jeudi 15 janvier 2015

Revenons aux choses importantes


Le journal de Léautaud m'a entièrement repris. Il y a vraiment des moments où, emporté, je me dis durant une seconde ou deux que je vais, demain, aller lui dire tout l'intérêt qu'il suscite en moi. Et puis, juste après, le retour douloureux, très aigu, de la conscience du temps irrémédiablement mort. C'est que, cette conscience, nul ne l'a plus que lui, aussi. Si bien que, quand il retourne ses pas dans le quartier de la rue des Martyrs, vers 1910, et qu'il se prend à évoquer ce qu'il y a vécu trente ans plus tôt, avec une justesse dans la nostalgie dont je connais peu d'équivalents – et même peut-être aucun, en fait –, le lecteur naturellement porté à ce même type d'abandon ne sait plus du tout s'il doit déplorer la perte du Paris que regrette Léautaud, où bien de celui dans lequel il circule et qui, pour lui, est tout aussi fantastiquement lointain. Et chaque homme ou femme croisé dans ces pages, qu'il soit écrivain connu ou cocher de fiacre ou concierge – et d'ailleurs les écrivains ne sont pas ceux qui vivent forcément le plus – semble s'extraire d'une photographie grisâtre et vaguement floue dans ses fonds, pour retrouver, le temps d'un paragraphe, la vie naturelle qui l'a quitté – où qu'il a quittée – voilà plus d'un siècle. Dans le journal de Léautaud, le temps guette à chaque page, et d'un même mouvement il abdique ses pouvoirs.

23 commentaires:

  1. Et Leautard ? Léotôt vaut mieux que Léotard ? Je dis ça non pas pour faire avancer le débat mais parce que je n'ai rien d'autre à troller.

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    1. Vous me l'avez déjà faite, celle-là : vous êtes un troll qui ne se renouvelle pas, gare à la sclérose !

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    2. Je lisait votre texte nostalgique en écoutant la chanson de Léo Ferré "avec le temps", du coup j'ai alavé un tube de Lexomyl. Bon je vous laisse, je vais appeler le SAMU.

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    3. Quelle drôle d'idée ! Un bon whisky est tout aussi efficace et bien meilleur !

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    5. Vous m'énervez, à être seulement mauvais quand vous croyez être acerbe : faites un effort, ou alors taisez-vous.

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    6. Etre mauvais comme vous dites et la preuve que j'ai bien choisi mon style. Il vaut largement le votre...

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  2. Cela dit votre texte magnifique a convaincu un inculte comme moi de lire Léautaud, j'ai commandé la version de poche condensé du journal littéraire (choix de page) sur Amazon.
    Salutations.

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    1. Espérons que ce choix sera suffisamment bien fait pour vous donner l'envie de passer au journal intégral.

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    2. Est-ce que le choix de pages de ce Journal est très différent de celui du Mercure ?
      J'ai d'abord lu le condensé du Mercure, et après le Journal complet, dans La Pléiade. J'ai trouvé que les textes n'étaient pas mal choisis pour un lecteur qui tenterait l'abordage de Léautaud. La préface de Pierre Perret était de trop, mais à part ça...
      Avis aux lecteurs sensibles: ne faites pas comme moi, et pour une première lecture ne finissez pas le Journal en hiver. Sinon, déprime assurée.

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    3. Suzanne, vous ne pouvez pas avoir lu le journal en Pléiade… puisqu'il n'y est pas ! Vous l'avez lu dans les trois volumes (plus de 2000 pages chaque, papier bible, etc.) du Mercure de France, illustrés, en couverture, par la photo de Léautaud par Cartier-Bresson.

      Pour l'anthologie, je ne saurais vous dire, ayant "attaqué" Léautaud directement avec les trois volumes dont je viens de parler.

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    4. Bon, avec tout ça je fais quoi ? Le "condensé" ou la "totale" ?

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    5. "dans les trois volumes (plus de 2000 pages chaque, papier bible, etc.) du Mercure de France, illustrés, en couverture, par la photo de Léautaud par Cartier-Bresson."

      Oui ! (empruntés à la bibliothèque.)

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    6. Je vous conseillerais d'acheter le premier volume du journal intégral, si vous parvenez à le trouver à un prix raisonnable (car ces ânes couronnés du Mercure de France ne le réédite pas, ce qui est un scandale). Pour les suivants, vous verrez bien…

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    7. L'anthologie qui est parue en Folio l'année dernière est en fait la reprise du choix de pages fait par Pascal Pia et publié en 1969 par le Mercure de France. Il n'y a donc aucune différence entre cette anthologie et l'édition dont parle Suzanne (à part la préface du calamiteux Pierre Perret qui n'a judicieusement pas été reprise !).

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  3. Vous m'énervez Didier !
    Vous m'énervez avec votre manie de nous parler de livres dont je ne soupçonnai même pas l'existence.
    Vous m'énervez avec votre art de nous donner envie de les lire.
    Non mais vous ne vous rendez pas compte que je n'ai pas que ça a fiche ! Vous voudriez que je demande à ce que l'on passe à la journée de trente six heures ?
    Et mon pauvre dealer qui se tape des commandes incongrues et qui m'enguirlande à chacun de mes passages parce j'encombre son arrière boutique de bouquins que j'ai oublié de passer prendre et accessoirement de payer.
    Vous y avez pensé à mon pauvre dealer ?
    Ben non. Je sais bien, vous vous en fichez.
    Et je me demande si finalement ce n'est pas vous qui avez raison.

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    1. C'est ma petite vengeance : faire à d'autres ce qu'on me fait à moi ailleurs !

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  4. Je crois qu'il aurait aimé ce billet.

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  5. Quand vous êtes pris par cette littéraro-nostalgie, vous devriez signaler à votre lecteur : (Vol X - ch.Y), comme ceux qui commentent les évangiles signalent : (Marc X - Verset Y).

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    1. Il y revient très souvent, si bien que la liste des références serait plus longue que le billet lui-même…

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  6. Je ne connais cette rue que pour cette chanson mais chacun a la culture qu'il peut avoir et surtout comprendre

    Dans la salle du bar tabac de la Rue des Martyrs
    Y a des filles de nuit qu'attendent le jour en vendant du plaisir
    Y a des ivrognes qui s'épanchent au bar
    Qui glissent lentement le long du comptoir par terre

    Dans la salle du bar tabac de la Rue des Martyrs
    Le patron a un flingue pour l'ingénu qu'en voudrait à la tirelire
    Dans les chiottes les mots gravés sur les murs
    Parlent de sexes géants d'amours et d'ordures ensemble

    Ici chacun douc'ment oublie l'ombre d'une vie passée d'une femme de décombres
    Dans ce cliché funèbre on cherche l'oubli d'un parfum d'une voix
    On éteint l'impact encore brûlant de lèvres entrouvertes humides et douces

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