mardi 3 décembre 2013

Petits arrangements fluviatiles et canins avec le Styx


Tu as raison de te marrer : on est assez minable. On a beau s'en faire accroire, et surtout ne parler de rien, on n'accepte pas vraiment d'avoir fait ce que. On sinue, on louvoie, on glisse, on regarde ailleurs : et tu es toujours là, connard. C'est ça, rigole ! 

Tu nous verrais, depuis hier, tu serais effondré. Ou indulgent. Ta mort nous a transformés en petits comptables, usuriers balzaciens de ton absence. Tu sembles n'y pas croire mais c'est vrai : on fait ça. On additionne et empile les avantages que l'on trouve à ton évaporation définitive. L'un, traversant le jardin : « Ah ! moins de merdes à ramasser chaque semaine ! » L'autre (ou le même), posant les yeux machinalement sur le faux parquet : « Waouh ! presque plus de poils dans la maison ! » Le plus faible, dans un accès de mesquinerie désespéré, tandis qu'il regarde les deux survivants vidant leur gamelle de croquettes, calcule l'économie de nourriture, ou feint de le faire, pour ne pas voir la place vide dans son dos. Il y a encore d'autres intérêts à ton envolement, fais-nous confiance. Chacun est un coup de canif, qui ne tue pas mais picote désagréablement. On en viendrait presque, si on se laissait aller, à espérer tes remerciements.

Aujourd'hui, vers midi, il me semble avoir réussi à me persuader que tu étais mort. Ce matin, m'éveillant, j'en étais encore à m'en vouloir de t'avoir relégué dans un endroit inhospitalier où tu étais seul, perdu, incompréhensif, cependant que, à la maison, nous continuions notre vie d'avant – mais sans toi, et semblant faire comme si tu n'avais jamais existé. Et tu gémissais au carreau, mais personne ne t'entendait.

17 commentaires:

  1. "Nous nous retrouverons en rêve"
    Vous devez certainement vous souvenir, Didier, que ce furent les derniers mots qu'a chuchoté un philosophe dans l'oreille de son loup pendant que le vétérinaire...
    Quant à moi, dans presque tous mes rêves apparait, furtif ou pas, le chien de mon enfance.
    Vous retrouverez ainsi le vôtre qui n'aura plus jamais faim, ni soif, ni mal etc.
    Bien à vous

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    1. Je me souviens aussi de l'avoir lu grâce à vous…

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  2. "presque plus de poils dans la maison !" Catherine est partie, aussi ?
    (Je fonce lire la suite)

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    1. Je transmets immédiatement cette vile remarque féminophobe à Dame Euterpe !

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  3. Quand le dernier chien de ma mère est mort (Deïta, j'en parlais hier), on parlait des avantages pour elle. Et effectivement, elle a pu recommencer à voyager et tout ça. C'est étrange.

    Après avoir fait mon billet, hier soir, je pensais à l'un des vôtres, il y a de nombreuses années, avant Eltsir, où vous expliquiez que dans la vie d'un homme, il n'y avait qu'un chien. Vous parliez de Swann. Après avoir publié mon billet, hier soir, je me disais que j'avais été injuste avec Deïta. C'était "le chien". Mon bâtard queutard, mort à 16 ans, d'une euthanasie nécessaire.

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    1. Je devais plutôt parler de Balbec, notre premier bouvier bernois, mort en 2006.

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    2. Oui, Balbec. Comment ai-je pu confondre ?

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  4. La perte d'un animal qu'on a aimé follement est une blessure, dont la morsure nous surprend longtemps.
    Et on se prend à espérer, à croire, en un paradis pour eux, qui le méritent bien.

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    1. L'un de mes amis, prêtre, me rapportais hier ce qu'avait affirmé l'un de ses très jeunes neveux, après la mort de son propre chien : « Ils sont couchés dans un grand panier aux pieds du Bon Dieu… »

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  5. Vous trouvez ça malin de me coller les larmes dès le matin ? Bien à vous

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  6. Moi le matin, je me dis, tiens, pas besoin de nettoyer ses yeux plein de pus et de lui mettre des gouttes. Vous avez déjà essayer de mettre des gouttes dans les yeux d’un chien de 60 kilos ? Ni les oreilles, ou mettre de la crème sur ses plaies et ça c’est les bonnes journées. Parfois il fallait aussi éponger les 12 litres de pipi. Malgré tout ça, oui, il me manque.

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    1. Éventuellement, pour ressusciter l'ambiance, je peux me lever avant toi et aller pisser dans la salle à manger…

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    2. Pour faire 12 litres avec un seul rein, va falloir revoir à la hausse les approvisionnements en bière.

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  7. J'ai pesté pendant 15 ans sur les poils que Nanouk, notre premier chien, laissait partout dans la maison, mais quelques jours après sa mort (je suis assez feignasse en ménage) j'ai pleuré en en retrouvant une petite mèche qui dormait dans un coin. non ,il n'y a aucun avantage à perdre un chien, sauf à enrichir nos coeurs de son souvenir.

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  8. Robert Marchenoir4 décembre 2013 à 15:42

    Moralité : n'amenez jamais votre chien chez le coiffeur. Les coiffeurs tuent.

    D'ailleurs, il n'y a qu'à voir leurs devantures de merde pour comprendre à quel point ce sont des êtres maléfiques.

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    1. Et après, il va encore se trouver des gens pour pleurnicher parce que ces malfaisants crèvent la gueule ouverte !

      Vivent les grandes surfaces au nom sobre, bordel !

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