mercredi 4 mars 2020

Dosto mode d'emploi


Ce billet s'adresse à ceux de mes innombrables lecteurs qui n'ont jamais lu Dostoïevski et qui ont bien envie de s'y risquer, mais sans trop oser le faire encore. La question qu'ils se posent sans doute est évidemment : Que lire ? Ou, si l'on préfère : par quoi commencer ? Je vais donc, confortablement perché au sommet de mon immense fatuité, tenter de répondre.

Tout d'abord, on pourra, je crois, éliminer sans trop de remords tous les romans écrits avant Les Carnets du sous-sol (jadis appelé Mémoires écrits dans un souterrain, et parfois aussi  Le Sous-Sol), depuis Les Pauvres Gens (1846) jusqu'à Humiliés et Offensés (1866). C'est après, entre 1864 et 1880, que ça devient sérieux ; mais d'abord une parenthèse. On peut bien entendu lire les Souvenirs (ou Journal) de la maison des morts (1862), qui ne sont pas un roman, un livre centré autour de son expérience du bagne. Les lecteurs de Soljénitsyne, d'Evguenia Guinsbourg ou de Varlam Charlamov pourront constater que, mis en regard du goulag communiste, le bagne sibérien a d'étonnantes allures de camp de vacances juste un peu trop sévère. Quant aux Carnets du sous-sol déjà évoqués, c'est une sorte de “texte fondateur”, le socle à partir duquel vont s'élever les cathédrales des grands romans de la maturité, mais ce n'est pas lui-même un roman, en tout cas pas exactement – donc, laissons-le de côté pour le moment. 

Si vous vous sentez de taille à lire SIX romans de Dostoïevski, les voici :

– Crime et Châtiment,
– L'Idiot,
– L'Éternel Mari,
– Les Démons,
– L'Adolescent,
– Les Frères Karamazov.

Si vous sentez que QUATRE suffiront à apaiser votre faim, alors je conseillerais d'éliminer de la liste L'Éternel Mari ainsi que L'Adolescent. Le premier parce qu'il s'agit plutôt d'une longue nouvelle, et le second parce que… je viens de l'abandonner pour la troisième fois, et qu'il n'y a pas de raison pour que vous vous en sortiez mieux que moi, bordel ! Je précise qu'à l'exception de L'Éternel Mari, aucun de ces romans ne compte moins de 1000 pages, dans l'édition Actes Sud / Babel, qui est celle que je conseille chaleureusement (1200 pour Les Démons, 1400 pour les Karamazov…) ; il reste donc de quoi s'occuper. J'ajouterai que, quel que soit le nombre que vous lirez, il est préférable de les aborder dans l'ordre de leurs écriture et parution, qui est celui donné ci-dessus.

Si une TRILOGIE vous semble suffisante, l'élimination devient évidemment plus difficile, car il ne nous reste plus en main que quatre atouts maîtres. Bien qu'à grands regrets, il me semble que je renoncerais alors à L'Idiot. Mais c'est uniquement parce que je veux conserver Crime et Châtiment aussi longtemps que possible. Je dis ça, mais vient justement l'instant du sacrifice pour lui, à l'intention des semi-fainéants qui sont résolus à ne conserver que DEUX romans ; auquel cas, il est essentiel de lire d'abord Les Démons, puis l'épopée finale des quatre frères.

Enfin, pour les fainéants à taux plein, s'il n'en reste qu'UN ce sera Les Frères Karamazov.

Mais ne venez pas vous plaindre après, si vous sortez de là légèrement perturbé : les envoûtements  et les élixirs de Fiodor Mikhaïlovitch n'admettent aucun antidote.

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