Sur ce sujet, Renaud Camus a écrit un texte que je trouve remarquable. On pourra le lire dans son intégrité ici. En voici cependant un extrait :
« Et si ce que j’aime dans les églises, moi, c’est précisément qu’elles
soient vides, qu’elle soient le lieu du vide, de l’absence, du retrait,
du silence et parfois de la musique ? Qu’au cœur des villes et du
tourbillon d’être et de parler, de bruire, de nuire et de nocer,
elles offrent des réserves de non-être et d’abstention, de fraîcheur
dans la chaleur de l’été, de pénombre dans l’excès de lumière, de
hauteur dans la trivialité des jours, de beauté dans la laideur du
monde, de civilisation et d’art dans l’hébétude qui gagne ?
» Chrétiens, mes frères, il n’y a pas de spiritualité que dans la
foi. Il y en aussi dans le doute, le croiriez-vous, dans
l’inassentiment, dans le défaut d’adhésion et de présence. Je n’irai pas
jusqu’à dire que les églises appartiennent autant à ceux qui s’y
rendent seulement quand elles sont vides qu’à ceux qui les emplissent
quelquefois, mais je crois bien qu’elles sont aussi chères aux chrétiens
de civilisation, de culture et d’éducation, fussent-ils athées ou
juifs, voire musulmans, qu’aux chrétiens de conviction. Nous les aimons
parce qu’elles sont notre patrie charnelle, nos morts, les images qui
nous ont bercés, l’espace, le parfum et le son de notre appartenance au
temps et à la terre, à cette terre-ci, à ce continent-là,
à cette nation chrétienne, romane et gothique dans l’âme. Et nous
aimerions mieux mourir que de les voir livrées à d’autres mains, à
d’autre cultes, à la botte, à la babouche ou aux pieds nus des
conquérants. D’ailleurs il faudrait, pour que cela soit, que nous
fussions morts. Est-ce que nous le sommes ? [Ici le narrateur se tâte.] »


















