samedi 27 juin 2020

La cuculisation par le petit Chinois


Je suis plutôt amusé par la coïncidence qui m'a fait relire Ferdydurke justement ces temps-ci. On se souvient que, au début du roman, le narrateur est un homme de trente ans qui, par suite de l'intervention autoritaire d'un professeur, se retrouve “ré-infantilisé”, ramené à l'époque de la puberté, de l'immaturité, et conduit dans une école presque manu militari par ce même professeur. École dans laquelle il est perçu par les élèves comme s'il avait réellement 13 ou 14 ans, exactement comme eux. 

Or, c'est aussi à un processus d'infantilisation – de cuculisation, pour employer un terme gombrowiczien – que nous assistons, petit Chinois aidant. Le maître ou la maîtresse ont ordonné aux enfants de strictement rester sous le préau durant toute la récréation, parce qu'il se pourrait bien qu'il pleuve. Et aussi de ne pas fourrager dans leur nez avec leurs doigts. Bientôt, c'est le scandale parmi la marmaille : voilà-t-y pas que celui-ci est allé se poster au milieu de la cour et regarde le ciel d'un air ironique, comme s'il mettait les nuages au défi de  mouiller sa tignasse ? Et cet autre, là ? A-t-il pas réussi à introduire deux de ses doigts dans chacune de ses narines, avec un petit ricanement d'aise ? 

De terreur, les enfants sages se mettent à courir partout, se cognent les uns aux autres en couinant, craignant que le courroux des Grandes Personnes ne retombe sur eux tous, eux si sages, eux si impeccablement préaulisés. Les plus conscients des dangers qui menacent toute la communauté écolière envisagent déjà d'aller dénoncer les provocateurs à la maîtresse. Ils vont le faire, ah oui ! ils donneront les noms, les détails et tout ! Ils le feront dès, dès, dès… dès qu'une Grande Personne leur dira qu'ils peuvent sortir de sous le préau. 

En attendant, ils s'écrasent les orteils et regardent avec une envie hébétée celui qui sautille dehors et les doigts de l'autre qui fourragent des narines.

21 commentaires:

  1. Ils n'ont pas compris que ceux qui se tropotaient le nez essayaient de se faire un test PRC avec leurs doigts, faute de matériel "dédié" comme on dit maintenant .
    EA

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  2. C'est assez rigolo... Cette infantilisation est à peu près ce que je dénonce dans mon billet auquel vous avez répondu, en gros, que je racontais n'importe quoi.

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    1. Disons que nous ne voyons pas l'infantilisme du même côté…

      Par exemple, il me semble qu'accepter de porter un masque, mais passer son temps à l'enlever et à le remettre, ça, pour moi, c'est une attitude infantile (synonyme "gentil" de : stupide).

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    2. Déjà que je n'ai pas de commentaire étanche, chez moi, si on y débat ailleurs, je suis mal barré !

      On ne passe pas son temps à l'enlever et à la remettre. Je vais le mettre en partant de chez moi, je vais aller à pied au bureau de vote en le conservant parce qu'on a un marché le dimanche, je vais voter avec, puis rejoindre le premier bistro, l'Amandine, toujours avec (encore à cause du marché). Je vais l'enlever pour boire un coup et de toute manière le patron n'en a pas. Je vais le remettre pour en sortir (parce qu'il y un arrêt de bus et la fin du marché et un distributeur de billet), je vais l'enlever juste après. Je ne vais pas le mettre à l'Aéro car la porte est à côté du comptoir, ni à la Comète (pour la même raison) où je vais prendre l'apéro avec Tonnégrande que je n'ai pas vu depuis janvier, je crois. Je le remettrai peut-être en rentrant chez moi mais je risque bien d'oublier à cause de l'apéro. En cinq heures, j'aurai mis et enlevé le masque trois fois.

      Demain, je vais mettre le masque en partant de chez moi à Paris et l'enlèverai à Loudéac. Je le remettrai le soir pour aller voir ma mère. Dans les deux cas, c'est obligatoire et de toute manière on n'a pas besoin de l'enlever.

      J'explique car depuis le début du déconfinement, vous êtes contre le masque et vous en faite une histoire de principe quand même bien infantile alors que pendant deux mois vous avez rempli une attestation pour aller déconfiner le chien.

      Vous allez trouver infantile de ma part d'aller voter alors que cela ne change pas grand chose dans une commune comme la mienne...

      Mais vous ne croyez pas au virus, à sa dangerosité. On ne vous changera pas.

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    3. Tout ce que vous décrivez aurait sa justification SI VOUS CHANGIEZ DE MASQUE À CHAQUE FOIS. Si vous mettez, enlevez et remettez le même, il ne sert rigoureusement à rien.

      D'autre part, il ne s'agit pas de "croire" ou de "ne pas croire" à ce virus, bon sang ! (Le fait même d'employer ce verbe est symptomatique de la folie qui s'est emparée de nous.)

      Pour l'attestation, c'était pour ne pas avoir à donner de l'argent à l'État (sous forme d'amende), en plus de ce qu'il me prend déjà. cela dit, avec le recul, je m'en veux un peu de les avoir docilement remplies, ces absurdes attestations.

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    4. Le masque sert surtout à protéger les autres au cas où vous auriez le machin. Pour se protéger soi-même, il ne sert pas à grand chose. Donc vous pouvez remettre un masque déjà porté s'il n'est pas humide : vous ne postillonnerez plus à la figure des autres.

      J'utilise le terme "croire" volontairement. Par exemple, vous ne croyez pas au réchauffement climatique.

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    5. Ce n'est pas pareil : contrairement au petit Chinois, qui existe de façon indubitable, le "réchauffement", lui, est vraiment une affaire de foi (mot aimable pour remplacer "crédulité"…).

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    6. C'est insensé de nier le réchauffement climatique.
      Mais c'est encore plus insensé de l'attribuer à l'homme.

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    7. « C'est insensé de nier le réchauffement climatique. »

      C'est bien pourquoi je n'ai jamais "nié" que les températures globales aient monté durant ces cinquante dernières années… comme elles l'ont fait des milliers de fois depuis que la terre existe. Ce que je daube volontiers, en revanche, c'est tout le catastrophisme aux relents millénaristes que l'on construit à partir de là et qu'on veut nous faire gober.

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  3. Le seul lieu où se masque a un sens, c'est dans les transports en commun qui sont le règne de la promiscuité. Je n'en ai jamais porté de toute la crise . La première fois où j'en ai mis un c'était chez mon coiffeur. Mais c'était la condition pour retrouver un visage de civilisé.

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    1. « Le seul lieu où se masque a un sens, c'est dans les transports en commun »

      « La première fois où j'en ai mis un c'était chez mon coiffeur. »

      Faudrait quand même savoir…

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    2. M'enfin...
      J'ai bien précisé que c'était la condition imposée pour pénétrer ce lieu où j'allais retrouver un peu de dignité capillaire !

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  4. "Tout ce que vous décrivez aurait sa justification SI VOUS CHANGIEZ DE MASQUE À CHAQUE FOIS. Si vous mettez, enlevez et remettez le même, il ne sert rigoureusement à rien".
    D'où tirez-vous cette information? Je n'arrive même pas à en percevoir la logique théorique. Parce que vous l'aurez touché avec vos doigts et en mélangeant les mécanismes d'infection par le toucher et d'infection par aérosols?

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    1. « D'où tirez-vous cette information? »

      Alors, là, du diable si je m'en souviens ! De chez Ternette, forcément, mais à part ça…

      Cela dit, ça semble assez logique : un infecté du petit Chinois (un petit-sinisé ?) vous postillonne en plein dans le masque, ensuite vous tripotez le dit masque, avant de porter machinalement vos doigts à vos lèvres ou à votre nez, et hop ! vous voilà petit-sinisé à votre tour.

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    2. De chez Ternette du début de confinement Mr. Goux quand il n'y avait pas assez de masques et pour endormir les foules. Si un infecté du petit Chinois vous postillonne en plein dans le masque, il y a de fortes chances pour il en ai fait de même dans vos yeux, masque neuf ou pas c'est la même chose. Le masque sert surtout à protéger les autres (neuf ou pas neuf) et ça marche plutôt bien dans les pays où l'on en porte par habitude comme ici en Corée.

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    3. Que les Coréens se méfient des Chinois, petits ou non, ça me paraît la moindre des choses : entre voisins, n'est-ce pas ?…

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  5. Votre "On se souvient que" est amusant, car malgré deux tentatives je n'ai jamais réussi à lire plus de dix pages de ce livre.

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    1. Eh bien, ça me fait plaisir de savoir que je ne suis pas le seul à me heurter à certains livres comme à des murs – et en plus des murs ironiques.

      Pour moi, un exemple entre dix : Berlin Alexanderplatz. (Sans parler de la quasi-totalité des romans de Faulkner…)

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    2. Ah, c'est drôle, Faulkner, c'est tout l'un ou tout l'autre. Certains se sont avérés impossibles à lire, totalement imperméables, des murs, choisissez la métaphore. Et d'autres, comme la Trilogie ou Absalom, Absalom! je les ai dévorés...

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    3. Moi, j'ai réussi à lire Lumière d'août, et même avec un plaisir certain. Mais ma dernière tentative (très récente) avec Absalon s'est soldée par un échec sans gloire au bout de quelques dizaines de pages seulement.

      Du coup, je suis retourné dans les plaines du nord et des Grands Lacs en compagnie de Jim Morrison.

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