samedi 16 janvier 2010

Droit de vote des étrangers : et c'est reparti pour un tour !

Pourquoi donc changerait-on une vieille recette, si elle est toujours appréciée et conserve l'essentiel de ses vertus ? C'est bien ce qu'a dû se dire la piteuse Martine Aubry en nous ressortant de son chapeau le joli lapin du droit de vote accordé aux étrangers, dans les élections locales.

D'abord, pourquoi dans les élections locales seulement ? Le seul argument que ressasse la gauche ad nauseam depuis trente ans au moins est que, puisqu'il travaillent et paient des impôts en France, il est normal qu'ils puissent prendre part aux décisions qui les concernent. Soit. Seulement, ils ne paient pas d'impôts que locaux, il me semble. Par conséquent, ne nous arrêtons pas en si bon chemin et accordons-leur un droit de vote complet et général. À toutes les élections.

On se doute de ce que je pense de cette histoire. Elle est absurde, et même plus qu'absurde : aporétique. Le vote est l'un des droits inaliénables du citoyen d'un pays, en tout cas lorsque celui-ci est une démocratie. Or, qu'est-ce qu'un étranger ? C'est précisément un homme qui n'est pas citoyen ; en tout cas pas citoyen du pays dans lequel il réside. Par ailleurs, vouloir leur accorder le droit de vote au motif qu'ils paient des impôts, cela porte un nom : le suffrage censitaire. Y revenir serait consentir à un bond en arrière de plus d'un siècle, et c'est pourtant la gauche qui défend ce système parfaitement réactionnaire et rétrograde.

Mais tout le monde a bien compris, au fond, que Martine Aubry et ses petits camarades se moquent pas mal que les étrangers votent ou non. Seulement, ils savent bien que les Français y sont majoritairement opposés et que le simple fait de lancer l'idée suffit généralement à rendre de bonnes joues au Front national... et donc à emmerder un peu l'UMP, voire à créer quelques petites triangulaires dans certaines régions, lesquelles seraient ravageuses pour la droite. Toujours bon à prendre, ça...

28 commentaires:

  1. Mais non, ils ne paient pas d'impôts... Ils déposent des déclarations de revenus. Et reçoivent en échange des avis d(e non-)imposition. Si même vous, vous tombez dans le panneau...

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  2. Les grands esprits se rencontrent, Eric Zemmour a dit exactement la même chose, ce jour, à "ça se dispute" sur itelé.
    La gauche est désespérante de mauvaise foi, de démagogie, de petitesse, d'abandon, de pusillanisme...Mais s'il n'y avait qu'elle a être candidate au suicide. Le PS (en tout bon trotskiste, qu'il est) a fini par y soumettre le reste de la classe politique, et c'est bien là le problème.

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  3. Didier,

    Vous devriez lire le Canard Enchaîné parfois. C'est Nicolas Sarkozy qui a souhaité rouvrir le débat. Avec son débat sur l'identité nationale, il cherchait des électeurs à droite et voulait aussi aller en chercher à gauche...

    Jusqu'à ce qu'il se rende compte que la deuxième mesure annulait la première.

    Du coup, Martine Aubry lui a "fait une farce"...

    Par ailleurs, vous dites des bêtises : un étranger paye des impôts locaux.

    Par ailleurs (bis), ça n'a rien à voir avec le suffrage censitaire, vous jouez sur les mots. D'autant que le paiement d'une taxe d'habitation permet de "prouver" le fait que le type habite dans la commune. Surtout, ce n'est pas la seule condition.

    Cela dit je suis d'accord sur votre truc de la citoyenneté mais je n'en tire pas les mêmes conclusions : un type qui habite là depuis longtemps devrait être français, point barre, mais ne vous fâchez pas...

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  4. Il est mignon, ce Nicolas. Vous l'avez trouvé où? Vous croyez que le 28 mai 1453 (veille du 29), dans les rues de Constantinople, il y avait des types qui disaient que tous ces gentils moustachus au pied des remparts, ils devraient être grecs point barre ?

    Qiuant aux impôts locaux de M. Diop qui habite chez M. Diouf, qui lui-même (etc...), je voudrais bien les voir...

    Ceci dit, le suffrage censitaire, ce n’est pas une idée idiote. Qui n’est incompatible, ni avec la République, ni même avec la démocratie. Le problème, qu’avaient bien saisi les acteurs de la réaction thermidorienne, est que pour qu’une société soit stable, il faut, dans une certaine mesure, ne pas décourager l’enrichissement des citoyens, et protéger la propriété issue de cet enrichissement. Et c’est vrai aussi pour les démocraties. Mais comme les riches sont toujours minoritaires, si on demande à tout le monde son avis, la majorité de pauvres va logiquement décider de faire supporter aux riches l’essentiel des charges publiques et d’accroitre les mécanismes de redistribution, entrainant ainsi un nivellement des situations personnelles, un appauvrissement général, la dégradation des services publics, et, à terme, l’anarchie et la violence. Ce mécanisme infernal peut être enrayé un temps en période de forte croissance (où tout le monde a l’impression de s’enrichir) ou en période d’expansion territoriale (quand les nations envoient leurs pauvres jouer les riches aux dépens des pauvres d’à côté) mais pas en période de stagnation ou de récession. On peut aussi utiliser la propagande (faire croire aux pauvres que l’important c’est ce qui se passe après la mort et pas avant) ou les inonder de trucs inutiles qui leur font penser à autre chose (combats de gladiateurs, disques de Céline Dion) mais tout cela nécessite une imagination qui finit par s’essouffler au bout de quelques milliers d’années. D’où l’idée pleine de bon sens de réserver les décisions collectives importantes à ceux qui, du fait de leurs revenus ou de leurs ressources, sont seuls amenés à supporter les coûts de ces décisions et qui sauront bien, s’ils ne sont pas suicidaires, faire les sacrifices nécessaires (mais pas plus, évidemment, faut pas rêver) au maintien de l’ordre public et de la paix sociale et à la protection de leurs biens.

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  6. Bravo pour votre judicieuse analyse mais vous le savez sans nul doute, à force d'être dans l'émotionnel et le compassionnel en permanence, on en oublie toute raison...

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  7. Les étrangers qui vivent en france, comme tout bon français, paient au moins un impôt sur ce qu'ils consomment, c'est la TVA.

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  8. Ouh la ! j'ai pris un retard considérable, moi...

    Guidzie : je ne regarde pas iTélé, mais je suis plutôt content que Zemmour soit d'accord avec moi, ou moi avec lui.

    Nicolas : je n'ai jamais dit que les étrangers ne payaient pas d'impôts locaux ! Au contraire, j'ai dit qu'il ne payaient pas QUE des impôts locaux.

    Pour le reste, je ne vois guère pourquoi le fait de résider longtemps dans un pays devrait faire automatiquement un citoyen de ce pays. Mais bon : on connaît nos positions respectives sur le sujet, inutile d'y revenir...

    NV : oui, vu comme cela (et la vision est loin d'être absurde), on se prend à considérer le suffrage censitaire autrement.

    Daredevil : oui, et je vois mal comment enrayer ce tsunami compassionnel.

    Yanka : z'avez vos papiers, là ?

    Sniper : en effet ! Donc, naturalisons-les en masse !

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  9. "ça n'a rien à voir avec le suffrage censitaire, vous jouez sur les mots. D'autant que le paiement d'une taxe d'habitation permet de "prouver" le fait que le type habite dans la commune. Surtout, ce n'est pas la seule condition."
    Les SDF français ne peuvent pas voter, eux, ne payant pas de taxe d'habitation et n'étant inscrits nulle part, sauf avant leur basculement dans le sans adresse.
    Quelle solution pour eux? Ils sont pourtant citoyens français. Ceux qui campent dans le bois de Vincennes tout en étant salariés de la Mairie de Paris doivent bien en penser quelque chose...

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  10. "Quant aux impôts locaux de M. Diop "...
    et que dire de ceux de Mme Diop, voisine de Mme Diop 2, toutes deux coépouses de Mr Diop, dont la 3ème épouse habite l'étage du dessous ou le bloc d'à côté. Parce que vous savez bien que les familles ne peuvent s'épanouir qu'avec un appart par épouse et ses enfants. C'est un vrai souci pour Mr Diop. Faudrait y penser un peu.

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  11. Didier,

    Oups. Je n'avais pas vu le "que".

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  12. Re oups, pas ailleurs : le Canard Enchaîné que je citais était celui de la semaine précédente. On s'en fout, mais ça fait deux fois que j'oubliais de m'abonner aux commentaires.

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  13. On pourrait aussi adopter comme français "d'office" ceux qui ne demandent rien mais que nous on voudrait bien ici, ouais, genre Yanka ,qui vient de me donner l'idée ... Geargies.

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  14. C'est rigolo, le coup de la TVA. On devrait créer des étrangers à 5,5 et des étrangers à 19,6.

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  15. L'argument fondé sur le paiement d'impôt pour fonder le droit de vote m'a semblé intéressant. Y voir le retour d'une sorte de suffrage censitaire me semblait pertinent. Toutefois cette position ne résiste pas à l'analyse des faits.

    Ainsi les jeunes majeurs, français, qui habitent chez leurs parents ne paient ni impôts locaux, ni impôts sur le revenu tout en ayant le droit de vote.

    Je pense également qu'il faut différencier les droits sociaux des droits politiques, chose que ne font pas les hommes politiques.

    Selon moi, seuls les ressortissants doivent avoir le droit de vote.

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  16. L'argument de l'impôt est nul, mais n'invalide pas pour autant l'idée d'accorder le droit de vote aux étrangers pour les élections locales.
    Le vote national est conditionné par la nationalité ; le vote local par le lieu de résidence.
    Si vous être Français habitant à l'étranger, vous votez aux élections nationales françaises. A l'inverse, un Bordelais résidant à Tours élit le maire de Tours.
    Le vote national, c'est la souveraineté de la Nation ; le vote local, c'est la participation à une communauté qui n'est pas fondée sur l'appartenance à une Nation, mais à une communauté géographique.

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  17. Peut-être mais les élus locaux élisent les sénateurs, qui sont des représentants de la Nation. Le président du Sénat est d'ailleurs le deuxième personnnage de l'Etat. La distinction local/national est donc très discutable.

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  18. Avec toutes ces affaires électoralistes, les surenchères, les impôts, j'ai du mal à dire ce que je suis réellement.
    J'ai un beau frère tunisien qui mange du jambon et qui boit du pinard, très bien. Il déteste Ben Ali et les amis de Ben Ali. J'ai un beau-frère portugais et une belle-soeur idem. Tous deux adorent la Colombie. J'ai des beaux-frères français, ma mère a des touches berbères, mon père était tsigane (enfin, quelque chose dans ces eaux-là)et quand on me demande pour qui je vote, je réponds systématiquement : je suis français. Sans l'ombre d'un doute. Cela dit, comme dans tout ça je suis d'origine espagnole, né sous Franco, je n'ignore pas l'importance du vote démocratique.
    La première fois qu'on m'a autorisé à voter (si, si) j'ai pleuré, je me suis tapé une cuite.
    Je ne suis pas sûr qu'autoriser les étrangers résidents à voter à toutes les élections changerait quelque chose au schéma. Nous aurions dans les cas les mêmes résultats.
    Quand je pense que j'ai même voté Ségolène ! Depuis, j'ai cassé tous les miroirs chez moi. Je ne me mire que dans le néant !

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  19. Marine : votre raisonnement sur la famille Diop est lumineux ! Une affaire de dioptries, probablement...

    Nicolas : yapadofance...

    Geargies : oui, oui, fondons un comité pour l'annexion pure et simple du Yanka !

    NV : étrangers de base taxés à 5,5 et modèles de luxe à 19,6 ?

    Paul : je serais plutôt d'accord avec NV (juste après votre propre commentaire) qu'avec vous, sur ce point précis : le national, la citoyenneté doivent primer dans tous les cas, à mon sens.

    Lediazec : pour les miroirs, je vous comprends : Ségolène c'était quand même du lourd...

    Pour le reste, il va de soi que l'on se fout des origines des gens (mais on peut aussi s'y intéresser grandement, ce qui est le plus souvent mon cas), à partir du moment où il a une volonté de devenir puis d'être français – volonté suivie d'effets si possible.

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  20. Hello Didier, je me gourre ou bien les ressortissants de la communauté européenne ont le droit de vote aux élections locales?
    ,si oui alors on ne dit pas étranger pour un européen ?
    putain, j'ai du retard dans mon vocabulaire, j'en suis resté à tous étrangers sauf maman.
    et bises à Catherine.

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  21. "Si vous être Français habitant à l'étranger, vous votez aux élections nationales françaises"
    Certes! mais votez-vous pour les élections locales sur place? (si j'ose le pléonasme, mais il est utile pour préciser que je parle des élections locales du pays où vous vivez).

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  22. "Hello Didier, je me gourre ou bien les ressortissants de la communauté européenne ont le droit de vote aux élections locales?"
    Je ne sais pas, bien que n'étant pas Didier ;)
    ce que je sais, c'est qu'ils ont le droit de passer les concours de recrutement dans l'Education "Nationale" (pourquoi je continue à dire nationale? ya longtemps que c'est tombé...), pour devenir fonctionnaires en France.

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  23. Fidel Castor : admettons que les élections européennes constituent une exception qu'il convient de ne pas généraliser. Et sur laquelle on pourra

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  24. Didier, où est passée la fin de votre commentaire précédent?

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  25. Tiens ! bonne question...

    Tant pis, on fera sans !

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  26. Le vote censitaire, je ne lui trouve que des vertus. Si l'État a le droit d'utiliser les impôts d'un gars qui a trimé comme un bœuf pour gagner 4 cacahouètes, logique qu'il puisse décider à quoi vont servir des impôts dont ils s'acquittent avec ferveur et empressement. Ensuite le vote censitaire éliminerait les parasites comme les chômeurs (qui tous votent à gauche, c'est connu) et les étudiants qui votent presque tous à gauche et qui sans rien connaitre à rien prétendent donner aux autres des leçons de civisme et de citoyenneté.

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  27. Le seul argument valable contre le vote des étrangers, c'est qu'ils auront DEUX bulletins de vote, un pour voter en France, l'autre pour voter dans leur pays.
    Alors que moi, je n'en n'ai qu'un.
    On peut ajouter, en citation, le "one man, one vote" de la lutte anti-apartheid, en Afrique du Sud, pour colorer le tableau

    Nicole

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