dimanche 6 mai 2018

Pleins feux sur l'éclairage public


Depuis quelques semaines, j'ai un nouveau passe-temps, rendu possible par le fait que je continue à me lever avant cinq heures, c'est-à-dire alors qu'il fait encore nuit. Plutôt qu'un passe-temps, d'ailleurs, je devrais dire un relevé. Ou un compte à rebours. Enfin… Dans la rue de l'Église, au Plessis-Hébert, les lampadaires publics ont été programmés pour s'allumer à six heures précises ; ce qu'ils font avec une ponctualité dont il convient de les féliciter. Il se trouve que c'est également l'heure de l'un de mes cafés du matin, après ceux de cinq heures puis cinq heures et demie, et avant ceux de six heures et demie puis de sept heures. Ma ponctualité à moi tient à la cafetière électrique qui, dans le but probable de sauver la planète, s'éteint automatiquement toutes les demi-heures, comme j'ai déjà eu le bonheur de vous le narrer ici même : pour ne pas oublier d'aller à la cuisine la remettre en route, j'ai pris l'habitude de me “caler” sur le carillon du salon, lorsqu'il sonne la demie et l'heure juste. Une fois debout, j'en profite naturellement pour me servir quelques gorgées du breuvage, allumer une cigarette et aller consommer le tout sur la terrasse, en compagnie du chien. Je suis donc aux premières loges pour voir les lampadaires s'allumer, d'autant que René, le carillon, avance souvent d'une minute ou deux.

Or, si l'éclairage publique s'allume selon l'heure qu'il est, il échappe au temps des hommes pour ce qui est de s'éteindre : c'est alors la luminosité naturelle de l'aurore qui prend la relève du commandement et décide de l'extinction. Si bien que, selon le processus, maintenant bien connu, de l'allongement des jours entre le 24 décembre et le 21 juin, la durée d'éclairage des lampadaires héberto-plessistes tend à subir le même sort que la peau de chagrin balzacienne.  J'ai senti que le tragique dénouement était proche il y a une douzaine de jours, lorsque le temps des illuminations est tombé sous la demi-heure. Ensuite, l'agonie a été rapide : les lampadaires, hier, sont restés allumés exactement cinq minutes et demie, et ce matin cinq.  Je crains qu'avant une semaine ils ne s'enfoncent pour plusieurs mois dans un long jour, qui est pour les lampadaires ce qu'une longue nuit est pour les humains. J'en ressens comme une vague mélancolie, de celles qu'il est préférable de garder pour soi si l'on ne veut pas faire figure de demeuré.

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La boutique est rouverte… mais les anonymes continueront d'en être impitoyablement expulsés, sans sommation ni motif.