lundi 3 septembre 2012

Que le monde, ailleurs, s'agite, bruisse, allume ses fêtes


Je me suis dit qu'après le tombereau d'insanités suffisantes que je vous ai plus ou moins contraints d'ingurgiter hier, je vous devais, aujourd'hui, un peu de silence et de mélancolie. Un peu d'absence. En voici donc.

« Et comme Bruges aussi était triste en ces fins d'après-midi ! Il l'aimait ainsi ! C'est pour sa tristesse même qu'il l'avait choisie et y était venu vivre après le grand désastre. Jadis, dans les temps de bonheur, quand il voyageait avec sa femme, vivant à sa fantaisie, d'une existence un peu cosmopolite, à Paris, en pays étranger, au bord de la mer, il y était venu avec elle, en passant, sans que la grande mélancolie d'ici pût influencer leur joie. Mais plus tard, resté seul, il s'était ressouvenu de Bruges et avait eu l'intuition instantanée qu'il fallait s'y fixer désormais. Une équation mystérieuse s'établissait. À l'épouse morte devait correspondre une ville morte. Son grand deuil exigeait un tel décor. La vie ne lui serait supportable qu'ici. Il y était venu d'instinct. Que le monde, ailleurs, s'agite, bruisse, allume ses fêtes, tresse ses mille rumeurs. Il avait besoin de silence infini et d'une existence si monotone qu'elle ne lui donnerait presque plus la sensation de vivre. »

Georges Rodenbach, Bruges-la-Morte, GF Flammarion, pp. 65-66.

26 commentaires:

  1. C'est injuste pour Bruges mais si vous y passez.

    RépondreSupprimer
  2. Hors sujet : à une époque j'adorais Bruges. J'y allais tous les deux ans. Ensuite j'ai découvert Bruxelles et je me suis mis à ne plus aimer Bruges. Ce n'est pas une ville morte mais un piège à touristes.

    RépondreSupprimer
    Réponses

    1. Forcémment: il y a là le plus beau musée dédié aux peintres flamands !
      Et la grande place est stupéfiante.

      Supprimer
  3. C'est injuste pour Bruges disais-je et l'auteur de ces lignes aurait pu tout aussi bien choisir Venise.
    C'est là le sort de toutes les villes-musée.
    Mais si vous y passez un jour, sur la place du marché couvert aux poissons, n'hésitez pas.

    RépondreSupprimer
  4. J'y z'étions voici une bonne semaine et s'il est vrai qu'il y a beaucoup de touristes, je ne vois pas en quoi ils sont piégés à Bruges, où l'on rentre quand et comme on veut, et dont on sort de la même manière, ivre de vieilles pierres, de dorures et de pignons à redans. À Oostduinkerke un Brugeois de souche m'a dit préférer Gand la vivante à Bruges la morte.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ma fille, avec qui j'avais visité Bruges, m'a dit que Gant était bien plus belle. Il faudra que j'aille vérifier...

      Supprimer
  5. le petit texte est beau. Merci
    J'imagine que c'est une invitation à lire ce livre?

    RépondreSupprimer
  6. Bruges, Venise... Je suis suffisamment vieux pour les avoir aimées passionnément. Quel naufrage! (Quoique... Il y a a à peu près cinq ans, le souvenir d'une scène surréaliste dans un bar, un matin, mais à la limite de la cvielle ville, là où le touriste est plus rare et que quelque chose survit encore...Quant à Venise, je ne sais pas si Sollers pourrait encore justifier son amour...)

    RépondreSupprimer
  7. À l'épouse morte devait correspondre une ville morte.

    Il me semble que tout est mort quand on est endeuillé, séparé.
    Que l'on soit à Madrid ou à Reykjavik.

    RépondreSupprimer

  8. Le problème avec les réacs c'est que passé 22h y'a plus personne...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ma connexion internet vient tout juste d'être rétablie, par les bons soins de Catherine !

      Tiens, d'ailleurs, il faut que je rétablisse la modération, moi…

      Supprimer
    2. La modération, vous ? Vous arrêtez ENCORE de boire ?

      Supprimer
    3. Y'a pas de raison.

      Supprimer
  9. Tiens, je retournerai bien à Bruges, pendant que je suis encore vivante…

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. ...je retoournerai bien à Bruges ou je retournerais bien à Bruges ?

      RJ

      Supprimer
  10. Bruges, très belle ville mais il y a si longtemps que je n' y suis pas allé, je vais plutôt à Mons que j' ai découvert il y a 4 ans, la campagne environnante est agréable et en plus très près de cette ville, il y la brasserie Bush avec un un restaurant où on y mange très et on peut y boire des litres de bière comme la cuvée des Trolls.

    Essayez le jambonneau cuit dans de la bière, mordiou que c'est bon, soupirs!

    RépondreSupprimer
  11. Je crois que Charleroi a son charme aussi..

    RépondreSupprimer
  12. Cher Didier, pardonnez mon outrecuidance mais n'est-ce pas "C'est pour sa tristesse même qu'il l'avait choisie" qu'il faut lire ?

    A m'chiffonne au point de ne plus voir qu'elle, cette tournure.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Fichtre ! Honte sur moi, vous avez raison !

      C'est corrigé…

      Supprimer
    2. (Si j'étais Rosaelle, vous auriez eu droit à une demi-douzaine de liens vers des sites censés vous démontrer que ma tournure était parfaitement correcte et que vous n'êtes vous-même qu'un abruti inculte et prétentieux…)

      Supprimer
    3. Rhâââ, Rosaelle, Rosaelle... encore elle ? Si vous étiez Rosa, je ne serais pas là, surtout à commenter. Vous oubliez que vous m'auriez également censuré et auriez profité de l'aubaine pour pondre je-ne-sais combien de caractères indigeste pour vous donner raison, ou plutôt pour vous convaincre que vous êtes dans le juste (et me stigmatiser, au passage).

      Je vous propose néanmoins cette maxime de Courteline (que j'attribuais à Audiard) :Passer pour un idiot aux yeux d'un imbécile est une volupté de fin gourmet.

      Amicalement.
      Al.

      Supprimer
  13. Ah, Didier, vous ne pouviez pas me faire plus plaisir (même si vous n'avez pas pensé à moi, égoïste que vous êtes), qu'en me parlant de Bruges (même si vous n'en parlez pas à moi seulement, égocentriste irréfutable), où plutôt en donnant la parole (l'écrit, si vous préférez, car je vous sens nerveux) à Geroges Rodenbach, le flamand le plus français de Belgique. Savez-vous, M. Goux, que Georges Rodenbach est détesté par les flamingants, mais alors d'une détestation qui atteint parfois à celle que vous vouent les Modernes ? À mon retour, j'irai à Bruges, où j'espère qu'il pleuvra.
    Pour l'heure, où je me trouve, il fait beau, et je vous salue !

    RépondreSupprimer
  14. Bruges, superbe ville et pour Catherine, des tonnes de photos à faire. Vaut mieux être assuré du beau temps quand même ou alors une brume d'automne le matin juste avant la trouée du soleil. Evitez la promenade en bateau car on peut faire le même circuit à pied par les berges et c'est moins cher.
    Il y a aussi un marchand de gravures (eaux fortes et aquatintes) très bien fourni.
    Quant aux magasins de bières, ça assure, je ne vous dis pas. Je n'ai jamais vu ça ailleurs.
    Côté dentelles et confiseries aussi.
    A ne pas confondre avec Bruges dans la banlieue de Bordeaux. Rien à voir.

    Duga
    Office de tourisme

    RépondreSupprimer
  15. Je pense que le Béguinage mérite une mention, surtout qu'il est toujours occupé par des béguines et possède un charme et un je ne sais quoi de plus particulièrement envoûtant.

    Je ne conseille pas le grand soleil si l'on veut photographier la ville en dehors de quelques ruelles. Le matin tôt, ou bien en fin de journée, de préférence l'automne. Flâner, pas suivre la foule, surtout pas. La mystérieuse et mystique Venise du Nord est à ce prix.

    RépondreSupprimer
  16. Exact. Le béguinage avec sa pelouse très verte, ses arbres fins et noirs sur fond de petites maisons blanches pour les béguines, est très photogénique.

    Comme partout, un excès de soleil n'est pas toujours favorable au rendu des photos. Mais il m'est arrivé la première fois de visiter la ville par temps gris et crachin, ce n'était pas terrible. C'est vrai qu'une fois entré dans un magasin de bière, le temps qu'il fait n'a guère d'importance.

    Duga
    Plus vieux

    RépondreSupprimer

Les commentaires anonymes seront systématiquement supprimés, quel que puisse être leur contenu, voire leur intérêt.