lundi 24 mars 2014

Les bouquets séchés de Boni de Castellane


C'est très bien, les Mémoires de Boni de Castellane, très agréable à lire, en ce qu'ils rendent le parfum d'une époque et d'une certaine classe sociale qui n'existe plus ; également parce que l'auteur est capable de distance et d'une ironie d'excellent aloi vis-à-vis des gens qu'il évoque, y compris lui-même. Il n'empêche qu'arrivé à la quatre-centième page, on se prend à ressentir comme des étourdissements de Bottin mondain, des palpitations de Gotha, des fatigues de Palais rose, et on est tout de même un peu content de passer à autre chose. D'autant que, si les ducs, comtesses, princes héritiers et autres altesses régnantes n'ont aucun secret pour lui, il semble être passé à côté de tous les gens qui ont fait la valeur artistique et littéraire de son temps, à fort peu d'exceptions près. 

Le pis est que, à compter de demain, lorsque je serai plongé dans le livre d'Alain de Benoist arrivé ce matin, je commencerai peut-être déjà à regretter l'insouciance et la désinvolture de Boni ; cette poussière de fleurs sèches qui s'échappe d'entre ses pages, et qui est la mélancolie.

8 commentaires:

  1. Où je mets l'ancolie séchée?

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  2. "le parfum d'une époque et d'une certaine classe sociale qui n'existe plus"
    D'aucuns qualifieraient ce parfum de "moisi". Qu'est-ce qui vous rend mélancolique, en fait ? Le sentiment de perte ? Si l'auteur avait fréquenté le monde littéraire de l'époque, son parfum serait plus subtil, composé ?
    J'éprouve le même sentiment, la perte des choses qui ont foutu le camp quand je les ai connues personnellement ou quand j'ai connu des personnes qui ont été imprégnées de richesses en voie de disparition. J'écoutais avec tristesse Umberto Eco présenter son dernier livre en me disant qu'il y avait de moins en moins d'hommes aussi cultivés, et qu'ils étaient bien vieux... mais pour en revenir à votre bouquet de bruyères/ l 'automne est morte souviens t'en, vous ne vous dites pas qu'à l'époque le sort vous aurait peut-être fait naître du côté du domestique de cet homme, de la fille de ferme, de l'ouvrier vivant dans un [ bouge insalubre - taudis obscur] ? Moi si. Je passe de celui qui évoquera l'orangeade sous la charmille à tel autre qui chantera les morts de la Commune ou Martin Eden. Peut-on avoir la nostalgie de cette classe sociale, à cette époque, époque sans voir aussi ce qui la condamnait ?

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  3. Purée, je ne sais pas si quelqu'un a compris quelque chose à mon commentaire (sans parler du redoublement du mot "époque" vers la fin). Même moi je n'y comprends rien. C'est de votre faute, vos billets nostalgiques avec des fleurs fanées ont des spores délétères.

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    1. moi j'ai compris (parce que je suis très intelligent), et j'adhère.

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    2. J'ai compris aussi (même si la dernière phrase mériterait une citation chez mes Modernœuds…), mais ça ne marche pas pour moi : je m'identifie étroitement à ce que je lis, vois, entends. Je suis aristocrate avec Castellane, ouvrier avec Doisneau, etc.

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    3. ...et homo avec Proust et Benoist-Méchin?
      Vous lisez aussi le Divin Marquis?

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    4. Disons que je connais mes limites, tout de même…

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