vendredi 4 mars 2011

Brain dead ou une journée de réflexion socialiste

On ne se rend pas compte, nous autres les gens normaux, mais une journée de réflexion impose le plus souvent à un cerveau socialiste ou assimilé des tensions auxquelles il survit rarement – ou alors dans un état tel qu'à part ouvrir un blog on ne voit pas bien à quoi il pourrait encore servir. Et vous-même, comment voudriez-vous sauvegarder votre intégrité intellectuelle dès lors que vous êtes plus ou moins contraint :

– le matin, de vous alarmer à grands cris de la montée inexorable des intentions de vote en faveur du Front national ;

– l'après-midi, de vous scandaliser des efforts faits par Nicolas Sarkozy pour détourner quelques milliers d'électeurs de ce même Front National ?

On imploserait du cortex pour moins que ça, non ? Il est vrai que nul n'ayant jamais exigé la moindre cohérence de ces gens-là (« Indignez-vous ! on s'occupe du reste… »), ils peuvent se permettre d'oublier à l'heure du goûter ce qu'ils ont dit pendant le brunch : pour la détente neuronale, ça aide.

Les grands bonshommes verts auront ma peau (billet raciste)

Voilà déjà plus d'un trimestre que j'ai quitté Thierry Le Luron pour Anatole France, ne faisant en cela que suivre mes petits camarades de chaîne, tel le bon salarié grégaire que j'ai toujours été, au fond. Sur le plan du lustre, on y gagne plutôt : même aussi dévalué que ce pauvre Anatole, un écrivain vaudra toujours cent fois le plus illustre des clowns lucarneux. Seulement, il y a le géant vert.

Le bureau où je somnole en attendant ma tâche a des fenêtres qui donnent sur cette petite place située à l'embouchure du pont de Levallois et dévolue au maréchal Juin. Juste en face se trouve le bâtiment tout en vitres réfléchissantes occupé par l'organisme de crédit Cétélem. Lequel, par une aberration mentale que j'ai du mal à m'expliquer, a un jour décidé que la plus belle représentation qu'il pouvait donner de lui-même était ce bonhomme feuillu, à la bouille ronde et au sourire figé, faisant vaguement penser à un François Hollande végétal. Ensuite, portés par une espèce d'enthousiasme bizarre et un peu inquiétant, ses concepteurs en ont fait peindre un sur la façade.

Hilare.

L'index gauche tendu vers la porte de Champerret.

D'une hauteur de cinq étages.

Juste en face de mes yeux torves.

Depuis trois mois.

Parfois je me sens las…

mercredi 2 mars 2011

Galliano est-il antisémite ? On s'en tape !

Depuis deux jours, je me dis qu'il faudrait bien écrire quelques lignes à propos de ce qui est en train d'arriver à ce clown grotesque et boursouflé de l'ego. Non que sa personne me soucie le moins du monde, mais il y avait moyen de suspendre quelques jolis costards à cette patère-là. Et puis, il y a dix minutes, je suis tombé sur un long commentaire de mon ami XP, avec lequel je me sens en accord quasi parfait. Donc, pourquoi me fatiguer ? Voici ce texte :

Ça ne me gêne pas du tout que les gens soient antisémites, ou contre les pédés, les Arabes, les muz, les chrétiens, les blancs. Mieux, je considère que c’est leur droit de le dire.

Dans un monde normal, la question qu’on se poserait est la suivante : les sorties de Galliano font-elles courir le moindre risque à un seul Juif?

La réponse est bien évidemment non. La notion d’«incitation à la haine raciale» est une connerie sans nom.

Et puis, Hitler étant le tabou absolu, il est bien normal que des provocateurs et des excentriques s’amusent à franchir le pas, en état d’alcoolémie avancée. En général, ça passe avec l’acné. À 50 balais, c’est plus inquiétant pour l’auteur de la provoc, mais ça, c’est le problème de Galliano, pas celui des juifs.

Moi, ça ne me dérange pas que les Indigènes de la République soient des racistes anti-blancs, ou que Mélenchon soit un nostalgique des camps socialistes… C’est leur droit. Ce qui est gênant, c’est l’absence de liberté d’expression qui interdit de leur répondre ou de ne pas débattre avec eux en expliquant pourquoi. Ils ne bénéficient pas de la liberté d’expression, mais au contraire de l’absence de liberté d’expression. S'il y avait un premier amendement en France, Mélenchon et Besancenot feraient 0,2%, parce qu’ils ne pourraient pas ouvrir la bouche sans qu’on leur réponde « goulag ». Ils feraient le score du parti communiste américain.

Raison supplémentaire de détester les gens qui adhèrent à ce genre de mouvements ; ils savent plus ou moins inconsciemment que leur liberté d’expression implique que la nôtre soit réduite.

Je ne crois une seconde à la sincérité d’un juif qui se prétendrait blessé par une simple phrase balancée à la terrasse d’un café quand, dix kilomètres plus loin, le port de la Kippa est tout simplement interdit dans des quartiers entiers, voire des villes entières.

Qu’est-ce que ça peut faire à un juif qu’un type regrette qu’Hitler n’ait pas fini le boulot ? Lui foutre les boules cinq minutes, lui faire de la peine… C’est moins grave qu’une jambe cassée… De même, qui ça empêche de dormir ici que la fille des Indigènes de la République nous déteste ? Ils voudraient être aimés par elle, qu’on la force à nous faire des bisous, qu’on la rééduque pour qu’elle ait envie de nous faire des bisous ? Non, ce qui est embêtant, c’est qu’on ne puisse pas répondre à un soldat du camp du bien bon teint qui dit la même chose de façon moins cash.

mardi 1 mars 2011

La musique qu'on mérite


Le 20 novembre 1856, à Saint-Gall, chef-lieu du canton helvétique portant le même nom, a lieu un concert en deux parties. Lors de la première, Franz Liszt dirige l'orchestre pour deux de ses propres poèmes symphoniques, Orphée et Les Préludes. Après l'entracte, les spectateurs pourront entendre la troisième symphonie de Beethoven, encore appelée Héroïque, donnée par Richard Wagner.

Sinon, le XXIe siècle peut vous proposer la troupe des Enfoirés exécutant des numéros en costumes au profit des gargotes coronariennes : c'est bien aussi.

Stéphane & George – le bègue et le gaga


Tel est à peu près le titre (amélioré par mes soins, restons modeste…) d'un article publié par un tout nouveau journal en ligne, qui s'appelle Atlantico et présente la très rare particularité de n'être pas de gauche. Gage de sérieux et d'intérêt, il a d'ores et déjà publié une interview de mon boss vénéré, à propos des soulèvements en Afrique du Nord et du rôle piteux de la France dans cette région pourrie du globe. Pour vous mettre en appétit, voici le “chapeau” du billet consacré au bègue et au gaga :


« En ce début d’année 2011, la France et l’Angleterre se sont chacune offert leur succès populaire. Indignez-vous, de Stéphane Hessel, reste en tête des ventes et dépasse le million d’exemplaires vendus, tandis que, de l’autre côté de la Manche, le film The King’s Speech ("Le Discours d'un roi", en VF), retraçant le combat de George VI contre son bégaiement, bat les records du box office. Les lecteurs français se sentent héroïques à moindre coût (trois euros). Les spectateurs anglais, aux côtés desquels j’ai eu le privilège de regarder The King’s Speech, se mouchent à chaque fois qu’un acteur prononce les mots « Your Majesty ». Résultat, tout le monde est enthousiaste. La presse est unanime. Difficile en effet de critiquer ces deux chef-d’œuvres : en France, on ne touche pas à un héros de la Résistance, qui plus est ambassadeur. En Angleterre, on ne plaisante pas avec le père de l’actuelle souveraine, Elizabeth II.

« Et pourtant, ces deux succès sont deux navets, qui en disent long sur la déroute morale des peuples européens, partagés entre mièvrerie sentimentale et nostalgie narcissique. » (…)

lundi 28 février 2011

Comment j'ai échappé aux hordes chinoises

C'était prévu depuis plusieurs jours déjà : ce lundi matin, je devais sauter dans mon automobile fidèle pour me rendre à Paris, dans le quartier chinois du XIIIe arrondissement, afin d'y faire quelques emplettes, notamment de sauce de soja Kikkoman et de plusieurs gros pots de cette purée de piment thaïe dont je fais une consommation hallucinante. J'ai dit “je” car Catherine avait courageusement déclaré forfait dès qu'il a été question de ce déplacement.

Quant à moi, même si cet aller-retour sous la pluie ne m'enchantait guère, pas plus que les prévisibles difficultés de stationnement et le fait de devoir affronter des hordes piaillantes et oculairement bridées dans les allées étroites et crasseuses du supermaché des frères Tang, je m'estimais largement payé de ce pandemonium de corvées par le fait que j'allais, ensuite, pousser la porte du Hawaï de l'avenue d'Ivry et m'y régaler d'une soupe phò, laquelle serait peut-être suivie, si je basculais dans le déraisonnable, par une assiettée de travers grillés, sans doute accompagnés de porc émincé (certains restaurants du quartier le prétendent laminé, ce qui m'a toujours mis en joie) et de riz succulent. Je pense qu'aucun plat d'aucune cuisine du monde et d'ici ne m'a jamais procuré des jouissances plus intenses et plus régulières que ce plat vietnamien tout simple, la soupe phò : depuis sa découverte, vers 1985, j'ai dû en avaler plusieurs mètres cubes – autant que Nicolas de bière ou peu s'en faut.

Eh bien, malgré cette perspective gustativement enchanteresse, le cheval a refusé l'obstacle, l'écrivain en bâtiment est resté rivé à son clavier, le réac tapi au fond de sa tanière nauséabonde. Adieu autoroutes, encombrements, parcmètres, soupes odorantes et hordes siniques : j'ai finalement décidé que l'on pouvait très bien vivre sans purée de piment et sauce Kikkoman – au moins pendant un temps. Et je suis resté chez moi, fuyant tel le sage baudelairien le tumulte et le mouvement.

dimanche 27 février 2011

samedi 26 février 2011

Reste un peu avec nous, pauv'con…


J'envisage de garder cette mirifique trogne en “une” jusqu'à lundi, et de venir régulièrement la contempler. Afin de bien me rappeler à quel point j'ai raison de n'être ni gauchiste ni vieux.

Rajout de quatre heures : mon ami XP publie la même photo, mais assortie d'un commentaire saignant

vendredi 25 février 2011

Et le gros qui embrasse Kadhafi, il le vire quand, le peuple ?

« (…) Il faut dire que Chavez a cette étrange habitude de choisir ses alliés parmi les leaders les plus ostensiblement autocratiques de la planète. Du « hermano » Robert Mugabe (le fossoyeur du Zimbabwe) au président soudanais Omar Al-Bashir (le « libérateur » du Darfour) en passant par le biélorusse Alexander Lukashenko (le « dernier dictateur d’Europe »), l’iranien Mahmoud Ahmadinejad ou le turkmène Gurbanguly Berdymukhammedov, l’ami Chavez semble s’être lancé à corps perdu dans la pire collection d’amitiés qui se puisse imaginer. Il ne lui manque en effet plus que le « cher dirigeant » nord-coréen Kim Jong-Il auquel il a déjà fait quelques appels du pied, le général Thein Sein de Birmanie et – effectivement – Dark Vador… »

L'article intégral de Georges Kaplan est à lire ici.

jeudi 24 février 2011

Les forces de l'avenir sont dans la rue !



Si on veut quelques explications à propos de cette sortie parisienne du club Troisième âge & révolution, on peut aller lire là

À l'ombre des hyènes staliniennes françaises

Ça existe encore, cette engeance, la hyène stalinienne française ? Il faut croire, oui. À quoi la reconnaît-on ? À son extrême cohérence intellectuelle et à un sens moral au-dessus de tout soupçon. Ainsi, la hyène stalinienne française, en tant que sous-espèce collabobo, s'indigne à grand bruit contre ce qu'elle appelle la double peine, dès qu'il s'agit de renvoyer dans son gourbi natal le surineur allogène ou le violeur exotique.

En revanche, lorsqu'un Zemmour est condamné par un tribunal pour avoir énoncé une évidence, la hyène stalinienne sort son porte-voix pour exiger qu'il soit en outre foutu à la porte par son employeur. Au nom des mêmes “valeurs” et, bien entendu, sans l'ombre d'un éclair de malice dans le regard. Car si la hyène ordinaire réussit parfois à nous faire croire qu'elle rit, sa variante franco-stalinienne n'essaie même plus.

mercredi 23 février 2011

Le docteur, il a dit que t'allais mourir…

Instructive, cette visite de routine chez mon cardiologue, en dehors du fait que le digne coronaropracteur ne daigna pas montrer un enthousiasme démesuré à l'annonce de mon sevrage tabagique, mais fit gris accueil à celle des kilos gagnés depuis l'arrêt en question. « Savez-vous, me dit-il, que les cas d'obésité mortelle sont en nette hausse aux États-Unis, depuis le durcissement constant des lois anti-tabac ? – Euh, non, je ne savais pas. Mais enfin, on parle de gens qui pesaient déjà 190 kg avant d'arrêter de fumer, n'est-ce pas… – Oui, oui, bien sûr, je ne disais pas ça pour vous. Et, tenez, avez-vous lu que les risques de cancers de la bouche, de la langue et de l'œsophage étaient cinq fois plus élevés chez les fumeurs et trente-quatre fois chez les adeptes des pratiques bucco-génitales ? – En somme, docteur, la recette idéale de longévité serait quelque chose comme : “Ni cigarette, ni pipe” ?

On s'est marré. Tellement qu'il a oublié de me rédiger mon ordonnance et que j'ai oublié de la lui réclamer. Ça multiplie les risques de cancer par combien, de ressortir du cabinet d'un cardiologue sans la prescription qu'on y était venu chercher ?

Contre Stéphane Hessel : pas encore lu mais dûment commandé !


On en reparlera à partir du cinq mars (mais on en parle déjà ailleurs), puisqu'à cette date ce prometteur petit opuscule devrait être arrivé chez moi – et donc lu aussitôt. Mais vous n'êtes pas obligés de m'attendre pour l'acheter…

mardi 22 février 2011

Et voilà, j'ai replongé…

Je n'ai pas senti venir la crise. Mais il ne m'aura pas fallu vingt-quatre heures pour replonger jusqu'aux oreilles, et tel que c'est parti ça risque de durer plusieurs mois, comme la dernière fois, il y a sept ou huit ans. Et je ne connais pas d'antidote.

Bref, ne tournons pas cent sept ans autour du Ring : depuis dix jours, j'ai repiqué à Wagner et ne suis plus capable d'écouter quoi que ce soit d'autre. Les cent dernières pages du Brigade mondaine terminé hier soir ont été écrites aux accents de Parsifal, Lohengrin et Tristan, ce qui ne les a en rien améliorées, hélas. Et mes trajets en voiture ont bénéficié du même environnement sonore. Si bien qu'avant-hier, tel un sniffeur en état de manque, j'ai commandé chez Amazon une biographie de Wagner ainsi que deux coffrets de CD : le Parsifal dirigé par Clemens Krauss et le Tristan d'Eugen Jochum. Achats très déraisonnables dans la mesure où je possède déjà deux versions du premier (Karajan et Knappertsbusch) et trois du second (Leinsdorf, Furtwängler et Karajan). Du reste, hier en m'éveillant, ma première décision a été d'annuler cette commande : trop tard, elle était déjà plus ou moins en route et donc inannulable, si je puis dire. C'est tant pis… dit la raison ; c'est tant mieux ! rétorque le cerveau reptilien, complètement tourneboulé par les enchantements du vendredi saint, les walhallas embrasés, les anneaux d'or, les philtres d'amour et les filles du Rhin.

Au moins, cela m'a permis de vérifier une nouvelle fois la profonde stupidité du trait d'esprit de Woody Allen : aucune musique ne donne moins envie d'envahir la Pologne que celle-là, toute de délicatesses, raffinements, diaprures, joyaux enchâssés. Aucun orchestre n'est moins brutal ni bruyant que celui-ci. Si vous voulez vous sentir des envies d'envahissements polonais, allez plutôt traîner du côté de chez Meyerbeer et de ses grosses caisses rougeaudes : là, vous aurez du bruit tout votre saoul. Meyerbeer, c'est de la musique scro-gneu-gneu.

À qui ne connaîtrait pas encore Wagner, ou s'imaginerait ne l'aimer pas, je vais conseiller un disque : le premier acte de La Walkyrie, dirigé en 1935 par Bruno Walter, avec Lotte Lehmann et Lauritz Melchior dans le rôle des jumeaux incestueux et tragiques. Ces trois-là, avec d'autres, devaient ensuite mettre en boîte le deuxième puis le troisième actes : les pourceaux nazis les en ont empêchés. Rien que pour cette raison, ce manque difficilement supportable, j'interdis à quiconque d'associer Hitler à Wagner, même s'ils riment bien malencontreusement. Écoutez tout de même ce premier acte miraculeux. Vous n'aurez nulle envie d'envahir la Pologne, mais je vous mets au défi de ne pas frissonner d'héroïsme lorsque Melchior vous lancera son double Wälse ! à la face.

J'y retourne.

lundi 21 février 2011

Robert Marchenoir s'invite à dîner

En réalité c'est moi qui, ému par sa triste condition de SBF – Sans blog fixe, pour les derniers arrivés –, lui ai proposé de l'héberger ici chaque fois qu'il le souhaiterait. Comme il m'a envoyé il y a quelques jours un texte intéressant, c'est bien volontiers que je le publie. En précisant que, de par ma position particulière d'hébergeur, je m'abstiendrai de participer aux éventuels commentaires – de toute façon, ai pas l'temps… Donc, voici :



C'est leulibéralisme


Quand on a un cor aux pieds ces jours-ci, c'est la faute du libéralisme. Le logement est trop cher ? Les TGV tombent en panne ? Le poulet n'a plus de goût ? Pas de doute : c'est leulibéralisme.

Beaucoup de querelles sur le libéralisme viennent de ce que le sens donné à ce mot par les uns et les autres est différent.

Pour les anti-libéraux de 2011, libéralisme signifie mondialisation, pouvoir absolu du marché, effacement des frontières et des nations, immigrationnisme.

Or, on n'est pas libre de donner au mot libéralisme le sens que l'on souhaite. Libéralisme ne signifie pas "tout ce qui va mal dans le monde actuel".

Le libéralisme est une théorie politique fort ancienne, échafaudée par des dizaines de penseurs (qui ont d'ailleurs des divergences notables entre eux), et dont les idées ont été appliquées depuis plusieurs siècles, à différentes époques, dans différents pays. Le libéralisme est un ensemble d'idées, formalisé dans toute une série d'ouvrages. On peut critiquer le libéralisme ; encore faut-il le connaître.

"Le lobby du MEDEF", "les patrons du CAC 40" ne représentent pas le libéralisme. Ils ne s'en revendiquent d'ailleurs pas particulièrement. Le lobby du MEDEF représenterait plutôt le stato-capitalisme incestueux typique du colbertisme français, c'est à dire l'exact opposé du libéralisme.

Si certains penseurs contemporains se réclamant du libéralisme appellent à l'immigration libre, d'autres au contraire ont expliqué pourquoi, au nom même des principes libéraux, l'immigration devait être l'exception et non la règle.

Contrairement à une idée reçue tenace, le libéralisme n'est pas l'abolition de l'Etat, sauf pour des penseurs très marginaux, dont une partie reconnaît d'ailleurs que ses thèses ne sont pas destinées à être mises en pratique, mais simplement à servir d'aiguillon intellectuel.

Pour les libéraux, l'Etat doit se concentrer sur ses missions fondamentales. La défense nationale, la protection de la souveraineté, la protection des frontières, et donc la maîtrise de l'immigration éventuelle font à l'évidence partie de ces missions fondamentales.

Le libéralisme en actes est affaire de conviction des peuples, et à ce titre, aucune évaluation honnête du libéralisme ne saurait être complète sans étude des peuples libéraux convaincus.

Deux de ces peuples sont, sans conteste, les Américains et les Suisses. Pour être honnête, toute évaluation des Etats-Unis et de la Suisse doit prendre en compte les périodes où ces pays ont connu davantage de succès que les autres. Durant ces périodes, ces deux peuples ont été des libéraux de conviction. Durant ces périodes, ces deux pays ont strictement contrôlé leur immigration, et se sont montrés particulièrement patriotes et fiers de leur identité.

En définitive, il y a deux conflits différents. L'un oppose libéraux et anti-libéraux. L'autre oppose les classes qui ont intérêt à la mondialisation, à l'immigration et à l'effacement des frontières, à celles qui n'y ont pas intérêt. Ils ne se confondent pas.

Le libéralisme ne suppose nullement l'immigration. Bien au contraire. La liberté de circulation des capitaux est précisément un moyen d'éviter la libre circulation des personnes. Si vous pouvez investir en Chine, alors vous pouvez y créer une activité économique sans y expatrier la moitié des Français. Si vous pouvez accueillir les capitaux américains, alors vous pouvez profiter de leurs entreprises sans accepter l'immigration de millions d'Américains.

Les Japonais sont pleinement engagés dans la compétition économique internationale. Ils ont pourtant l'une des politiques d'immigration les plus restrictives du monde.

L'immigration de masse ne provient pas, en général, de pays particulièrement exportateurs (ni importateurs) de capitaux. L'immigration de masse est due avant tout, non pas au libéralisme, mais à l'étatisme.

Si les patrons français sont tentés d'employer des immigrés africains, c'est parce que le code du travail est trop épais, qu'il y a un salaire minimum en France, que les entreprises sont obligées de payer des salariés, non seulement à ne rien faire, mais à saboter leur activité (comités d'entreprise, délégués syndicaux).

En Suisse, il n'y a pas de salaire minimum. Résultat : les Français se pressent aux portes de la Suisse pour bénéficier de salaires deux fois plus élevés que chez eux, pour le plus grand bénéfice des Suisses qui profitent d'une immigration respectueuse de la loi, qualifiée et culturellement homogène avec eux.

L'immigration de masse est aussi due à la mondialisation, au fait que les habitants de n'importe quel trou du cul du monde voient à la télévision les richesses de l'Occident ; elle est favorisée par le voyage aérien bon marché, et par l'ethnomasochisme des Occidentaux.

Je ne vois pas ce que le libéralisme a à voir avec l'ethnomasochisme. Je serais curieux qu'on me montre les appels à la repentance anti-coloniale, à l'immigration libre et à l'anti-racisme chez Frédéric Bastiat ou Adam Smith.

L'immigration est aussi due à l'étatisme et à l'Etat-providence. Ce sont les allocations sociales qui permettent à des incapables de vivre sans travailler en Occident, et qui les y attirent de l'autre bout du monde.

On le voit bien aux Etats-Unis. C'est bien la Californie en faillite, l'un des Etats les plus anti-libéraux, les plus socialistes de l'Union, qui attire le plus d'immigrés, grâce à sa généreuse "politique sociale".

Evidemment, on peut, comme le Front national, dire : les prestations sociales doivent être réservées aux nationaux. C'est en effet nécessaire. Cela tombe sous le sens.

Mais ce que Marine le Pen oublie, c'est que ce qui importe, ce ne sont pas seulement les lois ; ce sont les mentalités. Or, la mentalité française, et celle qu'encourage Marine le Pen, c'est l'assistanat, l'Etat-providence, les droits à, les drouâzacquis.

Quand un peuple se vautre dans la lâcheté des drouâzacquis, eh bien il crée les conditions pour que ces drouâzacquis bénéficient aussi aux zimmigrés. La logique politique de l'assistanat crée une classe parasitaire de fonctionnaires et d'hommes politiques qui a intérêt à importer en masse une clientèle d'immigrés, pour justifier et maintenir leurs postes, leurs émoluments et les votes qui les garantissent.

Elle crée une mentalité qui estime normal de procurer, sur fonds étatiques, logement, médecins, école, nourriture, eau, gaz, électricité, transports publics, téléphone, Internet, télévision numérique, cinéma, théâtre, vacances, avortement, changement de sexe (et même caravanes pour les jeanduvoillage), gratuitement ou à prix subventionnés, à ceux qui sont "trop pauvres" pour les payer du fruit de leur travail.

Comment voulez-vous, dans un tel climat, expliquer aux zimigris que ce n'est pas pour eux ?

Le responsable de l'immigration de masse parasitaire, ce n'est pas le grand patronat du CAC 40 (comme le croient les lecteurs de F.desouche sur la foi de dix secondes de vidéo en noir et blanc de M. Bouygues sur You Tube). C'est la mentalité française de l'irresponsabilité, du ressentiment, de la jalousie sociale et de "l'entitlement" (le sentiment que tout vous est dû). Autrement dit, le socialisme.

Quand on méprise l'hygiène, il ne faut pas s'étonner d'être envahi de poux et de microbes. Même si on ne les a pas invités. Qui se ressemble s'assemble.

Quand les Américains avaient une éthique du travail et de la responsabilité, leurs règles d'immigration étaient impitoyables, et seuls restaient ceux qui parvenaient à survivre. Depuis que l'Etat-providence y a fait les progrès que l'on sait, les Etats-Unis importent délibérément des Somaliens, l'un des peuples les plus inutiles et les plus nocifs de la terre, avec les conséquences qui ne se font pas attendre.

Si vous aviez dit aux Américains, en 1890, que Washington ferait des lois pour convaincre des Somaliens d'immigrer, et leur permettre de le faire de façon prioritaire par rapport à des Anglais, ils auraient renversé leur gouvernement.

La crise financière actuelle est une crise de l'endettement étatique, c'est à dire une crise provoquée par l'excès de dépense publique. Autrement dit, le contraire de ce que prescrit le libéralisme.

C'est pourquoi il faut distinguer le libéralisme... et leulibéralisme.


Robert Marchenoir


(Suscité par une conversation chez Hoplite.)

dimanche 20 février 2011

Benevolent, scripta manent

Une petite précision : Clodette s'appelle ainsi, et non Claudette, parce que sa mère, bien que Togolaise, était une admiratrice transie de Claude François et de ses danseuses. Un dernier extrait, et après on arrête. (Le (…) remplace deux paragraphes interdits aux moins de 18 ans.)


Clodette Youmgane avait toujours été une fille pragmatique. “Un bel animal à sang froid”, disait d’elle son amant, Bertrand, qui s’y connaissait en matière de sang froid, lui qui avait érigé le cynisme au rang des Beaux-Arts.

Si elle avait créé l’association L’Autre, mon semblable, ce n’était nullement parce que le racisme l’indignait ou qu’elle ait eu à en souffrir personnellement. D’ailleurs, ses petits camarades bénévoles – à commencer par Maryvonne – auraient été sincèrement choqués si elle avait eu la bêtise de leur dévoiler le fond de sa pensée à ce sujet. À savoir que la France n’était pas un pays spécialement raciste, beaucoup moins en tout cas que les six ou sept pays africains qu’elle connaissait, où les populations étaient incapables de se penser autrement qu’en termes d’ethnies – lesquelles ethnies se massacraient les unes les autres avec entrain, dès que l’occasion se présentait de ressortir les machettes des placards.

La France n’était pas raciste, donc, de cela Clodette aurait pu témoigner. Seulement, les Français avaient été persuadés par leurs soi-disant “élites” qu’ils l’étaient, qu’ils devaient avoir honte de l’être, et faire tout ce qui était en leur pouvoir pour s’amender et se faire pardonner par les innombrables victimes dont ils avaient jonché la planète.

Par conséquent, s’était rapidement dit Clodette, il fallait jouer sur cette culpabilité pour tirer de ces pauvres imbéciles décervelés le maximum d’argent et de pouvoir. Labourer le champ de l’antiracisme militant, devenu quasiment professionnel, c’était l’assurance d’une récolte abondante, grasse et extrêmement rentable.

C’est dans cette optique que Clodette, bien aidée par Bertrand, avait créé son association. Pour commencer. Se tailler une première petite place dans l’organigramme des nantis, des parasites grassement nourris. Elle n’avait certainement pas l’intention de végéter longtemps dans ces locaux en préfabriqué, cernés par des HLM de pue-la-sueur sans ambition, à inspirer des tracts et des manifestes inutiles à des bénévoles idiots ! Car, dans son esprit, il ne s’agissait que d’une première marche. Et ce qu’elle visait, c’était le haut de l’escalier, la grande et belle terrasse, avec vue panoramique.

(…) Maryvonne serait sans doute tombée de très haut si Clodette lui avait dit tout crûment la vérité. À savoir qu’elle n’avait aucune attirance particulière pour les femmes, et pas plus pour elle que pour toutes les autres.

Seulement, lorsque leurs regards s’étaient croisés, la première fois, au cours de cette fameuse manif, Clodette Youmgane avait compris sans coup férir tout ce qu’elle pouvait tirer de cette fille, qui semblait croire aux slogans tout faits qui sortaient de sa bouche presque sans interruption. Pour peu qu’on la mette sur les bons rails et qu’on lui fournisse le carburant dont elle avait besoin, elle ferait une excellente et infatigable bête de somme, que Clodette se faisait fort d’utiliser à son profit exclusif.

Et c’est exactement ce qui s’était passé.


samedi 19 février 2011

Je suis de gauche mais je jouis quand même

En relisant le chapitre VI, je suis tombé sur ce passage, que j'avais déjà oublié – c'est dire à quel point je m'intéresse à ce que je fais :


- Tu me fais la gueule ? murmura Clodette, tout près de l’oreille de Maryvonne, dont elle effleura le lobe du bout de la langue. C’était juste pour déconner, tu sais… En fait, je m’en fiche que tu baises ou pas avec lui. Si ça t’excite, d’en faire ton petit esclave, j’ai rien contre, moi ! Au contraire, même…

Tout en parlant, la noire avait laissé ses mains remonter vers les seins volumineux de Maryvonne, qu’elle pétrissait à présent avec une application un peu mécanique. Au contact de ses mains, la brune s’était cambrée afin de s’offrir davantage à cette caresse qui affolait ses sens et brouillait ses idées.

Maryvonne n’avait jamais pu résister à Clodette, elle-même ne savait pas très bien pourquoi. Avant de connaître la belle Togolaise, pas une fois elle n’avait laissé une autre fille la toucher, même durant l’adolescence.

En tant que militante de gauche et imprégnée d’esprit libertaire, Maryvonne Lambert n’avait évidemment rien contre l’homosexualité. Au contraire, elle trouvait qu’il était plus que temps d’en finir avec le discours dominant, hétérocentré, intolérant, réactionnaire ; et que, dans ce domaine, les gays, les lesbiennes, mais aussi les “bi” et les transgenres étaient comme une sorte d’avant-garde de la marche vers un avenir débarrassé des miasmes judéo-chrétiens.

Mais, malgré ça, l’idée qu’une main de fille puisse se glisser dans sa culotte l’avait toujours dégoûtée. D’un autre côté, elle n’aimait pas beaucoup non plus l’idée que ce soit une main d’homme qui se livre à ce genre d’intrusion. Mais, dans ce cas, c’est parce qu’elle considérait cela comme une volonté de domination sur toute sa personne, presque un viol.

Dans l’esprit de Maryvonne, si un homme voulait avoir une liaison amoureuse avec elle (ou même un simple rapport sexuel : elle ne se pensait pas bégueule, de ce point de vue), il fallait d’abord qu’il lui prouve qu’il la considérait strictement comme son égale et qu’il ne la regardait pas comme un simple objet de désir. Elle voulait qu’on la respecte en tant que femme et même en tant qu’être humain, si possible.

Et il lui semblait que plonger ses doigts directement dans la culotte d’une fille, ou glisser son machin tout dur dans sa main, ce n’était pas des façons très égalitaires.

De toute façon, les mâles blancs occidentaux l’écœuraient. Et jamais aucun, malgré leurs rodomontades ridicules, n’avait été capable de la faire vraiment jouir. Alors que les Africains et les Antillais, eux, savaient d’instinct ce qui faisait plaisir aux femmes. Sans doute parce que, comme elles, ils étaient des opprimés, des demi-esclaves, des damnés de la terre – et donc les ferments du futur, les levures de l'avenir. De ce fait, l’union entre la femme d’Europe et l’homme d’Afrique avait quelque chose d’exaltant, presque de sacré.

C’est à peu près ce que pensait Maryvonne. Mais toutes ses belles certitudes avaient volé en éclats lorsqu’elle avait fait la connaissance de Clodette Youmgane, dans une manifestation pour le droit à l’adoption par les transsexuels, qu'ils soient en couples mixtes ou 100% trans.


vendredi 18 février 2011

Les belles rencontres de l'habitat Dudule

Ce personnage a surgi presque malgré moi au détour d'un paragraphe du chapitre IV. J'étais à la fois content de faire sa connaissance et frustré qu'il disparaisse aussi vite. Du coup, je me demande si je ne vais pas le faire revenir dans les volumes suivants. Enfin, voilà la pièce à conviction :


Après avoir dompté ces deux fauves assoiffés d’argent, les policiers pénétrèrent dans l’enceinte de la cité. Laquelle semblait déserte, à l’exception de deux chats qui se tenaient assis sur leurs derrières respectifs, à environ cinq ou six mètres l’un de l’autre, et qui, si l’on peut se permettre, s’observaient en chiens de faïence.

- Tu crois que leurs locaux sont dans l’un des deux bâtiments, à ces zozos ? demanda Aimé Brichot, le nez en l’air et la mine quelque peu indécise.

Boris Corentin allait répondre qu’il n’en savait rien, lorsqu’un petit noir d’une douzaine d’années fit irruption de l’un des deux halls d’entrée du bâtiment A et vint quasiment buter contre les jambes des policiers.

- Oups ! un peu plus et on était bon pour le crash ! dit-il avec un grand sourire. Faudrait voir à allumer tout grand vos phares, dans la police !

Il allait filer mais Boris Corentin le retint en lui mettant la main sur l’épaule :

- Comment tu sais qu’on est de la police ?

- Ah, vous voyez bien que vous l’êtes ! répliqua le gamin, dont l’esprit semblait aussi vif que les mollets. Sinon vous auriez dit : qu’est-ce qui te fait croire qu’on pourrait être de la police ? ou un truc dans le genre. Voire même : traite-moi encore de flic et je t’en colle cinq sur la joue droite !

- OK, OK, j’avoue, on est de la police ! rigola franchement Boris Corentin. Mais ça ne me dit pas comment tu as fait pour le deviner aussi facilement. Tu t’appelles comment, d’abord ? Moi c’est Boris, et mon collègue c’est Aimé.

- Aimé ? Ça existe vraiment, comme nom, ou c’est pour intriguer les meufs ? répliqua le gamin hilare. Bon, moi c’est Dudule…

Corentin et Brichot ouvrirent les mêmes yeux stupéfaits et incrédules – voire incrédudules. Le gamin leur donna de lui-même les précisions qu’ils s’apprêtaient à lui réclamer :

- Bon, en fait, j’m’appelle Abdullah, comme tout l’monde. C’est le boucher de la rue de Picpus, Monsieur Robert, qui m’a rebaptisé Dudule. C’est un marrant, Monsieur Robert. Enfin, plus exactement, c’est un type qui pense que Monsieur Robert est un marrant…

Boris Corentin dévisagea le dénommé Abdullah, alias Dudule, avec une sorte de respect amusé : ce n’était pas tous les jours qu’on avait l’occasion de croiser la route d’un gamin à la langue aussi déliée.

De plus, il avait vraiment une bonne tronche, Dudule, avec ses grands yeux noirs, ses cheveux coupés très courts et ce sourire si particulier qui semblait flotter en permanence sur ses grosses lèvres – un sourire que Corentin qualifia spontanément d’indulgent, sans bien comprendre lui-même ce qu’il fallait entendre par là.

- Bon, pour ce qui est de mes dons de devin, reprit Dudule, c’était pas très compliqué, vu que, dans cette cité, les seuls Français à y mettre les pieds, à part le facteur – et encore, des fois il est remplacé par un Antillais –, c’est les flics.

- Les seuls Français ? Et toi, tu n’es pas français ? voulut savoir Aimé Brichot.

Le gamin eut un petit haussement d’épaules :

- Si, évidemment que je suis français ! comme tout le monde… Mais je voulais dire : des vrais Français. Des nés ici, avec des parents qu’ont souffert de la faim pendant l’Occupation et des grands-parents qui dorment sous les monuments aux morts, tout le folklore habituel. Des blancs, quoi. Pas du produit d’importation exotique dans mon genre !

- Mais enfin, c’est incroyable, ce que tu racontes ! s’insurgea Aimé Brichot, réellement choqué par ce qu’il entendait sortir de la bouche de ce gamin déluré et bavard. Il n’y a pas des gens qui sont plus français que d’autres, ou moins ! On l’est ou on ne l’est pas, c’est tout !

Abdullah leva vers le ciel ses yeux en boules de loto et regarda Brichot avec un air de bienveillance apitoyé :

- Ah parce que vous croyez que moi et tous les autres qui vivent ici, on a envie d’être des Français comme vous ? Et vous croyez que je suis trop con pour voir la différence entre ma mère dans son boubou bariolé et vos meufs à vous, qui n’aiment que les tailleurs tristes ou alors les fringues de pute ? Mais y a que les autres pleurnicheuses, là, pour s’imaginer des conneries pareilles !

- Les pleurnicheuses ? releva Aimé Brichot. Mais quelles pleurnicheuses ?

Abdullah étendit le bras et fit un geste vague de la main, en direction du fond de la cité ;

- les types et les meufs de l’association Trucmuche mon semblable. Tiens, quand je parlais des seuls Français qu’on voyait ici, je les oubliais, ceux-là !

- Et elles se tiennent où, ces pleurnicheuses ? demanda Boris Corentin, bien heureux de se voir donner le renseignement qu’ils cherchaient sans même avoir à le demander.

Le jeune noir refit le même geste vague de la main droite :

- Dans le baraquement en préfab’ qui se trouve entre le bâtiment A et le B. C’est la mairie qui les a collés là, il a un an ou deux. Avant, c’était une amicale de boulistes ou un truc du genre : des vieux cons, quoi. Mais plus personne n’y venait, parce que les joueurs de pétanque avaient pas envie de se mélanger avec nous autres les nègres. Du coup, ils ont refilé leur taudis aux pleurnicheuses antiracistes.

- Mais pourquoi tu les appelles comme ça ? demanda Boris Corentin en se retenant de rire.

- Ben parce qu’ils passent leur temps à pleurnicher, tiens ! Et même les mecs, hein ! Z’arrêtent pas de se plaindre que la France est raciste, que tous les Français sont des ignobles – sauf eux, évidemment – et que tous les étrangers sont exploités et traités pareils que pendant le vichysme. Moi, ça me fait bien rigoler, quand je vois comment ma mère et les autres mères, elles se débrouillent pour enfler les crétins des services sociaux de la mairie ! Y a des jours, je me demande si c’est pas les Français qui devraient être protégés par les pleurnicheuses, plutôt que nous qu’on leur demande rien !

Boris Corentin eut toutes les peines du monde à interrompre le débit joyeux d’Abdullah, dit Dudule. Il le fit en se disant que si jamais un adulte blanc s’avisait de tenir le même genre de propos que ce gamin noir, il aurait intérêt à se méfier des officines de vigilance du “politiquement correct”…

- Vous contournez ce bâtiment-ci et les pleurnicheuses sont juste derrière, leur répéta Albdullah alors qu’ils s’éloignaient déjà de lui. Enfin, s’il y a quelqu’un, hein ! Ils sont peut-être antiracistes, mais c’est pas des lève-tôt…


jeudi 17 février 2011

Ardentes bénévoles (c'est le titre)

Chapitre III

- Et qu’est-ce que tu dirais de ça, comme slogan, pour l’affiche de la manif à vélo du mois prochain : Solidaires avec nos frères, cyclistes contre les racistes ?

Maryvonne Lambert leva ses yeux cerclés de grosses lunettes d’écaille noire du tract qu’elle essayait de rédiger depuis une demi-heure, et tourna la tête vers Cédric Granville, assis au bureau à droite du sien.

- Ça fait pas un peu gag, la deuxième partie ? interrogea-t-elle, tout en mordillant la pointe de son feutre de plastique bleu. Le début, je trouve ça très bien, ça dit exactement qui on est, c’est vachement positif en plus. Mais la suite… C’est un peu la rime à tout prix, non ?

Le jeune homme, déjà petit de nature, sembla se tasser encore sur lui-même, comme s’il voulait disparaître à l’intérieur de son pull verdâtre et mal tricoté, telle une tortue dans sa carapace. Son visage étonnamment quelconque se marbra de plaques d’un rouge violacé, comme à chaque fois qu’il était violemment ému par quelque chose ou quelqu’un.

Or, s’il y avait quelqu’un qui émouvait particulièrement Cédric Granville, c’était bien Maryvonne Lambert, qu’il considérait un peu comme sa marraine, au sein de l’association où ils militaient avec ardeur et conviction tous les deux : L’Autre, mon semblable.

- Oui, t’as peut-être raison, répondit-il précipitamment, comme chaque fois que la brune au visage anguleux et à la carrure presque masculine émettait une objection. Et si on se montrait un peu plus offensif ? Si on leur balançait un truc du genre : Pour une France haute en couleurs, que ça vous plaise ou non ?

Les traits naturellement sévères de Maryvonne Lambert se durcirent encore. Elle se redressa machinalement sur son siège, ce qui eut pour effet premier de faire saillir sa poitrine assez considérable ; et, comme effet secondaire, de violacer encore un peu plus Cédric Granville.

- Ben là… c’est quand même vachement agressif, je trouve ! Provoquer les salopards de fachos racistes, ouais, d’accord ; mais là, on donne un peu l’impression de mettre le couteau sous la gorge des gens : c’est comme ça et pas autrement, circulez y a rien à voir, genre…

- En fait, je crois que je coince sur l’aspect vélo de la manif, soupira Cédric, sans bien comprendre lui-même ce qu’il entendait par là. Peut-être qu’il faudrait se concentrer plus sur le côté solidaire…

- Et citoyen ! ajouta Maryvonne machinalement. C’est important, le côté citoyen des luttes.

- Ouais, c’est vrai que c’est important…

Le silence retomba dans le local un peu tristoune que l’association de bénévoles L’Autre, mon semblable s’était vu mettre à disposition par la mairie de Paris. Il s’agissait d’une sorte de pavillon en préfabriqué de 110 m2, situé au pied de deux HLM du XIIe arrondissement, entre l’avenue Daumesnil et la rue de Charenton. Pas vraiment le grand luxe, mais enfin c’était entièrement gratuit pour l’association et, comme chacun sait, à cheval donné on ne regarde pas les dents. Ni l’écurie. Et encore moins la mangeoire.


Ami antijuif, ce billet est pour toi : cours-y vite, cours-y vite

Il y avait longtemps que je n'en avais pas lu un aussi beau dans sa haine candide, un aussi criant dans la désinformation ingénue, un aussi complet dans l'omission historique. Il est vrai que l'auteur est un professionnel récidiviste qui, comme beaucoup de gauchistes, a l'antijudaïsme fortement incantatoire mais prudemment camouflé.

Enfin, bref, il est à l'endroit habituel. Savourez-le comme il le mérite et surtout, surtout, ne flanchez pas avant la fin. Car les derniers paragraphes, d'un futurisme hagard, échevelé au milieu des tempêtes, vous mettront d'humeur narquoise et primesautière pour le restant de la journée – au moins.

Quant à l'illustration que j'ai choisie, comprenne qui pourra. Mais, tiens, je vous mets les paroles en lien. Parce que, tout de même, la fille du bédouin, n'est-ce pas…