jeudi 25 juin 2009

Glory hole (interdit aux - 18 ans)

Chapitre premier



Sandra Muckiewicz pressa doucement l’extrémité du tube de crème pour en faire sortir une noix, qu’elle recueillit dans sa paume gauche. Puis, elle entreprit de bien étaler le produit gras sur toute la surface interne de sa main.

De l’autre côté de la cloison contre laquelle elle était assise, elle percevait nettement des froissements d’étoffe, un bruit de ceinture que l’on déboucle, le raclement furtif des semelles sur le linoleum – et aussi une respiration masculine un peu forte, un peu trop rapide, preuve que son prochain “patient” (elle employait ce mot par une sorte d’auto-dérision, et aussi parce qu’elle détestait celui de “client”) était déjà bien “en condition” pour ce qui allait suivre.

« Tant mieux, songea-t-elle avec un demi-sourire, ça durera moins longtemps… »

La blonde et longiligne Sandra savait que l’homme se trouvant de l’autre côté était l’un de ses habitués les plus réguliers, celui qu’elle appelait “Bec Bunsen”, en raison de son sexe curieusement coudé.

Les clients du suçodrome l’ignoraient, mais deux mini-caméras bien planquées dans la salle d’attente, permettaient aux deux filles occupant les cabines de savoir à qui elles avaient affaire – alors même qu’eux se croyaient parfaitement anonymes, sans visage.

Car les hommes qui pénétraient dans le suçodrome entendaient se résumer à leur sexe. Le temps qu’ils passaient là, ils étaient leur sexe et rien d’autre : concentration extrême de l’individu sur le centre de ses plaisirs.

Bec Bunsen était un homme d’une quarantaine d’années, plutôt petit, malingre, sans le moindre signe particulier – quasiment transparent. Tandis qu’il dégrafait son pantalon, Sandra attendait patiemment qu’il fût prêt, l’œil rivé à l’un des trois trous d’environ sept ou huit centimètres de diamètre pratiqués dans la cloison, les uns au-dessus des autres.

Dans quelques secondes, par l’un de ces trous (le plus bas, dans le cas de Bec Bunsen), allait apparaître le membre viril que Sandra aurait pour mission de “traiter”, ainsi que le disait pudiquement Bedros Ghedarian, l’Arménien propriétaire du Sex-à-piles et, donc, du suçodrome.

Pour l’instant, le petit compteur situé juste sous les trois trous affichait toujours “000”, et Sandra attendait. Dans un très court instant, maintenant qu’il avait le pantalon et le slip aux chevilles, Bec Bunsen allait glisser dans le monnayeur se trouvant de son côté de la cloison soit un billet de vingt euros, soit un de cinquante, et Sandra, voyant la somme s’afficher de son côté, saurait ce qu’on attendait d’elle.

C’était les tarifs décidés par Ghedarian : 20 € pour se faire masturber jusqu’au plaisir, 50 € pour une fellation “complète”. Les deux étant pratiquées par une fille anonyme dont les clients ne connaîtraient jamais le visage – en tout cas dans le cadre du suçodrome.

Les hommes venaient là pour rencontrer soit une main, soit une bouche – rien de plus.

Le monnayeur était équipé d’un compteur, réglé sur sept minutes. Ce temps écoulé, une petite lumière rouge s’allumait simultanément des deux côté de la cloison, et la fille qui officiait cessait immédiatement toute activité, linguale ou manuelle. Quant au client, s’il n’avait pas encore pris son plaisir, il savait ce qui lui restait à faire : remettre des thunes dans le bastringue ou transporter ailleurs son “érection durable”, pour parler moderne.

Le suçodrome n’était pas un truc de lambins ni de flâneurs.

22 commentaires:

  1. Didier, ma piece de 10 euros ne rentre pas dans le monnayeur, vous qui connaissez lz taulier, demandez lui de me faire crédit.

    RépondreSupprimer
  2. En vous lisant j'ai bien failli casser ma pipe.

    RépondreSupprimer
  3. Fidel : oui, j'ai eu une panne de cerveau, que Catherine m'a fait remarquer ! C'est pourquoi j'ai corrigé... avant même d'avoir lu votre commentaire !

    Pierre : Une petite mort ?

    RépondreSupprimer
  4. On paie toujours en liquide alors ?
    :-)

    RépondreSupprimer
  5. La mâle traité est toujours celui qui rince à la fin…

    RépondreSupprimer
  6. Quoi, Nicolas Goujé, n'est pas dans ce chapître de ce BM...
    C'est inadmissible...
    Monsieur l'auteur, rassurez-nous, dites nous que le sus nommé est derrière la cloison...
    signé un lecteur inquiet

    RépondreSupprimer
  7. Olivier : la maison ne reculant devant aucun sacrifice pour la satisfaction de sa pratique, je tâcherai de vous le glisser dans une scène ou l'autre (un genre de silhouette fugitive "à la Hitchcock"), scène qui sera alors reproduite ici, bien entendu.

    RépondreSupprimer
  8. N'oubliez pas non plus le grand fauve guyannais, chibré comme un âne

    RépondreSupprimer
  9. Mais c'est qu'il prétendrait m'apprendre mon job, le Castelrouquin !

    RépondreSupprimer
  10. Ce genre de dispositif évite des réflexions du genre : "oh ! Mère-Grand que vous avez de grandes dents".

    Extrait du "Nouveau chaperon rouge".

    RépondreSupprimer
  11. Chez Bedros Ghedarian, maison de confiance, les filles n'ont pas droit aux copeaux. Donc exeunt les grandes dents !

    RépondreSupprimer
  12. avec ce système, je ne comprends pas pourquoi vous mettez des nanas, des vieillards édentés feraient l'affaire, non?

    RépondreSupprimer
  13. au père Castor
    Stupeur! Je trouve aujourd'hui pour la 1° fois dans mon supermarché de très jolies bouteilles de vin rosé intitulées "Domaine du père Castor, vin de pays du Gard, vignobles St Nabor, vigneron à Cornillon 80630"
    C'est-y vous?

    RépondreSupprimer
  14. Oui, mais alors les couilles. On les oublie dans ce dispositif. Ne faudrait-il pas envisager un tarif spécial à 30 € et 70 € ? Ceci étant dit sans esprit mercantile. Et dans l'espoir que la découpe de 3 trous supplémentaires plus spacieux n'entraînera pas de trop importantes dépenses pour M.Ghedarian. Bien sincèrement.

    RépondreSupprimer
  15. Qu'est-ce que je ne fais pas dans cette histoire, moi ?

    RépondreSupprimer
  16. De bon matin, ça revigore

    RépondreSupprimer
  17. On comprend que les femmes qui se dérobent à vos pulsions animales soient insultées et censurées.

    Mounia

    RépondreSupprimer
  18. Mounia, vous commencez à me concasser les joyeuses !

    RépondreSupprimer
  19. Mounia, que n'allez-vous vous faire lapider à Kaboul, dans la joie et la bonne humeur, chez nous pas possible, il y a des lois!

    RépondreSupprimer
  20. Voyons Didier, vous savez bien que les femmes ne sont pas des animales ! Elles sont d'un ether supérieur, voilà tout !
    :-))

    [Vous m'attristez les joyeuses, c'est bien aussi !].

    RépondreSupprimer
  21. euh désolé je découvre juste ce blog, mais je me demandais : est-ce que ce chapitre fait partie d'un BM déjà publié (et si oui lequel?) ou à venir (qhand et sous quel titre? Merci d'avance pour la réponse.

    RépondreSupprimer

Les commentaires anonymes seront systématiquement supprimés, quel que puisse être leur contenu, voire leur intérêt.