samedi 14 avril 2012

Bon, alors ? On vote pour qui finalement ?


Pas si facile. Depuis plusieurs semaines, je lis tout et tout le monde. Et il me semble que la ligne de fracture ne passe pas tellement par la gauche et la droite, mais plutôt entre les gens qui ont un minimum de sens politique et les sales gosses pour qui une élection est l'occasion de brailler dans la cour de récré.

La politique, je n'invente évidemment rien, est l'art du compromis. Ce n'est rien d'autre. Tenter de faire advenir ce qui s'approche au plus près de ce que l'on souhaite. Dans un régime démocratique comme le nôtre, cela signifie, in fine, essayer de faire élire celui qui est le moins éloigné de ses propres positions, le candidat sur qui on pense que l'on pourra peser dans le bon sens le moment venu, si le moment vient un jour. En ce sens, les esprits politiques savent déjà, je pense, pour qui ils voteront au second tour – ou ils devraient le savoir. Ainsi, un partisan de Mélenchon ne devrait pas hésiter une seconde à reporter sa voix sur Hollande (j'ai presque honte d'énoncer une telle évidence).  De même – autre exemple –, un électeur en surpoids et porteur de lunettes vert fluo ainsi que d'une moustache ridicule, s'il a finalement décidé de voter Marine Le Pen au premier tour, ne peut que donner son suffrage à Nicolas Sarkozy au second, même s'il a passé cinq ans à dire tout le mépris que ce personnage lui inspirait. Du reste, le mélenchoniste peut fort bien émettre de sérieuses réserves sur son candidat du premier tour, de même que le lepéniste. À plus forte raison pour ce qui concerne son second choix, mais le sens politique bien compris lui impose de faire ce choix.

À côté de cela, il y a les guignols du “tout ou rien”. À gauche, ça donne l'âne couronné Gauche de combat, qui appelle à l'abstention au second tour, parce que François Hollande est trop rose, pas assez rouge, trop méchant, pas assez… Bref : parce que François Hollande n'est pas Jean-Luc Mélenchon. Il se pense forte tête, résistant, jean-moulinesque en diable, alors qu'il ne fait que se conformer à ce qui a toujours été la ligne des communistes : le véritable ennemi ce n'est pas la droite mais la gauche non communiste. Moyennant quoi, il est toujours préférable de faire perdre son véritable ennemi – tactique de cocus qui a conduit le PCF où il est aujourd'hui, mais tant pis : rien retenu, rien appris ; ma petite pureté personnelle avant tout ; miroir, mon beau miroir, suis-je toujours le plus irrésistible des révolutionnaires ?

En face, pareil. Au fond, il n'y a qu'une seule vraie raison de voter Le Pen, c'est de signifier qu'on n'accepte pas la submersion de notre civilisation par des centaines de milliers d'exogènes inutiles et parfois haineux. On sait très bien que, serait-elle élue, Marine Le Pen n'aurait aucun moyen de s'opposer à cette catastrophe, pas plus que Mélenchon ne pourrait restaurer le stalinisme de ses rêves. Mais il s'agit de dire quelque chose. 

Et j'entends des voix clamer qu'en aucun cas, au second tour, ils ne donneront la leur à d'autre que leur candidate. Soit ils s'abstiendront, soit même ils voteront pour Hollande, parce que Sarkozy les a déçus. Bien sûr, il les a déçus. Moi aussi d'ailleurs. Et alors ? À quel moment de votre existence avez-vous été pleinement satisfaits par un candidat élu, sauf si vous aviez régressé intellectuellement au point de vous transformer en militant ? 

Dans trois semaines, il ne s'agira même pas de voter utile : juste de voter moins pire.

À chacun son moins pire, et que gagne le plus chanceux.

vendredi 13 avril 2012

Reste dans mon épaule, ô tourterelle…


Elles sont revenues. Le couple de tourterelles qui, l'an dernier, nous a gratifiés de deux portées successives (évidemment “successives”, andouille !) est depuis hier occupé à rebâtir le nid qu'il avait édifié au sommet du volet gauche de la Case – gauche quand on se place face au baraquement en question), et que j'avais impitoyablement jeté à bas une fois l'automne arrivé. Cela étant, en ces quelques mois d'absence, ni le mâle ni la femelle n'a profité des froidures pour suivre des cours de perfectionnement dans l'art si délicat de la nidification : la construction reste très rapide et le résultat très approximatif. Mais bon : ce sont des tourterelles turques

Pourquoi affirmer qu'il s'agit du même couple que précédemment ? Parce que, l'année dernière, il leur avait bien fallu une semaine pour ne plus s'envoler à chaque fois que je passais la porte, dans un sens ou l'autre, juste sous leur bec. Or, là, dès le premier contact, ce matin, les deux ont continué à s'affairer dans leur gourbi sans m'accorder plus d'attention que si j'avais été une grosse bouse glissant sur un terrain en forte pente. Et durant quelques secondes je me suis trouvé stupidement ému de ce qu'elles semblaient se souvenir de moi.

J'espère sincèrement que tout va bien se passer dans les mois qui viennent, et qu'un Stéphane Courtois quelconque ne va pas venir plomber l'ambiance en me révélant du haut de son incontestable autorité que mes tourterelles sont en réalité des agents castristes, ou pis : des taupes islamistes.

jeudi 12 avril 2012

Raymond Aubrac était-il un agent soviétique ? (Et Lucie… ôssi !)


C'est ce qu'affirme l'historien Stéphane Courtois, maître d'œuvre du très fameux Livre noir du communisme, sur le blog Secret Défense. À la question : « Qui était vraiment Raymond Aubrac ? », il répond :

« Un agent soviétique, mais pas au sens où il aurait travaillé pour les services d'espionnage de l'Union soviétique. Il était plutôt un membre important du réseau communiste international, un sous-marin communiste si l'on veut ; en tout cas, beaucoup plus qu'un agent d'influence. Un homme comme lui avait évidemment un correspondant à Moscou. »

D'après Courtois, le résistant faisait partie de ce que l'on appelait les “hors-cadres” du PCF, ce qui lui aurait permis d'affirmer tout au long des années d'après-guerre qu'il n'avait jamais été membre du parti, sans avoir à mentir stricto sensu. Courtois souligne d'autre part qu'avant la guerre, Lucie Aubrac, son épouse, était elle-même communiste, très proche d'André Marty, le représentant du PCF au Komintern. Enfin, on apprend que la société qu'a longtemps dirigée Aubrac, le Berim, était l'une des nombreuses pompes à finances du PCF et qu'elle servait à “blanchir” les financements en provenances de l'Est par l'intermédiaire de contrats souvent bidons. 

On a beau n'avoir que peu d'illusions sur les grandes figures institutionnelles de la gauche vertueuse et même héroïque, cela fait tout de même un choc d'apprendre que cet Aubrac-là était à ce point proche de l'Oural.

(Merci à R. Marchenoir pour avoir fait passer l'information sur le blog de l'ami Fromage…)

Coluche… Coluchon… Colenchon… Kélenchon… Mélenchon



« Depuis que ses actions sont à la hausse, on a beaucoup comparé Jean-Luc Mélenchon à Georges Marchais, pour son franc-parler et son ton railleur avec les journalistes ; au Général de Gaulle pour sa gestuelle qu’il aurait passé des heures à observer ; à François Mitterrand aussi. Sans doute parce que Jean-Luc Mélenchon lui-même ne cesse de lui déclarer sa flamme.

« Je ne sais pas si le candidat du Front de Gauche ressemble à l’un ou l’autre de ces personnages qui ont marqué, chacun à leur manière, la Ve République, mais ce dont je suis sûr, c’est que dans le phénomène Jean-Luc Mélenchon, il y a quelque chose qui rappelle l’inexorable progression de Coluche dans les sondages en 1981. A l’instar du candidat du Front de Gauche d’ailleurs, l’humoriste avait franchi la barre symbolique des 15% d’intentions de vote quelques semaines avant le premier tour. (…) »

Veuillez passer au salon pour la suite

mardi 10 avril 2012

La sémantique des banlieues (Ça va, Nicole ?)


François Hollande vient donc de remettre les banlieues au centre de la campagne (je sais que c'est puéril, mais j'adore cette phrase…). Voulant, à cette occasion, apporter ma pierre constructive à l'édifice qui s'élève sous nos yeux, j'ai décidé de me placer sur le terrain de la sémantique. En effet, aucun terme ou locution ne me paraît pleinement satisfaisant pour désigner les seules banlieues qui ont réellement de l'intérêt et de l'importance, à savoir celles où les habitations sont en ruines mais la jeunesse porteuse d'avenir, de notre avenir (voir photo).

Quartiers ne va pas, à l'évidence. Parce qu'il y en a ailleurs, un peu partout, et même dans des coins où la jeunesse n'est nullement porteuse d'avenir, mais au contraire frileuse, repliée sur elle-même et prompte à la haine de l'autre : le quartier Saint-James de Neuilly en est un bon exemple.

Quartiers sensibles est déjà mieux, car le terme met en lumière une réalité indéniable : les gens qui peuplent ces zones sont en effet d'une sensibilité d'écorchés vifs ; au point, si un braqueur de banque essayant d'exprimer son mal-être à la kalachnikov se fait d'aventure dessouder d'une balle policière malencontreuse, de manifester bruyamment leur chagrin durant cinq jours et six nuits d'affilée. Mais enfin, on se rend bien compte que ce terme de “sensible” risque aussi de les faire indûment passer pour des gonzesses ou des fiotes – et ça, c'est pas bon pour le moral des porteurs (d'avenir, rappelons-le).

Banlieues défavorisées est presque pis. D'abord parce que, de ces terrains de chasse électorale, il y en a aussi de fort peuplés dans les XVIIIe et XIXe arrondissements de Paris et qu'une banlieue ne peut pas se trouver dans Paris – en tout cas pas dans l'immédiat. Quant au qualificatif “défavorisé”, il serait très bien si, malheureusement, le cynisme de certains ventres féconds ne se privait de ricaner qu'en effet, vu les populations qui s'y agglutinent, ces banlieues sont à coup sûr hautement défavorisées, et leurs primo-habitants du même coup. Donc, en attendant que ces panses soient définitivement stérilisées, mieux vaut contourner l'épithète.

Oui mais alors ?

Alors, je propose d'adopter deux locutions entièrement nouvelles, bricolées à la main mais que je garantis d'une solidité de bon aloi ; deux expressions qui, par leur fraîcheur et leur charge poétique intacte, ne pourront que séduire tout le monde et réconcilier la caravane France avec ses jeunes porteurs (d'avenir).

Ma première proposition est de remplacer toutes les formules défectueuses actuelles par une seule : désormais, si les politiques m'emboitent le pas, toutes les banlieues (ces banlieues-là…) se nommeront des  

Brousses délocalisées 

le second terme ayant en outre l'avantage de pousser notre belle jeunesse à réfléchir aux méfaits d'un libéralisme ravageur et anthropophage.

Pour les esprits modernes, qui préfèrent à la rêverie topologique la rigueur sereine des sigles et des acronymes, nous proposons également de rebaptiser les quartiers de porteurs (d'avenir) des

R.A.P.S.

c'est-à-dire des Régions Allouées aux Populations Savanicoles. On pourra aussi remplacer le mot “populations” par celui de “porteurs”, la question devant alors être débattue par les Comités de brousses qui ne tarderont pas à s'établir au sein des nouvelles structures et se réuniront aussi régulièrement que possible sous l'arbre à palabres, qui sera planté devant chaque commissariat.

Et aux mauvais esprits, oiseaux de tristes augures et autres langues sales qui viendront me dire que tout cela ne changera rien à rien, je répondrai que non, peut-être, mais au moins on saura de quoi on parle.

La nuit enracinée

Les cordes de l'orchestre philharmonique de Strasbourg interprètent La Nuit transfigurée.

Persuadé d'avoir ouvert, par son esthétique de douze notes, des perspectives lointaines à l'histoire de la musique, Arnold Shönberg déclarait en 1921 que, grâce à lui, la domination (il n'a pas dit “gloire”, il a dit “Vorherrschaft”, “domination”) de la musique allemande (lui, Viennois, il n'a pas dit musique “autrichienne”, il a dit “allemande”) serait assurée pour les cent prochaines années (je le cite exactement, il a parlé de “cent années”). Douze ans après cette prophétie, en 1933, il a été banni, en tant que Juif, de l'Allemagne (celle-là même à laquelle il voulait assurer sa “Vorherrschaft”), et, avec lui, toute la musique fondée sur son esthétique de douze notes (condamnée comme incompréhensible, élitiste, cosmopolite et hostile à l'esprit allemand).

Le pronostic de Schönberg, si trompeur soit-il, reste pourtant indispensable pour qui veut comprendre le sens de son œuvre, laquelle se croyait non pas destructrice, hermétique, cosmopolite, individualiste, difficile, abstraite, mais profondément enracinée dans le “sol allemand” (oui, il parlait du “sol allemand”) ; Schönberg croyait qu'il était en train d'écrire non pas un fascinant épilogue de l'histoire de la grande musique européenne (c'est ainsi que je suis enclin à comprendre son œuvre) mais le prologue d'un glorieux avenir qui s'étendait à perte de vue.

Milan Kundera, L'Ignorance, Folio, p. 19-20.)

lundi 9 avril 2012

Pourquoi les “grands frères” finissent vigiles de supermarché


Au prix de quelques légères transpositions et d'un soupçon de mauvaise foi malicieuse, la réponse se trouve peut-être chez Arnold J. Toynbee :

« La politique qui consiste à recourir aux services d'un voleur pour en arrêter un autre semble avoir pour elle des arguments de poids. Dans l'art de la guerre des frontières, le guerrier barbare l'emporte sur le soldat-citoyen, car il combat sur un terrain qui lui est familier. (…) Ce personnel militaire de meilleure qualité, on peut l'acquérir à un tarif bien plus bas pour le contribuable-citoyen. (…) En même temps la tentation de piller ses voisins civilisés se trouvera réduite de façon appréciable, à la fois parce que sa solde de mercenaire apaisera ses besoins d'autres sources de revenus, et parce que les barbares qui seraient encore tentés de se livrer à la guerre de frontière trouveront désormais en face d'eux des adversaires qui les égalent sur le plan militaire. » (L'Histoire, Payot, p. 525-526.)

Naturellement, l'expédient ne fonctionne qu'un temps, et un temps assez court. Non content de devenir rapidement inopérant, il ne fait en réalité que précipiter la chute de la civilisation exsangue qui y a recours, dans la mesure où, prenant les barbares à son service, le pouvoir qui tente de se maintenir les fait par là-même entrer dans ses secrets :

« Tout se passe comme s'il les soumettait à un cours intensif de savoir-faire militaire et politique. Par la suite, s'ils le désirent, les barbares peuvent en tirer profit aux dépens de leurs professeurs. »

C'est naturellement ce qui s'est produit dans l'armée romaine, entraînant une désorganisation de celle-ci et, par suite logique, son affaiblissement ; affaiblissement que les mercenaires exogènes ne pouvaient ignorer puisque, désormais, ils proliféraient au sein même de cette armée :

« Et la conclusion des barbares fut que le système politique romain s'en allait tellement à vau-l'eau que c'était une invite à l'attaque. » (p. 527.)

La question qui vient alors à l'esprit est : pourquoi les mercenaires se retournent-ils contre l'empire, alors que celui-ci leur offre des avantages, un bien-être et une opulence dont ils n'auraient jamais pu rêver de leur côté du limes ? Parce que ces enrôlés de la dernière heure ont très bien vu que le roi était nu, alors que la cour s'obstine à ne rien savoir de sa décrépitude avancée. Retournons chez Toynbee :

« Dès que la civilisation s'est écroulée (…), les barbares ont facilement tendance à trahir, parce que leur contrat ne stipule aucun désir de leur part de s'intégrer à la civilisation qu'ils ont entrepris de défendre en échange de compensations matérielles. (…) La civilisation conserve bien peu de prestige aux yeux des barbares, alors que les barbares eux-mêmes font l'objet de la craintive admiration d'une minorité dominante en proie au désespoir. » (p. 528.)

Cette “craintive admiration” engendrée par le désespoir (lequel peut fort bien, on le voit chaque jour, prendre les couleurs plus riantes d'une inébranlable foi en l'avenir, assénée et répétée comme un mantra) fait que, bientôt, aucune assimilation harmonieuse n'est plus possible, y compris au sein d'organismes a priori aussi homogènes et incorporatifs que l'armée :

« Dans un tel climat psychologique, un corps de foederati barbares ne deviendra jamais une unité de l'armée régulière impériale ; il restera une horde inassimilée conservant ses propres armes et sa propre tactique, prenant ses ordres de ses propres chefs de guerre, sécrétant son propre esprit de corps et nourrissant ses propres ambitions. De même, un établissement de laeti barbares ne deviendra jamais une communauté de citoyens de l'empire ; il restera un imperium in imperio inassimilé qui, à moins qu'il ne soit anéanti, trouvera sa destinée politique tôt ou tard en devenant le noyau d'un État-successeur dissident. En bref, la politique qui consiste à recourir aux services des barbares pour tenir leurs compatriotes à distance est condamné d'avance à l'échec (…). »

Finalement, on commencerait à mieux comprendre pourquoi Marine Le Pen a eu cette idée en apparence saugrenue de vouloir supprimer les hypermarchés…

Le changement c'est maintenant,

un autre monde est possible,

et toutes ces sortes de calamités presque naturelles.

samedi 7 avril 2012

Les physiciens sont gens de haute patience

En 1927, le physicien Thomas Parnell – britannique mais ayant fait toute sa carrière en Australie –  pense avoir trouvé le but de sa vie : il va prouver à l'humanité ébahie que malgré son apparence de solide la poix, ce bitume qui ne veut pas dire son nom, est en fait un fluide. Et, en effet, il va y passer sa vie, même au-delà.

Pour lancer son expérience, Thomas Parnell fait couler de la poix fondue dans un entonnoir. Après cela, heureux de la tâche accomplie, il va se coucher et laisse son installation reposer trois ans, afin de laisser à la poix tout le temps de se resolidifier. Au bout de ce laps, il découpe le fond de  son récipient et retourne au lit. Il va y rester huit ans (c'est une image…). À l'issue de cette période, joie, pleurs de joie, une première goutte tombe enfin de l'entonnoir : la poix est bel et bien un fluide. On se sent soulagé, non ?

Depuis ces temps héroïques, huit autres gouttes ont suivi la première, certaines du vivant de Parnell, d'autres après sa mort. Car l'expérience continue. Installée à l'université de Brisbane, elle est même, depuis l'an 2000, filmée jour et nuit par une webcam et observée par une communauté planétaire de compagnons de la perle bitumineuse, restreinte mais de poix. Ces joyeux contemplatifs s'apprêtent d'ailleurs à célébrer, en mai, le cinquantième anniversaire de la quatrième goutte.  

Mais l'important est ailleurs : d'après les plus éminents des parnelliens, la prochaine devrait choir en 2013 ou à la rigueur 2014. Le monde retient son souffle.

jeudi 5 avril 2012

En présence d'un clown


Depuis hier soir, j'ai envie d'écrire ici sur le téléfilm tourné par Bergman en 1997, dont le titre est celui que j'ai choisi pour ce billet. (Je sais qu'accoler le mot “téléfilm” au nom de Bergman a quelque chose d'incongru, mais qu'y faire ?) Écrire aussi, un peu, à pas de loup, sur la sonate D 960 de Schubert, parce qu'on en entend quelques fragments dans le film et que Schubert lui-même, après avoir été évoqué, devient finalement un personnage à part entière de l'œuvre. Durant mon heure de trajet coutumier, je n'ai cessé d'y penser, d'essayer de “carcasser” l'affaire, d'en articuler les parties : sans grand succès, je dois le dire – mais il est vrai que je devais conduire en même temps. Je savais qu'il me faudrait parler du découpage en trois actes ; des “couleurs grises” qui sont la dominante du premier, situé dans une grande chambre de l'asile d'Upsala, en 1925 ; de celles chatoyantes, lumineuses et ardentes du second ; et de la clarté bleue et froide qui conclut l'ensemble. 

Il aurait fallu aussi établir des correspondances avec Fanny et Alexandre ; essayer de montrer les ressemblances – le théâtre comme refuge et évasion tout à la fois, le personnage de l'oncle Carl qui passe de l'un à l'autre film, des acteurs qui sont pour partie les mêmes – et les écarts. Je comptais aussi, bien sûr, évoquer le clown du titre, celui qui apparaît à Carl, une première fois lorsqu'il est enfermé dans son asile, puis à quelques reprises ensuite, plus fugitivement, comme un rappel ; un clown blanc femelle, aux dents et aux gencives noires – bouche d'ombre – qui est certes la mort, mais encore bien plus sa représentation, le masque qu'elle se donne, le personnage qu'elle a décidé de jouer ; la mort qui demande à être enculée (le mot est bel et bien prononcé) et qui l'est effectivement, physiquement, brutalement, par ce même Carl.

Bien sûr, on n'aurait pas échappé au théâtre ni au cinéma, puisqu'ils sont au cœur du film, ils en sont l'objet sinon le sujet. Ces personnages, qui pour certains sortent de l'asile afin de créer le premier film parlant de l'histoire du cinéma, il aurait été nécessaire de montrer que, l'incendie ravageant la modeste salle où ils projettent leur œuvre – dont le personnage principal est Schubert –, ils sont obligés de revenir au théâtre, afin de raconter aux quelques spectateurs ce qu'ils auraient dû voir sur l'écran. Il aurait fallu bien mettre en lumière que l'on se retrouve finalement devant un film découpé comme une pièce, qui raconte une pièce de théâtre, qui elle-même raconte un film.

Et puis, donc, je voulais essayer de parler de Schubert. D'abord parce que celle de ses œuvres que Bergman utilise je n'en finis pas de la récouter ; cette sonate ultime, dont les deux premiers mouvements me semblent être ce que l'on peu entendre de plus intensément mélancolique, déchirant, douloureux, tandis que les deux derniers sont d'abord un tourbillonnement d'allégresse, une allégresse d'après la douleur, ou plutôt d'au-dessus de la douleur, et ensuite une superbe affirmation par le créateur de sa propre puissance, au bord même du précipice. 

Ensuite, il y a que Schubert est le “véhicule” d'une question que pose au début du film l'oncle Carl à son médecin aliéniste : il veut savoir ce que, d'après lui, le musicien a dû ressentir lorsqu'il a découvert sa syphillis en 1823. Le docteur finit par lui répondre qu'il a dû se sentir couler. À la toute fin du film, Carl, devenu Schubert, grimé en Schubert et agonisant, donne lui-même la réponse : « Non, je ne coule pas… je m'élève… » – et c'est bien ce que semble dire le compositeur, par le troisième et surtout le quatrième mouvement de la sonate D 960.

Voilà, j'aurais voulu tenter de mettre tout cela en forme, de donner envie à quelques-uns de regarder ce presque dernier film de Bergman, jamais sorti en salle et rarement programmé à la télévision. Je comptais faire tous mes efforts pour y parvenir plus ou moins. Alors, arrivé devant ce clavier, j'ai commencé par taper le titre : En présence d'un clown.

À ce moment précis, en relisant mentalement ces cinq mots, c'est le visage de François Hollande qui m'est apparu. Et plus rien n'a été possible.

mercredi 4 avril 2012

L'agenda c'est maintenant !

Depuis ce matin, la gauchosphère rose pâle ne se sent plus de joie : ça y est, ils le tiennent, leur grand homme d'État, celui qu'il vont propulser d'un coup de catapulte à deux tours jusque sur le paillasson de l'Élysée ! Désormais, ils en sont sûrs, nos batavolâtres : leur candidat est obligé de gagner la course.  Pourquoi ? Parce qu'il est désormais nanti d'un agenda. Ah, reconnaissez que, vous aussi, là, dans le fond, les irrécupérables réacs, vous êtes impressionnés. Un agenda, voilà qui vous pose un président, non ? Et tout est bien noté dessus : le 19 juin on fera ci, le 14 août on lancera ça, etc. J'ai fait tout de même remarquer à ce cher Nicolas – qui bave d'excitation devant le fameux agenda, tel un puceau apercevant sa première foufoune – que l'agenda de son idole était tout de même fort imprécis : les heures des nombreuses réformes dont on nous menace ne sont pas indiquées. Du boulot d'Arabe, comme d'habitude.

J'ai l'air de me moquer, mais je suis sincèrement admiratif devant l'anonyme du staff flambien qui a eu cette idée de génie : baptiser agenda ce qui, jusqu'alors, était simplement qualifié de promesses électorales. Tout de suite, on sent qu'on va œuvrer dans le sérieux, le réfléchi, le solide-comme-le-roc. L'agenda, pour un président, c'est un peu ce qu'est la liste des commissions pour la ménagère de moins de 50 ans qui pousse le caddie en collant fluo : le précieux gadget qui fait que vous ne risquez plus, en fin de mandat, de rentrer chez vous en ayant bêtement oublié un truc. « Ah, merde ! Chérie, j'ai zappé le mariage homo, faut qu'j'y r'tourne ! – Eh ben, pendant que tu y seras, pense donc à nous remettre la retraite à soixante ans, parce que ça aussi, t'as oublié (connard)… »

Avec l'agenda, pas de risques de ce genre : le changement, non seulement c'est maintenant, mais c'est soigneusement étalonné. On est peinard, on vote sur du velours. Sauf si, évidemment, ce garnement de Nico vient te le piquer, ton agenda, et griffonne toutes les pages avec son gros feutre noir pour que tu ne t'y retrouves plus.  Mais non, quand même, je ne pense pas qu'il oserait aller jusque-là.

mardi 3 avril 2012

La désagrégation des civilisations

L'œuvre majeure de l'historien britannique comprend douze volumes et constitue une synthèse à la fois fourmillante et très claire sur l'essor, la vie, le déclin et la disparition des civilisations. Pour les lecteurs peu endurants, au rang desquels on me trouvera, il en existe un résumé d'environ 700 pages (corps 7, simple interligne…), publié en France chez Payot sous le simple titre L'Histoire. Chaque grand chapitre de l'ouvrage est précédé d'un court texte qui sert à la fois d'introduction et de résumé à ce qui va ensuite être dit. À l'entrée du chapitre 5, intitulé La Désagrégation des civilisations, on trouve celui-ci :

« Les déclins ne sont ni inévitables ni irréparables, mais si le processus de désintégration est à même de se poursuivre, je découvre qu'il suit apparemment un modèle commun dans la plupart des cas. Les masses se détachent de leurs leaders, qui tentent alors de s'accrocher à leur position en usant de la force comme d'un substitut du pouvoir d'attraction qu'ils ont perdu. Je relève les traces de la division de la société en une minorité dominante, un prolétariat intérieur, et un prolétariat extérieur constitué des barbares des frontières. J'esquisse les réactions sociales de ces divers groupes devant l'épreuve de la désintégration. Je découvre aussi un schisme psychologique correspondant dans les âmes de ceux qui sont nés à cette époque malheureuse. Des tendances psychiques discordantes, qui existent presque toujours à l'état latent dans la nature humaine, trouvent à présent libre cours. Les hommes perdent le nord, se jettent dans des voies sans issue dans l'espoir de fuir. Les plus grandes âmes se détachent de la vie ; des âmes plus grandes encore s'efforcent de transformer la vie en quelque chose de plus élevé que la simple vie que nous connaissons ici-bas et sèment les grains d'un nouveau progrès spirituel. »

lundi 2 avril 2012

Avenir radieux et autres bouffonneries


Comme l'excellent Jacques Étienne semblait, ce matin, avoir un petit coup de mou dans la voilure, c'est à lui que je dédie cette phrase, trouvée tout à l'heure en exergue du chapitre 5 du Mythe climatique, livre écrit par le mathématicien Benoît Rittaud en réaction contre le dogme sacré du “réchauffisme” (que lui appelle carbocentrisme) – phrase tombée de la plume d'un certain René de Lacharrière, qui semble être un juriste si j'en crois de très superficielles et rapides recherches sur internet :

Tout est prévu, sauf, naturellement, ce qui va se passer.

Sursum corda

dimanche 1 avril 2012

Les grands-parents chicoufs (c'est nous)


Jeudi en début de soirée, alors que je venais d'ouvrir une brèche décisive dans les défenses de la bouteille de pastis ennemie, arrive notre voisin menuisier, venu prendre les mesures des deux fenêtres que nous lui avons demandé de changer. Selon son habitude, Catherine engage la conversation et évoque la survenue très prochaine de ses petits-enfants, sur le mode “apocalypse light”. Alors, l'arpenteur de fenêtres : 

« Ah, vous aussi, vous êtes des grands-parents chicoufs ? »

Devant notre mine incompréhensive, il explique : 

« Chic ! mes petits-enfants arrivent !… Ouf ! ils repartent… »

En attendant, hier soir, empoignées par la joie de se retrouver, la mère et la tante des petits-enfants en question se sont technicoloré la gueule, comme chantait Ferré, au champagne et au sancerre, à un point que même moi j'avais honte pour elles. C'est-à-dire que j'aurais certainement eu honte si je n'avais été dans mon lit depuis déjà deux heures au moment des faits. Et bien technicoloré itou.

samedi 31 mars 2012

François Hollande ou l'effet caméléon


Michel Paillassou est maire d'Egletons, Corrèze. Et, bizarrement, la perspective de voir un autre Corrézien s'installer à l'Élysée ne semble pas lui sourire tant que ça. Voici ce qu'il rappelle :

« En Corrèze, François Hollande s’est fait une spécialité de rejeter la responsabilité de ses échecs sur ses prédécesseurs ou sur le gouvernement. Méthode d’évitement classique du « style Hollande » qui ne peut toutefois pas masquer la réalité des chiffres de sa gestion du département.
Pour rappel, le taux de chômage en Corrèze était inférieur à 5% en 2007 (François Hollande préside le Conseil général de Corrèze depuis 2008) et se situe aujourd’hui à plus de 6,8%. Monsieur Hollande, qui dénie à Nicolas Sarkozy l’argument de la crise pour expliquer les mauvais chiffres de l’emploi en France, se réfugie pourtant derrière ce même argument pour justifier la hausse du chômage dans notre département.
Autre exemple : les dépenses de fonctionnement du Conseil général ont explosé en quatre ans de présidence Hollande (+29,8%), passant de 193 millions d’euros à 252 millions d’euros. En parallèle, les dépenses d’investissement (qui doivent amorcer la croissance de nos territoires) ont baissé de 55,6% depuis son élection à la tête du département.
Fringale de dépenses publiques stériles d’un côté, plan d’austérité qui casse la croissance de l’autre. Le François Hollande qui préside aux destinées de la Corrèze fait le contraire de ce que promet le François Hollande candidat à la présidentielle. Effet caméléon… »

L'article en son entier est à lire ici.

vendredi 30 mars 2012

Le journal de février est en avance (je me comprends)


Pour emballer le poisson, qu'il soit d'avril ou pas tout à fait, on n'a encore rien inventé de mieux que ce bon vieux journal qui tache les doigts. Afin que vous ne vous trouviez pas démuni au moment du marché, voici celui de février : idéal pour vos fritures virtuelles.

mercredi 28 mars 2012

La morale qu'il faut tirer de l'affaire montalbano-toulousaine


Face à l'islam et ses “actes d'amour” au calibre 9, les Français sont vraiment par trop mollah-sons.


(Cela dit, on se demande ce qui a pris à Marek Halter de se foutre un torchon à vaisselle sur la tête dans le seul but de se glisser au premier plan de cette photo de classe.)

La pauvre vie des riches


L'existence des riches – également appelés les nantis, par opposition aux méchants –, l'existence des riches, disais-je, est un perpétuel calvaire. Prenons l'exemple de ce qui les attend prochainement, pour mieux nous faire comprendre. Dans environ un mois et demi, l'Endive batave – également appelé, notamment dans le Nord et en Belgique, Chicon comme la lune – va s'installer à l'Élysée. Aussitôt, les riches imprévoyants, ceux qui ne se seront pas carapatés à temps, vont se faire ratiboiser. De plus en plus à mesure que le quinquennat avancera, puisque, par ailleurs, on continuera de creuser la dette en cédant à toutes les revendications des fonctionnaires amis de Marchenoir et en nourrissant toujours plus grassement nos chers hôtes arabo-africains. Au bout de cinq ans, nos riches de départ seront devenus d'authentiques pauvres. C'est alors que Chicon se fera virer comme un malpropre de son bureau, car son impéritie aura fini par se voir. C'est donc la droite, peut-être même le diable Sarko en personne, qui reviendra au pouvoir. Or, que fait-elle, la droite, quand elle est au pouvoir ? Hmm ? Elle taxe les pauvres, les étrangle, les asphyxie – y compris lorsque ces pauvres sont d'anciens riches : pas de détail.

Quand on voit ce qu'on voit et qu'on sait ce qu'on sait, il y a des matins où l'on se réveille très content de ne l'être pas, riche.

lundi 26 mars 2012

Le Moloch Plieux


Je l'ai dit dans mon journal, je ne sais plus exactement quand : Plieux est un monstre qui va bouffer son propriétaire. C'est en train de se produire. Renaud Camus a cessé d'être un auteur P.O.L, ce qui lui retranche à peu près la moitié de ses revenus. On ne peut pas tellement en vouloir à Paul Otchakovsky-Laurens : depuis trois ou quatre ans, Renaud Camus n'écrit pratiquement plus rien pour lui, sinon ce petit roman confidentiel nommé Loin.

Le temps de Renaud Camus est pris essentiellement par les Demeures de l'esprit (publiées par Fayard). C'est très bien fait, les Demeures de l'esprit, vraiment. Mais c'est un guide, et encore. Et plus on avance, dans cette collection, plus on recule : le dernier volume, “France du Sud-Est” est à peine supérieur à ce qu'aurait fait un bon écrivain en bâtiment. Pendant ce temps, pendant les semaines et les mois où il court derrière l'argent qu'exige le moloch Plieux, Renaud Camus n'écrit rien.

On peut comprendre Otchakovsy-Laurens : Camus ne lui donne plus rien – et à nous non plus, ses lecteurs. Qu'en est-il de Jean Puyaubert, par exemple ? De ce “tombeau” que les lecteurs du journal  attendent ? Et quoi de ces livres dont nous n'avons même pas idée et qui, avant, surgissaient, comme ça, un éloge de ceci, un chien Horla par-là ? Maintenant, nous savons ce qui nous attend : un volume du journal et ces sempiternelles Demeures de l'esprit dont on comprend de mieux en mieux qu'elles ne s'arrêteront jamais, mais qu'elles nous empêchent de lire d'autres livres qui ne s'écrivent pas, parce que le temps manque, parce que Camus semble avoir renoncé à être écrivain, parce qu'il court après le moloch, après Plieux.  Qui, certes, est est un beau rêve, mais qui, je crois, nous prive de ce livre, ou de celui-là, ou encore d'un autre.

Je ne me résous pas à ce que je subodore. Je voudrais que ce Camus-là se remette à écrire des livres dont je n'ai pas idée.

dimanche 25 mars 2012

À quoi ressemblent les militants du Front de gauche ?


À ça. La révolution citoyenne tourne à la méluche pride.
Un vaste programme de stérilisation collective serait prévu…

samedi 24 mars 2012

La forfaiture des islamolâtres ou le journalisme couché


Communiqué n° 1362, samedi 24 mars 2012
Sur la médiature par temps d'actes de guerre

Le parti de l'In-nocence tient à souligner combien le complexe médiatico-politique a une nouvelle fois démontré sa participation active et totale à l'entreprise de soumission idéologique au Désastre, à l'occasion des récents événements dramatiques que notre pays vient de vivre. Le déséquilibre aussi flagrant qu'insupportable entre la compréhension mensongère, et pour un peu la compassion, pour un tueur ayant choisi délibérément d'assumer pleinement sa disposition d'ennemi mortel de notre civilisation, conformément aux préceptes de sa religion qu'il a tenu à scrupuleusement respecter, et l'oubli rapide de l'assassinat atroce d'enfants poursuivis dans une cour d'école, pour ne prendre qu'un exemple entre mille, soulève le cœur, révulse la dignité, et disqualifie à jamais ceux — autant dire la quasi totalité de la profession à quelques courageuses et rares exceptions près — qui ont peu ou prou alimenté cette situation, ne serait-ce que par le jeu des images montrés à l'envi, ou au contraire cachées.

Le parti de l'In-nocence est extrêmement préoccupé par cette situation de désinformation permanente, de culpabilisation inversée, de mépris de la plus élémentaire raison, de négationnisme quotidien, situation qu'il estime comparable à celle de la pire collaboration et qui augure d'un bien sombre avenir.