fondamentale entre la gauche, qui défend la dépense publique, l'emprise de l'Etat, l'égalitarisme, la redistribution des revenus, la subversion des moeurs et des traditions, et la droite, qui défend la liberté, la propriété, la responsabilité, l'ordre et les traditions qui ont fait leurs preuves.

    Maintenant que la gauche a presque achevé son oeuvre de destruction de la culture et de la morale, maintenant qu'elle a solidement en mains tous les leviers du pouvoir, elle veut, en plus, nous convaincre qu'elle n'existe pas.

    Et certains qui se prétendent de droite veulent simultanément nous persuader que la gauche et la droite, c'est fini, ça ne veut plus rien dire. C'est qu'ils veulent récupérer à leur profit la machine étatique construite par la gauche.

    Une fois de plus, l'objectif proclamé de Martine Aubry, dans ses propres termes : "Bâtissons l'Etat stratège".

    Et l'objectif proclamé de Marine le Pen, dans ses propres termes : "Un Etat fort -- Bâtir l'Etat stratège".

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    1. J'aime bien votre titre mais ce billet donne l'occasion de définir tout en finesse la gauche et la droite. Suis désolé mais la droite, ce n'est pas la liberté ou la responsabilité, et la social-démocratie voire le social libéralisme est très loin de la définition caricaturale que vous donnez du socialisme. Dernier point : le progressisme est bien présent à l'UMP. Comme quoi, tout change, tout évolue.....pas facile de s'accrocher. On a tous du mal.

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    2. Ah Ben si le progressisme est à l'UMP...

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    3. " elle veut, en plus, nous convaincre qu'elle n'existe pas."

      C'est du "there is no alternative" culturel de base.
      (Pretendre qu'elle n'existe pas pour eviter que ca se voit trop qu'elle a gagné culturellement, et qu'elle est presque partout)

      Enfin la gauche facon " lutte des classes" est quand meme beaucoup moins "fashion" qu'avant.

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    4. Robert Marchenoir25 novembre 2013 à 19:42

      Elle redevient à la mode... à l'extrême-droite.

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  4. Cela ressemble plus à un brouet qu'à un billet.
    Mais c'est vrai que c'eut été dommage de ne pas nous donner des nouvelles de monsieur Peyrefitte, désopilant ministre de "l'information" sous de Gaulle.
    A noter que vos options catholiques, si on en croit vos dévotions familiales, à travers votre journal ou vos différents blogs, ont l'air d'aller vers la messe tridentine et les dogmes que ce concile a institués (qui ne sont en aucune manière un aggiornamento politique, comme vous affectez de le croire, mais une crispation religieuse).
    Mais bien entendu l'exercice de l’anachronisme panaché de spiritualité peut vous remplir de satisfaction béate, puisque "fils du peuple", comme vous l'avez dit récemment, vous avez des "bonheurs simples"….

    Emily

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  5. Je triche ... rien à voir ou presque avec cette page mais je viens de lire un post du 16 novembre dernier (http://didiergouxbis.blogspot.fr/2013/11/heureusement-les-blogueurs-de-gauche-ne.html#comment-form), et comme je suis sûr que plus personne ne va farfouiller dans l'histoire ancienne ... bref, pour faire un commentaire après celui de Skandal (18 novembre 2013 12:35 : "Est il seulement au courant qu'il n'y a pas besoins de complot pour tuer des centaines de millions de personnes ? Le communisme y arrive très bien, aux yeux de tous...")

    l'avortement ne le fait pas mal non plus : 9 à la seconde -> http://www.planetoscope.com/mortalite/1498-avortements-pratiques-ivg-dans-le-monde.html et admirez au passage la belle en-tête de la page : consommer mieux - vivre mieux --- planetoscope --- la planète vivante ...

    Denys l'Areononyme

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  6. Et voilà ! On faut des billets à la con et on est trollé par Marchenoir et ses clones. C'est malin.

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    1. Vous au moins vous n'avez besoin de personne pour troller vos billets, vous le faites vous-même !

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  7. Robert Marchenoir24 novembre 2013 à 22:10

    Une autre différence entre la droite et la gauche : la droite fait de la politique. La gauche fait de l'utopie. Pour la droite, la politique est affaire contingente. Pour le gauche, la politique est une religion.

    Une nouvelle preuve : Bernard-Henri Lévy nous ordonne : "Prions pour l'impôt". Ce n'est pas une blague. L'impôt canonisé, au moment même où il devient insupportable aux Français.

    Cela venant après le directeur de Libération, qui nous disait il y a quelques jours, dans un éditorial, qu'une attaque à main armée contre son journal était une profanation, et qu'elle n'entamerait pas ses croyances.

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  8. Il y a cette bonne boutade de Michel Déon (je crois), que je cite de mémoire : en France il y a deux grands partis de gauche, dont l'un, par convention, s'appelle la droite.

    Cela fait longtemps par exemple que la "droite" ne défend plus les traditions, qu'elle n'a plus rien de "clérical" et qu'elle se moque de la liberté. Elle se contente de ménager la frange d'électeurs conservateurs qui subsiste.

    Sur le fond du billet maintenant.
    Il est tout à fait clair que le catholicisme se méfie de la raison individuelle, qu'il enrégimente en quelque sorte la pensée et pour cela prononce des anathèmes à la chaîne, ce qui faisait dire à Simone Weil qu'elle était parfaitement chrétienne quand elle lisait les évangiles, mais qu'elle n'avait rien à voir avec le christianisme quand elles lisait les actes du Concile de Trente.

    Le catholicisme tridentin n'est ni fun, ni mystique.

    Et pourtant ce dogmatisme n'est pas si absurde. Il se fonde sur une idée simple, celle que les hommes ne sont pas des dieux, qu'ils sont faillibles et faibles, que la vérité révélée peut-être reçue même non comprise, et plus encore : qu'elle ne peut pas être comprise en totalité, jamais, même par les plus intelligents, et que ces intelligents ne sont pas incapables d'errances.

    En conséquence de quoi l'Eglise assume, contrairement aux Protestants, la médiatisation de la Parole divine. Mais ce sont les Protestants qui se retrouvent en contradiction avec leurs actes, puisqu'il y a nécessairement une théologie officielle qui doit s'imposer aux individus censées lire les textes directement. De là le paradoxe d'un clergé protestant sécularisé qui condamne à tour de bras déviants et sorcières. Toute la société devient clergé ; il n'y a plus d'espace en dehors de la religion ; la foi ne se vit pas seulement à la messe et lors de cérémonies familiales précises et ritualisées, mais en permanence, comme le ritualisme constant et envahissant des Juifs. La liberté individuelle débouche sur le carcan autonome.

    A tout prendre, je préfère une Eglise catholique ferme dans ses principes et même un brin psychorigide, mais qui maintient la distinction entre clergé et croyants.

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  9. Mais bien sûr que les socialistes ont un Dieu, il se nomme Mitterrand et hollande est son dernier prophète.

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  10. Gauche et droite: un minimum d'Histoire et de précision:

    http://tinyurl.com/q8p7t6f

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  11. LeVertEstDansLeFruit25 novembre 2013 à 13:42

    Hollande me fait penser au totem a moignons gigotant sur les épaules du coprophage.
    Son clapet s'ouvre, il s'agite, ses yeux s'illuminent, puis.. rien!

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  12. La déclaration de 1789 est un texte profondément antisocialiste. Elle ne tend qu'à protéger les individus contre l'extension arbitraire des pouvoirs l'Etat. C'est la déclaration de 1948 qui est de gauche. D'une manière générale, ce n'est pas parce que les gauchistes ont toujours à la bouche le mot "droadlôme" qu'il s'agit nécessairement d'une institution socialiste.

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    1. Robert Marchenoir25 novembre 2013 à 19:41

      Exactement. La déclaration des droits de l'homme de 1789 est un grand manifeste libéral, et l'un des plus beaux textes politiques jamais écrits, dans le fond comme dans la forme. Il est d'une langue admirable et il n'y a pas un mot en trop.

      Hélas, c'est parti en sucette tout de suite après. Chaque version successive a abâtardi le texte et l'a fait progresser sur la voie du socialisme. Ne parlons pas de la conception actuelle des droits de l'homme, qui a le même rapport, avec l'original, que les démocraties populaires avaient avec la démocratie.

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  13. Robert Marchenoir25 novembre 2013 à 15:45

    Un éclairage via l'histoire de l'Ecole de Francfort.



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  14. La société de confiance de feu AP est un sacré pavé ! Il permet, ce livre, de se rappeler que son auteur était normalien (de l'autre époque) et même ministre de Mon Général ! C'est fou.

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