vendredi 30 novembre 2007

Arrêter de fumer ? Trop cher !

Je ne peux pas. J'aimerais bien, mais je ne peux pas. J'ai une vague idée de l'état où doivent se trouver mes poumons et le reste, mais ce m'est interdit. Il faut que je continue à fumer, et autant qu'il m'est possible, sinon, je serai cause d'une rupture du tissu grand-matrimonial entre l'Irremplaçable et les deux approximatifs machins braillards qui lui servent de petits-enfants. Et c'est une assez lourde responsabilité.

[Je reviens, le temps d'ouvrir la fenêtre de la Case, histoire de m'en griller une : j'ai une moyenne à tenir, figurez-vous...]

Donc, voilà. Lorsque Catherine a envie d'aller visiter ses petits-enfants, dans je ne sais quel dépotoir montagneux proche de Barcelone, elle est (elle était...) prise d'un atroce sentiment de culpabilité : celui de dilapider le capital familial. Puis, elle a trouvé la solution pour se faire offrir (par personne, en plus) un aller-retour gratuit. Simple.

Une cartouche de cigarettes modèle courant coûte en France quelque chose comme 50 €. En Espagne, deux fois moins. Le trajet en train (première classe : la dame a des goûts de confort...), environ 200 €. Par conséquent, si, bravant l'oeil de lynx des douaniers, elle revient avec huit cartouches, le séjour devient miraculeusement gratuit.

À condition que je fume tout ce qu'elle a rapporté, car il serait en dessous de l'idée que nous nous faisons de nous-mêmes de mettre sur pied un petit trafic de clous de cercueil contrebandisés.

Si bien que, si par hasard je décidais d'arrêter de fumer, je provoquerais immanquablement un déchirement familial insupportable, et je ne m'en sens pas le courage. Par conséquent, entre dans ce corps fourbu, sémillant cancer du poumon : je suis prêt au sacrifice...

Trois quarts d'heure avec René Girard

À l'occasion de la sortie de son dernier livre, Achever Clausewitz, René Girard a donné une conférence à l'espace Bernanos, en octobre dernier. On peut l'écouter ici.

jeudi 29 novembre 2007

Mahler a disparu ! (À moitié...)

Il était cinq heures et demie, peut-être un petit peu plus. Comme nous dînons ici à sept heures, cela me laissait juste le temps d'écouter la troisième symphonie de Mahler, c'était parfait. Et d'autant plus raccord que je suis occupé à lire depuis hier la biographie du compositeur, par Henry-Louis de La Grange, dont un écho favorable dans Corée l'absente m'a conduit à faire l'emplette. La Philharmonie de Berlin, Pierre Boulez, Anne Sofie von Otter : tout baignait dans le beurre de barate, une petite pluie discrète ne nuisait en rien à l'écoute mais retenait les deux chiens auprès de moi - tout autant que l'espérance de leurs croquettes prochaines...

Le bel ordonnancement de cet avant-soirée s'est brutalement détraqué lorsqu'il a fallu changer le premier CD pour le second : il avait disparu de la boîte. Ne plus trouver une oeuvre complète est, pour l'esprit de modèle courant, parfaitement admissible : on peut l'avoir prêtée et n'en pas garder le souvenir, l'avoir transportée du salon au bureau, rangée au mauvais endroit sur l'étagère, etc.

Mais une moitié de symphonie ?

Bien entendu, après un moment de profond désarroi bien compréhensible (et de frustration de ne pouvoir pas écouter la fin de l'oeuvre élue), j'ai pensé la même chose que vous en ce moment même : la dernière fois que j'ai écouté la troisième symphonie de Mahler, j'en ai certainement rangé la seconde partie par erreur dans une autre pochette, qui se trouvait également près de la chaîne à ce moment-là.

Mais dans quelle pochette ?

Après avoir plus ou moins envisagé l'embauche en CDD d'une équipe réduite de spéléologues, afin de retrouver illico la galette manquante, je me suis résolu à appeler Madame Fnac au secours, afin qu'elle m'envoie rapidos une troisième symphonie complète. Et si possible dirigée par un autre chef que Boulez, de façon à ne pas me trouver, lorsque je remettrai la main sur le disque envolé, dans trois semaines ou douze ans, avec deux versions identiques.

Après ça, il va encore s'en trouver pour nous affirmer que la vie moderne est simple et tranquille.

Ferme résolution

Depuis que j'ai complètement arrêté, je bois beaucoup moins.

mercredi 28 novembre 2007

Sarabande à Alençon

À la page 622 de Corée l'absente, Renaud Camus écrit ceci :

" Arte m'a bien eu, une fois de plus. J'ai décidé de dîner tôt pour regarder en prenant mon repas Sarabande, de Bergman, qui sort en même temps à la télévision et dans les salles. Je dois dire que malgré l'expérience je n'avais pas envisagé une seule seconde que le film puisse être diffusé en version doublée. Je ne m'étais même pas posé la question, cela ne me paraissait pas concevable. Je ne vois pas très bien qui peut avoir envie de voir un film de Bergman en français. Surtout je ne vois pas très bien ce qu'il en subsiste. Je ne dirais pas que la langue est tout, chez Bergman, mais elle est le ciment qui tient le reste. Sans elle, c'est à peine regardable - non que ce soit mauvais, mais ça n'a pas de sens artistique, aucune consistance. C'était insupportable, je n'ai pas pu tenir jusqu'au bout. "

Or, pour une fois, il me semble que la chaîne franco-allemande subit les foudres camusiennes de façon imméritée. Car je crois bien me souvenir que c'est Bergman lui-même qui, pour une raison m'échappant totalement, avait demandé que son film soit diffusé d'abord dans la langue des différents pays où il passait.

De fait, je me souviens fort bien avoir vu Sarabande, toujours sur Arte mais cette fois en suédois sous-titré, dès la semaine suivante, si ce n'est même le lendemain soir.


D'autre part, un peu plus haut dans le journal, l'auteur relate une rapide visite faite par Pierre et lui à Châteauroux. Il précise qu'aucun des deux ne connaissait cette ville sauf par Le Cabinet des antiques. Or, j'avais, moi, le souvenir que la ville de province où commence et se termine le roman de Balzac était Alençon.

Vérification faite, c'est moi qui avais raison, même si, à aucun moment, Balzac ne cite nommément le chef-lieu de l'Orne.

À part ces deux broutilles, vous pouvez vous précipiter de confiance sur cette hautement désirable Corée, tout absente qu'elle puisse être...

Je m'inscris à Meetic !

Le titre n'est pas racoleur pour deux sous, il est le reflet de la plus scrupuleuse vérité : aujourd'hui (ou demain, à la rigueur), je vais m'inscrire sur Meetic, célèbre club de rencontres virtuelles (et qui le resteront dans mon cas, je m'empresse de le préciser, au cas où L'Irremplaçable traînerait dans le quartier...). Le but est de comprendre comment ça marche, afin d'en tirer le prochain Brigade, auquel il faut bien que je commence à songer.

S'il se produit des contacts amusants, je vous tiendrai au courant, il va de soi.

Ce que je me demande, c'est quel genre de "profil" je dois adopter, afin d'augmenter mes chances que l'on morde à mon hameçon (couchés, les freudiens !). À votre avis ? Dois-je me rajeunir, par exemple ? Et, si oui, de combien ?

mardi 27 novembre 2007

Cassez-vous !

D'accord avec Georges : les anonymes peuvent aller se faire foutre. Et ce serait bien qu'ils y aillent...


Rajout de 20h40 : tout cela n'est évidemment pas très grave. Néanmoins, cet anonymat, cette volonté de se cacher (et derrière quoi, du reste ?) me semblent tout de même très légèrement pénibles. Pas à vous ?

Goaaaaalllll !!!!!

Marazona : football elbow.

Mauvais français toi-même !

" Il faudrait des dictionnaire Mauvais français - Bon français : on sait bien que solutionner se disait résoudre, mais comment se disaient acter ou instrumentaliser ? " (Corée l'absente, p. 374.)

Tout à fait d'accord avec cette observation, que je me suis déjà faite plusieurs fois, notamment à propos de l'emploi de motivé. Je sais parfaitement que seule une décision ou un jugement peuvent être motivés, et en aucun cas un être humain. Mais alors, quel adjectif employer si l'on veut parler d'une personne qui, par exemple, prend son travail très à coeur ? En existe-t-il seulement un ? Et, s'il n'y en a aucun qui puisse donner toute satisfaction, est-ce que l'on n'est pas fondé, alors, à étendre le sens de ce foutu motivé ?

lundi 26 novembre 2007

Mais abattez-la, bon sang !

A-t-on le droit de massacrer à ce point la langue que ma mère m'a apprise ? Si cette pitoyable créature était en face de moi, je me demande si je résisterais à l'envie de lui coller ma main sur la gueule. Franchement. Jugez-en.

Merci bien, Monsieur Camus !

Il y a peu, entre une heure et demie et trois heures, je suis probablement passé pour un débile profond. J'étais occupé à faire le-monsieur-qui-lit-dans-le-canapé, à Levallois-Perret, au 10 de la rue Thierry-Le Luron (oui, ça existe...). Je riais comme un crétin, lisant le portrait, à la fois... à la fois quoi ? J'ai du mal à trouver les mots. Tendre ? Non. Filial ? Oui, forcément, mais il ne dit rien de particulier. Alors, quoi ?

Portrait superbe, portrait véritable, portrait de Madame Mère par Renaud Camus fils, embarqués ensemble dans un voyage écossais que je vous recommande hautement. Exaspération et piété, inextricables. Écrivant ces quelques mots, je me rends compte que les rapports de Renaud Camus avec sa mère (et d'une manière plus générale avec sa famille) mériteraient un livre entier - que je n'ai ni le temps ni la capacité (je le crains), ni peut-être l'envie d'écrire.

Il n'empêche : les sortilèges du journal agissent avec leur force habituelle, ainsi que dans les volumes précédents. Et comme dit - je crois - Saniette, dans La Recherche, "il n'y a pas moyen de savoir comment c'est fait..."

Non, il n'y a pas moyen.

Façon puzzle

On dirait un peu une maladie récurrente, aux symptômes toujours rigoureusement identiques. Deux ou trois fois par an, en moyenne, je suis soudain pris d'une frénésie de livres. Tel un boulimique mangeant au-delà de son appétit, je me mets à acheter plus que je ne suis capable de lire. Vous me direz que la situation est différente, vu que les livres ne sauraient être victime d'une quelconque date de péremption et qu'ils peuvent donc attendre sagement leur tour. Je vous répondrai : foutez-moi la paix, c'est moi qui cause.

Je suis précisément en pleine crise depuis quelques semaines. Sur le petit meuble du salon qui me fait office de table à livres s'empilaient déjà : Middlemarch, de George Eliot ; le journal de Katherine Mansfield ; La Chambre de Jacob, de Virginia Woolf ; Retour au pays natal, de Thomas Hardy ; les Oeuvres plus ou moins complètes de Flannery O'Connor ; plus deux recueils de nouvelles de B Traven et Le Siècle de Louis XIV, de Voltaire, provisoirement abandonné à mi-parcours. Bon.

La quantité de livres en attente constituait le prodrome de l'affection à venir ; elle n'a pas tardé. Car la frénésie d'achat s'est soudain amplifiée, prenant des proportions absurdes. À l'heure où je mets sous presse, je dois bien avoir quatre ou cinq commandes en souffrance chez Amazon, de deux ou trois livres chacune, dont je serais bien incapable de vous dire ce qu'ils sont et pourquoi je les ai commandés. Pas plus tard qu'hier, assez avant dans la soirée, je suis retourné à la Case, ai rallumé l'ordinateur, à seule fin de commander Les Soirées de Saint-Pétersbourg, de de Maistre, qui ne pouvaient pas attendre ce matin et dont on se demande bien quand je vais avoir le temps de les lire.

Car la maladie s'accompagne d'un autre symptôme, qui évolue en parallèle du premier : plus j'achète de livres, moins je lis. Je veux dire : moins je lis intelligemment. Je passe d'un livre à l'autre, de plus en plus rapidement, j'en commence quatre, cinq, dix... et n'en termine aucun. Je me disperse, me ventile façon puzzle, comme dirait l'autre.

Depuis samedi, il y a l'exception Renaud Camus : pour Corée l'absente, j'ai lâché tout le reste, mais je sais bien que le mal va opérer un retour en force dès la fin de ce volume du journal.

Il n'existe point de traitement, à ma connaissance. En général, la maladie reflue au bout de quelques semaines et disparaît comme elle est venue. Ne reste plus, ensuite, qu'à éponger les excédents. Et à calmer les alarmes de l'Irremplaçable, tombant comme par hasard sur le relevé de la Carte Visa...

dimanche 25 novembre 2007

Les blogueurs ont tous le même pot

Je voulais vous en mettre un petit extrait, juste pour sourire un peu, mais ce soir la dame s'est surpassée. Il vaut donc mieux la "lire" in extenso, je crois.

Purée ! encore des pois cassés ?

C'est ce qu'on vient de manger, l'Irremplaçable et moi. Vous savez, ce truc verdâtre, trop épais pour se dire soupe, trop liquide pour se prétendre purée. Avec, dedans, pour amuser le client, des morceaux de poitrine demi-sel, cuite la veille avec des lentilles (elles-mêmes dégustées, hier, avec une belle grosse saucisse de Morteau ressemblant à... non, laissez), et des croûtons de pain rassis, passés au grille-pain (toaster, pour les Québécois détestant le franglais...) puis frottés à l'ail pour se faire une haleine virile.

Après deux cuillerées, je dis à Catherine : "Ayons une pensée émue pour ton père et le mien, qui détesteraient être là ce soir."

(Serge et Daniel Goux, frères de sang, je le rappelle pour les distraits ou les nouveaux venus, avait et a une sainte horreur des pois cassés.)

L'Irremplaçable : "Quoique, si on disait à mon père : 'Tu peux revivre, à condition de manger une assiettée de pois cassés...' "

Moi : " À mon avis, il choisirait de rester mort."

Elle en convient sans difficulté.

Moi : " Quant à mon père, il a évidemment l'avantage relatif d'être toujours vivant. Mais je pense que si on lui proposait une assiette de pois cassés contre sa jeunesse retrouvée, il préférerait rester vieux."

L'Irremplaçable convient derechef.

Nos deux pères, mort et vivant, sont deux foutus emmerdeurs, point de vue bouffe.

En avant, calmes et droits

Je suis donc, depuis hier, plongé dans la lecture du dernier volume du journal de Renaud Camus, intitulé Corée l'absente. Je viens de passer la moitié du volume, le périple en Asie est désormais derrière moi, ce dont je me félicite car je n'aime pas plus les voyages dans ses livres que dans la réalité. Et je ressens la même félicité apaisante lorsque je tourne le coin de l'église du Plessis-Hébert, après une semaine ou deux de pérégrination vaine, que quand je tourne la page qui me ramène au château de Plieux.

Encore, lorsque Renaud Camus m'embarque pour l'Écosse, l'Espagne ou, mieux encore, pour l'Italie, je ne dis pas. Mais, franchement, à l'en croire et à l'en lire, la Corée, ça n'a pas l'air de valoir un coup de cidre. Cela étant, comme ce voyage occupe moins de cent pages sur six cent cinquante, ce n'est pas trop grave.

Pour le reste de cette cuvée 2004, elle tient amplement les promesses des précédents millésimes, pour ceux qui sont déjà familiers de cette vie mise en littérature, à quoi tend plus ou moins l'auteur, de son propre aveu. Pour les autres, ce court extrait, pris quasiment au hasard :


" Du château [celui de Montépilloy] il reste un peu plus qu'on ne peut l'imaginer de loin - sa forme circulaire est en tout cas nettement observable encore. Une grosse ferme occupe l'espace anciennement fortifié. À partir de la large esplanade qui précède la poterne nous avons suivi sur la droite le fossé de défense, à l'extérieur, et nous sommes arrivés ainsi à un petit bois de coudriers, en contrebas, où fleurissait tout un tapis de jonquilles. En évitant soigneusement les fleurs nous y pissâmes, c'était l'un de nos desseins, et ce faisant fûmes saisis là par le charme de mars, cette acidité que j'ai dite ailleurs (et peut-être tous les ans), cette vivacité de vieux livres d'enfants, ce côté Boutet de Monvel : troncs de noisetiers dans le soleil, haute herbe verte, fleurs jaunes, murailles moussues, grand recueillement du temps. Jambes écartées, bites solidement en main, oeil sur les siècles et les ombres, nous rencontrâmes l'esprit de la saison, qui s'étirait là en toute simplicité éternelle. "

(Renaud Camus, Corée l'absente, dimanche 28 mars 2004, p. 163.)

samedi 24 novembre 2007

Eau lourde

L'absorption massive d'eau minérale, mon excellent Bergouze, a des effets néfastes sur le psychisme des blogueurs - en tout cas sur le mien. Le fait t'a peut-être échappé, mais il se trouve que je publie beaucoup moins de "vrais" billets, sur ce blog, depuis près de deux mois que je suis passé dans le camp des quasi abstinents. Oh ! bien sûr, j'entretiens l'illusion, à coups de citations d'auteurs estampillés, de photos de pouffes cinématographiques et autres palinodies euphoristiques. Mais de messages, point, ou peu.

Quand on y pense, l'alcool a des effets contradictoires amusants : d'un côté il te détruit scientifiquement les neurones à pleines brassées, de l'autre il lui tient à coeur de stimuler ceux qu'il veut bien te laisser à disposition. L'eau minérale, c'est autre chose : il lui importe tellement de te bichonner les connexions qu'elle préfère jouer la sécurité en enfermant l'ensemble du réseau au congélateur.

Risque : zéro. Créativité ? Même chose.

Bien entendu, il ne s'agit pas de se remettre à l'arsouille simplement pour la brève éruption scripturaire qui parfois s'ensuit : abreuver le tenancier à seule fin de nourrir la taule, franchement...

Alors ? Eh bien ! on mime. On gesticule, on pousse de brefs rugissements, pour faire croire qu'on est encore là. On va faire un peu le méchant chez de petites jeunes filles qu'on n'a jamais lues vraiment et qu'on ne lira pas davantage demain. On s'ébroue dans leurs bonbonnières, on lâche trois insanités mécaniques, on pisse dans les pots de fleurs, on s'essuie la queue dans les rideaux et on repart, sous leur oeil atone, parfois vaguement apitoyé.

Revient alors la tentation de tirer un trait sur tout ça. Seulement, comme on s'y est déjà essayé naguère, avec le piteux résultat que chacun sait, on hésite à s'offrir ce ridicule une seconde fois. Et on renâcle devant l'obstacle.

C'est que, vois-tu, inflexible silencieux, il n'est pas donné à n'importe qui de disparaître ; l'absence est une vertu élective qui choisit avec soin et parcimonie ceux qu'elle entend distinguer.

Et ça continue en Corée encore...


Merci, Madame la factoresse...

Peux pas résister...

Duel nocturne de mamelouks : les grands cimeterres sous la lune.

vendredi 23 novembre 2007

Corée-vision

Je vous le dis tout net : Guillaume Cingal et Inactuel commencent à sérieusement m'éplucher l'aubergine avec leur Corée l'absente-qui-est-présente ! Comme ça ne sert à rien de se cailler la laitance pendant tout le fucking week-end, je sais ce que je vais faire : je vais relire les trois derniers mois de Rannoch Moor, pour me remettre dans le jus.

Une sorte de Corévision, si on veut.

La presse Cannavo

Vous vous êtes réveillé d'une bonne humeur alarmante ? Vous vous trouvez charmant dans le miroir ? Vous avez envie de sourire à tous les passants, dans la rue ? Même la catastrophe ambulante qui partage et empoisonne votre existence vous paraît ce matin adorable ? Aucun doute : vous êtes victime d'une crise d'optimisme purulent qui risque de tourner rapidement à la septicémie béate si vous ne faites rien ! Heureusement, le Professeur Didier connaît le souverain remède...

Précipitez-vous sans tarder au kiosque le plus proche (une maison de la presse fera également l'affaire) et achetez le Nouvel Observateur (non remboursable, malheureusement). Jetez sans hésiter le magazine lui-même dans la poubelle la plus proche, mais conservez précieusement le supplément télé. Allez vous installer au café du coin, commandez ce que vous voulez, ouvrez l'opuscule.

Le remède est là, en page 3 : l'éditorial de Richard Cannavo, rédacteur en chef de ce mirobolant additif. Il n'est qu'à le lire pour retrouver aussitôt votre sain pessimisme naturel. L'univers vu au travers des bésicles du sieur Cannavo, c'est l'histoire de Fantine en moins eau-de-rose, en plus Misérables. Notre sémillant rédacteur en chef a une sorte de génie pour aller débusquer, dans les programmes de la semaine, l'émission la plus sinistre, la plus pitoyable, la plus lacrymogène, et d'en remettre une épaisse tartine supplémentaire sur ses deux colonnes bien tassées.

Que la plus confidentielle des chaînes du câble diffuse, à trois heures du matin, en semaine, un reportage sur un jeune handicapé violé par son père, vendu par sa mère et mutilé par ses frères (ne cherchez pas : c'est juste un exemple), hop ! aussitôt vous pouvez entendre les lourdes ailes du vautour qui va s'abattre sur cette tranche de vie bien saignante pour s'en maculer les babines. Rien ne le rebute, le Richard, jamais ! Il carbure au malheur, il pond ses petits oeufs de folliculaire sur la pourriture. Il pond-tifie dans les égoûts.

C'est la presse Cannavo.

Avec cela, un style flamboyant, à la hauteur des moisissures sur lesquelles il prospère. Le plumitif s'est un jour avisé que l'on pouvait ouvrir un article par "c'est", ou par "ce sont" lorsqu'il s'agit d'une tragédie à plusieurs victimes (car tout le monde est victime, chez Cannavo, par décret, pour ainsi dire). Depuis, aucun éditorial qui ne commence, semaine après semaine, par l'exposition magique.

"C'est une jeune femme au regard brisé et sans âge..." "Ce sont des enfants que la souffrance a tués tout en les laissant en vie..." Etc., etc.

Lorsque vous êtes parvenu au terme de votre lecture, vous pouvez sans crainte affronter de nouveau le monde extérieur : il a repris son habituel gris cannavo - tout est normal.