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dimanche 3 juin 2012

Les rêveries et les tombeaux, avec deux comprimés de nautamine

Relisant L'Élégie de Chamalières de Renaud Camus, j'y suis tombé sur un passage (p. 68 & 69) qui, me semble-t-il, entre assez bien en résonance avec mon billet d'hier, à propos de la mort et des différents modes d'entrée en elle. Le voici :

« Il n'y a plus guère que les étrangers pour être de quelque part, aujourd'hui. Encore ont-ils tôt fait, à peine commencent-ils à se fondre parmi les gens du pays, d'être de nulle part comme tout un chacun. Ils habitent ces banlieues du monde, qui ne sont plus que l'ailleurs de rien, ivres seulement d'être semblables à toutes les autres. De longue date, naître n'a plus de maison, seulement des hôpitaux. Les enfants, bientôt, ne connaîtront plus le prénom de leur grand-père ni l'âge de leurs parents, qui leur paraîtra se fondre dans un flasque néant d'avant la réalité, c'est-à-dire d'avant leurs premiers souvenirs. Ils ne seront sûrs que de leur station sur le réseau régional, du nom de fleur, de martyr de la Résistance ou de poète chilien de leur “résidence”, du numéro de leur bloc et de la lettre de leur escalier. Ils ne sauront comment appeler les morts, qui donc ne leur parleront plus. Ils seront obligés de se créer leurs propres morts, qui donc ne seront plus des ancêtres, mais des frères, des amants désemparés, toujours plus proches, toujours moins clairs (pour toute énigme du sort, un simple borborygme) ; et qui n'auront eux-mêmes à leur disposition, pour vivre leur vie de morts, que les entrailles des vivants, leur sang pâle, leurs membres noués, leur pauvre mémoire en friche, ignare et cependant versatile : car il n'existera plus de terre que nous puissions dire terre des morts ; plus d'espace entre les chemins, plus de campagne entre les villes, plus de mystère entre les êtres, plus d'arbitraire entre les mots, plus de nuit, plus d'injustice, plus de liberté, plus de vide.

« Chassée de partout, la mort, se diluant, se répandra sous de neufs incognitos dans toutes les conversations, les sottises, les négligences, les fiertés de la barbarie, les niaiseries du naturel et les vaniteuses brutalités de la franchise. Ses sicaires ne seront plus des héros, des assassins, des acteurs de l'histoire, des poètes, des conventions, des architectes ; mais des journalistes, des consommateurs, des histrions, des usagers, des publicistes, des promoteurs : la convention même, en somme, celle qui n'écrit pas ses pactes, et vous parle du fond du cœur. »

Et ceci encore, immédiatement après, page 70 de l'édition P.O.L, à propos de ces jeunes gens issus de la culture hors-sol :

« Que Jeanne d'Arc en personne ait brisé le vase de Soissons, le jour du couronnement de Charles X à Saint-Denis, dans les baroques éclats du Te Deum de Fauré, rien là qui puisse les étonner. Sur l'océan des âges ces noms, ces lieux, ces œuvres, ces objets, s'ils surnagent vaguement sous leurs yeux, voguent désormais sans attache.  C'est pour eux comme si La Tour d'Auvergne n'était jamais revenu de ses études celtiques pour servir la République en simple grenadier, et le four à pain de ton père, pauvre Drouot, n'éclaire ni ne réchauffe plus que toi. Par pans entiers s'effondre le savoir ancien ; mais il semble que je sois spécialement chargé, pour ma part, de la déploration funèbre des connaissances les plus vaines, les moins immédiatement utiles, les plus menacées, donc, celles qui ne servaient que de liant, d'accointance entre les hommes et les siècles, les promenades et les livres, les rêveries et les tombeaux. »

Et pour finir il me plaît que ce petit livre admirable ait été écrit tout entier à l'hôtel Radio de Chamalières, là même où, voilà quelques années, Catherine et moi avions l'habitude de faire escale lorsque nous mettions cap au sud. Me plaît encore qu'il y soit beaucoup question de ces La Tour d'Auvergne, devenus ducs de Bouillon, ou princes de Sedan, et qu'on y évoque cette rivière au nom changeant : Semoy pour les Ardennais de France et Semois pour ceux de Belgique. Ceux de chez moi prononçaient le mot S'moy. Et, de même, il me fallut un temps assez long, dans mon enfance, pour admettre que le village de Vilés'meuse, qui je ne sais trop pourquoi revenait régulièrement dans la conversation de mes grands-parents, ne faisait qu'un avec celui de Villers-Semeuse que je pouvais lire sur les panneaux routiers, lorsque nous arrivions ou repartions en voiture, moi bourré de nautamine pour éviter que je ne maculasse les sièges des reliefs de mon dernier repas.

samedi 28 janvier 2012

Didier Goux, le sabre et le goupillon

Jardins du château de Versailles – Communion solennelle, mai 1969

mardi 3 mai 2011

En attendant ma vraie sirène du Danemark…


Elle est passée où, encore, la cousine Catherine ?

Didier, 7 ans, et Philippe, 3 ans – Copenhague, juillet 1963.

mardi 24 août 2010

Didier Goux, au coin !

Didier Goux est très content. Il l'est même au carré : une sorte de double peine inversée, si vous voulez. Il est très content d'être rentré chez lui, et ravi de ces presque trois jours passés en Auvergne, dans la résidence estivale des Castor, Mère et Fidel. Ne comptez pas, au moins ce soir, sur un récit circonstancié car le patron est un peu fatigué et ne sait même pas s'il va pouvoir attendre la chute complète de la nuit qui s'avance pour aller se coucher.

Sinon, et pour faire bref, on devrait tous avoir un couple de Castor dans ses relations : ça fait beaucoup de bien à l'âme d'une manière générale, ça vous remuscle les fesses et les mollets lorsqu'ils vous emmènent crapahuter au col des Supeyres ; et ça vous nique plus ou moins la tête et l'estomac quand sortent les bouteilles – surtout si Nicolas est présent.

On a même, si la chance est de notre côté, l'occasion de rencontrer le seul (à ma connaissance) producteur de fourme d'Ambert capable de vous sortir des citations en grec ancien et de causer avec vous de Boulez et de Stockhausen ; mais aussi de Michaël Jackson – nul n'est parfait, même dans le fromage régional.

Ce sera tout pour ce soir, je dois encore aller me confectionner un sandwich au saucisson sec d'Auvergne, acheté à quelques dizaines de mètres de l'endroit où L'Irremplaçable a pris la photo qui me sert d'illustration : il vous reste à trouver où elle a été prise, justement, et ce que fait Didier Goux au coin – les commentaires sont rouverts.

vendredi 16 juillet 2010

Elle est trop forte, la Sylvie !

C'est bien la preuve, irréfutable, que je ne lis jamais Le Monde, et fort distraitement les autres follicules qui passent devant mes yeux : le quotidien de révérence, comme l'appelait Philippe Muray, a changé de directeur de la rédaction en janvier dernier et je ne m'en suis avisé que tout à l'heure. Vous me direz : qu'en a-t-on à foutre ? Normalement rien, en effet, sauf que le nouveau directeur est une directrice et qu'elle s'appelle Sylvie Kauffmann.

Dans les années 1978 - 1983 (à peu près) Sylvie et moi avons été très liés : il s'agissait de liens amicaux, ne commencez pas. En dehors d'être très belle et presque aussi intelligente que moi, Sylvie avait une qualité assez rare chez les femmes : elle était d'une irrésistible drôlerie, et nous fûmes un certain nombre à n'y pas résister en effet. Les liens dont je parlais se sont établis alors que nous étions encore au CFJ. Je me souviens que nous sommes allés un jour, pour l'un de ces “journaux-écoles” que l'on nous faisait fabriquer en temps réel, en reportage ensemble aux usines Renault de Flins, lesquelles étaient en grève et occupées. C'est elle qui a fait tout le boulot, notamment celui de nous faire entrer dans l'usine alors que les vigiles venaient de nous l'interdire formellement. Moi, je me contentais de la suivre et de noter les réponses aux questions qu'elle posait. Résultat, 30 ans plus tard : elle dirige le navire amiral et je turbine dans les soutes.

La période où nous fûmes sans doute le plus proche est l'année 1980. Sylvie travaillait à l'AFP, de six heures du soir à minuit. Environ une fois par semaine, j'allais la chercher place de la Bourse et nous allions tous les deux souper à L'Hippopotamus – parce que c'était à côté, pas trop cher et qu'on y servait encore à minuit et demie. Je ne me souviens pas m'être jamais ennuyé une seconde avec Sylvie, ni d'avoir eu quoi que ce soit à lui reprocher, sur le chapitre de cette amitié. Laquelle a pourtant fini par s'éteindre lorsque je me suis retrouvé tout seul dedans, à la suite d'une désertion de l'autre partie, nommée au bureau londonien de l'AFP.

Nous avons plus ou moins tenté de renouer les fils en 1986, suite à la mort de Philippe Bernalin, qui était aussi de son “fan club”, mais ça n'a duré que quelques mois avant que Sylvie ne prenne à nouveau la tangente – cette fois parce qu'elle venait d'être envoyée à Washington.

J'aimais beaucoup Sylvie Kauffmann. D'ailleurs, voilà plus de vingt ans que nous ne nous sommes vus, et je l'aime toujours beaucoup. De plus, bravant le ridicule, j'affirme que je suis très fier d'elle.

jeudi 24 septembre 2009

Rien... pas une photo... que dalle...

J'étais pourtant bien certain d'en trouver une : une petite photo toute simple, du lycée Émile-Zola de Châteaudun. Rien, nada, pas une. Dans ma jeunesse, en 1971, 1972, il s'appelait le lycée Civry. Parce qu'il se trouvait rue de Civry (il s'y trouve toujours, du reste). Et puis, ces connards qui présidaient aux destinées de ce lycée ont lancé un concours pour lui trouver un nom. Un autre nom.

Sorti des urnes : lycée Émile Zola. Cela avait fait rire mon professeur de français de l'époque. Il s'appelait Jean-Christophe Tournier (il doit toujours s'appeler Jean-Christophe Tournier), il avait 24 ans. Moi, 16 : je l'admirais énormément. Il nous avais fait remarquer qu'appeler un lycée beauceron Émile-Zola lorsqu'on a lu La Terre, c'était plutôt curieux. Mais, évidemment, en dehors de lui, personne n'avait lu La Terre – même pas moi, à l'époque.

Par un entrelacs blogosphérique sans intérêt, il se trouve que, trente-sept ans ayant passé, je suis en correspondance depuis hier avec ce Jean-Christophe Tournier qui m'a servi de professeur de français, à Châteaudun, durant l'année scolaire 1971 - 1972, et aussi durant les deux premiers mois de l'année suivante, avant mon déménagement à Orléans.

Et alors ? allez-vous dire. Alors, rien.

vendredi 21 août 2009

Le Sourire de France-Hélène

France-Hélène ne ressemble pas à ça, pas du tout. D'abord, elle a les cheveux plus courts, alors, hein, camembert... Ensuite, j'ai oublié de la regarder de dos, durant la journée et demie qu'elle a passée à Plieux, mais je suis certain qu'elle est bien mieux – plus personnelle, si vous voulez.

J'ai connu France-Hélène en 1975 (fin d'année), à Orléans. Elle arrivait de Châteauroux (mais pas Berrichonne, Dieu merci : accent chantant de plus au sud). Elle venait alors de s'installer dans un studio de la rue Porte-Saint-Vincent, avec une autre Castelroussine (une vraie, celle-là), bizarrement prénommée Monique : moi, c'est Monique qui me faisait bander (on avait tous à peu près vingt ans, pour vous situer l'affaire et les fautes de goût éventuelles).

J'ai rapidement compris (malgré mon jeune âge et la compacité de mes érections d'alors) que je pouvais me mettre la Monique sur l'oreille, en gros : elle mouillait plus loin et plus exotique, la gueuse. En revanche, presque tout de suite, je suis devenu ami avec France-Hélène : durant environ un an ou un an et demi, j'ai passé l'essentiel de mon temps libre (c'est-à-dire de mon temps) dans ce studio, quatrième étage, juste en face du seul (alors) bar à putes d'Orléans – mais, à cette époque, je ne m'intéressais pas encore aux putes.

[J'ai oublié de dire que, à ce moment, le studio était partagé en tiers par un certain Alain, gauchiste “pure époque” accomplissant son service militaire à la base aérienne d'Orléans-Bricy (où mon père, dans le même temps, gagnait l'argent du ménage (le sien)), lequel partageait en outre la couche étroite de France-Hélène (ils étaient bêtement petits et minces tous les deux), et pour qui je nourrissais une véritable admiration girardienne sans le savoir.]

Bref, m'est revenu, la revoyant hier après 25 ans (minimum, on n'a pas réussi à se mettre d'accord là-dessus), le souvenir de soirées de fous-rires, de discussions probablement imbéciles (nous n'avions pas vingt ans) – et surtout de cet irrésistible sourire qui était le sien. Qui EST le sien : elle a poussé le portillon de Plieux, hier peu après midi, et beaucoup de choses m'ont été rendues. Pus tard, dans la soirée, on s'est demandé pourquoi on avait passé un quart de siècle sans se voir. Bien entendu, on n'a pas trouvé de réponse satisfaisante.