samedi 22 mars 2014

Jacques Benoist-Méchin : un Français selon notre cœur


Les volumineux mémoires (800 pages) de Jacques Benoist-Méchin sont inégaux. En tout cas, cela dépend de ce qu'on y cherche. Toute la partie centrale est un plaidoyer pro domo, concernant sa vie et son rôle entre 1940 et 1942 : c'est loin d'être inintéressant, à condition de s'être défait de ses préjugés les plus imbéciles et de s'intéresser vraiment à l'histoire de France. Le premier tiers intéressera les amateurs de littérature, ne serait-ce qu'en raison de cette soirée que ce très jeune homme a passée au Ritz en tête à tête avec Marcel Proust.

Les lecteurs qui se souviennent de la condition humaine, et s'y intéressent, se précipiteront sur le troisième tiers du volume, ou plutôt sur le début du troisième tiers, celui où l'auteur vient d'être condamné à mort et attend son exécution : c'est une assez belle leçon de vie.

Il va de soi que, Benoist-Méchin ayant travaillé pour divers gouvernements de Vichy, et ayant été condamné à mort, je ne conseille cette lecture qu'aux esprits libres, encore capables d'envisager l'histoire telle qu'elle se fait.

23 commentaires:

  1. Robert Marchenoir22 mars 2014 à 23:42

    C'était mieux avant : Roy Jenkins, qui fut une personnalité marquante du parti travailliste britannique dans la seconde moitié du XXe siècle, a eu le temps de relire toute l'oeuvre de Proust quand il était ministre de l'Intérieur dans les années soixante.

    Il arrivait au bureau à dix heures du matin, prenait une heure et demie à deux heures pour déjeuner, arrosait son repas d'une bouteille d'un vin précédée d'un apéritif et suivie d'un cognac, quittait le ministère à huit heures moins le quart et ne rapportait jamais de travail à la maison.

    Hélas, il a pris quelques décisions regrettables : il a supprimé la bastonnade dans les prisons, mis fin à la censure des pièces de théâtre et fait voter une loi anti-raciste.

    http://www.telegraph.co.uk/culture/books/bookreviews/10694845/Roy-Jenkins-politics-parties-and-guilt-free-adultery.html

    http://blogs.telegraph.co.uk/news/peteroborne/100264615/modern-politicians-are-all-too-young-and-too-dull/

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  2. Est-on un "esprit-pas-libre" si on ne considère pas comme "un Français selon son cœur" quelqu'un qui n'a pas simplement "travaillé pour divers gouvernements de Vichy", mais qui (wikipédia) :

    -a accompagné l'amiral Darlan le 11 mai 1941 à Berchtesgaden lors de sa rencontre avec Hitler,

    - a tenté d’obtenir de la Turquie la faculté d’envoyer des renforts vers la Syrie où les troupes du général Dentz combattaient les forces anglaises et de la France libre,

    -a fait partie d'un groupe influent de technocrates ultra de la collaboration qui voulaient associer la France à la direction d'une « Nouvelle Europe » fasciste,

    -et qui, près le débarquement des troupes alliés en Afrique du Nord (Opération Torch), a publié le 16 novembre 1942 dans Le Petit Parisien une déclaration appelant à lutter contre les agresseurs, visant à une déclaration de guerre aux côtés de l'Allemagne et à la constitution d'un gouvernement d'ultra-collaborationistes avec comme mot d'ordre : « guerre, révolution, salut public », proposition qu'il alla faire lui-même à Abetz accompagné de Marcel Déat ?

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    1. Ne soyez pas mesquin. Vous voyez bien que ce type n'était pas homophobe, comme le prouve son dîner en tête à tête avec Proust. N'est-ce pas l'essentiel ?

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    2. Il pouvait difficilement être "homophobe", étant aussi pédé que Proust lui-même.

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    3. Ça y est, les cocos font la morale....

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    4. Que voudriez-vous qu'ils fissent d'autre ?

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    5. Il pouvait difficilement être "homophobe", étant aussi pédé que Proust lui-même.
      Selon vous, on ne peut pas détester une catégorie à laquelle on appartient.

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    6. @ Fil : qui sont ces cocos qui sifflent sur vos têtes ?

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    7. Et bien Elie, n'avez-vous pas une petite idée?

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  3. Moi, mon cœur balance plutôt du côté de Jean Cavaillès ; mais lui n'a pas eu le temps d'écrire ses mémoires.

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    1. Moi aussi, en fait : mon titre était légèrement provocateur…

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  4. Wikipédia conseille de mettre une majuscule à Mémoires... http://fr.wikipedia.org/wiki/M%C3%A9moires. Une majuscule, je me demande si ce n'est pas un peu exagéré tout de même

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    1. Fuck Wikimachin ! On ne met de majuscule au mot que s'il est utilisé comme titre, sinon je ne vois aucune raison de le faire.

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  5. condamné à mort et attend son exécution : c'est une assez belle leçon de vie.

    Leçon qu'il lui fut tout à fait loisible de faire puisqu'il est mort dans son lit, bien longtemps après sa condamnation.

    Emily

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    1. @ Anonyme
      --- Condamné à mort et attend son exécution ---
      Que vouliez-vous qu'il fît, anticiper l'appel, mais Cioran n'avait pas encore publié...
      Dubitatif

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  6. On s'en fout qu'il ait collaboré ou pas, c'était un bel esprit et un Français selon notre cœur, ne serait-ce que pour ses deux volumes sur l'empereur Julien et Alexandre le grand, ouvrages magnifiques et à mon sens inégalés.

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    1. « On s'en fout qu'il ait collaboré ou pas. »

      On a le droit de dire ça ? Alors je le dis aussi.

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    2. D'autant que si, entre 1940 et 1942, il était resté dans sa ferme à scier du bois, ses mémoires seraient beaucoup moins riches, forcément.

      Personnellement, je ne me fous pas qu'il ait collaboré. Cela m'intéresse à peu près de la même façon que la participation du Grand Condé à la Fronde, ou le revirement en faveur de Napoléon, opéré par le maréchal Ney au moment des Cents Jours.

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    3. D'autre part, son livre sur Frédéric II Hohenstaufen mérite également d'être lu. En revanche, j'ai été très déçu par son petit essai sur Proust et la musique. Il est vrai qu'il avait à peine plus de vingt ans lorsqu'il l'a écrit.

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    4. Je voulais juste rappeler que la qualité d'un auteur ne se mesure pas à l'aune de ses engagements politiques.

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    5. Je voulais juste rappeler les augustes paroles de Jean-Michel Ribes : « Un papa et une maman, ça a quand-même aussi donné Hitler. » pour mieux situer le débat quoi j'veux dire.

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  7. Je viens ici un peu tard mais je suis en train de lire votre journal 2014, Camp retranché, où j'ai vu votre entrée sur "les volumineux mémoires" de Jacques Benoist Méchin. Je suppose que ça n'en est pas le titre et regrette que vous ne le précisiez pas (est-ce À l'épreuve du temps que je viens de trouver sue le iBook Store ?).
    À propos de titre, je dois vous dire que la typographie de votre journal est déroutante car très peu de titres (et vous en citez beaucoup) y sont en italiques ou entre guillemets, ce qui ne facilite pas, comme bien on pense, la compréhension.
    À part ça, c'est drôlement agréable à lire.

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    1. C'est bien À l'épreuve du temps, en effet.

      Pour la typographie fantaisiste – voire anarchique – du journal, je plaide non coupable (ou très peu coupable…) : le logiciel Blurb a une très fâcheuse tendance à faire un peu n'importe quoi dans mon dos, une fois que je crois tout bien en place ! C'est notamment vrai pour les nombreux "blancs" que je mets ici et là, notamment pour séparer les journées, et qui, ensuite, soit disparaissent, soit au contraire enflent démesurément. Je me suis plus ou moins résigné à cet état de fait navrant…

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