Affichage des articles dont le libellé est Télé au logis. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Télé au logis. Afficher tous les articles

samedi 28 janvier 2017

Tu reviendras à Robert Rodriguez


N'hésitons pas à le dire liminairement (Catherine devrait rapidement m'appeler son liminaire céleste, je pense) : Robert Rodriguez est le meilleur cinéaste vivant ; en tout cas celui qui donne naissance aux films les plus réjouissants – ou jubilatoires, pour jargonner comme mes ex-confrères. Par Wikipédia, j'apprends qu'il a vu le jour en 1968 et mesure 1,87m : cela lui fait un point commun avec votre serviteur, je vous laisse deviner lequel, hélas. On apprend aussi que, né à San Antonio, Texas, il est d'ascendance mexicaine, ce qui ne surprendra personne, au vu de son nom ridicule (on ne peut pas s'appeler Robert Rodriguez, bon sang ! pas plus que Marcel Kurosawa ou Karl-Heinz Perrichon).

Depuis un quart de siècle, notre Chicano-texan a œuvré dans différents genres. Les deux où il réussit le mieux sont d'une part ce que j'appellerais le burlesque horrifique, et d'autre part une ultra-violence volontairement outrancière, qui n'est pas sans rappeler Bip-Bip et Vil Coyotte, ou encore certains dessins animés de Tex Avery. Dans ce dernier genre, je recommanderai le diptyque Machete et Machete kills, avec Danny Trejo, qui est par ailleurs le cousin de Robert. Comme souvent chez Rodriguez, on y croise d'assez nombreuses vedettes (De Niro, Steven Seagal, Don Johnson, Bruce Willis, Quentin Tarantino et d'autres), visiblement ravies de venir camper de véritables ordures durant deux ou trois scènes. On peut aussi se risquer du côté de Desperado, dont la vedette est Antonio Banderas.

Pour ce qui est du burlesque horrifique, deux titres s'imposent ; d'abord Une nuit en enfer, film de vampires totalement à l'ouest (du Pecos) mettant en scène George Clooney, Harvey Keitel, Juliette Lewis et Quentin Tarantino (avec une brève mais commotionnante apparition de Salma Hayek), qui se retrouvent coincés dans une sorte d'immense “bar à sang” où ils doivent tenir jusqu'au lever du jour ; ensuite, on ne manquera sous aucun prétexte Planète terreur. Comme le titre le suggère, il s'agit d'un hommage aux séries B des années soixante et soixante-dix, que l'on projetait dans les cinémas dits “de quartier” (rappelons pour les moins de 50 ans qu'à l'époque le mot “quartier” s'employait au singulier et n'était nullement synonyme de casbah ou de village nègre). L'hommage est aussi réaliste que possible, puisque l'image a tendance à trembler un peu (par moment…) et à être traversée de zébrures et de points lumineux intempestifs (là encore, à certains instants judicieusement choisis). Le clou est, aux deux tiers du film, lorsque la pellicule prend carrément feu et qu'un panonceau intercalaire nous prévient qu'une bobine est manquante ; moyennant quoi, effectivement, on se retrouve avec un gros “blanc” dans le déroulement de l'intrigue, des personnages qui étaient séparés se retrouvent au même endroit, d'autres qui vaquaient sur leurs deux jambes agonisent sur un grabat, etc., sans qu'aucune explication ne soit donnée, ce qui est rigoureusement sans importance, vu le côté foutraque du scénario. Dans cette joyeuse pochade, où un gaz secret fabriqué par un ignoble militaire (Bruce Willis) transforme les gens en monstres pustuleux, avides de bouffer votre cervelle (et davantage si gros appétit), on retrouve le petit Freddy Rodriguez, qui n'a pas de lien de parenté avec Robert et que connaissent bien ceux qui ont regardé la série Six feet under ; il y a aussi l'indispensable Quentin Tarantino, en violeur psychopathe. On notera que, pour accroître encore le côté “séance de quartier”, Rodriguez propose, au début du film, une bande-annonce, avec Danny Trejo ; laquelle bande deviendra Machete trois ans plus tard : c'est probablement le seul cas, dans l'histoire du cinéma, où une bande-annonce a entraîné la réalisation du film lui correspondant, et non l'inverse.

Si après ça vous n'êtes pas convaincu de vous y précipiter, vous pouvez toujours vous rabattre sur l'un ou l'autre de ces films français “de fille”, mettant en scène des trentenaires-qui-s'interrogent-sur-leur-couple-et-leur-désir-d'enfant : c'est tout ce que vous aurez mérité.

samedi 3 décembre 2016

Tragédie de la connerie


La tragédie a, entre autres, la caractéristique de ne laisser aucune place à cette notion que nous appelons faute de mieux le suspense. Elle procède de la fatalité, de l'anéantissement inéluctable par des forces supérieures : dieux, caractères ou passions. Pour s'exprimer en langage d'aujourd'hui : dès la première scène, le spectateur sait que « tout ça va mal finir ». Si, chez les Grecs anciens, les dieux jouaient le rôle prépondérant, c'est à Corneille qu'il revient d'avoir donner sa grandeur à la tragédie de caractères, avant que Racine ne vienne établir celle des passions. Mais c'est aux frères Coen que l'on doit d'avoir, sinon inventé, du moins superbement illustré ce que l'on pourrait appeler la tragédie de la connerie. Acte de naissance : Fargo, le film, en 1995.

Mais c'est de la série que je compte parler un peu. Si les scénaristes de la première saison se sont assez largement appuyés sur le film originel, ceux de la seconde ont créé une histoire entièrement originale, bien que liée organiquement à la première et se déroulant dans les mêmes lieux enneigés et plats, entre le Minnesota et les deux Dakota. Dans l'une comme dans l'autre, d'emblée, tout le monde comprend que la plupart des personnages qu'il découvre dès le premier épisode courent à la perte, et que c'est leur profonde bêtise qui va se charger de les y mener, souvent en s'exaspérant en une sorte de démence “à bas bruit”.  De fait, chaque réflexion qu'ils font, chaque mensonge qu'ils échafaudent, chaque initiative qu'ils prennent pour tenter de redresser leur situation ne font que les engluer un peu plus dans le marécage qui, à la fin, va les engloutir et les étouffer. La connerie les guide en même temps qu'elle les aveugle, et le phénomène est valable aussi bien pour les “gentils” que pour les “méchants” : la connerie, tout comme la mort, traite ses proies avec un louable sentiment d'égalité, voire d'équanimité. Du reste, et c'est l'une des caractéristiques de Fargo, les gentils ne le sont jamais autant qu'ils paraissent l'être de prime abord, ni les méchants ; sans doute, justement, parce que leur connerie commune a tendance à araser tout ce qui pourrait les différencier par ailleurs. Seuls les deux policiers faisant pivot (une femme dans la première saison, et son père, vingt-sept ans avant, dans la seconde) échappent à cette course à l'abîme ; non qu'ils soient beaucoup plus intelligents que leurs concitoyens, mais parce que, chez eux, la connerie naturelle est tenue en lisière, contrecarrée dans ses plans, par une obstination patiente les poussant vers la découverte de la vérité.

Doit-on préciser que l'histoire elle-même est parfaitement écrite, et que les réalisateurs tirent le meilleur parti de ces paysages presque uniformément blancs, où rien ne vient accrocher l'œil ni distraire l'attention ? Il résulte de ce décor que les personnages semblent jetés sur le terrain le plus neutre possible – presque comme s'ils jouaient devant un rideau de scène uniforme ou un “fond vert” de cinéma –, afin de laisser le champ parfaitement libre, au propre comme au figuré, à leur puissant moteur commun : la connerie. Mais il faut dire un mot de ces personnages et des comédiens qui les incarnent. Si les deux volets de la série, malgré l'action et les violences copieuses, peuvent parfois paraître un peu lents, c'est parce que les protagonistes ont tous, à des degrés divers, de grandes difficultés à s'exprimer, à traduire en mots ce qu'ils parviennent péniblement à penser et qui est presque toujours “à côté de la plaque” et provoquant d'irrésistibles effets d'ironie. On devrait, à leur sujet, retourner Boileau : Ce qui se conçoit mal s'énonce péniblement, Et les mots pour le dire viennent difficilement. Et c'est en quoi les acteurs choisis sont tous excellents, certains même prodigieux, qui ne sont pas forcément les “têtes d'affiche” (Billy Bob Thornton, Kirsten Dunst, Adam Goldberg, Keith Carradine, Ted Danson…) : ils parviennent à éteindre leurs regards, à donner de l'hébétude à leurs sourires, à blanchir leur voix, bref : à prendre cette apparence de poupée mécanique et impuissante que peuvent avoir les humains lorsqu'ils sont manipulés par une force incommensurable avec la leur, comme c'est le cas, par exemple, dans les grandes danses macabres des peintres médiévaux. 

Série recommandable, donc ? Oui, hautement. Aussi bien la saison seconde que la première. Et ce peut être l'occasion de revoir le film initial des frères Coen, remarquable lui aussi : une véritable trilogie de notre sainte mère la connerie.

mercredi 2 novembre 2016

Jacasser en attendant l'égorgement


Je crois pouvoir affirmer qu'aucune télévision du monde occidental n'avait accouché d'une série aussi ennuyeuse depuis Derrick, voire L'Homme du Picardie. Dans The walking dead, même les zombis ont l'air abasourdis d'être coincés là, et on s'attendrait presque, lorsqu'ils surgissent enfin, à les entendre s'excuser de l'ennui qu'ils contribuent à nous infliger – malheureusement, ils ne sont pas doués de la parole.

J'eusse été mieux inspiré d'écrire : « Heureusement, ils ne sont pas affligés de la parole. » Car tous les autres personnages, eux, le sont dramatiquement. Accroché aux bras de son fauteuil, le pauvre spectateur se met à ruisseler d'angoisse chaque fois que deux de ces fâcheux s'approchent l'un de l'autre : il sait que, n'ayant rien d'essentiel à se dire, ils vont passer d'interminables minutes à s'entretenir de la vie, de Dieu, de l'amour, du remords ou du prix de l'essence dans le monde d'avant. Et, quand ils en auront terminé de leurs filandreuses considérations, deux autres prendront aussitôt le relais : la véritable dimension horrifique de la série est là. Je ne sais si le scénariste est pédé ou impuissant ou misogyne ou un peu tout cela, mais les personnages féminins sont particulièrement éprouvants, qui ne cessent de récriminer que pour se mettre à pleurnicher. C'est au point qu'on se demande pourquoi les tristes mâles que le hasard leur a attribués pour compagnon d'errance ne vont pas d'eux-mêmes se précipiter entre les mâchoires des morts-qui-marchent, plutôt que de continuer à subir leur larmoyante et âcre présence.

Les zombis, eux, sont vraiment réussis, on ne remerciera jamais assez les maquilleurs et les bidouilleurs d'effets spéciaux, pour nous sauver de la léthargie totale. De même les scènes gore, dès que ces sympathiques affamés interviennent dans le non-récit. Seulement, ils n'interviennent que fort peu : en général deux fois cinq minutes par épisode. Le reste du temps, on attend comme dans une pièce de Beckett, on s'interroge longuement pour savoir si on devrait faire plutôt ceci que cela, et en général on ne fait rien, sauf entamer une nouvelle discussion sur un autre sujet essentiel, comme par exemple de déterminer si les armes à feu doivent être réservées aux plus de 18 ans ou si on peut apprendre au gamin à s'en servir, des fois que ça lui sauverait la vie un de ces jours. Et tout ce petit monde continue de jacasser en couronne.

Pendant ce temps, il ne se passe rien, ou si peu. Dès que le scénariste imagine une péripétie, il se dépêche de l'étaler sur une demi-saison, sachant bien que, sauf miracle, il n'en trouvera pas d'autre. Je n'exagère pas : au milieu du premier épisode de la saison 2, une gamine se perd dans la forêt qui borde l'autoroute (ce qui va permettre à sa mère de chouiner durant des heures et des heures). Déjà, l'incident n'est guère palpitant en soi. Mais la véritable épouvante, c'est que, à la fin du sixième épisode, soit au juste milieu de la saison, les autres andouilles ne l'ont toujours pas retrouvée, alors qu'il ne s'est passé à peu près rien d'autre que sa recherche. 

Du reste, on se fout grandement de savoir s'ils vont la retrouver ou non, ni dans quel état, dans la mesure où, bien que fort bavards, les personnages sont d'un solide inintérêt : personnellement, les zombis pourraient bien venir s'en becqueter une demi-douzaine pendant que j'ai la paupière en berne, il n'est pas certain que je m'aviserais de leur disparition au sortir de somnolence.

Il me semble superflu d'annoncer que je n'achèterai pas la troisième saison.

dimanche 23 octobre 2016

À propos des morts qui marchent


Cinq ou six ans après tout le monde, je me suis enfin décidé à jeter un coup d'œil à la saison première de The walking dead, dont j'ai regardé hier après-midi, volets bien clos, les deux premiers épisodes. Le second se déroule entièrement dans Atlanta désert (Son nom de zombi dans Atlanta désert, comme aurait titré Marguerite, cette writing dead célèbre), hormis quelques scènes champêtres nous montrant un campement de fortune où survivent une dizaine de personnes. Deux questions me sont, coup sur coup, sautées à l'esprit ; je les livre à la sagacité des promeneurs :

1) Comment se fait-il que tous les zombis, même lorsqu'ils sont fort nombreux, soient toujours fringués en semi-clochards ? Pourquoi ne voit-on pas de zombis-cadres en costume-cravate, de zombies-fashion victims, nippées comme dans Elle, de zombis-rappeurs, de zombies en boubou, etc. ? 

2) Chez les survivants, pour quelle raison les mâles cessent-ils de se raser, tandis que les femelles arborent toutes des aisselles impeccablement lisses ? Ça leur boufferait le foie, à ces salopes, de prêter leurs rasoirs à leurs hommes ? La solidarité par temps de zombisme devrait pourtant être sans faille.

Cela posé, j'ai beaucoup aimé la scène où le héros (au centre de la photo ci-dessus) et le petit Chinois malin s'enduisent des boyaux d'un cadavre fraîchement dépecé, de façon à sentir la mort et à pouvoir ainsi traverser sans trop d'encombres la foule des zombis renifleurs : c'est d'une imagination délicate.

dimanche 16 octobre 2016

Petit musée des horreurs victoriennes


C'est un concentré ; ou un bouquet, comme on voudra : c'est Penny Dreadful, une série anglaise que je ne peux que recommander chaudement, ainsi qu'elle me l'a été naguère, à tous ceux qui aiment les ambiances horrifico-mystérieuses, le surnaturel, le frisson, un soupçon de gore et un certain baroquisme ; à ceux surtout qui aiment être traités en adultes et en ont assez de l'épouvante sucrée pour adolescents bienpensants (on frise le pléonasme), du type True blood ou encore In the flesh.


Nous sommes à Londres dans les années quatre-vingt-dix du XIXe siècle (mais la série a été tournée à Dublin…), c'est-à-dire à l'époque où un certain public – la classe ouvrière essentiellement – se ruait chaque semaine sur ces fascicules qui racontaient des histoires horribles, si possible sanglantes, et étaient vendus un penny le numéro, d'où leur nom. De fait, la série réunit tous les personnages les plus connus de ce que l'on pourrait appeler l'horreur victorienne, tant cette époque fut propice à leur éclosion quasi simultanée. Au fil des épisodes de Penny Dreadful vont apparaître, et se rencontrer, Jack l'Éventreur, Dorian Gray, le Dr Frankenstein et sa créature, le couple Jonathan et Mina Harker, (créé par Bram Stoker dans Dracula et immortalisé à l'écran par Murnau dans son Nosferatu), le loup-garou de Londres, plus quelques sorcières au service de Lucifer déchu et des vampires qui ont tout l'air de remonter à la plus haute antiquité égyptienne. On y cite Milton, Wordsworth et Keats, on étudie des manuscrits de la vallée du Nil, on invoque Shakespeare ; on s'y égorge aussi pas mal.


 Même si la série est résolument “chorale”, Vanessa Ives en est tout de même le personnage central, jeune fille d'excellente famille, mais habitée par des forces obscures et puissantes, qui vont se révéler à elle progressivement (à nous par la même occasion), et convoitée par le diable en personne qui, si j'ai bien compris, a en projet de culbuter la belle et de lui faire un enfant pour semer la désolation, la pestilence et la mort sur toute la surface de la terre : du classique, en somme. Le personnage est interprété par Éva Green, actrice dont je ne soupçonnais pas le talent, et qui réussit à être à la fois fort séduisante et très inquiétante. Du reste, comme souvent dans les séries anglo-américaines, tous les comédiens sont excellents, à commencer par Timothy Dalton et Josh Hartnett, ce dernier interprétant un personnage de cowboy de cirque fraîchement débarqué de son Nouveau-Mexique natal.


Il va presque de soi que l'histoire, faite de plusieurs récits entrelacés, est totalement maîtrisée, sans longueurs, avec une science parfaite du crescendo dramatique, non seulement à l'intérieur de chaque épisode de 52 minutes, mas également sur l'ensemble de chaque saison (il y en a trois et je suis rendu au milieu de la seconde). Les décors, tant intérieurs qu'extérieurs, sont superbes et magnifiquement filmés. Et il y a même, ça et là, quand les vampires se reposent, des traits d'humour tout à fait bienvenus. Remarquable en tous points, Penny Dreadful reste néanmoins déconseillée – au moins par moi – aux estomacs par trop sensibles, car les ventres s'y ouvrent volontiers et les têtes y explosent assez facilement : Catherine, par exemple, a jeté l'éponge après les deux premiers épisodes.



mercredi 5 octobre 2016

J'en ai trouvé une autre


Puisque nous avons, sur ce blog, commencé une espèce de safari à la presque centenaire (à notre tableau : Juliette Adam et Nita Raya), en voici une troisième, sans doute plus connue du grand public – c'est-à-dire de vous – que les deux autres. Il s'agit de Lillian Gish, née le 14 octobre 1893 et à qui n'auront manqué que huit mois et demi pour boucler son siècle : caramba, encore raté…

J'ai choisi une photo d'elle tirée de La Nuit du chasseur, de Charles Laughton, parce que je n'ai pas trouvé ce que je cherchais ; à savoir Miss Gish jeune, dans le Naissance d'une nation du génial D.W. Griffith, film fleuve que je suis précisément occupé à regarder (j'ai profité de l'entracte entre les deux parties pour venir jeter ce billeton sur le clavier). Il est évident, après cette heure et demie de film, que je suis face à une œuvre remarquable en tous points, sur laquelle je reviendrai si je m'en sens à peu près capable, n'étant pas un cinéphile authentique. De toute façon, je ferai toujours mieux que ce qu'on trouve sur internet – sans avoir beaucoup cherché toutefois –, où la seule chose qui semble vraiment importante aux yeux des babilleurs, c'est de pleurnicher ou de s'indigner parce que Griffith serait un fucking raciste, ayant repeint en rose le Ku-Klux-Klan. On pourrait, à ceux-là, objecter que tous les noirs de Naissance d'une nation étant joués par des acteurs ou des figurants blancs passés au cirage, aucun descendant d'Africain n'a finalement été maltraité durant le tournage. Mais on nous reprocherait encore d'ergoter.

vendredi 9 septembre 2016

Deus ex machina, le retour

On peut toujours se moquer, et de fait on ne s'en prive guère, du fameux Deus ex machina qui, voilà quelques siècles, permettait aux dramaturges ayant du mal, à la fin de leurs pièces, à “poser leur bombardier”, pour parler comme Frédéric Dard, leur permettait, donc, de boucler leur intrigue en faisant descendre des cintres une divinité bien arrangeante qui, de son souffle divin, remettait tout dans l'ordre et autorisait ainsi les spectateurs à quitter la salle avant l'heure du dernier métro. Il arrivait que l'habitant de l'Olympe fût remplacé par le roi terrestre régnant, et c'est une chose que l'on a suffisamment reproché à Molière.

On devrait pourtant en rabattre, de nos lazzis et de nos petits airs supérieurs, puisque nos “créateurs” se sont gaillardement remis à faire la même chose, au cinéma principalement mais aussi dans les mauvais romans – comme Millenium par exemple. Ce nouveau Deus ex machina, cette ficelle bien commode qui dispense de toute explication, puisqu'elle est elle-même l'explication, c'est désormais ce que nous appellerons “le petit génie informatique”, c'est-à-dire ce personnage – généralement jeune, mi-rigolo, mi-marginal, dont l'unique fonction est de promener ses doigts agiles sur les divers claviers disposés devant lui (dans son gourbi d'où il ne sort que contraint et forcé, ce qui ne se produit jamais avant le troisième tiers du film), afin de faire défiler sur ses écrans des colonnes de lettres et de chiffres, lesquels dispensent le scénariste de trouver une explication cohérente à ce qu'il entend nous faire avaler ; et que nous avalons en effet, puisque nous-mêmes semblons avoir admis le fait que tout ce qui passe par le filtre de l'ordinateur, aussi absurde ou hasardeux que ce soit, devient immédiatement recevable, de même qu'un aliment ayant transité par l'estomac et l'intestin est ensuite assimilé sans difficulté par l'organisme.

Un nouveau pas a été franchi il y a peu, notamment dans cette très intéressante série, américaine bien entendu, qui s'appelle Person of interest (au Québec : Personne d'intérêt, ce qui ne veut à peu près rien dire ; traduire en français est louable, à condition de savoir le français…). On y voit le Deus passer au second plan, au profit de la machina elle-même ; laquelle, par cette autonomie, acquiert une puissance formidable, et même des sortes de dons divinatoires dignes des Dei ex machina d'antique école. Ayant compris que, désormais, nul n'aurait plus le front de mettre en doute ce qui émane de la machine, si timidement que ce soit, les scénaristes ont choisi – judicieusement je pense – de ne plus rien nous expliquer du tout de son fonctionnement, ni même de nous montrer la dite machine qui, fort commodément, comme un dieu justement, est aussi bien partout que nulle part. Comment un assemblage de circuits électroniques peut-il prévoir l'avenir et repérer, à l'intérieur de l'entière population de New York, les individus qui vont être prochainement mêlés à un meurtre, soit comme victime soit comme auteur ? On ne nous en dira rien, nous sommant de nous contenter de l'affirmation, faite sur le ton de l'évidence tranquille, qu'elle le peut. Le plus étrange est que, tels des primitifs autour de leur totem, nous nous en contentons en effet.



lundi 25 juillet 2016

Asylum, dégâts collatéraux


J'ai acquis récemment un gros coffret de disques “blu-ray” comprenant les quatre premières saisons d'American horror story : un achat que je qualifierai d'anti-alcoolique. En effet, Catherine ayant la ferme intention, le mois prochain, de m'abandonner à moi-même et à mes funestes penchants durant deux semaines, pour aller faire la zouavesse dans une yourte au fin fond d'un bois canadien, il me fallait dresser de solides pare-feu entre moi et ma tendance aux libations massives dès lors qu'une certaine solitude conjugale descend sur la maison. Or, rien de plus efficace, quand on prétend remplacer l'ivrognerie honteuse par une “ivresse douce et raisonnée”, pour parler comme Juan Carlos Onetti, que la perspective d'une soirée de télévision comportant un lot raisonnable de meurtres, tortures, éviscérations en tous genres : la compréhension du scénario, ni la lecture agile des dialogues en sous-titres, ne s'accommode du sommeil plombé qui a tendance à saisir le franc buveur dès lors qu'il s'appesantit dans son fauteuil.

Hélas, comme toutes les âmes impatientes, je n'ai point pu y tenir, et, avant-hier soir, j'ai commencé à regarder les premiers épisodes de la saison 2 (les saisons, ici, sont tout à fait indépendantes les unes des autres, on peut donc gravir cet Éverest par n'importe laquelle de ses faces), qui s'intitule Asylum. Comme ce nom l'indique aux anglophones, et aux moins envasés du bulbe des autres, l'histoire se déroule en un centre psychiatrique où, dans les années soixante, on enfermait les fous criminels. J'ai été bien puni de ma précipitation. Non que la saison soit décevante, au contraire : elle est malsaine à souhait, et les acteurs, Jessica Lange en tête, sont parfaits. Mais il y a des retombées néfastes, dommageables à la santé mentale du téléspectateur.

Dans cet effrayant manoir, soumis à des règles aussi drastiques qu'absurdes, voire sadiques, il en est une particulièrement inhumaine : dans la salle commune, où les fous passent, désœuvrés, le plus clair de leurs journées, est diffusée en boucle, sans jamais la moindre interruption, la chanson de Sœur Sourire que tout le monde connaît. C'est pourquoi, depuis quarante-huit heures, je ne cesse plus, et ma raison en chancelle déjà, de me fredonner à basse voix, et avec un accent guilleret contredisant violemment le désespoir dans lequel je me sens plonger : 

Dominique, nique, nique
S'en allait tout simplement,
Routier pauvre et chantant…

C'est dur.

dimanche 19 juin 2016

De la stupidité collective des critiques de cinéma


À Élodie

Ce devait être le chef-d'œuvre de l'année 2013 (celle où un chirurgien sans scrupule m'a piqué un rognon et où la Camarde m'a niqué mon père) : Gravity. Le concert de louanges fut assourdissant, je m'en souviens. Ce film marquait, disaient-ils, un “an zéro” de l'aventure cinématographique, frappant d'obsolescence tout ce qui était, dans le genre spatial, venu avant lui. Même Kubrick, avec son 2001, était prié de se recroqueviller dans sa pauvre tombe. Dès ce moment, je doutais un peu, en raison du fait que le rôle principal était tenu par cette ridicule endive humaine de Sandra Bullock, dont il ne me paraissait pas possible qu'un cinéaste, aussi doué pût-il être, sût la métamorphoser en actrice. Mais enfin, tout le monde semblait d'accord, dans les feuilles de chou consacrées au cinéma, pour considérer le chef-d'œuvre nouvellement éclos comme un chef-d'œuvre éternel.

Finalement, je le vis. Onc ne me fut donnée semblable bouse à me mettre sous les yeux, j'en atteste. Jamais ne visionnai film plus pauvre en imagination, davantage ennuyeux et plus pauvrement interprété (il est vrai, pour dédouaner cette misérable Sandra, qu'il n'y avait rigoureusement rien à interpréter) – sorte de jeu vidéo mal boutiqué et même pas interactif.

Conclusion abrupte mais indéniable : les critiques de cinéma sont des cons.

dimanche 1 mai 2016

À propos de la télévision (menus propos désagréables)


Michel Onfray devrait faire un peu attention : à devenir de plus en plus réactionnaire tout en continuant à se vouloir de gauche et “libertaire”, il s'est engagé dans un grand écart qui risque de le conduire tout droit au claquage des ligaments ; ce qui, à son âge, presque aussi avancé que le mien, est toujours fort ennuyeux. Dans sa chronique mensuelle, il chante les louanges de la télé-de-papa, et notamment de l'une de ses émissions les plus appréciées alors : La Caméra explore le temps, série de dramatiques historiques (on dirait sans doute docu-fictions de nos jours) diffusée de la fin des années cinquante au milieu de la décennie suivante. Il écrit notamment ceci : « Avec quelques autres dont Marcel Bluwal, Max-Pol Fouchet, Jean Prat, Pierre Dumayet, Pierre Desgraupes, Stellio Lorenzi a montré que la télévision pouvait être un formidable instrument d’éducation populaire, distrayant et intelligent. Avec eux le peuple pouvait être peuple et digne : ils pensaient édification et culture. Ceux d’aujourd’hui transforment le peuple en populace : ils pensent audimat et argent. La télévision est devenue une arme de destruction massive de l’intelligence. »

Je crois qu'Onfray se trompe ; non sur le fait que la télévision ait changé, bien entendu, mais quant aux causes de sa mutation. Il ne me semble pas que lorsque Jean Prat, par exemple, proposait, en 1961,  à huit heures et demie, une représentation filmée des Perses d'Eschyle, il pensait “éduquer le peuple” : il donnait simplement à son public ce qu'il le savait capable de recevoir et d'apprécier. Car, en ces années, un poste de télévision était un achat coûteux, ce qui le mettait hors de portée de la plupart des ouvriers et des paysans : la présence d'un téléviseur dans un salon restait un “marqueur bourgeois”. Il était donc logique, et même naturel, que les gens qui concevaient les programmes les adaptent au niveau culturel, réel ou supposé, de leur “cœur de cible”, ainsi qu'on ne disait pas. Cela le leur était d'autant plus, naturel, que ce niveau d'exigence de leur public correspondait en tous points au leur. On peut donc dire, en un sens, même si celui-ci n'était pas encore l'obsession qu'il est devenu par la suite, que les Lorenzi, Bluwal, Fouchet et autres se souciaient bel et bien de leur audimat, c'est-à-dire de leur audience, pour parler en français de cette époque. C'est lorsque le prix des postes s'est effondré, faisant d'eux des objets de consommation courante, qu'ils ont fait une entrée massive dans les appartements ouvriers et les maisons paysannes, entraînant une sorte de “mise à niveau” des programmes, laquelle me paraît tout à fait légitime : à partir du moment où des gens peu riches décident de dépenser une partie de leur argent pour acheter un récepteur, puis de payer la redevance annuelle, ils s'attendent à ce qu'on leur offre des programmes qui leur plaisent, et je ne vois pas au nom de quel impératif d'éducation, on irait les leur refuser. 

La télévision n'est pas devenue “une arme de destruction massive de l'intelligence”, mais est restée ce qu'elle était depuis son origine : le reflet à peu près fidèle de l'intelligence moyenne des gens qui en font consommation.

dimanche 28 juillet 2013

L'éternelle jeunesse des divers et des sensibles


On se souvient qu'il y a tout juste un mois Claire Chazal, ci-devant liseuse de prompteur à TF1, s'est pris le contenu d'un seau de merde en pleine figure, alors qu'elle quittait le parking du siège de TF1. Eh bien, il y a du nouveau : pour faire bonne mesure, son sympathique agresseur avait mêlé à ses propres excréments – et à quelques étrons canins collectés par lui et ajoutés à son fond de sauce pour le bon poids – de l'ammoniaque et de l'acide chlorhydrique. L'agresseur, qui a reconnu les faits pour lesquels il sera jugé le 20 août, est un Antillais de 69 ans, preuve que l'on peut extérioriser son indignation à tout âge, comme le préconisait la vieille momie de sinistre mémoire.

La question que je me pose, et qui me plonge dans des baquets de perplexité, est la suivante : lorsqu'un divers, un sensible, un visible quasiment septuagénaire bascule dans la délinquance et la violence gratuite, devient-il de ce fait, et automatiquement, un “jeune” ? Si la réponse est oui, cela pourrait alors suffire à expliquer son geste : après tout, le prix de la jeunesse éternelle n'est jamais trop élevé. Et si jamais la réponse devait être non, serait-ce en raison de son âge ou plutôt parce qu'il a agi seul et non en troupeau comme d'ordinaire ? Si j'arrive à bien dormir la nuit prochaine avec des interrogations pareilles sur la conscience, je pourrai m'estimer heureux…

vendredi 26 juillet 2013

Les mots dévoyés


Or, j'étais tranquillement installé dans le salon, un verre de boisson légèrement alcoolisée dans la main droite (les rares privilégiés qui on été admis dans cette maison savent que le gaucher que je suis tient pourtant, par la configuration des lieux, son verre dans la main droite), lorsque Catherine est allée s'installer dans l'autre salon, plus petit, où se trouve ce rectangle d'enfer : la télévision. C'était l'heure de ce qu'il est convenu d'appeler “le journal”, et qui est la désinformation rituelle et soviétique à laquelle nous sommes désormais soumis.  « Tu veux que je ferme la porte ? », m'a-t-elle demandé. J'ai répondu non, je ne sais pourquoi. Une demi-minute plus tard, la voix répugnante (parce que tout à fait formatée) a prononcé le mot solidarité.

Je ne savais pas de quoi il était question, mais tous les poils qui me restent se sont hérissés : d'une oreille assez lointaine, j'entendais les informations officielles, et ce mot me donnait l'irrémédiable envie de fuir, de me couper de cette voix-de-la-France qui se répand sur nous soir après soir, peuple asservi mais rigolard, encore un peu, nuque ployée devant les catastrophes que les actuels fossoyeurs nous présentent sans relâche comme désirables.

Solidaire était à l'origine un mot rutilant, dès lors qu'il impliquait une volonté spontanée de l'être. Il est aujourd'hui une obligation de se soumettre à toutes les barbaries que l'on nous présente comme enviables.

D'autres mots sont du même ordre : citoyen, démocrate, durable, tolérance, etc. Il va être temps de les renier en bloc ; de signifier aux futurs esclaves qui les manipulent que nous n'accepterons pas le monde qui se prépare, qu'ils nous concoctent en pensant tirer leur épingle de ce jeu mortifère. Il va être temps de leur rappeler, à ces appointés du désastre, qu'ils ne gouvernent rien et qu'ils peuvent encore se retrouver sous les balles de gens en colère ayant perdu patience et mesure.

Car il va devenir difficile de régler les choses pacifiquement.

mardi 18 juin 2013

Éradiquons le pujadisme !


Ce soir, marronnier oblige, il était question d'histoire, à la fin du journal de France 2 (à la fin, c'est-à-dire après les sujets qui comptent vraiment : inondations dans le Sud-Ouest, rendre la fierté de soi aux écoliers “sensibles”, micro-trottoir ceci, micro-trottoir cela). Comme il n'a pas échappé à l'équipe de journalistes professionnels, et culturés à s'en pisser parmi, de cette grande chaîne d'État que nous étions le 18 juin, la nux vomica appelée Pujadas, prénom : David, a bientôt pris le ton solennel et la lippe gourmande qui sont les siens lorsqu'il va balancer du lourd, du sujet gravé dans le marbre des siècles. Ses yeux pétillaient de bonheur à l'idée du cadeau qu'il s'apprêtait à nous faire, on sentait qu'il regrettait presque de connaître déjà ce qui allait suivre, défloration qui l'empêchait de partager pleinement notre jouissance à venir. Avec l'air pompeux et grave d'un Giscard disant “au revoir” face caméra, il nous a alors annoncé que, voilà 73 ans exactement, les Français avaient pu entendre l'appel d'un général inconnu, parti la veille de France pour Londres. Et, pivotant sur son siège à roulettes, le grand mamamouchi pujadiste s'est tourné vers son écran géant pour communier avec nous dans la ferveur et écouter religieusement le fameux appel du 18 juin.

Deux ou trois téléspectateurs naïfs, ou un peu moins somnolents, ont dû se dire que, reprenant le micro, le nabot au sourire immuable allait nous préciser qu'il s'agissait en fait du message lancé sur les ondes de la BBC par Charles de Gaulle le 22 juin, jour de la signature de l'armistice, puisqu'il n'existe aucun enregistrement de l'appel du 18 juin. Mais évidemment non : à quoi bon embrouiller inutilement ces malheureux imbéciles harassés ? On a réussi à leur faire entrer le 18 juin dans le crâne, on ne va pas tout compromettre pour une histoire de trois jours, si ? Ce ne serait pas pédagogogique, Coco ! L'information à destination des masses redevables, c'est une guerre sainte qui ne doit pas s'affaiblir en se laissant entraîner dans des arguties byzantines : ainsi en a décidé notre pujihadiste de petite taille. Et c'est pourquoi, ce soir, quelques dizaines de millions de rotants sont persuadés qu'ils viennent d'entendre l'appel du 18 juin et s'en sentent plus ou moins rehaussés à leurs propres yeux. Celui qui prétendrait dissiper ce mensonge, cette éhontée falsification historique, se heurterait à un mur : si le verticalement défié l'a dit, l'affaire est entendue, il n'y a plus à y revenir pour les siècles des siècles.

David Pujadas et moi avons un point commun : nous avons tous deux, mais à des époques différentes, perdu deux ans de notre vie au CFJ, le centre de formation des journalistes, nous avons fait partie du même corps, comme disent les soldats. Mais il y a deux manières de sortir d'un corps, deux voies d'évacuation ; l'une d'elle s'appelle l'anus. On comprend mieux, dès lors, pourquoi la télévision publique ne sent pas meilleur que les toilettes du même nom.

jeudi 13 juin 2013

Soyons solidaires avec le peuple grec, et plus vite que ça !


Il est temps de prouver que la sainte solidarité n'est pas une vertu uniquement de gauche. À notre tour, camarades nauséabond-e-s et néo-nazebroques, à notre tour de la mettre en pratique : solidarisons-nous avec l'admirable peuple grec et exigeons la fermeture immédiate de toutes les chaînes et radios dites de service public ! Envoyons dès demain matin tous les petits Pujadas rebelles chez Paul-e Emploi, escortés de tous les minuscules Caron permanentés, et autres insignifiants dont ma mémoire n'a conservé aucune trace des noms. Pour une fois, nous serons ravis que ces voix-de-son-maître parasitaires vivent de l'argent public ; on s'arrangera pour leur en allouer fort peu.

Et nous pourrons, enfin, contempler réellement, des heures durant, les écrans noirs divers de nos nuits blanches caucasiennes.

mardi 14 mai 2013

Le grand perdant est un peu à la ramasse


Comme je m'étais payé sa fiole, hier, parce qu'il ne publiait pas de nouveau billet, Nicolas me rend la monnaie aujourd'hui. Je pourrais lui répondre avec la phrase rituelle des conducteurs de camionnette parisiens qui bloquent les rues étroites pendant vingt minutes : « Je travaille, moi, Monsieur ! » Mais ce serait un peu facile. J'ai pensé lui balancer la réponse récemment servie par Jean-Jacques Goldman à Johnny Hallyday et Céline Dion, qui lui réclamaient tous les deux de leur écrire un nouvel album : « Non, désolé, je n'ai plus d'idées… ». Mais ce ne serait pas la vérité.

La vérité est que j'ai commencé, hier soir, un billet consacré au Grand Perdant (The biggest Loser, en V.O.), une émission de téléréalité américaine dont je suis depuis deux mois la septième saison, avec une passion proche de l'hébétude et voisine de l'idiotie. Seulement, lorsque j'ai eu terminé le premier feuillet, approximativement, je me suis aperçu que je n'étais qu'à l'entrée de mon sujet et que tout cela menaçait d'être fort long. Comme, de plus, chemin faisant, je sirotais mon quatrième Ricard, dosé comme pour un légionnaire retour de Camerone, il m'a semblé que l'alcool n'allait pas tarder à l'emporter sur l'acuité intellectuelle, et j'ai sagement jugé qu'il était préférable de surseoir.

Et voilà pourquoi je n'ai rien publié aujourd'hui. Mais vous ne perdez rien pour attendre : les obèses vont débarquer d'un jour à l'autre.

mercredi 17 avril 2013

Mutant de ta mère, eh, bouffon !


Ça s'appelle Mutants ; c'est un film d'horreur. Un film d'horreur français, ce qui est mettre l'horreur au carré. Dedans il y a Hélène de Fougerolles, comme dans La Revanche des oliviers de l'amour, que vous avez suivi l'été dernier sur TF1. Ayant été embauchée pour une histoire de mutants, Hélène tente de se transformer en actrice ; mais comme elle le dit elle-même à son petit copain à la quarante-deuxième minute : « Je dois être immunisée. » C'est vraisemblable, en effet.

Dans le premier quart d'heure, Hélène, qui est médecin urgentiste, et son copain, qui conduit l'ambulance, tuent une femme militaire qui avait pourtant l'air gentil malgré sa mitraillette. Le réalisateur, qui est très malin, a confié le rôle à une négresse pour nous faire croire qu'on est dans un vrai film d'horreur hollywoodien (FHH) – mais ça ne marche qu'à moitié. 

Durant les trois premiers quarts d'heure, Hélène et l'autre gland sont tout seuls dans une grande bâtisse déserte. Dehors, il y a beaucoup de neige et on entend des grognements (c'est pour faire peur). Tout d'un coup, le gland se retrouve contaminé. Logiquement, il devrait devenir mutant cannibale en moins de deux, mais Hélène lui dit qu'elle l'aime et qu'ils vont s'en sortir, parce que les militaires de la base Noé les ont localisés. En attendant, le gland commence à s'arracher les cheveux par poignées ; après il s'extrait trois ou quatre dents rien qu'avec deux doigts ; après il pleure, parce qu'il comprend que c'est super mauvais signe, mutatis mutandis. Mais Hélène lui redit qu'ils vont s'en sortir, parce que, comme elle est immunisée, les scientifiques militaires de la base Noé vont trouver un antidote. (Il faudra quand même qu'ils fassent fissa parce que, cinq minutes plus tôt, Hélène a tranquillement annoncé au gland qu'elle lui donnait trois jours, “peut-être moins”.)

Ensuite, il y a un moment de flou parce que le spectateur a empoigné l'ordinateur de sa femme pour commencer ce billet, tant il se fait tartir. Quand il relève le nez, il découvre cinq ou six nouveaux arrivants dans la bâtisse, dont deux qui parlent comme des racailles du 9-3 alors qu'on est en pleine forêt de type vosgien. Hélène continue à appeler la base Noé et menace les militaires de leur passer son appel en boucle ; la menace agit, en tout cas sur moi.

Soudain, dans la remise où une des racailles emplit un jerrycan, il y a un mutant qui est là : grognements et bagarre, fin du mutant qui meurt (mais pas l'acteur, que l'on voit très nettement respirer). Il y a d'autres grognements hors champ, ce qui prouve que, malheureusement, le film n'est pas fini. Pendant que la racaille se bat avec un autre mutant cannibale, Hélène répète dans le micro : « Je suis enceinte, j'ai été mordue, je suis immunisée », ce qui est censé attirer les militaires de la base Noé. Le spectateur se demande s'il s'agit d'un message codé. Pendant ce temps, le gland semble avoir disparu.

Ah ! non, le revoilà, mais il est vraiment devenu mutant cannibale, visiblement (forcément : comme il n'est ni enceinte ni mordu, il n'est pas immunisé). Dans le même temps, Hélène se fait méchamment tabasser par le chef des racailles qui veut savoir où est l'essence. Là, le spectateur pige que, tout cannibale et mutant qu'il est devenu, le gland ne va pas aimer qu'on dérouille sa girlfriend et qu'il va sévir – et en effet. Bizarrement, alors qu'on l'a vu tout à l'heure s'arracher quatre ou cinq dents, il semble maintenant en avoir deux fois plus qu'un gland de modèle courant. Il fait également preuve d'une puissance vocale digne d'éloges. Il secoue des grilles en fer, il pète des cadenas, il remonte des couloirs : les racailles ne font pas les fiérotes, je vous prie de le croire. Quant à Hélène, on l'a un peu perdue de vue.

À la soixante-douzième minute, le gland se tortore la blonde qui était avec les racailles, avant de niquer sa race à celui qui retenait Hélène prisonnière. Puis il commence à bouffer l'avant-bras d'Hélène, mais elle s'en fout puisqu'elle est enceinte et immunisée. (Les militaires de la base Noé ne donnent toujours aucun signe de vie.)

Ah ! ben si, justement : pendant que j'écrivais la phrase précédente, la radio se met à graillonner : « Ici base Noé… évacuation prioritaire confirmée… je répète : ici ba… » J'ai l'impression que toutes les racailles ont calanché et qu'il ne reste que le gland qui poursuit Hélène qui essaie de lui échapper : ça peut durer un moment…

Finalement, Hélène parvient à sortir par une espèce de soupirail pour aller courir dans la neige. Hélas le gland la rattrape, c'est l'horreur…

Mais alors, là, miracle de l'amour : il tombe à genoux devant elle et lève ses bons yeux écarlates vers son visage d'ange (un peu maculé de sang et de glaires diverses, tout de même), en pleine extase. Puis son appétit reprend le dessus, mais Hélène l'envoie dinguer dans un gros rouleau de fil de fer barbelé : ça lui fait vachement mal. Hélène a l'air toute désolée, mais elle plante quand même un gros tuyau dans la trachée artère de son fiancé qui l'aime : le gland est mort, l'hélicoptère arrive, Hélène pleure (c'est les nerfs). Les militaires de la base Noé tuent tous les mutants cannibales qui viennent de surgir d'on ne sait où, puis ils posent leur hélico et embarquent Hélène (qui est, rappelons-le, enceinte, mordue et immunisée). Elle sourit, passe la main sur son ventre ; et on entend les battements de cœur de son fœtus.

Après, c'est fini.

Ah ! une dernière chose : le réalisateur s'appelle David Morley. Si d'aventure il sort un nouveau film, pensez à ne pas aller le voir.

dimanche 3 mars 2013

Quand un Laurent en reçoit un autre…


Je n'ai pas, hier soir, regardé l'émission de Laurent Ruquier recevant Laurent Obertone. Pas eu le courage d'assister à ce que je pressentais. Georges, lui, l'a eu, ce courage. Il en a fait un billet magistral qui commence comme suit :

« Pauvre Obertone ! Il a été assez mauvais, il faut bien le reconnaître, même si on ne lui jettera pas la pierre, car on est bien conscient de la difficulté de l'exercice. Face à un Aymeric Caron bavant de haine, à une Natacha-Polony-comment-il-est-mon-profil qui a montré, une fois de plus, à quel monde elle souhaitait appartenir, et à tous les semi-débiles présents sur le plateau du clown institutionnel, il n'avait pratiquement aucune chance de s'en tirer. Les pour-qui-tu-roules et les d'où-tu-parles ont été jetés en grêle depuis les mâchicoulis du Spectacle sur celui qui n'émettait guère que des ultra-sons pianissimo, il fallait s'y attendre, et jusqu'au : « Laurent Obertone, êtes-vous utile à la société ? » (bis) du comique de service. Ces gens sont des salopards de gros calibre. On a beau le savoir, ça fiche toujours un coup au moral de toucher du doigt leur absence totale de morale. Chiens. »


Et on se prend, malgré son bon fond et son excellente nature, à souhaiter à tous ces satrapes de beaux petits cancers bien rapides et, si possible, douloureux.

vendredi 11 janvier 2013