jeudi 20 mars 2014

Les ignorances et l'imagination des journalistes


Mes chers confrères sont parfois des gens qui ne ne se laissent pas intimider par la réalité. Prenez le cas de David Le Bailly, par exemple. Un jour, dans le cerveau de ce reporter de Match, point l'idée de faire un livre sur Anne Pingeot, qui fut, on s'en souvient, quelque chose comme la Julie Gayet de François 1er, mais en version durable. Pourquoi pas, en effet. Pour des raisons strictement professionnelles, je viens de lire l'ouvrage en question, qui s'appelle La captive de Mitterrand et dont se sont chargées les éditions Stock. Si la mode était aux titres longs, il aurait pu se nommer ainsi : Comment je n'ai jamais rencontré Anne Pingeot, ni à peu près personne d'autre d'ailleurs. Il aurait au moins eu le mérite de dire la vérité puisque, en effet, M. Le Bailly ne fait aucune difficulté – il y emploie même ses soixante premières pages, ce qui est longuet – pour reconnaître que Mme Pingeot lui a opposé une sèche fin de non-recevoir, et que les personnalités politiques qui l'ont connue et la connaissent encore l'ont toutes envoyé pareillement bouler. Allait-il renoncer pour autant aux 337 pages promises à son éditeur ? Vous plaisantez, j'espère ! Commande il y a eu (et à-valoir, suppose-t-on…), livre il y aura ! Si bien que je crois n'avoir encore jamais lu d'ouvrage de journaliste comportant autant de phrases dont le début est : J'ignore si… j'ignore comment… j'ignore quand… Sans parler de toutes celles bâties sur cet autre modèle, bien connu des gens qui n'ont rien à dire mais besoin de le dire quand même : À cet instant, on peut penser qu'Anne… Devant une telle épreuve, il est raisonnable d'imaginer que… etc. Le plus amusant est que, en dépit de toutes ces ignorances et ces imaginations, le pauvre va peut-être quand même se payer un beau procès : la dame semble assez vindicative…

21 commentaires:

  1. Il n'a qu'à ecrire "roman" !

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    1. Oui, et puis donner des noms russes à tout le monde et appeler ça Guerre et Paix.

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    2. 337 pages : voici qui n'est guère épais pour un roman russe.

      OK, je sors

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    3. ... les Secrets de la Pyramide.

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  2. Quand-même, ce François là avait une autre gueule que l'autre crétin des Alpes !

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    1. Mais déjà à l'époque de nos rois, François 1er avait une autre allure que ce pauvre François II.

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  3. Hé ho ! J'écris bien des billets politiques sans rien connaître.

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  4. Il paraît que certains éditeurs pas trop regardant sur la qualité passent "commande" de ce genre de bouquins, histoire d'augmenter leur chiffre d'affaire. Pouvez-vous confirmer ?

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  5. À cet instant, on peut penser que la dame fera un procès, puisqu'on peut supposer qu'elle semble assez vindicative.

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  6. J'ai toujours été effarée par tous les livres que vous êtes capable de lire.
    Mais avec cette lecture-là j'ai l'impression que vous avez atteint un sommet indépassable.

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    1. Détrompez-vous : il y a bien pis encore.

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  7. Vous avez vraiment lu ces 337 pages?
    Heureusement que vous êtes (j'espère) payé pour cette épreuve.

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    1. C'était mon travail d'hier. J'ai donc gagné mon pain sans sortir de chez moi, ni même de mon fauteuil…

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    1. Ça doit être dans les tuyaux. Avec Mimi Mathy dans le rôle de Dame Pingeot et Michaël Youn dans celui de Mitterrand…

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  9. Et du Chablis vespéral en prime...veinard!

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    1. Ah, non, en ce moment, on lorgne plutôt du côté de l'Alsace.

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