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lundi 23 novembre 2009

Ma valise est prête ! Je l'attends, la fin du monde, je l'attends...

J'aime beaucoup les folles, et même de plus en plus. Je ne parle évidemment pas des gay-prideuses en tutu rose, qui, elles, sont d'un conformisme dans la liesse bruyante à faire périr n'importe qui d'ennui, mais des authentiques folles – la “féminine du fou”, si l'on veut. On en découvre quelques-unes dans la vraie vie, mais assez peu, le plus souvent du fait que leur folie, leur idée fixe, leur mono-manie, etc. n'apparaît qu'au bout d'un certain temps. Et que, du temps, on en manque, vous ne savez pas encore à quel point.

Dans le blogomonde, en revanche, la folie se voit tout de suite, dans la mesure où elle se donne à voir – et même à admirer –, et que, au fond, c'est même la fonction première des blogs que de lui servir d'écrin.

Par exemple, Dame Hypos est folle – je le dis en toute sérénité d'âme. Elle est vive, intelligente, sympathique, charmante, drôle – mais elle est folle. Ce n'est d'ailleurs pas une folie-repoussoir que la sienne : je suis certain que vivre avec Dame Hypos – à condition de distancier à donf' – doit se révéler très amusant pour un homme suffisamment amoureux, même si un peu fatiguant par moment.

Sa folie, à elle, c'est la catastrophe à venir, le cataclysme imminent, le tsunami de proximité – le monstre sur le seuil, comme dirait Lovecraft. Encore une fois, je ne jette aucune pierre (j'ai peu de goût pour la lapidation, malgré les modes qui s'en viennent) : je suppose que les deux ou trois chevaux de bataille (oh ! et puis, soyons modestes et disons : baudets d'escarmouche) que j'enfourche régulièrement ici même doivent aux yeux de certains me ranger dans la même catégorie des fous catastrophistes, des médaillés d'or à l'idée fixe (et deux fois médaille d'argent aux idées asymétriques). Mais, évidemment, ce type de démence est toujours plus facile à voir chez le voisin, et partant plus amusant à observer.

La catastrophe du jour, pour en revenir à cette chère Hypos, celle qui va nous transformer l'intelligence en cervelle de canut, c'est le SICEM, le syndrome d'intolérance aux champs électromagnétiques. D'après son ami, le professeur Belpomme (si, si, je vous jure, allez-y voir...), si on n'alerte pas le monde entier demain, si possible avant la récré de dix heures, on va tous crever dans d'atroces souffrances.

Il y a cinq jours, notre vie était entre les mains multiples d'un sommet de Copenhague concernant, si j'ai bien compris, ce fameux réchauffement climatique qu'il est de bon ton de tenir pour avéré – et évidemment destructeur, sinon c'est pas drôle. “Sommet de la dernière chance ! ”, clamait alors la dame. Mais, comme le dit sommet ne doit avoir lieu qu'en décembre, je me demande si le sournois SICEM ne nous aura pas butés avant.

Il y a du prophète Philippulus chez Dame Hypos ; un syndrome vêture-en-drap-de-lit-et-gong-tibétain assez prononcé. Je ne la connaissais pas encore à l'époque, mais je l'imagine très bien, tout au long de 1999, essayant d'alerté les foules planétaires à propos du bug de l'an 2000, qui fit les ravages que l'on sait. Et, aujourd'hui, elle ne doit pas non plus faire la fiérote face à la méchante grippe porcine (ou aviaire, ou ovine, ou horticole : je m'y perds un peu, quant à moi).

Vous voulez que je vous dise, au bout du compte ? Eh bien, je la trouve merveilleusement roborative et euphorisante, moi, Dame Hypos. Parce qu'enfin : après avoir pris connaissance des cataclysmes qu'elle nous promet de façon assurée, certifiée, quasi inévitables sauf si Belpomme prend le pouvoir mondial, qui éprouverait encore le plus petit soupçon d'angoisse en entamant un nouveau paquet de brunes sans filtre tout en débouchant sa huitième canette de col blanc ? Petits bras, l'alcool et les clopes, petits bras !

samedi 19 septembre 2009

La crise cardiaque, meilleure amie de l'homme

Finalement, on en est arrivé à cette conclusion, lors d'une conversation fumigène au bas de l'immeuble, Nathalie – ma compagne de bureau du mercredi – et moi : pour replier son ombrelle, rien ne vaut une bonne vieille crise cardiaque. Foin de ces cancers qui traînaillent, de ces dégénérescences osseuses qui emmerdent tout le monde ! La cri-se car-dia-que, vous dis-je !

Mais, attention, pas un petit truc de chochotte : la crise cardiaque massive. Le coup de gourdin thoracique qui ne vous laisse même pas le temps de vérifier à votre poignet l'heure de votre mort.

C'est arrivé à un vieil ami à moi, il y aura bientôt trois ans, si j'ai bonne mémoire. Il était parti pour les vacances de Noël, faire du ski avec ses deux filles. Il a pris le remonte-pente, en pleine forme ; il a surfé sur la poudreuse jusqu'en bas, toujours en pleine forme et heureux d'être là. Et, une fois revenu à son point de départ, paf ! il est tombé – il était mort. On ne fait pas mieux, si ?

Évidemment, il aurait fait son intéressant vers 80 ans plutôt qu'à 50, personne ne se serait plaint de lui – et surtout pas ses deux filles, j'imagine, adultes mais encore bien jeunes pour perdre leur père. Mais, sur le fond, ça ne retire rien à ma conviction : pour votre mort, pensez “crise cardiaque”, mes drôlets.

Donc, Monsieur Infarctus, si tu me lis, sache que tu es le bienvenu sous mon toit. Mais prends ton temps, j'ai tout le mien.