lundi 13 avril 2009

Les jours de repassage dans la maison qui dort...

Si vous avez droit à un billet, en cette matinée pascale, c'est uniquement parce que c'est le jour de repassage de l'Irremplaçable – hier, c'était le mien : voir photo prise sur le vif. J'ai bien conscience que cela mérite un semblant d'explication, je vais donc le fournir.

D'abord, une précision, afin de faire taire les couinements des féministes et les piaillements de leurs mâles collabos : c'est peut-être Catherine qui se tape le repassage, mais c'est moi qui suis allé chercher le pain. Ah ! ça vous la coupe, ça, hein ? Au retour de cette méritoire expédition en zone peuplée et commerçante, nous avons repris un petit café, elle et moi, devant la porte ouverte (à cause de la fumée de nos cigarettes, mais aussi pour vérifier si l'autre conne de tourterelle était toujours occupée à couver dans le tilleul : cela fait un mois qu'elle réchauffe des oeufs censés éclore au bout de 14 jours...). Et c'est là que, pleine d'un hallucinant courage, l'Irremplaçable m'a annoncé tout de go (elle fait très bien le tout de go) qu'elle était décidée à aller porter le fer dans le tas de linge propre mais considérablement froissé (froissé de son dédain prolongé, je suppose). Vous ne voyez toujours pas le rapport ? Ça vient, ça vient ! De toute façon, il n'y a rien d'autre à lire dans toute la blogosphère ce matin, à part les habituelles ratiocinations des rebelles de confort. Il y en a même un qui, armé d'un chausse-pied et d'un cric, tente de faire entrer la Turquie dans l'Europe : on ne dira jamais assez l'ennui qui saisit le gauchiste institutionnel lors des longs week-ends pascals – voire pascaux.

Bref, n'écoutant que la solidarité conjugale qui m'anime sans cesse, j'ai annoncé ma participation à la corvée sus-évoquée. N'allez tout de même pas vous imaginer une partie de repassage à quatre mains : ce serait dangereux ; et puis, il n'y a qu'un fer. Non, le truc c'est que la planche se trouve dans l'annexe, dite encore La Case, voire La Maison du nègre, les soirs de prurit naziforme. Donc, j'ai décidé de venir m'installer à ce clavier, afin de réjouir l'Irremplaçable par ma précieuse présence et mon joyeux babil – ou plutôt par la disponibilité de mon oreille au sien.

Seulement, quand on est devant un clavier, si on ne veut pas avoir l'air trop con, il est préférable de taper sur les petites touches qui le composent ; sont même, en quelque sorte, sa raison d'exister. Et c'est ce que je fais, bien décidé à faire durer ce billet aussi longtemps que le tas de linge de l'Irremplaçable – ce qui explique la considérable vacuité intellectuelle de ce que vous êtes en train de lire. Rassurez-vous, l'Irremplaçable vient d'annoncer : « J'ai presque fini, de toute façon. » Vous ne devriez donc plus souffrir très longtemps. D'ailleurs, comme il faut encore que je relise le tout, pour essayer de laisser moins de fautes de frappe que cette feignasse de Nicolas (et hop ! pas de lien !), je pense que nous pouvons raisonnablement en rester là.

Je vous donne rendez-vous ici même, lors de la prochaine séance d'aspirateur ou de lavage des carreaux.

dimanche 12 avril 2009

Entre deux “o” (choisissons le moindre)...

Ça y est : j'ai mon fan club ! Prometteur, bien que je n'aie pas encore trouvé la cave...

samedi 11 avril 2009

De quelques lectures improbables

Il y a quelques jours, l'Irremplaçable est revenue de chez le marchand de feuilles de chou avec ça. Je ne sais pas si elle comptait aviver ma paranoïa décliniste, la pousser à bout par une élémentaire curiosité scientifique, me faire basculer définitivement dans la folie réactionnaire ; toujours est-il que je me suis plongé dans ce numéro, où j'ai trouvé un bon nombre d'articles fort intéressants (on peut consulter le sommaire, pour se faire une idée), et il m'en reste encore un bon tiers à lire : j'ai dû m'interrompre pour me plonger dans la lecture du SAS de ce mois-ci, qui traite de la collusion entre les pirates somaliens et les talibans qui infestent cette région du monde, totalement dévastée – le tout pour de strictes raisons professionnelles, puisque je prépare une série de quatre doubles-pages pour FD, avec le señor de Villiers (Gérard, pas l'autre). Eh bien, on me croira ou non (je m'en contre-pignole), mais les romans de cette série sont toujours aussi bien fichus. Notamment celui se passant en Inde et intitulé Tuez le dalaï-lama ! J'ai l'impression, lisant cela, d'avoir de nouveau 15 ans...

Bon, je vous laisse : j'ai encore une poignée de talibans à massacrer, plus deux ou trois civilisations à faire disparaître...

On dit “cap” à l'handicap ?

Depuis trois jours, l'affichette est placardée dans les ascenseurs de la digne entreprise qui me fait survivre. Elle émane d'une “mission handicap”, elle-même dépendant de la DRH. Elle commence comme suit :

Parce que l'insertion professionnelle des personnes en situation de handicap est l'affaire de tous...

On constate, dès l'abord, que le mot handicapé est lui-même devenu trop lourd à porter pour nos frêles épaules de bisounours. Plus de handicapés, donc : juste des personnes en situation de handicap. (On suppose qu'il s'agit de handicapés physiques car, pour ce qui est des handicapés mentaux, nous sommes déjà largement pourvus.) Arrive ensuite LE slogan, pour lequel ç'a dû brainstormer à donf :

... devenez un correspondant qui dit “cap” à l'handicap !

Nous vivons donc dans un monde où, pour tenter d'attirer notre attention sur une question quelconque, il est devenu obligé de s'adresser à nous comme à des mômes débiles, à coups de slogans dénués du plus petit commencement de sens. Et l'on notera au passage que, d'une ligne à la suivante, ce malheureux handicap a perdu son h aspiré. Je suppose que les débiles prétentieux et festifs qui torchonnent ce genre de proclamations doivent servir des z'haricots aux z'handicapés. Et leur faire payer le tout vingt z'euros, pendant qu'on y est.. La fin est à la hauteur du reste :

Jeudi 14 mai 2009, nous organisons une première journée de formation des “correspondants handicap”.

Je pense que je vais y aller : on va sûrement évoluer dans le grandiose.

jeudi 9 avril 2009

La Nuit des zombis au Kremlin-Bicêtre

Quand on tape “La Comète + Kremlin-Bicêtre” dans Goux gueule, puis qu'on clique sur “images”, on tombe sur cette monstruosité, à gauche, (évidemment à gauche, eh, banane !), que j'ai longuement hésité à vous infliger – mais je sais que vous saurez être forts. On trouve d'ailleurs d'autres photos surprenantes, celle de soeur Emmanuelle n'étant pas la moins. Tout cela était pour illustrer mes brèves du jour.

Première brève : ce matin, à la préfecture d'Évreux, après une visite médicale de quatre minutes et demie, je me suis vu accorder un nouveau permis de conduire provisoire d'un an. Joie, bonheur et carambolages.

Deuxième brève : l'Irremplaçable étant à Paris aujourd'hui (moi aussi, évidemment), nous avons envisagé la possibilité d'aller écluser quelques bières avec Nicolas et Tonnégrande où-vous-savez. Au départ, on voulait leur faire la surprise d'une arrivée impromptue. Puis, je me suis dit que c'était peu prudent, car La Comète est un repaire de blogueurs institutionnel : parmi ceux-là se trouvent quelques-uns avec qui je n'ai guère envie de me rencontrer (et encore plus réciproquement, du reste). Échange de mails avec le chef du praesidium suprême, donc : c'est bon, la voie est libre de tout gauchiste, la peste brune peut venir s'en jeter une ou deux avec Madame. Pour éviter les relents nauséabonds que je traîne après moi, je pense que nous resterons en terrasse.

Si vous n'avez pas de nos nouvelles demain, ce sera que, sachant où nous coincer, l'Irremplaçable Fraülein et moi, le politburo aura effectué une descente (mais pas du même genre que la nôtre), afin de nous rapatrier à la Loubianka. Je sais, on prend des risques insensés.

mercredi 8 avril 2009

Je m'en fous, les cailleras sont avec moi !

Après ça, il s'en trouvera encore pour m'accuser d'être raciste et anti-jeunes...

Pour Nicolas : non, la bouteille d'eau n'a pas été placée là uniquement pour la photo !

Palinodie, Doudou, dis donc !

Après Lomig, Criticus ! Ce matin, il ne reste plus, pour faire partie du déjà fameux réseau Renovatio occidentalis, et à l'exception de l'excellent Opus XVII, que des blogs qui penchent en effet d'un côté où je ne souhaite pas aller. Par conséquent, « je me retire à mon tour », comme disent les étalons épuisés en plein milieu du gang bang. Tout en déplorant que ce mouvement de retrait se soit effectué dans la précipitation, et comme sous l'injonction et les menaces à peine voilées des procureurs de la vertu agissante.

Didier Goux prend donc à nouveau ses aises tout seul : retour au statu quo ante – et les vaches sacrées continueront d'être bien gardées.

mardi 7 avril 2009

Le déclin ne devrait pas tarder à se redresser

Barack Obama face au roi d'Arabie saoudite. God bless America.
Pendant ce temps, Nicolas S. a le sourire : il domine d'une tête.

Ne vous dérangez pas, je ne fais que passer

C'est ce qui s'appelle ne pas s'attarder.
J'aurai été “libre, humaniste, critique” durant moins de deux semaines, puisque je viens tout juste de quitter le réseau LHC, qui fait tant parler de lui depuis quelques lunes. Mon départ n'a rien à voir, du reste, avec je ne sais quel désaccord de fond qui aurait pu survenir ; c'est plutôt une sorte de dommage collatéral.

Plusieurs blogueurs de LHC, qui étaient également devenus membres de Renovatio occidentalis, ont cru bon de quitter ce nouveau réseau du jour au lendemain, avec la précipitation échevelée que l'on met à s'extraire d'un cauchemar à tendance gore. Parce que, soudain, de bonnes âmes bien intentionnées ont fait planer sur leurs têtes l'ombre brune du fascisme latent. Quelques commissaires du peuple leur ont fait comprendre, la mine paterne mais l'index levé, qu'on n'avait rien contre eux pour le moment, mais que, s'ils persistaient à avoir de mauvaises fréquentations, ils pourraient bien se retrouver dans la gueule du BOA, le bureau d'observation antifasciste. – Ils ont donc obtempéré.

Qu'on me comprenne : il est donné à tout le monde de changer d'avis, de réviser son jugement, de revenir sur un premier geste, etc. Mais pas si vite, pas le lendemain même du jour où l'on réaffirmait son soutien plein et entier au groupe que l'on venait de rejoindre – et, surtout, pas au milieu du concert des piaillements vertueux : question, sinon d'élégance, du moins de timing.

Les brebis galeuses repenties ont été accueillies à bras ouverts dans le nid libéral (quoi ? des brebis dans un nid ? mais il est idiot, ce billet !), et chaudement félicitées de leur lucidité retrouvée : tout rentrait dans l'ordre, on allait pouvoir se rendormir, sous les coups d'encensoir des camarades d'en face, les petits météorologues idéologiques.

Alors, à pas feutrés, pendant que tout le monde dormait et souriait d'aise dans son sommeil, j'ai quitté la chambrée.

lundi 6 avril 2009

Ainsi vont ensemble jeunes gens et hommes d'âge...

Les jeunes gens – 25, 30 ans... – sont très souvent flattés lorsque les hommes d'un âge pour eux paternel adoptent, leur parlant, ce ton d'aimable connivence, cet allant-de-soi, ce plain-pied viril qui, le temps que dure la conversation, les élève au-dessus de ce qu'ils croient être – ne venez pas me dire le contraire : j'ai été ce jeune homme, même si je m'emploie à en effacer les traces. Cette fraternité naturelle, qu'ils perçoivent nettement mais sans bien se l'expliquer, leur semble un signe d'élection, la preuve indubitable qu'ils ont bien laissé derrière eux l'enfance qu'ils pensent encore leur coller aux sourires et aux paroles. Cette sorte de “ Entre ici, Jean Moulin ! ” leur paraît en effet une porte s'ouvrant à deux battants – et il n'y a plus qu'à y aller, en franchir le seuil.

Ces jeunes gens ont tort, et ils le sauront dans peu de temps : pas besoin d'argumenter. C'est juste qu'ils croient que ces 25 années qui les séparent de l'homme d'âge existent à double sens – or, il n'en est rien. Le quinquagénaire souriant, tutoyant, volontiers gouailleur n'est ainsi que parce qu'il a toujours 25 ans : il parle d'égal à égal, s'adresse naturellement à un camarade ; il ne voit pas le fossé au rebord duquel il va, un soir ou l'autre, trébucher. Il est seul à ne pas le distinguer, peut-être parce que ses yeux, eux, ont réellement leur âge. Il plaisante, plastronne, jongle avec les paradoxes, retombe sur ses pieds, sans voir qu'il le fait de plus en plus lourdement, et pour peu de temps.

Le malentendu est total, les rires fusent et réchauffent. Il se croit sur la piste du cirque, le fouet à la main : il est déjà dans l'arène ; l'orchestre se tait sans qu'il s'en aperçoive. Il a trente ans, comme tout le monde, car le monde a trente ans, il n'en démordra pas.

En fait, il en démordra, dès que ses dents le lâcheront, une à une ou en bloc ; et les chicots de l'homme d'âge ne serviront même pas de porte-bonheur aux jeunes gens - déjà plus si jeunes, mais l'ignorant encore.

Et cela suffit.

Les titres de noblesse de Floréal

Ma blogroll se féminise ! Il faut savoir faire révérence et rendre un hommage-lige aux nouvelles toutes-puissantes de chez Wikio. Elle – ma blogroll – n'a d'ailleurs jamais été particulièrement masculine. La nouvelle arrivée s'appelle Floréal, elle a à mes yeux deux titres de noblesse : d'une part l'un de ses commentaires a été censuré par Mademoiselle S ; d'autre part elle vit en Toscane, ce qui fait bien rêver l'imbécile sédentaire que je suis.

Pour agacer un peu Olivier Porret...

Bon, Olivier, je ne vous mets pas en lien : m'étant désinscrit depuis trois ou quatre mois de chez wikio, il paraît que ça ne servirait à rien (ce qui est aussi une manière de réponse indirecte aux allusions mesquines de Scheiro, m'accusant de faire de la provocation uniquement pour grimper dans le classement en question ; bref...).

Donc, mes bons amis, ce matin, je devais affronter une pré-épreuve : passer au laboratoire y récupérer mes résultats d'analyses sanguines, en vue de mon renouvelement de permis de conduire, à la préfecture ébroïcienne, jeudi. Sortant de l'officine, j'ai évidemment fait comme tout le monde placé dans ce cas : sans attendre d'être de retour à la maison, j'ai fébrilement déchiré l'enveloppe, et ma pupille dilatée par l'appréhension a filé droit vers la ligne de ces foutus gammas GT.

Pour les non-initiés, rappelons que la "fourchette" de l'acceptable se situe entre 11 et 55 (dans mon labo en tout cas). Il y a six mois j'affichais 95, ce qui était passé comme une carafe de rosé frais en terrasse auprès des autorités compétentes. Là, divine suprise, n'ayant bien entendu fait aucun effort pour cela, je vois scintiller le divin nombre de 62.

Je me suis dit que c'était encore la meilleure réponse que je pouvais fournir à toutes les petites fiotes fielleuses qui, depuis quelques jours, m'accusent d'être alcoolique sur tout ce qui peut se présenter comme blogs vertueux.

Olivier, on va s'en jeter un ?

dimanche 5 avril 2009

Hier, c'était déjà demain – comme aujourd'hui

Aux trois gros...

« Je lisais dans Critique l'analyse d'un ouvrage du professeur américain James Burnham. Selon lui, si la société capitaliste s'écroule (ce qui saute aux yeux), les faits prouvent qu'elle ne sera pas remplacée par une société socialiste, mais par une société fondée sur l'exploitation de l'homme au profit d'une classe dominante. Quelle classe ? Ce n'est point le lieu d'entrer dans ce débat ; mais que la question soit posée suffit à nous rendre sensible ce dépassement de toutes les notions sur lesquelles nous avons vécu. Sans oser se le formuler, combien de jeunes gens le sentent, moins attirés par une doctrine définie, par un idéal de justice, que par le mouvement, par un élan. Ils ne cherchent plus une vérité abstraite, mais l'assurance d'être accordés aux flux de l'Histoire. Et que leur importe l'aboutissement ! La condition humaine sera ce qu'elle sera. Ce Maurice Sachs dont on publie les Mémoires écrit qu'il a toujours cru que l'esclavage devait être un état délicieux. Ce mot pourrait être repris aujourd'hui sur un autre plan par ces garçons que je connais, suant d'obéissance, qui se surveillent les uns les autres, déjà dressés à faire la police des esprits. »

François Mauriac, janvier 1947.

samedi 4 avril 2009

Les trois gros du politburo

Ce matin, en m'éveillant, j'ai tout de suite éprouvé une sensation de gêne, comme si quelque chose d'inhabituel entravait mes mouvements. Et puis, j'ai compris : c'était l'uniforme d'officier nazi que j'avais enfilé avant de me mettre au lit. Car, depuis hier, le tenancier de ce blog a muté en gestapiste : ainsi en a décidé le politburo de la blogosphère. Tout frétillants à l'idée de reprendre la lutte contre la bête immonde, nos trois Pieds nickelés se sont donc réunis dès potron-minet afin d'organiser la résistance à ce nouveau tsunami vert-de-gris.

Il faut dire que le péril est de taille, comme on s'en rendra compte en allant lire la charte de ce nouveau groupe de blogueurs, dont je me flatte de faire partie : Mein Kampf, à côté, c'est La Petite Maison dans la prairie. Du coup, ça valait la peine de s'y mettre à trois, et c'est ce qu'ils ont fait : quand le fascisme est en marche, on ne lésine pas sur les moyens. La première mesure qu'ils ont prise fait frissonner d'admiration tant elle est radicale : suppression de tous nos noms maudits dans la blogroll des Trois petits cochons : on ne rigole plus, je vous le dis ! Et, pour la peine, aucun lien : il ne s'agirait pas de nourrir le ventre-encore-fécond...

L'un des trois Mousquetaires, avec une mâle tristesse qui serre la gorge, dit son espoir de pouvoir encore sauver le soldat Lomig, mais il ne nous cache rien de son scepticisme : c'est beau comme du Hemingway.

Je suppose que, dans les jours à venir, on va nous accuser de tous les maux. Cela a du reste déjà commencé, chez les Trois lanciers du Bengale, mais aussi chez Nicolas : les commentaires sont à la fois édifiants et forts drôles. On les sent tellement frétillants, tous ces petits soldats, ces mini-Drogo scrutant le désert des Tartares, l'arme au pied, attendant virilement les déferlantes de la peste brune. Rien de tel, pour resserrer les rangs de nos brigadistes internationaux, que six ou sept blogueurs se regroupant en une ligue séditieuse – et nauséabonde, forcément nauséabonde.

D'ailleurs, je compte proposer bientôt à mes camarades de Renovatio occidentalis que nos congrès annuels aient lieu à Nuremberg, pour le folklore. Et on s'empiffrera de strudel. Notre future devise ? Strudel for life !

jeudi 2 avril 2009

Le film de la crise (pour rire un peu)

Le voleur de stock-options

par Vittorio De Sicav

Goitre et multiplier

L'été dernier, François (mon rédacteur en chef) et moi nous étions fait un ami. Ou une mascotte. Un gimmick. C'était un moineau affligé d'un goitre que nous voyions – et nourrissions – lorsque nous allions nous abreuver déjeuner à L'Ambiance d'à côté. Puis, l'hiver est arrivé (comme chacun sait), la terrasse a fermé ses volets (les joyeux triolets, etc.), nous-mêmes nous sommes rapatriés à l'intérieur de l'établissement ; et les moineaux ont pris leurs quartiers.

Depuis quelques semaines, que le temps est redevenu propice au vin café en terrasse, François et moi cherchions notre ami goitreux des yeux : nulle trace. Face à cette absence, François se montrait plutôt optimiste (c'est normal : parti de rien, il est devenu rédacteur en chef, ça colore forcément la vie d'une certaine façon), tandis que je cédais au pessimisme (parti grouillot, grouillot je demeure : ça colore aussi, mais différemment).

Hier matin, l'Irremplaçable et moi fûmes boire un café en terrasse, à cette même Ambiance. À deux table de la nôtre, une vieille dame, bourgeoisement vêtue, nantie d'un chien yorkshire – elle nous tourne le dos. Nous observons la ronde des piafs picorant les miettes de croissant de nos prédécesseurs. À Catherine, me voyant tourner la tête dans tous les sens, j'explique : « Je continue à chercher notre préféré... »

À ce moment, la vieille dame pivote sur elle-même, me regarde et demande : « Vous parlez du moineau goitreux ? »

Une confrérie secrète venait de prendre forme.

mercredi 1 avril 2009

Éloge (raisonné) des Croisades

Urbain II est à Clermont, en cet an de grâce 1095. Il a la malchance, arrivant quelques siècles avant sa fondation, de ne pouvoir aller dîner à l'hôtel Radio. Mais il a d'autres atouts dans sa manche papale pour faire parler de lui. Il va déclencher la Première croisade – il n'est pas peu fier de son idée ; il a raison.

Il ne sait pas encore que, neuf cents ans plus tard, de petits crétins boutonneux (boutonneux ou non : c'était pour faire tableau) le traiteront de nazi ; de toute façon, il s'en branle, il ne sait pas ce qu'est un nazi (les boutonneux à peine plus, mais ils sont de l'autre côté du temps, ça aide).

Quoi qu'il en soit, il ne comprendrait pas, Urbain, ce qu'on lui reprochera plus tard. Il serait sûrement apte à essayer d'entendre, mais, même aujourd'hui, les criailleries anti-chrétiennes sont, de ce point de vue, parfaitement inaudibles. Ça agite les bras et les mandibules,, ça ricane et bave comme dans les tableaux de ce peintre futuriste nommé Jérôme Bosch. Ça se tord dans les flammes de la Géhenne en pensant inventer le paradis sur terre. Ça peut amuser.

Urbain s'en fout, il sait parfaitement ce qu'il veut, et il sait qu'il a raison de le vouloir : voilà quatre petits siècles, autant dire hier, d'hirsutes bédouins venus d'Arabie, au nom d'un faux dieu entièrement pompé sur le sien, mais débarrassé opportunément de toutes ces sottises empêchatoires (joue gauche tendue, amour du prochain, etc., des conneries...), ont conquis le Saint-Sépulcre et l'ont saccagé, pour installer à la place leurs tentes et leurs chameaux, leurs femelles innombrables et silencieuses, leurs stands merguez-frites (anachronisme à vocation comique).

Urbain voit mal au nom de quoi il devrait s'agenouiller devant ces profanateurs de tombeau christique. Si l'on en croit l'évangile de Matthieu, Jésus a prétendu être venu apporter le glaive ? Parfait : on en a, on va leur montrer ce qu'on sait en faire. “Sus aux barbus !”, lance-t-il, en substance (très en substance). Évidemment – ne prenons pas Urbain pour un con –, il sait parfaitement que le tombeau du Christ ne serait pas suffisant pour faire bander les soudards dont il a la garde. Donc, il leur explique qu'il y a, chemin faisant, de la thune à se faire ; ils le comprennent et partent – en braillant comme des crétins et en tirant tout ce qui bouge aux haltes vespérales.

Finalement, après de belles victoires sur les envahisseurs de Palestine (anachronisme voulu), dont nous devrions être fiers, ils finiront par échouer et par replier les gaules : trop loin de leurs bases, sans doute. Et puis, qui aurait l'envie de s'établir à Damas ou à Bagdad quand il a son fief, sa gonzesse et ses petits héritiers du côté d'Angers ou de Toulouse ? Il faudrait être nase...

Les armées chrétiennes, après avoir simplement voulu récupérer ce qui légitimement était leur, se sont repliées vers l'Occident. Les Croisés de la vraie foi sont revenus vaincus – cela arrive, il en faut bien –, mais fiers de l'oeuvre accomplie, tout de même. Cependant, bientôt, insidieusement, le ver de la défaite s'est mis à les ronger. Patiemment, lentement – très lentement.

Lorsqu'ils furent morts depuis très longtemps, leurs descendants (et le mot est judicieux) firent mine de se lever. En vérité ils s'agenouillèrent. Ils crièrent plus fort que leurs vainqueurs, ce qui leur permit de croire eux-mêmes à cette invention qui faisait rire tous ces peuples inconnus d'Urbain : la fraternité universelle. La fraternité eut lieu, en effet ; elle se répandit telle une onde de choc, marquant l'entrée d'un hiver probablement définitif.

De cela aussi, Urbain se foutait : il était mort depuis exactement dix siècles et dix ans ; un 19 juillet. Jour où la République espagnole appela à la levée des armes contre les troupes du général Francisco Franco y Bahamonte, lequel avait la veille franchi le détroit de Gibraltar à la tête de la Legiòn extranjera – mais Urbain s'en foutait.

Aussi raide que son gisant supérieur, il rêvait à une nouvelle croisade, d'un genre différent, une croisade interne ; il essayait de savoir où et devant qui il allait pouvoir la prêcher. Immobile comme marbre, il se demandait s'il était encore temps.

Onc n'avais fait ce rêve étrange et attristant

J'étais à la Comète, mais ça ne ressemblait pas à la Comète, c'était plus grand, plus clair et il y avait davantage de monde. En fait, c'était un bar-restaurant de campagne ; de village, plutôt, et dont je savais qu'il se trouvait dans le Gard. Lorsque le rêve a commencé, je buvais une bière au comptoir. Les gens qui circulaient autour de moi m'étaient à la fois familiers et inconnus, je n'étais précisément avec aucun mais me sentais bien au milieu d'eux.

Brusquement, Nicolas a fait son apparition. Il m'a regardé avec un petit sourire narquois et m'a dit quelque chose comme : « Vous, vous avez l'air saoul : vous devriez peut-être faire une pause dans les bières... » Et, instantanément, comme si sa parole commandait à la réalité, je suis en effet devenu très saoul, mais d'une ivresse étrange, partielle, concentrée dans les yeux, qui se sont mis à gonfler et à durcir, tels des kystes. J'ai tout de même commandé un autre demi, plus par défi que par réelle envie de boire, il me semble.

Au même moment, il est apparu que nous étions plusieurs à être invités à dîner par un homme d'un certain âge, qui pourrait être le vieux Jacques mais ne lui ressemblait pas. Il m'a précisé que c'était lui qui payait tout, qu'il avait choisi lui-même le menu (il m'a même indiqué ce que nous allions manger, mais je l'avais oublié au réveil), et que l'on était en train de préparer la salle.

Réapparition de Nicolas qui me dit, sur un ton protecteur, presque paternel, en me désignant une table : « Nous allons nous installer ici, en attendant... » C'est à ce moment, m'asseyant où il me dit, que je constate que nous sommes maintenant sur une terrasse à ciel ouvert, mais ceinte de murs sur trois côtés ; et il y a un arbre : une terrasse de village. C'est aussi à ce moment qu'elle apparaît dans le rêve.

Elle, c'est la serveuse. Elle est brune, très jeune, et me paraît miraculeusement belle, bien que, dans le même temps, je ne trouve rien de particulièrement remarquable à son visage. Ce n'est pas un “canon” non plus. Ce qui la rend incroyablement attirante, c'est qu'elle est aimable, au sens le plus essentiel, absolu du terme. Et aussi aimante : il me semble qu'elle est également précieuse à toutes les personnes présentes, et que chacune d'elles doit avoir la même certitude que moi, que cette serveuse tombée de nulle part est là uniquement pour elle, sans en ressentir la moindre jalousie vis-à-vis des autres, comme pour une sorte de mère nourricière et surnaturelle. Elle s'assoit sur la chaise libre à ma gauche. Elle explique, à je ne sais à qui : « C'est bien d'être de repos : on peut s'installer en sachant qu'on ne sera pas dérangé... »

Pendant ce temps, l'ivresse qu'a en quelque sorte créée Nicolas gagne du terrain, se concentrant de plus en plus dans mes yeux, énormes et saillants. J'en arrive au point où le gauche est totalement fermé : pour écarter les deux paupières, je dois m'aider du pouce de la main gauche et de l'index de l'autre, comme il arrive parfois, lorsqu'on se réveille affligé d'un compère-loriot. Mes efforts pour accomplir cet acte ridicule font rire mes voisins de table – lesquels restent dans l'ombre, ou plus exactement hors du champ de plus en plus réduit de ma vision. Et une sorte de désespoir mêlé de fatalisme m'envahit, juste avant l'interruption du rêve. Je me rends compte que je vais causer une grande déception à la jeune serveuse brune (qui ne rit pas avec les autres), qu'elle va s'éloigner définitivement de moi, par ma seule faute – et ce, sans que le rêve ne se soit à aucun moment teinté de la moindre coloration érotique, sensuelle ni amoureuse.

Je me réveille à cet instant. Durant la seconde (la fraction de seconde ?) où j'affleure à peine à la conscience, je suis dévasté par une violente et irrémédiable tristesse, à l'idée que, demeurée prisonnière du rêve, la jeune serveuse brune, sans prénom, pratiquement sans corps et sans visage, est à jamais perdue, non seulement pour moi qui l'ai en quelque sorte créée, mais aussi pour tous les autres hommes.

Enfin, je m'éveille tout à fait ; la tristesse affreuse disparaît instantanément. Mais, durant encore près d'une minute, et alors que je suis rigoureusement sobre depuis plusieurs jours, je vais ressentir à l'intérieur de ma tête les effets cotonneux, quoique très amoindris, de l'ivresse signalée par Nicolas dans le rêve, et dont une infime partie semble avoir réussi à franchir les portes en même temps que moi.

mardi 31 mars 2009

Les guillemets dans les guillemets dans les guillemets (exercice d'assouplissement sémantique)

Le maniement de la langue française, surtout si on tient à n'avoir d'ennuis ni à se fâcher avec personne, risque de devenir d'un maniement de plus en plus délicat, à force de faire dire aux mots autre chose que ce qu'ils signifiaient encore hier matin.

Comme je me moque de me brouiller avec qui que ce soit, et pour rester fidèle à une réputation désormais si bien établie qu'elle en devient inchangeable, je vais illustrer mon propos avec une expression métaphorique si bien ancrée désormais qu'elle devrait bientôt accéder au statut de catachrèse : Les jeunes des quartiers.

La première surprise, il me semble, dans cette expression, est provoquée par ce “des”. Les jeunes DU quartier, tout le monde comprend depuis toujours : ce sont les moins de vingt ans, en gros, qui vivent dans l'un des trois pâtés de maisons dont fait partie votre propre gourbi. Pour réduire l'étrangeté de ce pluriel, signaler qu'il commence à se produire des glissements sémantiques non dénués d'intérêt, il vaudrait donc mieux écrire : Les jeunes "des" quartiers. Bien.

Mais alors, on se met à soupçonner que cette pluralité transforme notre bon vieux quartier en autre chose, dans laquelle la proximité n'a plus sa place première. On subodore – et l'on nous confirme – que le quartier, soudain, peut aussi bien se trouver à Villeurbanne qu'à Torcy, à Marseille qu'à Strasbourg, et n'en rester pas moins un quartier, ou pour mieux dire : l'un "des" quartiers. Par conséquent, afin de souligner cette spatialisation de l'ancien quartier, il nous semble plus prudent d'écrire dorénavant : Les jeunes "des" “quartiers”.

Restent les jeunes. À partir du moment – et nous sommes à ce moment - où l'on a compris que la juvénilité n'avait à peu près plus rien à voir avec la dénomination (la police a interpellé, il y a quelque temps de cela, un jeune de 32 ans...), mais que le terme faisait plutôt référence à des activités commerciales délictueuses, des "situations d'échec scolaire" (tiens, encore des guillemets !), des lancers de boulons sur des pompiers en mission, etc., on se dit qu'une modification typographique supplémentaire s'impose. On écrira donc : Les «jeunes» "des" “quartiers”.

Une autre école typographique post-moderne propose l'orthographe djeune pour le mot jeune, par référence toute approximative à l'accent qui se développe dans "les" “quartiers”. Ce qui nous donnerait alors : Les djeunes "des" «quartiers». Pour notre part, nous adopterons désormais la graphie suivante, plus englobante : Les «"“jeunes” des" quartiers». Mais, bien entendu, chacun fera comme il l'entend : l'important est de continuer à se comprendre.

La semaine prochaine, nous étudierons lees rôles respectifs du tiret, de la parenthèse et de l'italique dans le conflit israélo-palestinien.

lundi 30 mars 2009

On aura beau dire, c'était autre chose...

L'un des avantages, lorsqu'on passe une journée et une soirée sobres (avec l'absence de gueule de bois, le fait d'échapper à la honte du lendemain en relisant certains de ses propres commentaires...), c'est qu'on ne s'endort pas devant la télévision. Ce qui tombait bien, hier soir, puisque la chaîne TCM propose tous les dimanches une "intégrale Cary Grant" : trois films dont nous regardons toujours le premier, parfois le second. Hier, je me suis accordé la totale. Demandez le programme ! Voici :

20.45 : L'Impossible Monsieur Bébé, de Howard Hawks (1938) ;
22.30 : Gunga Din, de George Stevens (1939) ;
0.30 : Vacances, de George Cukor (1938).

Mille pardons, mais j'ai la flemme d'aller chercher les titres originaux – mis à part pour le dernier qui se nomme Holidays. Évidemment, pris en tenailles entre Hawks et Cukor, le pauvre Stevens n'a pas la partie facile. D'autant moins que Cary Grant ne semble pas particulièrement à son aise dans cette histoire de thugs, de déesse Kali et d'empire des Indes. Comme je n'ai jamais trouvé que Victor McLaglen était un acteur phénoménal, et encore moins Douglas Fairbanks Jr, et qu'en plus le scénario, invraisemblable et bancal, hésite constamment entre l'épique, l'exotique et le burlesque, on regarde le résultat sans ennui ni passion – on peut même aller se rechercher un carré de chocolat dans l'arrière-cuisine sans manquer grand-chose.

Et puis, Gunga Din souffre d'un grave handicap par raport aux deux autres : il n'y a pas Katharine Hepburn. Je sais bien que l'expression “couple mythique” est galvaudée jusqu'à l'écoeurement, mais, là, franchement... Ils sont si parfaitement accordés, si emphatiquement faits l'un pour l'autre que les malheureux scénaristes des deux films d'ouverture et de clôture peuvent bien s'échiner à dresser des obstacles entre eux, le spectateur le plus ramolli de la bobine comprend dès leur première apparition conjointe que l'affaire est faite. Un peu comme quand vous collez Robert Mitchum et Marilyn Monroe sur le même radeau.

Je ne m'offrirai pas le ridicule de tenter une critique croisée de ces deux films, que chacun a vus au moins cinq fois. Simplement ceci qu'à ce stade d'excellence – et de différences entre les deux réalisateurs – il me paraît difficile, voire vain, de vouloir déterminer lequel on préfère à l'autre. Le film de Hawks est une comédie presque essoufflante à force de rythme, où le principal personnage est la folie douce qui manipule tous les autres comme des marionnettes ; à l'exception de Katharine Hepburn, aussi folle certes, mais jamais à la remorque.

Les Vacances de Cukor sont d'un humour plus fin, plus acidulé, pour ne pas dire acide. Malgré le happy end obligatoire, on ressort de ce presque huis-clos avec une impression de morosité persistante, Cukor nous amenant tout au bord du précipice logique, avant d'expédier la fin heureuse d'un coup de baguette auquel il semble nous sommer de ne pas croire. Et Katharine a rarement été aussi belle que dans ce film. Sauf peut-être dans la Philadelphia story, du même Cukor, et revue dimanche dernier.

Comme quoi, les soirées à l'eau minérale, ç'a ses bons côtés. À condition d'avoir Cary Grant et Katharine Hepburn chez soi.