lundi 3 août 2009

Les blancs ruisseaux de Chanaan

À Renaud Camus, maître des fenêtres.

Samedi soir, vers sept heures et demie, un vent violent s'est levé avec une soudaineté presque surnaturelle. Nous étions, l'Irremplaçable et moi, installés dans la salle dite “des pierres”, au premier étage du château de Plieux, attendant un hypothétique visiteur qui n'est jamais venu. Peu après, le ciel s'est couvert de gros nuages gris, avant de se faire si parfaitement lactescent que j'eus soudain l'impression d'être devenu l'un des aveugles dont parle José Saramago dans son roman, L'Aveuglement.

Car si les fenêtres permettent très souvent de voir le ciel, elles nous donnent rarement l'occasion de ne voir que lui. Or, c'est ce qui se produit lorsque l'on est assis dans le canapé de la Salle des Pierres. Si bien que, d'un coup, la fenêtre photographiée par Catherine s'est transformée en une sorte de rideau de scène, d'une extraordinaire densité lumineuse, mais dont on sentait bien qu'il ne pouvait s'ouvrir sur rien d'autre que lui-même, sur toujours plus de lui-même.

Quelques minutes plus tard, cette lumière presque métallique s'est nuancée de gris pâle, mais uniquement dans l'un des petits carreaux supérieurs, si bien que la fenêtre parut se faire tableau, s'offrant comme une reproduction inversée de la Stèle noire, ce quasi monochrome de Marcheschi dans lequel elle se reflétait – et où s'agitaient aussi les tentacules pétrifiés de l'invisible arbre mort.

Durant ce temps assez bref, le Calme bloc, sur son socle, nous observait de son sourire incertain, à demi dissimulé derrière son énigmatique et inquiétant masque lovecraftien, changeant et puis encore que sais-je.

dimanche 2 août 2009

Apéritif dans la Salle des pierres

Amicalement dédié à Pascale G. :
nous avons décidé de passer outre
les embûches et les chausse-trapes...

jeudi 30 juillet 2009

L'Œuvre des mers, d'Eugène Nicole (brèves notations sans suite)

L'Œuvre des mers, d'Eugène Nicole, est un livre fascinant. Composée de quatre parties, écrites entre 1983 et 2003, foisonnante de personnages, elle ne s'occupe finalement que d'un seul : Saint-Pierre-et-Miquelon, où l'auteur est né et a passé son enfance.

(Saint-Pierre est la petite île en bas de la photo. Au-dessus, on rencontre l'île de Langlade, reliée à celle de Miquelon par une sorte d'isthme artificiel appelé "la dune". Saint-Pierre compte 6500 habitants et Miquelon environ 300.)

Géographie minuscule, et donc universelle, L'Œuvre des mers est en outre un va-et-vient incessant entre différentes époques, et ce ressac temporel épouse celui de la mer, aussi dangereuse qu'indispensable à la vie des îliens. La composition du livre, l'écriture elle-même se plient aux nécessités de la géographie, et même à celles de la météorologie, thème sans cesse présent, tout au long. Une brume presque continuelle estompe les silhouettes, brouille les contours des multiples anecdotes enchevêtrées, les onirise. C'est un livre où la chaleur et le froid s'affrontent sans cesse, exactement comme le font le Gulf Stream et le courant du Labrador au large des côtes, créant précisément les brouillards tenaces. Mais le brouillard n'est pas l'ennemi. Il est attendu, espéré même, par Lucien et Clément, les deux frères de retour de leur exil volontaire. C'est lui qui unifie le tableau et fait que le poudroiement des anecdotes devient finalement l'Histoire, celle de tous.

Il faudrait aussi dire quelques mots sur l'effet de grande familiarité des lieux, que Nicole parvient à faire naître chez le lecteur, lequel n'a pourtant jamais mis les pieds à Saint-Pierre, pas plus qu'à Miquelon, ainsi que sur la poétique des noms propres (Le Cap des morts, la route d'Iphigénie, etc.) – mais j'ai la flemme de développer – qui sont évidemment une seule et même chose.

L'effet global est que ce bout-du-monde, recréé à distance, par la mémoire, en devient assez vite le centre : le reste de la planète perd de sa réalité, à mesure que Saint-Pierre acquiert la sienne.

Centre de ce centre, véritable nœud du livre, L'Œuvre-des-mers, le théâtre au rideau rouge, d'où sortent toues les magies et où reviennent tous les personnages. Y compris ce narrateur finalement assez proustien (Eugène Nicole enseigne la littérature française à l'université de New York, et il est un spécialiste de Proust), qui a en projet d'écrire un livre intitulé Juillet sans brumes. Car il y eut, nous dit-on, dans l'histoire de Saint-Pierre-et-Miquelon, un mois de juillet sans brumes – et on en parle encore.

mercredi 29 juillet 2009

Le Geai de Levallois-Perret

J'avais le choix entre aller déjeuner à la cantine (pardon : au R.I.E.) pour presque rien, et avaler un truc de pédé à L'Ambiance d'à côté pour beaucoup plus cher. J'ai naturellement choisi la seconde option, et ne cesse depuis de m'en féliciter.

Arrivant vers deux heures moins le quart, je constate que tous les cons encravatés et les perruches nichons-à-l'air sont en terrasse, je choisis donc l'intérieur. Le repas se passe sans incident, le quinoa passe normalement.

Soudain, par hasard, dehors, mes yeux avisent un gros oiseau, posé sur le dossier d'une chaise. Un geai ! Il n'y a guère d'oiseau plus fugitif, plus peureux que celui-ci, en principe. Mais, lui, il est là, perché, insoucieux des humains. L'une des serveuses va le chasser, il s'éloigne d'à peine deux mètres et revient se poser au même endroit. (Plus tard, le patron me dira qu'il a été obligé, une heure auparavant, de déplacer trois ou quatre connasses qui avaient peur de l'oiseau en question. Peur d'un geai : on en arriverait à leur souhaiter le cancer foudroyant ou, à tout le moins, la méchante descente d'organes.)

Je suis sorti, un morceau de pain à la main, afin de le lui émietter grossièrement. Il s'est saisi du plus gros morceau, est allé se poser sur une table, afin de le manger tranquillement. J'étais à un mètre cinquante de lui, il semblait se foutre absolument de ma présence, ce qui m'a fait penser qu'il devait s'être échappé d'une volière, et considérer les humains non comme des prédateurs mais plutôt comme des mangeoires ambulantes.

Son croûton de pain terminé, il a disparu. Jamais encore je n'avais vu un geai d'aussi près et aussi longtemps. Je suis bien content.

mardi 28 juillet 2009

Ma tendresse pour Franco (et son casque colonial, et son chien)

Il s'appelait Franco et il était Algérien ; ce qui, en soi, est assez ridicule, je vous le concède. C'était un petit homme très vieux (aux yeux du tout neuf adolescent que j'étais, en cette année 1969 : il faudrait demander à mon père ou à ma mère quel était son âge réel), très maigre et très ridé. Il était “l'homme à tout faire” (dit-on comme ça ?) de la cité militaire d'Aïn-el-Turck (photo), petite, toute petite ville algérienne située à une quinzaine de kilomètres à l'ouest d'Oran dans laquelle j'ai vécu la partie la plus incompressible de ma vie (comme de la vôtre) : le passage de l'enfance à l'adolescence. Mais ce n'est pas cela dont je veux parler ce soir. Juste de Franco. Il vivait dans le douar d'Aïn-el-Turck, il passait ses journées dans cette cité militaire française regardant la mer, par-delà ce court terrain vague chardonneux et sec que j'ai traversé mille fois.

Franco portait sur la tête un casque colonial qui le mettait hors de toute époque définie. Et en faisait une sorte de personnage de Tintin, puissamment décalé. Franco avait, si je me souviens, une fille taraudée par l'adolescence, qui lui faisait dire, avec l'accent d'un homme revenu de tout ou presque : Chiquito por chiquito, chiquita por chiquita. Mais tout le monde savait que la fille de Franco était plutôt du genre chiquita por chiquito. Car Franco, comme tous les gens de cette partie ouest de l'Algérie d'alors, parlait espagnol – au moins quelques mots.

Son casque colonial sur la tête, Franco était toujours là. Lorsqu'il n'avait rien à faire, il trouvait un coin d'ombre et s'asseyait sur ses talons. Les hommes arabes font ça avec un naturel étonnant. Essayez de vous asseoir sur vos talons : vous tiendrez douze minutes, à condition d'avoir moins de trente ans. Eux peuvent faire cela deux ou trois heures d'affilée, et sans qu'un muscle ne bouge de leur visage, ni ne sorte une parole de leurs lèvres. Ils en deviennent magnifiques, croyez-moi.

Franco avait également un chien – une sorte de berger allemand, si je me souviens bien (à cette époque, je m'intéressais plus à Marie-Paule, dans son petit maillot de bain jaune, qu'au chien de Franco – pardon), probablement un batard. Ce chien avait été dressé (par Franco, je suppose) et il ignorait que les races n'existaient pas. Ainsi, n'importe quel Européen pouvait pénétrer dans notre cité sans lui faire bouger une oreille ; mais dès qu'un Arabe faisait mine de s'approcher de l'entrée, il sortait de sa léthargie, se dressait sur ses pattes et se mettait à aboyer comme un furieux. Je me demande, encore aujourd'hui, comment on avait pu apprendre à ce chien à différencier les Algériens des Français, alors que n'importe quel petit post-moderne débutant sait très bien qu'il n'existe aucune différence entre un Algérien et un Français. Dans mon esprit, dans ma vie, le chien de Franco demeure l'ultime témoin d'un monde perdu, oublié, nié, méchant – il n'empêche : il ne se trompait jamais.

Nous avons quitté Aïn-el-Turck très précipitamment, pour des raisons de basse politique franco-algérienne, entre le 26 et le 30 décembre 1970. Il m'est arrivé plusieurs fois (et ce soir notamment, l'évoquant pour l'Irremplaçable) de me demander ce qu'il avait pu advenir de Franco, cet homme dont le travail consistait à protéger notre cité désertée contre ses frères. J'espère que... que rien de fâcheux... Mais je ne peux que l'espérer. Parce que, enfin, ce vieil homme, assis sur ses talons, avec son chien qui aboyait à contre-temps, n'est-ce pas... Et son casque colonial...

La burka de Bénédicte

Quand les bobos bourrent le crâne des bobos (avec votre argent et le mien)

J'ai découvert cette affiche, déjà un peu ancienne mais plus que jamais d'actualité, chez l'excellent Pélicastre jouisseur. Je vous invite chaleureusement à aller lire le billet que ce calamiteux document lui a inspiré (et à ne pas zapper les commentaires !). Je ne vois pas l'intérêt de gloser à mon tour sur ce qu'il a fort bien dit.

Simplement ceci : il faudra bien, un de ces jours, qu'on se décide à m'expliquer comment une société, une civilisation tout entière peut en arriver à ce degré de décervelage qui la pousse à chanter sur toutes les gammes existant en ce monde les charmes de la diversité, et, en même temps, à prôner le métissage qui en est la négation radicale, surtout s'il est généralisé et vu comme fin dernière de l'homme. Lorsque sera en effet accompli cette espèce de sabayon eschatologique, vous pourrez toujours vous brosser pour trouver de la diversité quelque part, mes doux agneaux.

En attendant, mérinos à béret basque et à baguette sous le bras que nous sommes, le 27 novembre prochain nous aurons plutôt intérêt à planquer nos lainages.

lundi 27 juillet 2009

Les Invasions barbares (d'après Métastase)

On ne se méfie jamais suffisamment des zapping-dodo. Il est près de minuit, le film vient de se terminer, vous êtes résolu à vous coucher de bonne heure (dans un premier temps, j'ai écrit : “de bonheur”...), ou en tout cas pas trop tard. Et puis, vous vous autorisez tout de même un rapide petit tour des chaînes en activité. Et vous tombez sur le générique de début des Invasions barbares, ce film de Denys Arcand que vous aviez bien aimé, mais sans plus, la première fois, peu après sa sortie.

Je me suis laissé embarquer et l'ai regardé jusqu'à la fin, avec un plaisir bien supérieur, plus intense, que lors de sa découverte. C'est un film sombre, pas amer mais très désenchanté, au parfum d'irrémédiable. Le titre est à lui seul une superbe trouvaille, puisque ces “invasions barbares” parlent tout autant du réensauvagement du monde, et singulièrement de l'Occident, de ce que d'autres ont appelé sa Grande Déculturation, que des métastases qui envahissent le corps de Rémy afin de le tuer. Les invasions barbares sont aussi à entendre au sens premier, historique, ou plutôt, pour ce qui nous occupe, post-historique. L'un des personnages parle du 11 septembre 2001 (le film est de 2003) comme d'une sorte de coup de théâtre, une inauguration : c'est la première fois, dit-il, que l'Empire (cet empire américain dont le même Arcand annonçait le déclin, près de vingt ans plus tôt) est frappé en son cœur, pour ne pas dire en son principe, en son essence, et ne fait plus seulement l'objet d'escarmouches à ses limes (Corée, Vietnam...).

Le film a bien sûr ses faiblesses : le personnage du fils de Rémy, trader inculte mais brillant dans son domaine, sert peut-être un peu trop de deus ex machina, chaque fois que se présente un problème matériel à résoudre. On en arrive à croire qu'il est la clé commode pour resserrer les boulons un peu lâches du scénario. Mais il y a aussi cet ultime face-à-face avec son père, et ce renversement soudain des positions, des statuts, qui fait que, pour l'ultime passage, c'est au fils de prendre en charge son père, de le protéger, de le guider, de dégager la route devant lui – au sens le plus plein, c'est lui qui doit mener la barque.

J'ai passé deux heures que je pourrais difficilement qualifier d'agréables, mais que je ne regrette nullement, tout en me demandant si je n'aurais pas mieux fait de passer outre. Car, allant finalement me coucher, je me suis avisé que je souffrais d'un effroyable mal de tête – lequel a disparu très rapidement, dès que la lumière fut éteinte et le silence établi.

dimanche 26 juillet 2009

Devinez qui je pastiche, là ?

Ce matin, j'ai réussi à monter dans ma voiture sans prendre le téléférique, ni même desserrer ma cravate à chier, alors que je voyais des petits cons de buveurs d'eau complètement essoufflés au volant de la leur. Un peu plus tard, devant la terrasse de L'Aérolithe, j'en suis ressorti sans utiliser le démonte-pneu. C'est peut-être ça, être numéro un, finalement...


--Post From My iPhone.

Je ne suis pas méchant (hommage à Franssoit)

Tout à l'heure, en allant à Pacy chercher deux baguettes “tradition” (« Bien cuites, s'il vous plaît... »), j'ai d'abord constaté que la boulangère avait profité de ses trois semaines de vacances pour mettre bas. Et déjà au boulot : on croirait Rachida. En sortant de là, je me suis dit : « Tiens ! et si j'en profitais pour acheter le Vieil Observateur ? » (J'ai une vie passionnante et des lectures hebdomadaires teintées de masochisme...)

Ni une ni deux. Maison de la presse, au rayon voisin de celui des “news”, je tombe en arrêt devant la couverture du Magazine littéraire. Un dossier consacré à la méchanceté, aux délices de la polémique, aux haines d'écrivains : vous auriez fait quoi, à ma place ? J'ai cassé ma tirelire et je vais illico aller m'y plonger, les glandes salivaires déjà tout en émoi. Du coup, l'éditorial soporifique et bla-blateux de Jean Daniel attendra.

samedi 25 juillet 2009

Plus criminel que Barabas Cornu comme les mauvais anges

Qu'est-ce qu'un blog ? C'est un lieu de parole publique, ouvert par un gazier – une gazière – qui pense que sa parole a suffisamment d'importance pour être révélée. Fort bien. À partir de cet instant, lorsque l'opinion de tel ou tel devient publique, il me semble légitime que tout lecteur puisse, s'il le souhaite, combattre cette opinion, voire la rejeter sans même avoir à fournir d'explication.

Ainsi pratiqué-je. Dans les deux sens : lorsqu'il m'arrive de lire, sur un blog, un billet m'étant entièrement consacré, à seule fin d'expliquer que je suis un gros con néo-nazi, je ne m'en offusque nullement : je me suis exprimé publiquement, on me répond publiquement, tout me semble dans l'ordre.

Il semble que je sois assez isolé sur cette position. La plupart des blogueurs tolère très mal la contradiction – encore moins la moquerie, le sarcasme, voire l'insulte pure et simple. (Je ne dis pas que l'insulte soit une chose merveilleuse, mais enfin, de temps à autre, elle soulage.) Les couronnes de laurier, les fleurs tressées, les hommages vibrants, oui, tant qu'on en peut déverser : on n'a encore jamais vu un blogueur censurer un commentaire pour cause de louange excessive et stupide. Or, Dieu sait s'il y en a.

Pour ce qui est des critiques et des sarcasmes, ça y va du ciseau. Et le chœur des bisounours s'indigne volontiers de la méchanceté de tel ou tel, même lorsque le chœur n'est concerné de nulle part : rien ne doit troubler la fraternité glorieuse, l'éclat des “sourires lumineux”, la grande et harmonieuse blog pride. C'est “Touche pas à mon pote” à tous les étages.

Eh bien ! moi, je touche à ton pote, et continuerai à la faire, fort probablement. Si ton pote trouve quelque gloriole à s'exprimer publiquement, il ne faudra pas qu'il s'étonne de recevoir une ou deux gifles au milieu des habituelles compositions florales – surtout s'il ronronne comme un gros matou consensuel dans les sentiers bien balisés de la rebellitude de confort. En un mot, les Olivier, les Céleste et consort peuvent continuer à répandre leur sirop, je me conserve le droit d'y mêler mon filet de vinaigre. Que celui à qui cela déplaît passe outre, une bonne fois.

Pétronille est de retour !

Et elle habite ici...

vendredi 24 juillet 2009

Mon cerveau sait que les races n'existent pas ; mais ma bite n'a pas l'air au courant...

La Petite Dame note avec une aisance absolument impossible de nos jours ceci : André Gide éprouve une sorte de répulsion physique face à la race indienne (on parle des habitants de l'Inde, pas des Peaux-Rouges, mais ne dites rien à Céleste, elle pourrait le prendre mal). Les gens d'aujourd'hui frissonnent : comment un gens-de-gauche comme Gide peut-il dire une chose aussi abjecte ? C'est simple : il ne savait pas que les races allaient disparaître, passer à la trappe. Personne, à son époque, ne savait qu'on allait nous faire cette entourloupe.

Dans les années naissantes du vingtième siècle, tout le monde savait fort bien que les noirs, les asiatiques, les blancs, étaient de races différentes. Aujourd'hui aussi, mais il est devenu impossible de le dire. C'est très amusant.

Or... Or, le cerveau n'est pas tout. Le cerveau humain se plie volontiers aux injonctions de nos maîtres du moment, mais nos bites beaucoup moins, pardonnez-moi mes maîtres – et c'est pour ne rien dire de vos chattes, mes sœurs.

Nos bites sont assez rétives au politiquement correct, faites-en l'expérience. Imaginez une tablée de quatre hommes, parlant de femmes. L'un dit : « Désolé, mais les grandes blondes pâlichonnes me laissent le bitogramme absolument plat. » Et l'autre : « Moi, les négresses, je m'en fous. » Le troisième : « Les petites grosses brunes du pourtour méditerranéen, je te les laisse. »

Bon. Maintenant, imaginez cette discussion en vrai. Celui qui se fout des grandes blondes scandinaves minces (ce qui est parfaitement mon cas) dira simplement : « Je ne fous des grandes blondes scandinaves minces », et personne n'y trouvera rien à redire. Imaginez le même homme, que les femmes africaines laisse de marbre (ce qui est toujours mon cas). Que va-t-il dire ? Quelque chose comme ça : « Je n'aime pas les Africaines, mais... mais... mais... c'est JUSTE ÉROTIQUE, HEIN ! », ce que nul ne lui aura demandé de préciser concernant les Scandinaves.

En outre, personne ne sera surpris que tel homme n'aime QUE les petites femmes, ou QUE les grosses, ou QUE les longilignes, ou QUE les blondes, ou QUE les Asiatiques. Voire QUE les noires. Ou QUE les Méditerranéennes, comme c'est plus ou moins mon cas.

Le problème est qu'il ne semble pas exister de noires, d'asiatiques, d' arabes, de rien du tout : c'est écrit dans les journaux. D'accord, mais enfin... ma queue, moi, elle me dit autre chose... Ta queue a tort, connard ! Ah ? Oui, elle a tort : il n'y a que des individus, pas de races ! Bon... C'est dommage... Moi, je continue à bien aimer toutes ces femmes du pourtour méditérranéen...

Raciste ! Sale con !

(Calme-toi, fringante : on va se mettre aux Scandinaves et aux négresses, puisqu'il le faut...)

Les Caves du Vatican ? C'est idiot...

Le 20 mai 1947, André Gide rencontre un autre André, Malraux. De retour “au” Vaneau, il dit ceci à la Petite Dame : « Nous avons vraiment parlé de tout, de tout, il est plus éberluant que jamais ; vraiment, si j'habitais sa cervelle, je ne songerais qu'à fuir. »

Sept jours plus tard, Maria Van Rysselberghe consigne cette anecdote :

« Petite histoire : un jeune Italien, d'aspect plutôt minable, vient voir Gide. Il raconte qu'il vend du savon et gagne 2 000 francs par mois, ce qui est très insuffisant pour vivre. “ Mais vous touchez peut-être un pourcentage sur le vente ? lui dit Pierre [Herbart], qui assistait à l'entrevue. – Oui, fait l'autre, mais on vend jamais rien dans cette boutique. – Comment avez-vous eu l'idée de vous adresser à moi ? lui demande Gide. – Quand j'étais plus jeune, un ami m'avait prêté Les Caves du Vatican. – Et alors ? dit Gide, déjà tout alléché. – J'ai trouvé ça idiot ”, répond-il. “ Et, du même coup, raconte Gide, je lui ai donné 5 000 francs. ” »

Et, pour finir, tenez (parce que j'ai du boulot, sinon on pourrait y passer la fin de la journée et au-delà), cet aphorisme gidien, noté par la Petite Dame en octobre de la même année :

« C'est un art de contempler ce que les ans nous apportent plutôt que ce dont ils nous privent. »

Une pensée qui commence à me concerner plus que de raison.

jeudi 23 juillet 2009

Connerie durable (billet gauchiste)

Quelle merveille que la crise ! J'ai découvert ça aujourd'hui. C'était placardé partout, dans les couloirs, les ascenseurs, pratiquement les chiottes, de l'entreprise qui me fait vivre (et réciproquement, mes frères, et réciproquement). Appelons-la Lebossu Active.

Chez Lebossu Active, on se soucie beaucoup des actionnaires. C'est-à-dire qu'on ne s'en soucie nullement, mais ce sont eux qui décident de tout. Donc, on ploie l'échine, on leur dit “Bonjour Monsieur”, voire “Bonjour Madame” quand ce sont des femmes. En réalité, on ne leur dit rien, puisqu'on ne les rencontre jamais : ce ne sont pas des gens, mais des idées. Même pas : des concepts – et encore.

Ces actionnaires savent qu'il y a une crise. Ils s'en foutent. Ils ont investi de l'argent, il s'agirait que ça rapporte. Là, maintenant, tout de suite, et beaucoup. Ils l'ont signifié à mes patrons. Lesquels, petits valets surpayés, ont obtempéré. Avec le sourire. Eux-mêmes sont actionnaires d'autre chose : ils savent de quoi ça cause.

Ce qui est amusant, dans une mondialo-boîte comme Lebossu Active, c'est qu'il n'y a, finalement, pas de patron. Que des grouillots. Très bien payés, mais grouillots. Mon super-grouillot-en-chef, on va dire qu'il s'appelle Gustave (pardon, M. Flaubert) Mescouilles.

Gustave Mescouilles, donc, a des tas de sous-grouillots sous ses ordres : c'est à ça qu'on reconnaît le super-grouillot comme Gustave. Les sous-grouillots sont évidemment très mal payés (mais mieux que vous, bande de salauds de pauvres cons !). Ils espèrent néanmoins “grimper dans la hiérarchie” – et, en effet, dans la plupart des cas, ils y parviennent.

Bref, pour les grouillots cravatés (costumes bon marché, minables, chaussures ressemblant à des écrase-merde, coupe de cheveux standard – même leur visage en vient à ressembler à celui de leur camarade de bureau, c'est fascinant...) qui commandent à nos vies, il importe de faire des économies, parce que les actionnaires (ces gens qui ne branlent rien, contrairement à ce que leur nom semble indiquer) en ont ainsi décidé. Des É-CO-NO-MIES. Mais il s'agit surtout de les faire passer pour ce qu'elles ne sont pas. Parce qu'il ne suffit pas de nous enculer, il faut surtout que l'on dise merci et qu'on se persuade d'y prendre du plaisir. Donc...

Donc, aujourd'hui, ceci. Placardé partout, cette annonce comme quoi nous devons, d'ici lundi, nous munir d'un nouveau badge (un de plus) afin de pouvoir utiliser les imprimantes. Très bien. Tout le monde pige qu'il s'agit d'empêcher tout salarié d'imprimer les deux pages de sa facture EDF, ou la lettre de son proprio, ou... enfin, bon : on ne peut plus imprimer quoi que ce soit de personnel. Or, on se trompe lourdement...

Oui, car le titre de cet inestimable document est le suivant : IMPRESSION DURABLE.

Vous avez parfaitement lu, et je vous prie de retenir votre éclat de rire. Il ne s'agit nullement, aux yeux de Lebossu Active, de racler les fonds de tiroirs pour conserver leurs sourires aux actionnaires, il est question de sauver la planète, d'être soudain vertueux en diable. Et, accessoirement, de prendre des centaines de salariés pour des cons. Car, enfin, qu'est-ce qu'une “impression durable” ? Est-ce que, la semaine dernière, nos impressions s'effaçaient dans la seconde ? La minute ?

Cet adjectif (au départ aussi noble qu'un autre) de “durable”, tout comme ce nom, “diversité”, ou ce merveilleux qualificatif de “jeune”, est-ce qu'il ne serait pas temps de vomir sur eux tout ce qu'ils méritent ? À vous de voir. Mais faites gaffe : les actionnaires sont en embuscade.

Mon beau navire ô ma mémoire

Ce matin, dans ma voiture, entre Mantes-la-Jolie et Poissy, à peu près à hauteur de l'aire de... (oui, bon, on s'en fout !) Bref : sur l'autoroute, il m'est venu une idée de billet. C'était une très bonne idée, et j'entrevoyais le billet superbe : fin, intelligent, sensible et hyper gentil avec tout le monde – un truc très inhabituel, en somme.

Et puis, l'idée s'est évaporée. Depuis presque une heure, j'ai beau me torturer les méninges avec tous les raffinements de cuauté imaginables, m'astiquer le neurone avec frénésie, rien à faire : cette belle et débordante imagination qui ne me vaut que des envieux dans la blogosphère reste aussi sèche et infertile que ce désert où je parlais hier de me retirer. Arrive au lac, pus d'lac.

Elle reviendra peut-être dans le courant de la journée. Seulement, là, ce sera encore pis. Car puisque je l'ai oubliée, cette idée, comment saurais-je si c'est bien elle qui revient ? Et si c'était en fait une autre idée ? Ce serait terrible.

mercredi 22 juillet 2009

Portrait d'un vrai journaliste

Olivier B., c'est son nom. On va lui ménager l'anonymat, pour lui faire plaisir : il se croit connu. Et important. Et journaliste. Il ne fait pas trop la différence entre journaliste et blogueur : il n'est pas le seul, Dieu sait, mais, lui, il devrait.

Olivier B. est blogueur, en fait ; en plus d'être un con, mais, ça, il le partage avec plein d'autres blogueurs – dont moi, sans doute, plus souvent qu'à mon tour.

Olivier B. est un blogo-journaliste de gauche. C'est sa gamelle. Il aimerait faire passer à la trappe son côté “blogo” pour qu'on croie qu'il est journaliste. Alors, il pond des billets de ce genre.

(.......... Le temps que vous lisiez la prose de ce cuistre...........)

Donc, voilà. Pour M. Olivier B., le scandale est tout simple : Nicolas Sarkozy nous trompe sur le nombre de voiture brûlées, soit à Pâques, soit à la Trinité. Du coup (n'oubliez pas que M. Olivier B. est journaliste), notre héros enquête. Et ce n'est pas le genre qu'on va niquer en deux ou trois phrases : il est journaliste, bordel !

"Les chiffres ne sont pas disponibles pour l’instant", a-t-on répondu à notre demande."

Voilà ce qu'il écrit, Olivier B. “À notre demande” : les journalistes des années cinquante du précédent siècle adoraient se donner ce pluriel de majesté, ils avaient l'impression d'être cohorte, légion, centurie, etc. J'ai écrit comme ça, moi aussi, à mes débuts : il m'attendrit, Olivier B. Cela étant, dressé sur ses ergots, il s'insurge. Il a raison, cet homme : il pose la bonne question, carte de presse au bord du chapeau, et on ne lui répond pas ! Quand un journaliste (libre, toujours libre) pose une question et qu'on ne lui répond pas, c'est forcément parce qu'il vit en dictature avérée. Jamais parce qu'il a posé une question idiote. Jamais.

Par exemple, ce n'est pas du tout une question idiote, de savoir si, dans telle circonstance, on a cramé douze voitures plutôt que trente. Ou l'inverse. Aux yeux d'Olivier...

[Et puis, là-dessus, un appel de ma mère, pour me donner des nouvelles de mon père. Le téléphone raccroché, je m'aperçois que je n'ai plus rien à foutre de cette escarmouche en cours. Plus certainement encore, la certitude que Olivier B., s'il lui arrive de lire ceci, comprendra fort bien que je laisse tomber tout cela. Au bout du compte, comme toujours, c'est Nicolas qui gagne : une rencontre dans la “vraie vie”, une bière prise en commun – et rien d'autre.]

Monsieur Bonnet, j'avais encore bien des gifles à vous donner : considérez-les comme non avenues (je vous les administrerai une autre fois, peut-être, si je redeviens suffisamment gamin – et vous me les rendrez : toujours le bac à sable, n'est-ce pas...). Mon père va mieux. Le reste...

Meurtre gastronomique dans un potager à l'italienne

Après avoir sottement laissé passer l'heure d'ouverture du R.I.E (je deviens moderne), et avoir reculé devant le sandwich au saucisson de la boulangerie (pour une raison qui sera peut-être dévoilée ultérieurement), je me suis résolu à une expérience coûteuse (pas fâchée, Catherine, pas fâchée !) mais très riche en vitamines et protéines : L'Ambiance d'à côté.

J'aurais aimé que vous fussiez là, pour voir la mine de Mme Catherine (pas la mienne, cette de L'Ambiance), lorsque je lui ai commandé “l'assiette fraîcheur”. Charitablement, tout en enregistrant mon souhait d'une écriture nerveuse, elle m'a prévenu que ce n'était pas forcément le genre de plat que j'aimerais.

Là-dessus, l'assiette arrive. Déjà, elle est carrée au lieu de ronde, ce qui induit immédiatement la méfiance, le soupçon, le plissement de nez. Quant au contenu, qui ressemble curieusement à un potager arcimboldesque, c'est en effet, emphatiquement, superlativement, ce qu'il convient d'appeler de la “bouffe de pédé”.

[Pause : avant que les chasseurs de ----phobes n'enclenchent les chargeurs des kalach', je signale que cette amusante expression, “bouffe de pédé”, je l'ai entendue pour la première fois il y a environ 28 ou 30 ans, émise par deux potes homos. Elle entendait désigner (et flatteusement, ce soir-là) le type de restaurants apparus dans ces années, où l'on vous nourrissait de petites purées de légumes, de saumon cru à l'aneth, à l'extrême limite de chèvre-chaud-sur-son lit-de-frisée, le tout dans des proportions éloignant toute idée d'adiposité chez le consommateur – on ferme le ban.]

Donc, mon assiette carrée arrive, très joliment colorée. Autour de moi, parmi le personnel, la tension est palpable, l'appréhension épaisse. On s'attend, je suppose, à ce que je pousse un rugissement sauvage tout en ventilant mon arcimboldo façon puzzle, dans tout le restau. Histoire de laisser grimper la tension, je lis encore trois ou quatre pages des Cahiers de la Petite Dame, avant d'attaquer cette espèce de jardin botanique.

Dans l'assiette m'attendent : des crevettes (repliées en position fœtale dans l'angoisse de ce qui les attend), l'inévitable salade pour faire masse, du concombre et de la tomate découpés en minuscules cubes arrosés de fromage blanc, quatre quartiers de pamplemousse et... et... dans une verrine (oui, je sais, c'est terrible)... du quinoa. On comprend mieux l'angoisse du personnel.

N'étant pas sadique, je finis par goûter. Une bouchée. Une autre. Une troisième... Les filles, terrorisées, n'osent plus décarrer de derrière le comptoir. Et c'est M. Daniel, le patron, qui, prenant violemment sur lui, s'approche de ma table :

Lui (sourire faraud) : – Alors, Monsieur Didier ? C'est comment ?
Moi (ton neutre, volontairement déstabilisant) : – C'est tellement n'importe quoi que c'en devient grandiose, presque émouvant.

Ne sachant trop ce que je veux dire par là, il préfère en conclure (je le vois au relâchement musculaire soudain de toute sa personne) que son “assiette fraîcheur” a passé la barre, et qu'aucune déflagration nucléaire n'est plus à craindre.

De fait, j'ai tout mangé, fort étonné de moi-même. Néanmoins, pour viriliser un peu l'affaire, j'avais pris la précaution de noyer mon assiette carrée sous une pluie drue de tabasco ; et de la faire glisser avec un pichet de sauvignon – mais un seul, afin de conserver à ce repas stupide son côté joyeusement hypocalorique.

Ta mère fit un... et tu naquis de sa...

Hier soir, juste après avoir écrit ce billet abscons sur le désert, je suis retourné à la maison (celle où je dors, par opposition à celle où je pianote les conneries que vous lisez). Constatant que l'Irremplaçable regardait une série américaine qui ne me bouleverse point, et qu'il faisait encore doux pour la saison, et que, une heure et demie plus tôt, elle avait entamé sans la finir une bouteille de Pouilly fumé, je me suis installé en terrasse pour terminer son ouvrage (non, mais quelle phrase de merde !). Là-dessus, verre servi, silence environnant, jour déclinant fortement, je me prends à penser à mon amie Céleste.

[Pause : je ne mets plus de lien lorsque je parle de cette mienne amie : j'en ai assez que les bisounours me tombent sur le râble, que Nicolas m'engueule, voire que cet escroc en profite pour me payer une Kro ordinaire plutôt qu'une 1664. Donc, la Céleste, je l'ai mise dans ma blogroll : dès qu'elle monte en tête, ça veut dire qu'elle a pondu un nouveau billet... et chacun fait ce qu'il veut. (Il n'empêche que son tout dernier, expliquant que l'homme occidental a inventé la roue pour exploiter les bronzés, il vaut la peine...).]

Reprenons : Pouilly en main, cigarette dans l'autre, je me prends à rêvasser aux charmes de l'Inde revisités par...

Et c'est précisément à cet instant qu'un oiseau invisible et silencieux me pisse sur le front. J'ai bien dit : me pisse. Non, parce que, se faire chier dessus par un pigeon, ça m'est arrivé, comme à chacun d'entre vous. Mais pisser ? Jamais, on est d'accord ? Eh bien, moi, si. Et juste au moment où je pensais à cette bonne Céleste. (Tout cela est rigoureusement vrai, je le précise.)

Alors ? Serais-je maudit ? Est-ce qu'un dieu à tête d'éléphant bleu aurait décidé de me régler mon compte ? Une pétasse à huit bras serait-elle en train de m'expédier au royaume des roues carrées ? Cet oiseau invisible et énurétique était-il l'envoyé du Bien, du Beau, du Bon, voire du Bonnet ? Un émissaire céleste ?

Je ne sais pas. Toujours est-il que je suis rentré, sans même finir mon verre. Et je ne suis pas près de me resservir d'une brouette.

mardi 21 juillet 2009

Comment faire pour être heureux comme un petit enfant candide ?


Naturellement, à l'extrême limite de l'exaspération et de la fatigue, il y aurait aussi cette solution-là. Pour moi, séduisante. Un grand vide écrasé de vie microscopique, à l'ombre des cailloux. Un élargissement silencieux. Une immobilité inquiétante, miraculeuse, avec derrière chaque rocher ou presque un enfant et ses chèvres, ou un homme statufié – et aucune femme visible. La découverte de ce monde, il y a longtemps, m'a transformé en rose des sables, en concrétion patiente – ce que je me suis empressé d'oublier, de dissoudre, une fois rendu au monde. Chaque arrêt imprévu faisait surgir de cette absence minérale, de ce gigantesque poumon étale, des hommes à peu près invisibles dans leurs replis bleutés ou noirs, très grands et invraisemblablement beaux, nous contemplant sans rien dire, paraissant s'étonner avec un peu d'inquiétude de notre agitation native.

Mais le désert n'est pas une solution. Ni même un problème. En-deçà et au-delà, il reste posé, contrairement à nous et à notre frénésie de mouvements en tous sens. Le désert ne connaît ni le bien ni le mal ; s'il les connaît, il se tait. Et les hommes qui l'effleurent (le labourent serait peut-être plus juste) ne lèvent même plus la tête au passage de nos avions. Ils ne voient vos hôtels ni vos piscines, ne vous serviront pas le cocktail que votre forfait exige.

Prétendre qu'il n'existe pas différentes races au sein de l'espèce humaine serait probablement leur faire une grave injure – et l'on s'émerveillerait alors qu'ils ne fassent preuve d'aucune violence envers vous, qu'ils respectent à ce point votre pack-voyage.