dimanche 7 novembre 2010

En prison, Dame Flannery !

Il y a quelques temps, ici même, s'amorçait un débat (Dieu, quelle horreur ! Un débat... chez moi...) sur les mérites comparés de l'inhumation et de la crémation pour les morts – car pour les vivants, c'est un autre sujet, un peu plus gore. Il apparaissait que de plus en plus de gens, et particulièrement chez les modernœuds, penchaient en faveur de la seconde option. Je ne voudrais pas refroidir leurs ardeurs pour le feu ultime, mais je me sens tenu de verser cette nouvelle pièce au dossier :

« Savez-vous ce que les entrepreneurs de pompes funèbres font des cendres des gens incinérés ? Ils les envoient aux cannibales qui n'ont qu'à ajouter de l'eau pour consommer une sorte d'“humanité instantanée”, comme le café soluble. Ma mère nous a rapporté cette histoire l'autre jour. Elle la raconte sans cesse avec un plaisir constant. »

(Flannery O'Connor, lettre à Sally et Robert Fitzgerald, 1er décembre 1957.)

Dame O'Connor ne semble pas bien se rendre compte qu'une fine plaisanterie de ce type lâchée sur les ondes de nos jours suffirait sans doute à la conduire en correctionnelle. D'un autre côté, je trouve l'idée séduisante : quelle plus belle façon de réintégrer l'Afrique, ce berceau de toute humanité, à ce qu'on nous dit ? Et en sachant en plus qu'on va lutter post mortem contre la faim dans le monde ?

C'est la fin contre la faim : belle eschatologie culinaire.

10 commentaires:

  1. Vous oubliez que les cendres servent aussi à corser le "mingaou" de bananes, chez certains indiens d'Amazonie: c'est une espèce de compote dans laquelle on incorpore les restes des ancêtres, à l'occasion des réunions de famille. La dispersion libre des cendres étant désormais interdite, on pourrait importer la coutume chez nous?

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  2. Le Coucou : j'ai une excuse, j'ignorais absolument l'existence du Mingaou (ça s'écrit comme ça se miaule ?) de bananes...

    À propos de cendres que l'on ne peut plus disperser à sa convenance (ils nous feront chier jusqu'au bout, ces malfaisants bruxellois !), il y a une scène fort drôle dans La Grande Intrigue de François Taillandier, où toute une famille se rend en catimini, un dimanche vers cinq heures du matin, rue de Belleville, pour y répandre des cendres afin de se conformer au dernier souhait du défunt. Et, juste après, ils voient arriver le camion de nettoyage des rues...

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  3. Encore une petite portion de mon mingaou ? Cela me fait tellement plaisir de vous faire savourer ma pauvre vieille maman !
    Oui, merci, mais je n'ai plus faim, tout était si bon...

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  4. Ça s'écrit bien "mingaou", je viens de vérifier dans un bouquin de Jacques Lizot. Recette: "On pèle alors, pour la compote de bananes , le plantain mûr, maintenant jaune et bien sucré. On le fait bouillir longuement dans de l'eau, puis on le malaxe avec une branche à fourches multiples ; on l'allonge avec de l'eau froide jusqu'à l'obtention de la bonne consistance"…
    (Il ne reste plus aux braves gens de F. Tallandier qu'à se rendre toutes les Toussaint se recueillir au dépôt des services techniques…)

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  5. un ami hongrois m'expliquait l'origine du passage de l'inhumation à la crémation chez des peuples devenus nomades dans les contrées de Transylvanie, ils ont commencé à "crématiser" (les pompes funèbres m'ont indiqué que "incinérer" était réservé aux déchets, pour les humains, on a créé ce néologisme)les corps pour pouvoir mieux transporter avec eux les restes de ceux qui les avaient quittés, mais, comme peu à peu ça faisait lourd à trimbaler, est apparue la coutume (comme en Amazonie) de mélanger les cendres des disparus aux plats ingérés. Ainsi, on les emmenait avec soi.

    Raison pour laquelle, n'étant pas nomade, j'ai d'ores et déjà ma place réservée au Père Lachaise.

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  6. Je ne discute pas avec des gens qui veulent se faire incinérer. La poussière est mon amie, la cendre celle de ma cheminée.

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  7. Il y a un passage d'un navet hilarant, "Mon beau-père et moi" avec Ben Stiller où les cendres de la grand-mère, placées dans une urne sur la cheminée familiale, tombent malencontreusement et tapissent le sol. Le chat, attiré par cette "litière" en profite pour faire son petit pipi sous l'œil horrifié de la famille rassemblée.

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  8. Il y a aussi la fin burlesque du Big Lebowski, avec un coup de vent malencontreux.
    Et une histoire de Diable de Nathalie Babbit, mais je m'en voudrait de m'étendre trop longtemps sur les cendres.

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  9. nous on a un sérieux problème depuis qu'il est interdit de disperser les cendres comme on veut, l'homopicolus a décidé qu'il voulait que ses cendres soient sur un pied de vigne, à Aloxe, dans la parcelle des Corton Charlemagne....ça va pas être fastoche de faire ça la nuit.....

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  10. Se faire incinérer, c'est un truc de baby-boomers, non ? La loi du nombre, le refus de la tradition, le trip fusionnel avec les éléments.... Bon. On va les incinérer en grand nombre, et puis après, on reviendra aux bonnes vieilles traditions....
    De ce débat, il est question dans le dernier Houellebecq. Lui, à sa façon, il a résolu le problème avec son cercueil d'enfant.

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