samedi 1 mars 2014

Tous les Dard ne sont pas écrivains


M. Desgranges va pouvoir se payer ma fiole tout à loisir, en m'assénant que ce qui m'arrive est bien fait, que cela m'apprendra à acheter des livres barbouillés par d'universitaires tâcherons ; il aura pleinement raison. La quatrième de couverture de cette biographie de Maurras nous informe que M. Olivier Dard est professeur d'histoire contemporaine à l'université de Paris-Sorbonne. Soit. On aurait été fort surpris qu'il y animât un atelier d'écriture, vu la façon dont il a torchonné son ouvrage. Je ne prendrai que deux exemples, mais on pourrait en trouver à foison. Voici la première phrase du chapitre cinquième :

L'affaire Dreyfus compte parmi l'un des temps forts des « guerres franco-françaises » ou l'une des manifestations de la « fièvre hexagonale ». 

Apparemment, c'est l'auteur qui a la fièvre. Mon second exemple provient de la page 128 – accrochez-vous, ça va tanguer :

De même, la référence très présente chez Maurras à la « barbarie allemande » et qui, est présente chez Maurras mais aussi sous de nombreuses plumes, ne doit pas grand-chose chez lui au contexte de la guerre.

On notera que, de simplement comique qu'était la première phrase, on se hausse ici au niveau de l'incompréhensible. Et l'on se dit que ce pauvre M. Dard n'est pas le seul à devoir être accablé par l'ironie du lecteur un tantinet lassé : les personnes qui, chez Armand Colin, sont en principe chargées de la relecture des manuscrits que leur maison va éditer, ces personnes sont des jean-foutre qui feraient aussi bien de se reconvertir dans l'épicerie en gros – métier qui, par ailleurs, n'est pas sans noblesse.

Quant à moi, je crois que je vais aller me décrasser la syntaxe chez Jacques Bainville.

15 commentaires:

  1. Rigolez pas. Moi je suis en train de me taper le livre de Didier Goux, alors...

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  2. Vous avez justement deviné mes réactions, mon cher Didier.

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    1. En revanche, quel délice que l'histoire de France de Bainville !

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  3. D'un autre côté, si les universitaires français savaient écrire, ça se saurait. Et encore, vous ne les avez pas entendu parler anglais, enfin ce qu'ils croient être de l'anglais.

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  4. Mince chui déçu.
    Je pensais qu'on remettait le couvert sur cousin Frédérique et l'ignorance dans laquelle nous baignons, nous autres pauvres lecteurs de gares zou de casernes.
    Quand il y en avait encore. Avant que tonton corona ne merdoie.
    C'est pas grave je vais faire comme Nicolas commander votre prose chez a ma zone.
    Vu la pub qu'il a fait j'espère que c'est bien sinon je vous trolle pendant sept lunes.

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  5. Là, je suis scandalisé , il y a des gens qui écrivent encore plus mal que moi, je vais en référer à qui de droit!

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    1. Il y a quand même une notable différence, eux ont été formés au charabia par l'université française.

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  6. En ce domaine je resterais pour une fois modéré et je n'irais pas jusqu'à prétendre comme Montaigne le fit qu' « il y devrait avoir coercition des lois contre les écrivains ineptes et inutiles, comme il y a contre les vagabonds et fainéants ». Ce serait hélas, ou tant mieux, une véritable hécatombe.

    Mais lorsque l'on tient un sujet en or, gâché par les gâte-sauce de l'écriture, nous sommes pour le moins en droit d'être révoltés. Ce n'est pas Boudard qui auraient commis pareil méfait pour narrer avec sa verve drolatique habituelle la funeste fermeture des maisons closes, ce triste 13 avril 1946.

    Rigolons un peu autour d'un extrait pioché au hasard dans « La fermeture » :

    « À noter aussi, après quelques voyages, que ces bleds égalitaires sans prostitution visible sont d'une tristesse colossale, d'une grisaille pesante... tout le monde déambule en serrant les miches. La vertu règne, paraît-il, et on ne rit plus. À Haïti, sous la férule des sanguinaires Tontons Macoute... du président Duvalier fils, incroyable despote pas du tout éclairé... tout le populo mendigote... les mômes courent après les autocars, la main tendue... les gonzesses font boutique de leur cul pour trois dollars... La société capitaliste engendre ici la plus grande déchéance, il faut bien le reconnaître... et pourtant ces gens, ces négrillons, ces plus pauvres des plus pauvres de la terre se marrent encore de toutes leurs dents blanches.Ça crie, ça vibre, ça fait de la musique... ça vit malgré la misère! La vertu hélas! est toujours lugubre! »

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    1. Dard et Boudard auraient, mais Boudard aurait, naturellement.

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  7. J'avoue que je ne vois rien de particulièrement choquant dans ces extraits. Auriez vous l'amabilité de m'indiquer ce qui ne va pas ?

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    1. On va supposer que vous vous moquez…

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    2. Mais non, c'était sincère ! Je vois que c'est mal écrit, mal dit, mais s'agit il d'une faute à proprement parlé ?

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    3. Enfin, tout de même, vous devriez bien voir ce que la première phrase que je cite a d'absurde ! L'affaire Dreyfus peut ÊTRE l'un des temps forts, ou bien COMPTER parmi les les temps forts, mais elle ne peut en aucun cas "compter parmi l'un" !

      Quant à la seconde, c'est un tel charabia qu'elle décourage l'analyse. Relisez-la posément, vous verrez…

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  8. En effet, cela dit, je m'aperçois que je suis beaucoup plus indulgent que vous, et que je me satisfais finalement du fait que ces phrases mal écrites sont tout de même intelligibles. Le fond prime sur la forme.

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