mercredi 2 janvier 2008

Sans parole, sans musique, sans rien

Ce soir, mon bel ami, c'est à toi que j'ai envie de parler. Il y avait longtemps ? Oui, je sais : tu as lieu de te plaindre, je délaisse ta tombe. Mais tu ne te plains pas, ce n'est pas tellement ton genre. Du reste, quand on se permet de mourir à des âges indignes (sans rhumatismes, désillusions, desérections, de quoi pourrait-on venir se plaindre ? Et auprès de qui, Grand Dieu ? Ou alors, lui, justement, mais ce sont des choses qui dépassent un peu les vivants que nous persistons à demeurer. Bref...), a-t-on vraiment le droit de la ramener ?

Parole, donc, comme on dit au poker, paraît-il. Tiens, je ne sais même plus pourquoi je t'ai dérangé, il y a trois minutes. Toi, oui ? C'est possible. Envie de savoir ce que tu peux penser de la journée vécue par Catherine ? Probable. Tu pourras toujours me dire que les morts n'ont pas de retrouvailles, jamais : je continuerai à avoir du mal à y croire - c'est ainsi. Même si c'est vrai, tu dois bien comprendre ce que j'essaie de dire ; en cet instant, je vois ton visage et ton regard : je dois être un des derniers, et ça n'ira pas en s'arrangeant. Quand nous ne serons plus qu'une poignée, nous essaierons de filer vers le septentrion, comme dans le merveilleux roman de Jean Raspail que je suis en train de lire.

Et, comme chaque fois que je lis un livre qui m'emporte vraiment, il m'emporte vers toi, mais surtout celui-là. Car si tu es quelque part, c'est certainement au nord, probablement au nord. Où personne ne se hasarde, sauf motif grave. Le sud est grouillant et chaud, surpeuplé de peaux nues, de rires et d'ardeurs : il ne nous concerne plus, ni toi, ni moi.

Le nord - le froid - le blanc désert - tout le reste, indicible. Ta statue, peut-être.

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