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jeudi 30 mai 2019

Le lièvre sans os de M. de Saint-Amant


Marc-Antoine Girard de Saint-Amant, 1594 – 1661.

Accablé de paresse et de mélancolie,
Je rêve dans un lit où je suis fagoté,
Comme un lièvre sans os qui dort dans un pâté,
Ou comme un Don Quichotte en sa morne folie.

Là, sans me soucier des guerres d’Italie,
Du comte Palatin, ni de sa royauté,
Je consacre un bel hymne à cette oisiveté
Où mon âme en langueur est comme ensevelie.

Je trouve ce plaisir si doux et si charmant,
Que je crois que les biens me viendront en dormant,
Puisque je vois déjà s’en enfler ma bedaine,

Et hais tant le travail, que, les yeux entrouverts,
Une main hors des draps, cher Baudoin, à peine
Ai-je pu me résoudre à t’écrire ces vers.


Je donnerais cent fois tout René Char pour ce lièvre sans os qui dort dans un pâté. Sans charre.

lundi 23 avril 2018

En Arles

Paul-Jean Toulet, 1867 – 1920

Dans Arles, où sont les Alyscamps,
Quand l'ombre est rouge, sous les roses,
Et clair le temps,





Prends garde à la douceur des choses.
Lorsque tu sens battre sans cause
Ton cœur trop lourd ;





Et que se taisent les colombes :
Parle tout bas, si c'est d'amour,
Au bord des tombes.


Et ce sera tout.

vendredi 12 août 2016

Mousse ! Il est donc marin, ton père ?

Pourquoi la solitude (qui est la mienne depuis hier et pour deux semaines) me ramène-t-elle toujours à Tristan Corbière ? (À François Villon aussi, mais restons pour ce soir avec Corbière.) Qu'est-ce qu'un vieil homme comme je le suis devenu sans m'en apercevoir a en commun avec ce Breton mort à 29 ans, né cent dix ans avant moi ? Pourquoi, installé dans mon fauteuil de salon, suis-je revenu ici pour tracer ces lignes ? 

Si l'on était tenté de croire Wikipedia, Corbière serait une figure du “poète maudit”. Mais non ! Pourquoi maudit ? Parce qu'il était malade et se croyait laid ? Qu'il a aimé une femme et une seule sans être payé de retour ? Parce qu'il rêve d'une épopée de marin et qu'il ne peut rien faire d'autre que lire les poètes qu'il aime et qui, d'une certaine façon, l'écrasent ?

Parce que ses Amours jaunes, son seul livre,  tomberont dans un silence parfait, et que Paul Verlaine ne les relèvera qu'après sa mort ? Parce qu'il rêvait de grand large et vécut confiné et souffrant ?

Tristan Corbière n'est pas maudit : il triomphe par quelques vers, il est vivant, et il rejoint modestement le Villon dont je parlais, en le sachant, par son Pardon de sainte Anne (“Mère taillée à coups de hache…”) qui renvoie à la Ballade pour prier Notre-Dame (“Dame du ciel, régente terrienne…”), et aussi par son épitaphe, qui est un écho de la Ballade du concours de Blois (“Je meurs de soif auprès de la fontaine”…) : “Il mourut en s'attendant vivre, et vécut s'attendant mourir.”

mardi 4 mars 2014

Oh ! qui dira les torts de la rime ?


La rime n'est pas une assonance. Forgée par un enfant sourd ou un nègre fou, si l'on en croit Verlaine, elle n'est même pas une assonance riche, une assonance augmentée : elle est d'un autre ordre, plus vaste. Elle englobe l'assonance, bien sûr, mais la dépasse largement ; en ce qu'elle touche à d'autres organes que l'oreille, elle ouvre des mondes incertains – d'où l'enfant sourd et le nègre fou, ce dernier sonnant comme un écho prémonitoire de Lovecraft. La rime peut très bien, ainsi, être purement visuelle, typographique. Il n'est sans doute pas le seul, un meilleur connaisseur que moi de la poésie française pourrait nous le dire, mais c'est une chose dont Baudelaire ne s'est pas privé. Dans Les Métamorphoses du vampire :

Lorsqu'elle eut de mes os sucé toute la moelle
Et que languissamment je me tournai vers elle…

(Je cite de mémoire, d'où la prudente absence de ponctuation…)

On me dira que, peut-être, Baudelaire prononçait moelle mouèle. Soit. Mais alors, ce quatrain des Bijoux :

Elle était donc couchée et se laissait aimer
Et du haut du divan elle souriait d'aise
À mon amour profond et doux comme la mer
Qui vers elle montait comme vers sa falaise

(Même remarque que pour la précédente citation.)

La rime opérée entrer “mer” et “aimer” est bel et bien typographique ; et elle dépasse et fait éclater le cadre étroit qu'on lui assigne ordinairement, peut-être par le fait que l'on confond de plus en plus volontiers les poèmes avec les chansons, et les vers avec ce que l'on nomme fort justement des bouts rimés.

dimanche 5 mai 2013

Dimanche blogosphéreux mais powétique


Un distingué amateur, niché dans la blogoliste de Nicolas, a eu l'idée, ce matin, de proposer aux foules avides de culture et de beauté un poème de Max Elskamp (1862 – 1931). L'initiative est heureuse : d'une manière générale, on ne lit pas assez Max Elskamp. Comme il a choisi le poème intitulé La Première (dont le véritable nom est Le Matin, mais bon…),  à mon tour de vous offrir La Dernière (dont le vrai titre est en fait La Nuit, mais bon…) :

Et maintenant c'est la dernière
Et la voici et toute en noir,
Et maintenant c'est la dernière
Ainsi qu'il fallait la prévoir,

Et c'est un homme au feu du soir
Tandis que le repas s'apprête,
Et c'est un homme au feu du soir
Qui mains croisées, baisse la tête,

Or pour tous alors journée faite
Voici la sienne vide et noire,
Or pour tous alors journée faite,
Voici qu'il songe à son avoir,

Et maintenant la table prête
Que c'est tout seul qu'il va s'asseoir,
Et maintenant la table prête
Que seul il va manger et boire,

Car maintenant c'est la dernière
Et qui finit au banc des lits,
Car maintenant c'est la dernière
Et que cela vaut mieux ainsi.

Ne nous remerciez pas, M. Fattore et moi-même : c'était de bon cœur.

mercredi 1 mai 2013

Nicolas J, pochetron mallarméen


La bière est triste, hélas ! et j'ai bu tous les litres…

vendredi 8 mars 2013

Une pipe, un chat et deux ou trois poètes

Puisque Ferré s'est mis à chanter Baudelaire, je me suis bourré une pipe à tête de chat.

Et, par ailleurs, ce vers d'Apollinaire : « C'était son regard d'inhumaine », a quelque chose de baudelairien – ou bien je suis stupide et sourd, ce qui n'est pas à exclure.

Et ma pipe à tête de chat est vachement lourde entre les dents, mais je ne vois pas trop où la mettre ailleurs.

mardi 27 décembre 2011

De qui qu'il est, le quatrain ? Hein ?


Que les heures sont lentes,
Mais les années furtives !
La vie bien maladive
Et si menue la rente.