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vendredi 16 juillet 2021

Le saint patron des modernœuds

Les gens qui, en 1867, arrivaient à Paris pour y visiter l'exposition universelle pouvaient facilement se procurer un guide, édité dans le but de faciliter leurs déambulations entre les différents pavillons. Le dit guide s'ennoblissait d'une préface signée de Victor Hugo – lequel était, rappelons-le au passage, supposé être un “proscrit”, victime crucifiée à son rocher anglo-normand par l'implacable tyrannie de Napoléon III… On pouvait, dans cette préface, tomber sur ce paragraphe, piqué au vol dans l'Histoire des Français de Pierre Gaxotte :

« Au XXe siècle, il y aura une nation extraordinaire. Cette nation sera grande, ce qui ne l'empêchera pas d'être libre. Elle sera illustre, riche, pensante, pacifique au reste de l'humanité [on s'étonne, là, de l'absence d'une H majuscule…]. Elle aura la gravité douce d'une aînée. Elle s'étonnera de la gloire des projectiles coniques et elle aura quelque peine à faire la différence entre un général d'armée et un boucher… Cette nation aura pour capitale Paris et ne s'appellera point la France. Elle s'appellera l'Europe. Elle s'appellera l'Europe au XXe siècle, et, aux siècles suivants, plus transfigurée encore, elle s'appellera l'Humanité [eh ! la voilà, notre majuscule !]… Le continent fraternel, tel est l'avenir. Qu'on en prenne son parti, cet immense bonheur est inévitable. »

Il faut relire ces huit lignes lentement, pour savourer toute la niaiserie qui s'y étale, pratiquement à chaque mot. Devant une bêtise aussi himalayenne, pour reprendre le mot de Leconte de Lisle, on comprend mieux pour quelle raison Victor Hugo reste l'écrivain préféré des Français en général, et en particulier des ravagés de l'avenir qui irradie et des lendemains qui vocalisent.

Saint Victor, patron des modernœuds – Everest in peace.

vendredi 22 février 2019

Lol et contre-lol : le modernisme fait rage


Rien de plus réjouissant, ces jours derniers, que l'affaire de la “ligue du lol”, dans laquelle on voit s'empêtrer de parfaits jeunes gens modernes, journalistes de gauche, sociétaux à donf, perpétuels aides de camp-du-Bien, qui se sont livrés, voilà quelques années, à des plaisanteries de potache ciblées sur un certain nombre de jeunes femmes, entre autres, et qui se retrouvent aujourd'hui, bien entendu, accusés de “harcèlement”, quand ce n'est pas de torture morale ou de sadisme féminophobique. Il est tout de même du plus haut comique de voir que ces mauvaises blagues émanent toutes de gens qui, par ailleurs, passaient leur temps à donner à la terre entière des leçons de morale progressiste, de féminisme, de vivre-ensemble, etc.  : méchant retour du refoulé. Muray serait aux anges : c'est vraiment, comme il l'avait vu avant tout le monde, “Moderne contre moderne”. Bien entendu, depuis que l'on a découvert les traits grimaçants de la bête immonde derrière le masque de l'ange, c'est la panique dans la basse-cour progressiste, et l'on peut voir tous les specimens de volaille de concours, les Sarkofrance, les Birenbaum et  autres gallinacés de haute blogure, se bousculer pour être le premier à se désolidariser de leurs anciens petits camarades, au besoin en leur renfonçant sous l'eau la tête qu'ils parviennent déjà si peu et si mal à ressortir. Et pendant que les poules éco-responsables et citoyennes s'écharpent du bec dans leur élevage en batterie, les fiers coqs réactionnaires de plein air se contentent, dans leur pré verdoyant, de ricaner avec indulgence.

mercredi 2 juillet 2014

Les ABCD des LGBT ou la progressiste hébétée


Les progressistes les plus métastasés, ceux chez qui la tumeur semble désormais inopérable, ceux-là sont plongés depuis quelques jours dans une affreuse tristesse, parce qu'on les a privés de leur jouet du moment : les fameux ABCD de l'éducation l'égalité. Quelle terrible reculade, de la part d'un si gentil gouvernement, en principe enclin à dire amen à toutes les aberrations des officines LGBT, ces services psychiatriques en milieu ouvert ! Bien sûr, pour ne pas s'effondrer tout à fait devant ce brutal retour au Moyen Âge, il leur reste l'espoir que les punaises idéologiques du genre de la Belkacem ne vont pas s'avouer aussi facilement vaincues et qu'elles vont s'arranger pour rentrer dans les salles de classe par la fenêtre, puisqu'on vient plus ou moins de les en mettre à la porte. Mais tout de même : quelle désespérante perte de temps ! Il y a vraiment des époques de ténèbres qui n'en finissent pas de finir, je vous jure ! Du coup, parce qu'ils sont furieux et désemparés, ils se contrôlent moins bien et, par moment, laissent apparaître leur vrai visage sous l'habituel masque de clown hilare ; les ravis de la crèche, alors, se muent brusquement en possédés de la férule. Voici par exemple ce que vient d'affirmer, en commentaire sur son blog, la toute-charmante Élodie, que l'on sent incapable de penser à mal (si elle s'avisait de penser autrement qu'à bien, on se doute que son concepteur la débrancherait aussi sec) :

« Je pense qu'une ligne directrice obligatoire élaborée par le Ministère est indispensable. Que les parents soient associés au projet pédagogique est une bonne chose mais je pense qu'ils ne doivent pas interférer dans le contenu des programmes. »

Elle a entièrement raison, la toute-charmante : il ferait beau voir que les parents, ces raclures de grenier d'un autre âge, se mêlassent de l'éducation de leurs enfants, alors que de vrais professionnels, qui savent ce qui est bon ou mauvais pour eux, sont payés pour s'en charger ! Que ces fossiles s'associent au projet pédagogique, puisqu'ils ont bizarrement l'air d'y tenir un peu, en payant leurs impôts au garde-à-vous ; et aussi, éventuellement, en préparant la tambouille du soir. Sinon, on saura bien leur faire comprendre qui dirige vraiment la boutique. Genre.

jeudi 26 juin 2014

La vérité sur le cas de Monsieur Val-de-Marne


Toujours soucieux  du bien-être et de l'épanouissement de ses contemporains, le bon Nicolas nous rappelle que, ce week-end, nous ne devons manquer sous aucun prétexte la quatorzième édition (déjà ? Dieu comme le temps passe…) du Festival de l'Oh ! Fort alléché de prime abord par cette appellation si pleine de promesses ludiques et bon enfant, je suis allé m'enquérir du programme. Lacez vos bavoirs, il y a de la salivation à prévoir dans les muqueuses.

Rien que l'idée de sillonner le Val-de-Marne (qui n'a pas caressé, au moins une fois dans sa vie, ce rêve si doux de sillonner le Val-de-Marne ?) lors d'un week-end surprenant et festif dédié à l'eau nous met fortement cette dernière à la bouche, convenons-en. La perspective de découvrir Villeneuve-Saint-Georges, Choisy-le-Roi, Ivry-sur-Seine et autres lieux enchanteurs devrait en principe avoir déjà convaincu tout le monde. Et s'il n'y avait que cela !

En plus de tous ces sites enivrants de beauté, les réjouissances proposées sont à se pâmer d'aise. Des spectacles… des spectacles comment ? Mais oui : des spectacles décalés ! (On se dit que le génie qui, de nos jours, aurait seul l'idée de proposer à nouveau, comme dans l'ancien temps, un spectacle dans l'axe, celui-là ferait immédiatement sa fortune – mais passons.) 

Une fois que vous vous serez, après les spectacles, confortablement recalés, vous pourrez vous laisser aller à la joie saine d'une promenade artistique ou d'une visite guidée autour de l'eau. Tout cela pour vous faire patienter agréablement en attendant le clou, l'apothéose, l'acmé de ces deux jours : le championnat du monde des ricochets fluorescents ! Ça va en jeter, non ? Un événement dont on nous assure qu'il sera haut en couleur et convivial, ce dont nous ne doutons pas un seul instant.

Pour les difficiles à épater, les hyper-blasés du festif, qu'ils se rassurent tout de suite : on les aura quand même, grâce à ces perles rares à ne pas manquer que seront le concert dans l'eau en do nageur ( en cas de plongée impromptue, on sent que les joueurs de tuba seront nettement avantagés), la possibilité d'écouter la Seine avec des instruments improbables, comme des Fleurs-lianes aux grandes oreilles, ou encore la péniche marchande investie par la compagnie artistique Karim Sebbar.

Hélas, après s'être inconsidérément réjoui de tant de merveilleuses perspectives, le plouc héberto-plessiste retombe brutalement dans sa morosité coutumière : il vit beaucoup trop loin de ces magnificences ! Il se sait condamné à remorquer après lui les lourdes et interminables heures d'un week-end grisâtre ; et contraint, pour ne pas périr d'ennui, à déchiffrer des lignes et des lignes de texte, dans un triste volume aux pages innombrables tout à fait dépourvues d'illustrations fluorescentes.

Plusieurs fois, sans doute, il se prendra à soupirer, l'âme tendu vers cet éden valdemarnien inaccessible : « Ah ! c'est pas nous z'au village qu'on aurait des réjouissances pareilles aux gars de la ville !… »

mercredi 21 mai 2014

Oui, la France va gagner l'Eurovision !


Puisqu'une certaine Conchita Saucisse a pu remporter le fameux trophée grâce à sa barbe, il n'y a pas de raison que notre Leonarda Boudin fasse moins bien avec sa paire de sourcils ! D'autant que, d'ici 2015, ils auront eu le temps d'opérer enfin la jonction vers laquelle ils tendent.

Il est donc l'heure de rappeler à nous notre future égérie, de lui ouvrir nos bras fraternels, lui confisquer ses crèmes dépilatoires ; et de communier tous ensemble dans l'espoir d'une France à nouveau gagnante, dominatrice et sûre d'elle-même. Reviens vite, Leonarda B., reviens-nous !

vendredi 16 mai 2014

Faut-il éclater de rire ou bien se taire ?

Établissement d'une motion de synthèse dans un congrès socialiste.


Hier, Maître Jacques se demandait pour quelles raisons les blogueurs nauséabonds semblaient se faire moins présents et pugnaces ces derniers temps. Je lui ai proposé cette réponse, légèrement récrite ce matin :

Bon, d'abord, il y a eu les saints de glace : ça compte.

D'autre part, je risque une théorie, plus ou moins basée sur mes réactions personnelles : je crois que nous sommes dépassés. Les modernœuds, les progressistes, les socialistes de confort, etc. deviennent si déments, si cliniquement irrécupérables qu'il n'est plus guère possible de s'en prendre sérieusement à leurs divagations. Je prends le cas de la gentille Élodie (c'est un simple exemple, il y en a quantité d'autres). Un chanteur nul se laisse pousser la barbe et s'habille en fille dans le seul but de gagner l'Eurovision en s'appuyant sur la sottise contemporaine ? Elle trouve ça génial. L'académie de Nantes relaie et soutient l'initiative de douze lycéens décérébrés et demande à tous de venir au lycée en jupe ? Elle se demande sérieusement “où est le problème”.

Comment voulez-vous faire des billets là-dessus ? Est-ce qu'il vous viendrait à l'idée de prendre une demi-heure pour expliquer à un fou se prenant pour Napoléon que Napoléon est mort en 1821 à Sainte-Hélène et que, par conséquent, etc. ?

Vous allez me dire que je triche, que c'est pas de jeu, que je prends une folklorique Mademoiselle Foldingue pour une loi générale. Dans ce cas, tournons-nous vers les vrais blogueurs politiques, les sérieux, les costauds, les élevés-sous-la-mère. Ils se sont réunis pour animer un blog destiné à glorifier toutes les magnifiques actions de François Hollande, blog qu'ils ont affublé d'un nom angloïde imbitable : Stopbashing. Que voulez-vous répondre à ces gens ? À ces merveilleux séraphins qui, au milieu des ruines, chantent la gloire du Très-Haut aux commandes du bulldozer ?

Nous sommes arrivés à un stade où il n'y a plus qu'une alternative : on observe un pieux silence ou on éclate de rire. Or, il arrive que l'on soit un peu fatigué de s'esclaffer.

Il y aurait bien aussi les bombes incendiaires et le virus ébola, mais j'ai un peu passé l'âge des solutions extrêmes.

dimanche 18 novembre 2012

Halte aux chantages des marieurs fous !


Comme Dorham hier et Nicolas aujourd'hui ont jugé bon de parler du tristement fameux “mariage pour tous”, selon la calamiteuse appellation que l'on a cru bon de retenir pour lui, je vous invite à lire également celui de Roland Hureaux, publié sur le site Atlantico. En voici le début :

« Trop souvent le débat sur le « mariage » des personnes du même sexe est vicié  par le recours de ses partisans à des arguments en forme de chantage. Le meilleur moyen d’y résister est de les démasquer.

La fausse modernité

Le plus trivial  est le chantage à la modernité : « il faut être de son temps », dit-on. « Il s’agit d’une évolution irréversible. » En termes plus élaborés, on dira que ce projet va dans le sens de l’Histoire. Le sens de l’Histoire est, depuis Hegel, la source racine des pires errements ; si la morale n’est plus un absolu, mais relative à une époque, si elle est tributaire de l’ « évolution de la société », au nom de quoi empêchera-t-on toutes les dérives ? D’ailleurs, cet argument est en lui-même terroriste puisqu’il forclos d’emblée tout débat de fond, notamment sur les droits des enfants.  Et puis, de quel sens de l’Histoire parle-t-on ? Quand Charles de Gaulle parlait de la Russie, il était traité de retardataire par ceux qui considéraient l’Union soviétique comme irréversible. On a vu ce qu’il en a été. On disait dans la Basse Antiquité que deux augures ne pouvaient pas se regarder sans rire. Maintenant que Leningrad s’appelle à nouveau Saint-Pétersbourg, qui peut invoquer encore sans rire le sens de l’Histoire ? »


samedi 10 novembre 2012

Remettre le mariage homosexuel à sa véritable place

Communiqué n° 1477 du Parti de l'In-nocence, vendredi 9 novembre 2012. Sur le dit “mariage gay” :

Le parti de l’In-nocence refuse de se prononcer sur la question du dit “mariage gay” car il estime ce débat et ses enjeux profondément dérisoires au regard du changement de peuple en cours et du remplacement précipité de notre civilisation par une ou plusieurs autres qui de toute façon, à peine auront-elles établi tout à fait leur emprise, s’empresseront de mettre fin à pareilles fantaisies puérilo-séniles.

Le parti de l’In-nocence a trop de considération pour toutes les expressions in-nocentes du désir et de l’attachement au monde sensible ; il éprouve trop de respect pour l’amour des hommes entre eux, des femmes entre elles ; il est trop conscient de la grandeur, de la poésie, du souffle de liberté et de défi qui ont été attachés à travers les siècles à ces passions-là, constamment traduites malgré la répression et la tragédie en de grandes œuvres et de grands bonheurs ; bref il a de l’homosexualité une trop haute idée pour la voir sans tristesse s’humilier dans l’imitation kitsch de l'hétérosexualité et de ses rites au moment où elle les délaisse, de réclamer ses restes, en somme, de se compromettre dans la revendication petite-bourgeoise de petits droits vidés de leur raison d’être dans la structure sociale, réduits à une jouissance purement mimétique agrémentée de légitimations purement comptables — tout cela au nom d'une “égalité” hystérique élevée au rang d'idole, la même qui a déjà détruit l’école et l’ensemble du système de transmission culturelle.

Le parti de l’In-nocence ne se laissera pas entraîner dans un débat qui lui semble relever par excellence de ce désir profond du corps social d'être diverti sans arrêt par des “débats” secondaires, souvent grotesques comme c'est le cas en l'espèce, qui lui permettent de ne pas voir, ne pas dire, ne pas ressentir et encore moins analyser les maux véritables qui l’assaillent, et face auxquels les dirigeants sont également aveugles, impuissants ou complices.

jeudi 11 octobre 2012

Discriminator dans tous ses éclats


L'un des principaux credos de la modernité ravageuse est : il n'y a pas de raison ; on peut le compléter comme suit : il n'y a pas de raison de s'arrêter en si bon chemin – quel que soit le chemin bien entendu, même si celui emprunté conduit droit au portail de l'asile le plus proche. Ainsi de notions réjouissantes comme la parité, la discrimination et sa sœur jumelle quoique ennemi : l'égalité. Dans ces domaines, à force de ne pas s'arrêter en si bon chemin, on va rapidement aboutir à des situations fort curieuses à observer.

Prenons, au hasard, le cas d'un vieillard vivant chez lui, mais devenu à demi impotent et ayant cependant les moyens financiers de s'offrir les services d'une aide à domicile. Que se passera-t-il s'il refuse d'engager autre chose qu'un homme, sous prétexte qu'il se sentirait humilié d'être lavé et changé par une femme ? Ou l'inverse ? On va le poursuivre pour discrimination à l'embauche ? 

Et les gynécologues, tiens. Je connais beaucoup de femmes qui n'envisageraient jamais d'être suivies par un homme, en ce domaine. À l'inverse, une amie me confiait l'autre jour n'avoir jamais été consulter une gynécologue, simplement parce que l'idée d'être touchée, à cet endroit-là, par une femme lui a toujours profondément répugné. On les traînera devant les tribunaux, ces salopes discriminatrices ? 

On va me répondre évidemment (mais au fond je n'en suis pas sûr…) que non, que ce serait idiot, que les femmes sont bien libres de choisir qui elles veulent pour les tripoter médicalement, et les vieillards de même pour leur toilette intime. Fort bien, mais dans ce cas pourquoi n'en irait-il pas de même pour un patron ou un propriétaire d'immeuble ? Au nom de quoi le premier se verrait interdire de préférer travailler avec des hommes (ou des femmes) ? Pourquoi le second n'aurait pas le droit de louer exclusivement ses appartements à des Français “de souche” (ou à des Africains dessouchés) si cela lui agrée davantage ? 

Là encore, on va me répondre par un autre axiome de la modernité censé tout régler : « C'est pas pareil ! », ou par son corollaire obligé : « Comparons ce qui est comparable ! » (Piteuse tautologie, soit dit en passant.). D'où ma dernière question : qui a décrété que “c'est pas pareil” ? Quel est ce mystérieux personnage qui, son gros pinceau à la main, a pris sur lui de tracer la fameuse “ligne jaune” que nul n'est censé franchir sous peine d'infamie ? Bref : qui parle, qui édicte, qui condamne ?


lundi 27 août 2012

Les gens du voyage : heureusement Pierrot 13 était là


Nous autres, les va-de-la-gueule nauséabonds, on se fait facilement des idées fausses à propos des gens du voyage. Moi, par exemple, j'ai longtemps cru que “gens du voyage” était synonyme de “touristes” : on m'a fait comprendre que non, que ça voulait dire “romanos”. Bon.

Ensuite, j'étais bourré de préjugés à leur endroit. Con et crédule comme je suis, je croyais dur comme fer ce que disent les gendarmes – quand ils osent l'ouvrir, qu'ils se sentent en confiance, qu'ils ont vérifié l'absence de micros dans les plinthes… –, à savoir que l'arrivée d'une troupe d'encaravanés implique systématiquement une recrudescence des vols et des cambriolages dans la région où ils nous font l'honneur de bivouaquer pour nous faire profiter de leur culture différente. Comme j'étais naïf ! Heureusement, Pierrot 13 est arrivé pour m'expliquer que c'était juste un “effet d'aubaine”.

Qu'est-ce qu'un effet d'aubaine ? C'est le résultat direct de ce racisme viscéral qui nous anime, vous et moi, depuis Clovis et sans doute même au-delà. Que se dit le bouseux souchien lorsqu'il voit débarquer chez lui ce merveilleux peuple venu d'ailleurs ? Que c'est le moment d'aller cambrioler la ferme du Fernand, puisque de toute façon ces salopards de flics vont aussitôt accuser le merveilleux peuple venu d'ailleurs. De plus, il peut y aller en toute tranquillité, puisque, dans le même temps, le Fernand sera en train de voler le Range Rover tout neuf du Mathurin, lequel… etc. C'est ça, l'effet d'aubaine, et c'est franchement dégueulasse de notre part, je trouve.

D'autant plus que, pendant ce temps, le merveilleux peuple venu d'ailleurs, et toujours d'après le merveilleux Pierrot 13 malheureusement d'ici, sue sang et eau pour garder son bivouac “propre, clair et rangé”, comme n'importe quel employé municipal vous confirmera qu'ils sont toujours, et à se livrer à l'activité artisanale qui est sa seule raison de vivre et le fait vivre bien : dix paniers tressés vendus, une mercedes achetée.

Il y a bien, dans l'idyllique tableau brossé par notre Pierrot lunaire, la question de cet “investisseur de la Famille” qui pourrait faire froncer le sourcil à quelque Franchouillard soupçonneux et de mauvaise foi. Mais quoi : on ne va pas se fâcher pour si peu, si ?

dimanche 26 août 2012

Louis-Benoît en est un beau

 Ç'a commencé au téléphone, cet après-midi. J'ai d'abord cru à l'une de ces habituelles publicités d'un “partenaire EDF”. Mais non : c'était Louis-Benoît dans ses œuvres. Il était très colère, Louis-Benoît, et, pour que je le sente bien, il prenait une grosse voix fâchée, le ton martial d'un commissaire politique en uniforme. Il s'est présenté comme suit : « Bonjour, je m'appelle Louis-Benoît Greffe, vous ne me connaissez pas ! » Non, en effet… Puis : « Je suis journaliste ! » Tiens donc…

J'étais moi-même occupé à me dépêtrer des douze mille signes que j'avais à écrire, et peu enclin à babiller. Je l'en avertis : « Faites bref, j'ai peu de temps à vous consacrer, je travaille. » Lui : « Pour France Dimanche ? » Moi : « Ça ne vous regarde pas. » Le décor était donc posé.

Là-dessus, Louis-Benoît m'explique d'entrée de jeu…

(Il vient à l'instant de rappeler deux fois : ce type est fou.)

… d'entrée de jeu, disais-je, qu'il va alerter la HALDE car je me suis moqué des prénoms celtes dans ce billet. À ce stade, je commence à penser à  une blague de socialistes bourrés, en goguette à La Rochelle. Je ne prends pas la peine de lui rappeler que la Halde n'existe plus, j'ai du boulot, mon humeur est moyennement festive.

Quelques minutes plus tard, je puis constater que Louis-Benoît n'est pas une plaisanterie mais un humanoïde raté comme il en existe un certain nombre dans le monde réel et encore plus dans la blogosphère. Il possède un site et il m'a consacré un billet. Citation tronquée, comprenette en berne, délire sur les roues arrière : on sent le type qui a oublié de prendre ses cachets ce matin. L'envie me vient de le présenter à Rosaelle, histoire de les anihiler tous les deux une bonne fois. Je résiste.

Arrivé à l'heure de l'apéritif (car dans l'intervalle j'étais venu à bout de mes douze mille signes et j'estimais que cela valait récompense), reparlant de ce triste guignol, j'ai expliqué à Catherine  qu'il ne faudrait pas me pousser trop pour que je me mette à avoir pitié de Louis-Benoît. J'avais déjà commencé à le voir, pauvre Celte folklorique, allant couper du gui en ample robe blanche au solstice de juin, se cassant la gueule du grand chêne multiséculaire, se coupant avec sa faucille d'or, se plantant avec Falbala et se terminant à la main, celle qu'il ne s'était pas blessée dans le grand chêne. Comme si j'y étais. Et sincèrement désolé pour lui, je prie qu'on me croie.

Évidemment, Louis-Benoît, comme tous les inadaptés, a sa face d'ombre, ses acides gastriques qui lui remontent à la gorge et lui niquent les cordes vocales. Il connaît les mots-qui-tuent : raciste, fasciste, loi, etc. Il s'indigne que personne n'ait encore songé à m'enfermer. Il supplie qu'on lui confie un mirador, et il a raison : tant de bonne volonté inemployée, c'est un vrai gaspillage. Il aurait fière allure, notre Louis-Benoît, en haut de son échelle, sur sa petite plateforme, sa petite mitraillette au flanc droit, à guetter les déviants qui rampent. Même les filles finiraient sans doute par le regarder.

Hélas, vraiment hélas, l'époque n'est pas encore tout à fait mûre pour les Louis-Benoît. il est né trop vieux dans un monde trop tôt. Les miradors ne sont qu'en construction et on n'y a pas encore installé les petits radiateurs électriques qui lui rendraient le séjour en altitude si confortable. Mais ça viendra, mon Louis-Benoît, ça viendra. Prends patience. Les gens comme toi finissent toujours par trouver la place qui leur convient, celle pour laquelle ils étaient faits.

Kenavo, ma poule.

jeudi 19 juillet 2012

Michèle D. ou la gueule de lamproie

Donc, voilà, d'après la grande modernœuse bordelaise nommée Michèle Delaunay, devenue ministre des vieux kroumirs et des cacochymes réunis – sans doute après avoir fait première dans un concours de circonstances –, comme c'est vachement triste de vieillir, il devient absolument nécessaire d'arrêter de le faire : la sénescence, c'est plus maintenant. Désormais, nous avancerons en âge. Il est vrai que c'est beaucoup mieux. Rien que ce verbe, avancer, ça vous a un petit côté progressiste bien dans son époque qui devrait plaire. Et puis, quand on avance en âge au lieu de vieillir, les artères se bouchent moins vite, j'ai remarqué. 

Il reste que l'inconséquente baderne des bords de Gironde ne va pas au bout de son raisonnement (?) ni de son propos. Car enfin, à quoi sert-il d'avancer en âge si c'est pour continuer de mourir quand on a fini d'avancer ? Mourir est indigne de notre temps ! Pas à la hauteur de l'immense espoir soulevé par le président Hollande ! Il devient donc urgent de trouver une expression douce, moelleuse, tintinnabulante, pour remplacer l'horrible verbe des temps glaciaires et ténébreux.

Je propose pour ma part : s'endormir en CDI.

vendredi 27 avril 2012

Samuel ! Samuel ! Comment fais-tu pour être aussi suffisant ?

Gloire ! C'est la première “biographie” de notre seul oscarisé masculin à paraître. On me l'a refilée hier matin, non pour mon plaisir mais parce qu'il faut bien que je fasse tomber quelques écus dans mon escarcelle à multi-trous. Apparemment, mes patrons me font confiance, de ce point de vue : si on peu tirer un sujet d'un livre, Didier Goux le trouvera. Bref.

J'ai lu le truc, hier après-midi. En “diagonale pentue”, comme je le fais pour n'importe quel genre de guignolade que j'aurais moi-même torchée en une semaine.

L'auteur de ce papier hygiénique broché s'appelle… On s'en fout, on ne va pas contribuer à le sortir de son anonymat. On va dire qu'il s'agit de Samuel Mayrde, pas métonymie basique consistant à remplacer le contenu par son contenant.

Ce Samuel Mayrde que nous venons de créer se présente comme un “critique de cinéma”, en quatrième de couverture de la bouse qu'il essaie de vendre. Même si on connaît son vrai nom et qu'on cherche du côté de Goux Gueule, on ne trouve rien : ce type n'existe pas. C'est la moindre des choses : les “critiques de cinéma” n'existent pas, même quand on connaît leur nom. Les critiques de cinéma sont de pâles reflets d'intelligence, et le pire est qu'ils le savent très bien.

Samuel Mayrde, lui, est un pauvre inutile qui a eu une fausse bonne idée : publier une biographie de Jean Dujardin. Dans sa préface, il avoue qu'elle est “non autorisée”. Comprenez ceci, en langage courant : il n'a jamais rencontré Dujardin, il s'est contenté de compiler des articles de presse et de sites internet – il a tenté un coup de fric, en gros.  Je vous assure d'une chose : il va se ramasser, notre ami Mayrde ; j'espère pour lui qu'il a soutiré le maximum d'à-valoir à Balland (c'est l'éditeur), parce que son opuscule ne dépassera pas les mille exemplaires – et je me sens l'âme généreuse.

Si Samuel Mayrde avait passé une semaine – deux, à la rigueur – à boutiquer cette méchante compilation, je ne pourrais décemment pas le lui reprocher : j'ai déjà fait la même chose. La différence est que, moi, quand je me lance (ou plutôt me lançais) dans ce genre de projets, je le faisais en bon français, alors que Samuel, quand il cesse d'écrire plat c'est pour tomber dans de ridicules boursouflures de manque de style qui, finalement, produisent un résultat assez drôle.

Mais il n'y a pas que cela. Samuel Mayrde est avant tout un progressiste, un type qui a bien pigé  à quels lambeaux d'idées il fallait se raccrocher pour se vendre, et qui tient à le faire savoir. Et il y va. Pas à chaque page, mais pas loin. Il est de gauche, il est moderne, il veut passer chez Ruquier, il le dit à claire et haute voix (sans le dire, évidemment). Si demain, pour passer à la télé, il convenait d'être de droite, d'extrême-chose, martien ou je ne sais quoi, il rajouterait les paragraphes idoines à son méchant petit bouquin.

Et, du coup, Samuel Mayrde (dont on comprend au bout de vingt pages que son sujet – Jean Dujardin – ne l'intéresse absolument pas) ne perd aucune occasion de dévier et de raconter n'importe quoi, du moment qu'il s'agit de prouver que lui, Samuel, est dans le sens du courant. J'aurais mille exemples de la sottise pontifiante de notre ami ; je vous propose ce paragraphe, pris à la page 128 de “l'ouvrage” (j'en ai coché dix autres, aussi ridicules, mais il faut bien choisir, n'est-ce pas ?) :

« Jean Dujardin, sous les traits de OSS 117, nous paraît être un butor. L'est-il plus que ces citoyens helvètes qui font interdire par référendum  la construction de minarets ? Jean Dujardin a le mérite de nous interpeller. »

Voilà. Jean Dujardin est un type dont, personnellement, je n'ai rien à faire, ni dans un sens ni dans l'autre. Une chose dont je suis sûr est qu'il n'a jamais fait chier personne avec ses opinions politiques personnelles, contrairement aux guignols abonnés aux émissions de Ruquier sus-évoquées.

Mais c'est sans importance, puisque, redisons-le, ce sous-produit de 250 pages ne parle pas de Jean Dujardin, dont il ne nous apprend rigoureusement rien. En revanche, il est très bavard à propos de son auteur.

mercredi 8 février 2012

Êtes-vous en situation de spécificité ?


Il y a quelque temps – ici même, je crois bien –, je me divertissais de ce que les invalides et les infirmes s'étaient d'abord transformés en handicapés (sans que cela ne les aide d'ailleurs à se mouvoir plus facilement), avant de devenir des personnes en situation de handicap – formule charabiesque qui ne signifiait plus rien. Et je pronostiquais que, dans un proche avenir, ce mot de “handicap” deviendrait lui-même inacceptable. Eh bien, l'avenir est devenu présent, le changement c'est maintenant et toutes ces sortes de choses. Voici ce que je lis, dans mon magazine de télévision, à propos d'un documentaire diffusé ce soir :

« Après une année difficile, Ronnie et Donnie Galyon, deux frères siamois, ont décidé de déménager dans une maison adaptée à leur spécificité. »

La rédaction souhaite beaucoup de bonheur à ces jumeaux spécifiques. Et attend avec impatience le prochain palier linguistique.

mardi 7 février 2012

L'enseignement de l'oubli et l'industrie de l'hébétude


Communiqué n° 1343, lundi 6 février 2012
Sur les propos de M. Claude Guéant et les réactions qu'ils suscitent

Le parti de l'In-nocence observe avec une fascination stupéfaite la comédie pourtant prévisible des réactions politiques et médiatiques aux propos de M. Claude Guéant, ministre de l'Intérieur, sur l'inégalité des civilisations — propos d'une telle évidence et d'un si élémentaire bon sens que même les plus indignés de ceux qui y réagissent n'osent pas soutenir leur contraire, tant ce contraire serait absurde ; de sorte que, par un tour supplémentaire de la répression idéologique, M. Guéant n'est pas fustigé pour ce qu'il a dit mais pour ce que, disant, il aurait pu vouloir dire, insinuer, donner à entendre aux uns ou aux autres.

Le parti de l'In-nocence estime pour sa part, bien entendu, que les civilisations sont aussi inégales que les intelligences, les talents, les aptitudes physiques et les vertus morales ; et que seul un monde sinistre où la morale, l'esthétique et la réflexion politique seraient tenues pour nulles et non advenues pourrait soutenir et forcer à soutenir que les civilisations sont égales alors qu'il n'y a aucune égalité en art, en morale, en discrimination et en in-nocence ; qu'au demeurant un tel monde aux valeurs écrasées est bien celui que la Grande Déculturation, la décivilisation, l'enseignement de l'oubli et l'industrie de l’hébétude nous ont préparé de longue date. 


(Source)

samedi 30 juillet 2011

C'est guignol ! c'est guignol !


Un message de Pierre Rabhi par supervielle

Écoutez-moi un peu ce clown escroc ! Savourez chaque vide de sa non parole.
Et, accessoirement, ne ratez pas la componction grave des douze crétins qui boivent ce rien.