mercredi 6 janvier 2010

Chronique du réchauffement climatique (extrait de journal)

Neuf heures vingt. – Derniers kilomètres du retour à la maison assez pénibles : mini-tempête de neige, ABS en appelant à Dieu et à ses Saints au moindre freinage, etc. Depuis, il continue de neiger, la couche s'épaissit et il fait toujours -4° – ce qui m'agace prodigieusement : voilà un demi-siècle que l'on m'apprend (et que je constate) que, sous nos latitudes civilisées, il ne peut neiger que, grosso modo, entre -2° et +1° : avant l'heure c'est pas l'heure, etc. Or, depuis ce matin il fait réellement -4 (sans doute -5 à l'heure qu'il est) ET IL NEIGE ! Je me doute que les khmers verts et leur cohorte d'abrutis au cerveau gélatinoïde vont venir m'expliquer que c'est une conséquence du réchauffement climatique (dogme laïque, intangible, à genoux connard ! Adore tes maîtres ! ), il n'empêche que, depuis dix ans que je vis ici et vais bosser là, c'est la première année que les glaces me bloquent. À ce train, si l'année prochaine je me retrouve coincé sur la voie rapide par un troupeau d'ours blancs, ou une bande de phoques pédés-comme-des-humains, on viendra m'expliquer que l'incident est imputable à l'équatorialisation du climat, et je serai évidemment sommé d'y croire. Si je risque une grimace de doute, on me fera observer qu'il doit bien y avoir équatorialisation, puisque les Français deviennent de plus en plus noirs, crépus, lippus – non, là, je taquine.

Bref, tropicalisation normande ou pas, j'ai tout de même bien dû enclencher la marche arrière sous peine, frein à main serré, de voir la voiture glisser jusqu'à la porte du garage (Quand tu parus dans ta superbe auto, papa !). Si bien que si tout continue comme commencé, il me sera impossible de ressortir demain : et vive le télétravail, ma mère, vive le télétravail. Catherine, revigorée à l'idée que je ne quitte pas la maison demain, a d'ors et déjà admis qu'il me serait impossible de sortir. Je la soupçonne, sous couvert de regarder la télé, d'être en train d'accomplir dans le salon la danse de la neige, si tant est que celle-ci existe, ce qui ne m'étonnerait qu'à moitié, la connaissant : une femme capable de faire le GPS au Carrefour ne doit jamais être tenue pour quantité négligeable, sachez-le.

Il me semble que je voulais dire autre chose. Concernant Catherine... Ah oui : les planques à alcool. Elle continue à cacher des bouteilles, demi-bouteilles, quarts-de-bouteille de whisky ici et là. Bientôt, je suppose, elle va en arriver à emplir son début de collection de dés à coudre – bref. Le motif est louable : m'empêcher, si l'on boit, de dépasser les limites du raisonnable. (Quand on boit, où sont les limites ? Où est le raisonnable ? Nul n'en sait et surtout pas elle, mais enfin...) Donc, elle cache, planque, thésaurise, ali-babasse des cavernes de trésors que je ne songe nullement à découvrir.

Et, ce soir, se levant pour se verser un petit whisky (nous étions, moi à la bière (deux), elle au cidre brut) : – Tu veux un petit whisky ? Moi (mais assez mollement) : – Oui, pourquoi pas ? Puis, aussitôt, elle : – Ah, non, il n'en reste plus assez : je t'apporte une bière ! Moi (assez indifférent) : – D'accord...

Bruits divers dans la cuisine, frigo qu'on ouvre, porte d'arrière-cuisine qu'on referme, discret glouglou, tintinnabulis de glaçon, puis voix triomphante : – Ah, mais, je crois bien que j'ai une réserve ! De nouveau, porte qui s'ouvre, buffet qui geint, et cri de victoire : – Oui ! J'ai un quart de whisky !

J'ai eu assez beau jeu, ensuite, de lui montrer qu'il était assez puéril de planquer des flacons d'alcool un peu partout, alors même que je ne les cherchais pas, et que, pour ce soir au moins, je ne serais très bien contenté d'une 16 de plus, si c'était pour venir ensuite me les proposer et pousser des cris de victoire après les avoir en effet retrouvés. Cela étant, je lui ai sifflé sa flasque en trois coups de glotte.

Et je me demande si, pas entièrement certaine que la neige tombant serait une alliée assez sûre, elle n'a pas tenté, me liant à mon verre, de s'assurer par avance de mon immobilité cadavéreuse de demain. – Sont fortes, ces filles.

19 commentaires:

  1. Une femme qui alibabasse des cavernes est elle-même un trésor, un génie.
    Charmante chronique, qui réchauffe le coeur.

    RépondreSupprimer
  2. Ahhh ! j'adore !!
    j'ai bien ri ! Et demain vous faites un bonhomme ou une bonnefemme de neige ?

    RépondreSupprimer
  3. A titre strictement professionnel, j'ai toujours eu beaucoup de compassion et de comprehension pour les vieux couples alcooliques,
    tant qu'il n'y a pas, entre eux, de violence pour de sombres histoires de bouteilles d'alcool cachées et que chacun se refuse à partager.

    RépondreSupprimer
  4. il ne peut neiger que, grosso modo, entre -2° et +1°
    Vous est-il venu à l'idée que la température à l'altitude où se forme la neige n'était peut-être pas la même qu'au sol ?

    RépondreSupprimer
  5. Vos fréquentations réitérées de Flaubert et de Balzac semblent vous avoir porté à offrir des contes à vos lecteurs ? Belle idée… “drolatique” et enjoleuse:

    “Tropicalisation normande” ! (Premier sourire de blog en cette nuit gelée.)
    Quand on doit se passer des Tropiques, on s’adonne aux tropismes ? (météo glaciale, il neige !, donc Catherine a sans doute fait sa “danse de la neige”…)
    L’idée d’une totémisation météorologique de votre GPS préféré m’enchante. Image même franchement hilarante. (C’est bien, finalement, l’idée d’un journal intime public !)
    Je note tout de même qu’une danse de la neige en salon pour conserver la tête de son mari au chaud près de soi vous sera plus confortable qu’une danse des sept voiles voluptueuse, certes, mais souvent accompagnée d’un plat destiné à accueillir votre tête à la sauce Jean-Baptiste.
    (Vive Catherine ! à bas Salomé ?)
    Vive Catherine, encore, qui alibabamise et surtout sésamise pour vous les mesures d’alcool (quitte à passer de la flasque au dé à coudre, quelle inventive) et qui, je parie, pour vous sauver de vous-même, serait capable de vous conter les 1001dés pour mieux reculer le spectre du couperet fatal de l’alcool ! (Qu’attendez-vous pour l’épouser ? ah, c’est déjà fait, bien joué !)

    Mi-sourire devant l’attaque contre les pauvres experts permise pourtant par une erreur de votre part : il me semble que vos notions sur les températures auxquelles “tombe la neige” sont extrêmement partiales (donc partielles) : la neige peut tomber par grand froid selon l’humidité, et si au sol il fait -4°, les couches d’atmosphère où se forme telle ou telle neige peuvent être à des degrés différents… (mais je ne suis pas experte non plus en ce sujet)
    Que ne trouveriez-vous comme argument de mauvaise foi pour maugréer contre les scientifiques coupables d’être des écolos ! Quand le naturel (grognon) revient au galop !
    Là, c’était mon bémol (inaudible, presque).

    Merci pour le sourire et demi, tout de même : j’aime bien passer de blogs politiques un peu énervés à ceux (faussement) assagis nous rapprochant du plaisir de la littérature (ou de son souvenir).

    RépondreSupprimer
  6. Tonnégrande,

    Didier est un homme du monde. Il n'a pas peur de sa femme et boit à la maison contrairement à certains qui vont retrouver des gros frisés à cravate à chier, des vieux séniles, un arabe bourré draguant des jeunes filles en terrasse, un patron acariâtre et une beurette pleine de capacités au bistro.

    RépondreSupprimer
  7. En passant... La climatologie est une science exacte et les données qu'elle exploite sont rigoureuses et fiables. Le réchauffement climatique global est une réalité, ne vous déplaise. Ce qui fait débat, ce sont les causes, humaines ou non, de ce réchauffement.

    RépondreSupprimer
  8. Mère Castor : il n'y a bien que le cœur que ça réchauffe...

    L'autre je : ah, depuis ce matin, il y aurait largement de quoi !

    Tonnégrande : on finit toujours par les retrouver AVANT de se foutre sur la gueule...

    Jazzman : je viens d'aller consulter plusieurs sites : en effet, il n'est n'est dit nulle part qu'il NE PEUT PAS neiger au-dessous des températures que j'indiquais, mais seulement que c'est dans cette fourchette que les neiges peuvent être très abondantes (exception faite que Québec et du nord-est des États-Unis où règne un micro-climat).

    Passante : alors non seulement vous étiez déjà la plus bavarde, mais en plus, maintenant, il faudrait se coltiner quinze liens par commentaire ? Vous pourriez avoir pitié de mon grand âge...

    Nicolas : c'est curieux, la description m'est vaguement familière...

    Yanka : la climatologie, une science exacte ? Vous êtes sûr ?

    RépondreSupprimer
  9. Ah, non, tiens, je crois pas...

    Pouvez pas la prendre en photo ce soir et mettre ça sur vos Âneries ?

    RépondreSupprimer
  10. Non, je lui ai filé l'adresse du blog.

    RépondreSupprimer
  11. Ah, c'est malin, ça ! Va falloir que je me déplace au KB, moi, maintenant !

    RépondreSupprimer
  12. Ca fera un prétexte. (je vous l'envoie par mail !)

    RépondreSupprimer
  13. Mais c'est qui cette Nadia qui va arriver par mail ?

    RépondreSupprimer
  14. Vous êtes sûr qu'il y a une limite inférieure de température pour la neige? Il neige bien aux pôles, non?

    RépondreSupprimer
  15. Le Coucou : tout le monde fait rien qu'à m'embrouiller, je ne suis plus sûr de rien !

    RépondreSupprimer
  16. S'kyia de bien dans cette histoire de neige c'est qu'après avoir fait des kms à pied dedans pour rejoindre des élèves qui étaient " pas là " vu qu'il n'y a pas de transports en commun dans ma charmante contrée aka IDF, et être rentré fourbu rapport aux kms dans l'autre sens y'a 2/3 billets à lire et 20 com à chaque fois ... ;-) Geargies

    RépondreSupprimer
  17. « Yanka : la climatologie, une science exacte ? Vous êtes sûr ? »

    Elle repose sur des données constantes, aisément vérifiables (un thermomètre ne ment pas)... Elle étudie le climat sur le long terme, contrairement à la météorologie. C'est une branche de la géographie et non de l'astrologie. Maintenant, l'interprétation que l'on fait des données...

    Si je vous dis qu'il y a eu 250 meurtres dans telle ville en 2008 et 310 en 2009 dans la même ville, ce sont des données brutes qui doivent logiquement vous conduire à tirer la conclusion que la criminalité augmente. Si vous êtes sociologue, vous interprèterez ces chiffres dans un sens ou dans un autre, selon votre couleur politique. Mais dans les faits, que vous soyez de droite, de gauche, juif ou mahométan, borgne ou chauve, c'est 310 meurtres en 2009 contre 250 en 2008. Et la question n'est pas tellement de savoir le comment du pourquoi de la chose, mais de faire en sorte que la température meurtrière revienne à un niveau confortable dans cette ville dangereuse. Verstehen Sie ?

    RépondreSupprimer

Les commentaires anonymes seront systématiquement supprimés, quel que puisse être leur contenu, voire leur intérêt.