Pas si facile. Depuis plusieurs semaines, je lis tout et tout le monde. Et il me semble que la ligne de fracture ne passe pas tellement par la gauche et la droite, mais plutôt entre les gens qui ont un minimum de sens politique et les sales gosses pour qui une élection est l'occasion de brailler dans la cour de récré.
La politique, je n'invente évidemment rien, est l'art du compromis. Ce n'est rien d'autre. Tenter de faire advenir ce qui s'approche au plus près de ce que l'on souhaite. Dans un régime démocratique comme le nôtre, cela signifie, in fine, essayer de faire élire celui qui est le moins éloigné de ses propres positions, le candidat sur qui on pense que l'on pourra peser dans le bon sens le moment venu, si le moment vient un jour. En ce sens, les esprits politiques savent déjà, je pense, pour qui ils voteront au second tour – ou ils devraient le savoir. Ainsi, un partisan de Mélenchon ne devrait pas hésiter une seconde à reporter sa voix sur Hollande (j'ai presque honte d'énoncer une telle évidence). De même – autre exemple –, un électeur en surpoids et porteur de lunettes vert fluo ainsi que d'une moustache ridicule, s'il a finalement décidé de voter Marine Le Pen au premier tour, ne peut que donner son suffrage à Nicolas Sarkozy au second, même s'il a passé cinq ans à dire tout le mépris que ce personnage lui inspirait. Du reste, le mélenchoniste peut fort bien émettre de sérieuses réserves sur son candidat du premier tour, de même que le lepéniste. À plus forte raison pour ce qui concerne son second choix, mais le sens politique bien compris lui impose de faire ce choix.
À côté de cela, il y a les guignols du “tout ou rien”. À gauche, ça donne l'âne couronné Gauche de combat, qui appelle à l'abstention au second tour, parce que François Hollande est trop rose, pas assez rouge, trop méchant, pas assez… Bref : parce que François Hollande n'est pas Jean-Luc Mélenchon. Il se pense forte tête, résistant, jean-moulinesque en diable, alors qu'il ne fait que se conformer à ce qui a toujours été la ligne des communistes : le véritable ennemi ce n'est pas la droite mais la gauche non communiste. Moyennant quoi, il est toujours préférable de faire perdre son véritable ennemi – tactique de cocus qui a conduit le PCF où il est aujourd'hui, mais tant pis : rien retenu, rien appris ; ma petite pureté personnelle avant tout ; miroir, mon beau miroir, suis-je toujours le plus irrésistible des révolutionnaires ?
En face, pareil. Au fond, il n'y a qu'une seule vraie raison de voter Le Pen, c'est de signifier qu'on n'accepte pas la submersion de notre civilisation par des centaines de milliers d'exogènes inutiles et parfois haineux. On sait très bien que, serait-elle élue, Marine Le Pen n'aurait aucun moyen de s'opposer à cette catastrophe, pas plus que Mélenchon ne pourrait restaurer le stalinisme de ses rêves. Mais il s'agit de dire quelque chose.
Et j'entends des voix clamer qu'en aucun cas, au second tour, ils ne donneront la leur à d'autre que leur candidate. Soit ils s'abstiendront, soit même ils voteront pour Hollande, parce que Sarkozy les a déçus. Bien sûr, il les a déçus. Moi aussi d'ailleurs. Et alors ? À quel moment de votre existence avez-vous été pleinement satisfaits par un candidat élu, sauf si vous aviez régressé intellectuellement au point de vous transformer en militant ?
Dans trois semaines, il ne s'agira même pas de voter utile : juste de voter moins pire.
À chacun son moins pire, et que gagne le plus chanceux.




















