Il y a quelques minutes, déposant une nouvelle perle – et de la plus belle eau – dans le berceau de mon dernier-né, je me disais que cette taverne fraîchement ouverte atteindrait à la consécration suprême le jour où l'un de mes lecteurs me ferait parvenir par mail une phrase particulièrement grotesque, qu'il aurait tirée de mon propre blog. Autarcie parfaite.
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mercredi 3 novembre 2010
mardi 13 janvier 2009
Je finirai comme mon grand-père
Il s'appelait Maurice. Il était né dans un quartier de Charenton-le-Pont – ce qui est en soi d'assez mauvais augure – devenu depuis la commune de Saint-Maurice, mais sans que le père de mon père y soit pour quelque chose. Avant de se faire peintre en bâtiment (déjà le bâtiment, oui), il avait été paillasse, l'un de ces clowns de second rayon qui effectuent deux ou trois pitreries, le temps que les machinos du cirque fassent place nette sur la piste pour le numéro suivant. Je ne sais pas pourquoi je vous raconte tout ça, qui n'a rien à voir avec le sujet que je comptais développer.En dehors d'être un sévère picoleur (décidément, l'hérédité nous cerne de toute part, ce soir), Maurice était d'un naturel très casanier : sa dernière sortie un peu durable, ce fut le stalag. Ensuite, il a bougé le moins possible. Puis plus du tout : entre sa mise à la retraite, en 1965, et sa mort, neuf ans plus tard, il n'a plus jamais quitté son quatrième étage de l'avenue Jean-Jaurès, à Colombes – vue imprenable sur la gare du Stade et les usines Kléber. La voisine et sa fille lui montaient sa bouffe, il avait la radio (puis la télé, je crois bien) et des livres : il était toujours content. Tant qu'on n'exigeait pas de lui qu'il sortît, ce que peu de monde se risquait à faire.
Je suis en train de devenir Maurice. Non, non, inutile de protester, d'essayer de me rassurer : je le sens, c'est en marche. Tenez, rien que l'idée de reprendre le travail demain, après ce providentiel gros rhume, eh bien ça m'accablerait si j'étais du genre à me laisser aller et à pleurnicher sur moi-même. C'est trop loin, trop longtemps, trop de monde à qui parler. Un aller-retour au Super U pour refaire provision de Contrex et de Quézac aurait bien suffi à mon appétit de vie sociale. Mais une journée entière au travail, franchement... Je n'en finis pas de déplorer d'avoir été un peu trop jeune pour grimper dans la précédente charrette ; je vais tâcher de ne pas manquer la prochaine.
Et après, embastillement volontaire, réclusion choisie ! « Pas un pied en dehors du canton ! » : ma devise est déjà prête pour ce temps béni. Devise temporaire, car je sens déjà que, privé de tout frein, mon syndrome de Maurice fera des progrès galopants, métastasera comme une brute joviale. Bientôt, je ne m'aventurerai plus au-delà du jardin ; on murmurera dans le village ; les petits enfants, passant devant le portail, baisseront un peu la voix, cependant que les plus grands s'efforceront au ricanement, sans en mener beaucoup plus large.
Je donnerai le change de la vie en continuant de fréquenter les blogs, et même parfois leurs auteurs : quand l'envie de boire se fera pressante, on en invitera une paire, comme excuses. Ils seront courtoisement reçus, et même avec toutes marques d'amitié. Je protesterai de la joie que j'ai à les voir et recevoir, mais au fond j'attendrai le moment de leur départ avec une impatience exponentielle, afin de me retrouver seul avec l'Irremplaçable, en qui toute humanité fréquentable sera venue se résumer : bientôt, je ne parlerai plus qu'à elle et à l'écran de mon ordinateur.
Mais toujours avec une grande bonhommie et une gaîté inaltérable.
jeudi 18 décembre 2008
Tu reviendras à Pacy
La rue Isambard de Pacy-sur-Eure (ses commerces, sa mairie, ses passages pour piétons, ses chiens aux grands yeux compréhensifs), six heures du soir et la bruine qui va avec, tout embarbouillée de guirlandes alternatives, et les haut-parleurs qui vous hèlent les esgourdes avec El condor pasa joué à la flûte andine : il faut avoir connu ça une fois, au moins, si l'on veut prétendre au titre d'homme.jeudi 11 décembre 2008
Tu reviendras chez toi
Bien sûr, il y a d'autres plaisirs que celui-ci. Des plus violents, des plus immédiats, des plus immédiatement perceptibles - par la chair et l'os. Mais il n'y en a pas, je crois, de plus profond et durable : revenir chez soi. Raccourcir le chemin, kilomètre après l'autre, qui vous rapproche de la fenêtre éclairée, de la truffe frémissante des chiens, du sourire tranquille (ou inquiet, certaines fois) de Madame.
On est très nombreux, sur l'autoroute : ça ajoute au plaisir différé. Bientôt, dans quarante, trente, dix kilomètres, on sera seul, dans la nuit et le silence. Avec ce rectangle debout, violemment éclairé de l'intérieur. Durant les derniers cinq cents mètres, défileront les presque vingt années écoulées, les bas-côtés de la route serpentine se donneront des airs immuables, la jeunesse affleurera des fossés, invisible sauf pour moi.
J'ai téléphoné, avant de quitter le monde précaire. J'ai demandé à ce qu'on vienne mettre en éveil les deux radiateurs de ce bureau où je suis, où le fracas absurde s'abolit. Le silence est d'une épaisseur rassurante, mais aussi d'une légèreté impalpable - non, non : pas impalpable ; le véritable mot m'échappe, et la légèreté se rit, discrètement.
La voiture ralentit, elle tourne le coin de la rue de l'Église, le village dort déjà ou fait semblant, il est complice. Une autre voiture surgit de la mémoire ; rouge ; longeant la voie de chemin de fer., le train grondant vers Lamotte-Beuvron. Ma mère est au volant, il est huit heures moins dix, le soir - si le train de Paris n'a pas de retard. Les sapins noirs et serrés sont un symbole, mais on ne sait pas trop de quoi, mon père guette par le rectangle de la fenêtre de la cuisine, Catherine aussi guette, mais dans une autre époque ; tout le monde guette, peut-être ; et je n'en finis pas d'arriver.
J'ai mon sac de linge sale à mes pieds, des regrets de filles inconnues, même pas rencontrées, des pesanteurs d'alcool ; le silence perd de son épaisseur et se fige dans le froid - il fait toujours froid dans ces souvenirs-là, mais un froid immobile, cristallisé, accueillant. Un froid de jeunesse, car la jeunesse a tout le temps froid - c'est pour cela qu'elle crie, à tort et à travers.
Ensuite la tiédeur se répand, et la vieillesse se fige dans un amollissement complaisant. Mais avec une sorte de sourire vague.
On est très nombreux, sur l'autoroute : ça ajoute au plaisir différé. Bientôt, dans quarante, trente, dix kilomètres, on sera seul, dans la nuit et le silence. Avec ce rectangle debout, violemment éclairé de l'intérieur. Durant les derniers cinq cents mètres, défileront les presque vingt années écoulées, les bas-côtés de la route serpentine se donneront des airs immuables, la jeunesse affleurera des fossés, invisible sauf pour moi.
J'ai téléphoné, avant de quitter le monde précaire. J'ai demandé à ce qu'on vienne mettre en éveil les deux radiateurs de ce bureau où je suis, où le fracas absurde s'abolit. Le silence est d'une épaisseur rassurante, mais aussi d'une légèreté impalpable - non, non : pas impalpable ; le véritable mot m'échappe, et la légèreté se rit, discrètement.
La voiture ralentit, elle tourne le coin de la rue de l'Église, le village dort déjà ou fait semblant, il est complice. Une autre voiture surgit de la mémoire ; rouge ; longeant la voie de chemin de fer., le train grondant vers Lamotte-Beuvron. Ma mère est au volant, il est huit heures moins dix, le soir - si le train de Paris n'a pas de retard. Les sapins noirs et serrés sont un symbole, mais on ne sait pas trop de quoi, mon père guette par le rectangle de la fenêtre de la cuisine, Catherine aussi guette, mais dans une autre époque ; tout le monde guette, peut-être ; et je n'en finis pas d'arriver.
J'ai mon sac de linge sale à mes pieds, des regrets de filles inconnues, même pas rencontrées, des pesanteurs d'alcool ; le silence perd de son épaisseur et se fige dans le froid - il fait toujours froid dans ces souvenirs-là, mais un froid immobile, cristallisé, accueillant. Un froid de jeunesse, car la jeunesse a tout le temps froid - c'est pour cela qu'elle crie, à tort et à travers.
Ensuite la tiédeur se répand, et la vieillesse se fige dans un amollissement complaisant. Mais avec une sorte de sourire vague.
mercredi 10 décembre 2008
Tu reviendras en mon giron
Comme le dit ailleurs l'Irremplaçable, Bergotte - trouillarde de nature - ne se sent jamais très à son aise lorsque Ludovic est en nos murs, vu que ce grand crétin chevelu prend un malin plaisir à lui coller les flubes. Du coup, elle cherche refuge où elle peut...mardi 2 décembre 2008
Seigneur, quand froide est la prairie
Premièrement :Le 7 novembre, le tenancier de cet honorable établissement a bu son dernier verre d'alcool jusqu'à ce jour. Cependant, il ne s'agit nullement d'une renonciation solennelle ni définitive ; plutôt d'une suspension de séance. Pour le moment, le seul effet (et non dommage) collatéral constaté est une disparition complète du désir de vie sociale, lequel était déjà bien faible.
Deuxièmement :
Le 19 novembre, l'abstinent de frais a également (presque) cessé de fumer : il s'autorise deux à trois cigarettes quotidiennes, tout en sachant qu'il s'agit là d'une faiblesse imbécile, puérile provocation, ou encore d'une manière de promenade les yeux bandés sur la ligne de crête.
Troisièmement :
Le 1er décembre, le même individu décidément pitoyable a renoué avec la pratique qu'il avait dans les années 2003 - 2004, d'une heure de marche quotidienne dans la campagne environnante. Parvenu à ce stade de conformité avec l'époque, la crainte d'en arriver quelque jour à prôner les vertus du métissage et les joies du mélange des cultures lui apparaît comme de plus en plus fondée.
Aujourd'hui, son arpentement a croisé le terminus d'un corbeau allongé sur son flan gauche au bord de la route. Il l'a poussé du bout du pied dans le fossé, afin de lui éviter l'écrabouillement post mortem. Durant les cent ou cent cinquante mètres qui ont suivi, il s'est interrogé sur la permanence de l'âme des corbeaux ; puis il a pensé à autre chose.
Ce billet a été entièrement conçu et écrit entre l'embranchement de la route de Gadencourt et la Ferme de l'Hôpital ; preuve que, non content de favoriser le transit intestinal, le cheminement pédestre stimule également la blogorrhée.
dimanche 31 août 2008
Afin que j'aie l'air moins con...
Quelqu'un aurait-il une science politico-moderno-meschoses suffisante pour m'expliquer ce que sont les luttes LGBTI ?
Siouplaît...
Siouplaît...
lundi 4 août 2008
Benoîtement dit
Soleil chiche mais bien présent, du vent juste ce qu'il faut pour sécher le linge pendu par l'Irremplaçable, un emploi du temps à petite vitesse : quelques menues et superficielles recherches googleliennes à faire, concernant les mythologies indienne, germano-scandinave, égyptienne et aztèque, écrire peut-être un ou deux milliers de signes pour Paludes, terminer Le Camp des Saints, de Jean Raspail, dont il me reste une petite centaine de pages à lire.
Roman un peu décevant, que ce Camp, d'ailleurs. Si l'on reste frappé par sa force projective (le livre date de 1973), on s'agace (moi en tout cas) de ce que, trop souvent, le romanesque se retire pour céder la place à un ton que l'on pourrait qualifier de prophético-pamphlétaire, qui affaiblit l'ensemble. Et il ne me semble pas que l'écriture de Raspail flamboie autant qu'elle l'aurait pu, ou le devrait. Mais cela reste un roman étonnant, à ne pas mettre entre des mains trop progressistes, de peur de voir celles-ci se couvrir d'eczéma.
Est amusant le fait que, ayant besoin d'inventer un successeur à Paul VI - le Souverain Pontife en titre au moment de la rédaction de son livre -, Jean Raspail ait choisi de l'appeler Benoît XVI. Coïncidence (prescience ?) qui, lors de la dernière réédition (celle que j'ai sous les yeux, donc), l'a contraint à préciser que "son" pape n'avait rien à voir avec le vrai Benoît XVI. Ce dont on se serait un peu douté.
Roman un peu décevant, que ce Camp, d'ailleurs. Si l'on reste frappé par sa force projective (le livre date de 1973), on s'agace (moi en tout cas) de ce que, trop souvent, le romanesque se retire pour céder la place à un ton que l'on pourrait qualifier de prophético-pamphlétaire, qui affaiblit l'ensemble. Et il ne me semble pas que l'écriture de Raspail flamboie autant qu'elle l'aurait pu, ou le devrait. Mais cela reste un roman étonnant, à ne pas mettre entre des mains trop progressistes, de peur de voir celles-ci se couvrir d'eczéma.
Est amusant le fait que, ayant besoin d'inventer un successeur à Paul VI - le Souverain Pontife en titre au moment de la rédaction de son livre -, Jean Raspail ait choisi de l'appeler Benoît XVI. Coïncidence (prescience ?) qui, lors de la dernière réédition (celle que j'ai sous les yeux, donc), l'a contraint à préciser que "son" pape n'avait rien à voir avec le vrai Benoît XVI. Ce dont on se serait un peu douté.
dimanche 3 août 2008
Congés annuels
Après tout, puisque tout le monde semble partir en vacances, ces temps derniers, je ne vois pas pourquoi ce blog ne ferait pas la même chose. Donc, il le fait. Depuis ce matin, plus personne n'y a accès, hormis les quelques personnes auxquelles j'ai lancé une «invitation». Pour le moment vous êtes cinq ou six, il y en aura quelques autres, à condition que je possède leur adresse mail, ou qu'elles se manifestent par courrier privé. Par exemple, si l'un ou l'autre d'entre vous possédait le mail de Geneviève ou celui de Suzanne, il m'obligerait en me le communiquant.
Dans un premier temps, ce matin, j'ai commencé par simplement fermer les commentaires, comme je l'ai déjà fait une fois ou deux, lorsque certains esprits en vinrent à s'échauffer un peu trop et à cogner à l'aveuglette sur toute personne ayant le malheur de dire le moindre mot. Et puis, l'envie m'est venue, peu après, de faire l'expérience de ce même blog, ne s'adressant qu'à quelques happy few (happy... happy... faut voir...) dûment répertoriés, en tout cas identifiés ; une envie de retrait, sinon de retraite. Voilà pourquoi la maison est officiellement fermée, même si l'on continue de faire tripot clandestin dans l'arrière-salle, celle dont les flics de la pensance ne peuvent pas voir les loupiotes, de la rue où ils patrouillent. Pour le coup, j'ai rétabli les commentaires, puisqu'aussi bien...
Je vais expédier sur l'heure un deuxième train d'invitations, notamment au petit noyau de mes premiers lecteurs qui, pour la plupart, sont aussi ceux de Renaud Camus (dont j'espère tout de même qu'il en a plus que moi...).
Et puis, cette nouvelle organisation va sans doute me faire gagner beaucoup de temps. Or, il faut que j'écrive Paludes...
Dans un premier temps, ce matin, j'ai commencé par simplement fermer les commentaires, comme je l'ai déjà fait une fois ou deux, lorsque certains esprits en vinrent à s'échauffer un peu trop et à cogner à l'aveuglette sur toute personne ayant le malheur de dire le moindre mot. Et puis, l'envie m'est venue, peu après, de faire l'expérience de ce même blog, ne s'adressant qu'à quelques happy few (happy... happy... faut voir...) dûment répertoriés, en tout cas identifiés ; une envie de retrait, sinon de retraite. Voilà pourquoi la maison est officiellement fermée, même si l'on continue de faire tripot clandestin dans l'arrière-salle, celle dont les flics de la pensance ne peuvent pas voir les loupiotes, de la rue où ils patrouillent. Pour le coup, j'ai rétabli les commentaires, puisqu'aussi bien...
Je vais expédier sur l'heure un deuxième train d'invitations, notamment au petit noyau de mes premiers lecteurs qui, pour la plupart, sont aussi ceux de Renaud Camus (dont j'espère tout de même qu'il en a plus que moi...).
Et puis, cette nouvelle organisation va sans doute me faire gagner beaucoup de temps. Or, il faut que j'écrive Paludes...
mardi 8 juillet 2008
De ma fenêtre
- Un balai
- Une demi-chaise de jardin
- Un bourdon spleenétique
- Des fleurs de tilleul tombées
- Deux gros os de boeuf
- Un chat gris (de dos)
- Un groseillier
- Un poteau en ciment
- Un chapeau de paille et personne dedans
- Un cerisier sans fruit
- Des merles claquant du bec
- Deux sabots de caoutchouc
- Non, un seul
- Un volet incliné
- Une mouche morte
- Un tuteur
- D'autres insectes- Trois pupilles de la nation
- Un hortensia rachitique
- Un numéro 24
- Un pilier qui tend le bras
- Des reliefs de passé (mais en me penchant)
- Une gamelle carrée en plastique bleu
- Un paillasson
- Un cendrier de bois
- Des ronces, des orties, des regrets- Une journée complètement à l'ouest
- Une balle orange et un gant vert
- Du persil monté- Une volute de Camel en surimpression
- Une demi-chaise de jardin
- Un bourdon spleenétique
- Des fleurs de tilleul tombées
- Deux gros os de boeuf
- Un chat gris (de dos)
- Un groseillier
- Un poteau en ciment
- Un chapeau de paille et personne dedans
- Un cerisier sans fruit
- Des merles claquant du bec
- Deux sabots de caoutchouc
- Non, un seul
- Un volet incliné
- Une mouche morte
- Un tuteur
- D'autres insectes- Trois pupilles de la nation
- Un hortensia rachitique
- Un numéro 24
- Un pilier qui tend le bras
- Des reliefs de passé (mais en me penchant)
- Une gamelle carrée en plastique bleu
- Un paillasson
- Un cendrier de bois
- Des ronces, des orties, des regrets- Une journée complètement à l'ouest
- Une balle orange et un gant vert
- Du persil monté- Une volute de Camel en surimpression
vendredi 23 mai 2008
Ça tombe bien
Je n'arrive pas à me souvenir si je vous ai déjà narré cette petite anecdote. Si c'est le cas, on voudra bien, j'espère, me pardonner ce petit accès de blogogâtisme.
À la fin d'une journée de printemps comme celle d'aujourd'hui, en l'année 1959, ma mère est venue, comme chaque jour, me récupérer chez la personne me servant de nourrice. Elle se nommait Mme Gouget, je ne sais plus son prénom. Christiane installe son premier né dans le petit siège fixé à l'arrière de son vélo et nous voilà partis, de la rue des Juifs jusqu'à celle de Saint-Éloi. Là, j'annonce fièrement à ma mère et à ma grand-mère :
« C'est la tête à Didier ! »
Les deux femmes s'interrogent et me questionnent : « Quoi, ta tête, qu'est-ce qu'elle a ta tête ?» Moi, énervé :
« Nooon ! C'est la tête à Didier ! »
On cherche deux ou trois explications, on explore quelques pistes qui ne mènent nulle part sauf à un énervement grandissant de ma petite (et maigrichonne, à l'époque) personne. Les adultes finissent par jeter l'éponge.
Un peu plus tard, ma mère, dont les yeux viennent de tomber sur le calendrier de la cuisine : « Tiens ! on est le 23 mai, c'est la fête à Didier... » Moi, à la fois soulagé et scandalisé du temps qu'il a fallu pour me rendre justice :
« Ah ! c'est la tête à Didier ! »
J'ai longtemps eu du mal, avec certaines consonnes récalcitrantes.
À la fin d'une journée de printemps comme celle d'aujourd'hui, en l'année 1959, ma mère est venue, comme chaque jour, me récupérer chez la personne me servant de nourrice. Elle se nommait Mme Gouget, je ne sais plus son prénom. Christiane installe son premier né dans le petit siège fixé à l'arrière de son vélo et nous voilà partis, de la rue des Juifs jusqu'à celle de Saint-Éloi. Là, j'annonce fièrement à ma mère et à ma grand-mère :
« C'est la tête à Didier ! »
Les deux femmes s'interrogent et me questionnent : « Quoi, ta tête, qu'est-ce qu'elle a ta tête ?» Moi, énervé :
« Nooon ! C'est la tête à Didier ! »
On cherche deux ou trois explications, on explore quelques pistes qui ne mènent nulle part sauf à un énervement grandissant de ma petite (et maigrichonne, à l'époque) personne. Les adultes finissent par jeter l'éponge.
Un peu plus tard, ma mère, dont les yeux viennent de tomber sur le calendrier de la cuisine : « Tiens ! on est le 23 mai, c'est la fête à Didier... » Moi, à la fois soulagé et scandalisé du temps qu'il a fallu pour me rendre justice :
« Ah ! c'est la tête à Didier ! »
J'ai longtemps eu du mal, avec certaines consonnes récalcitrantes.
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