lundi 20 juillet 2009

Mouche dorée de la Saint-Jean

On a beau avoir vécu 53 étés, on ne s'habitue jamais tout à fait aux mouches : c'est une première leçon de modestie que la vie nous offre. Et puis, hein, six pattes pour soi seul et deux gros yeux multi-facettes, ça vous pose. Cela étant, on apprend petit à petit, sinon à les apprivoiser, du moins à les classer par ordre croissant d'importunité, un peu comme Paul Valéry avec les femmes : les emmerdantes, les emmerdeuses et les emmerderesses.

La mouche emmerdante est une mouche ordinaire, basique, originelle ; celle qui vaque silencieusement à ses occupations sans s'occuper de vous, vous contraignant juste à reboucher le pot de confiture et à recouvrir le restant de rôti de veau de midi. Il existe aussi un modèle GTI de mouche emmerdante : celle qui se livre aux mêmes activités bien anodines, mais en bourdonnant.

La mouche emmerdeuse est très probablement une version dérivée de la mouche emmerdante, mais les insectologues (oui, oui, ça va, je sais...) ne parviennent pas à faire l'unanimité dans leurs rangs à ce sujet. D'après une significative majorité d'entre eux, cependant, il s'agirait bien d'une mouche emmerdante, mais dopée à la caféine – ce qui a pour effet qu'elle vole sans cesse, ne restant jamais posée et immobile suffisamment longtemps pour que vous ayez le temps d'empoigner la tapette de plastique rouge qui se trouve juste à main gauche (car vous êtes, dans cette histoire, gaucher). Là encore, existe une variante de GTI-bourdonnante, qui commence à devenir franchement exaspérante.

La mouche emmerderesse (et sa version GTI, particulièrement éprouvante) serait – suivez attentivement – une mouche emmerdante, dopée à la caféine et tombée amoureuse de vous : elle ne cesse de parcourir l'espace de ses zigzags hystériques et vrombissants, mais jamais à plus de cinq centimètres de votre visage congestionné par la fureur impuissante. À ce stade, vous ne tentez même plus de saisir votre arme, car cela reviendrait à vous l'abattre violemment sur le visage ou la nuque, pour un résultat hautement aléatoire. Il vous reste la fuite ou le nervous breakdown.

Pour la première fois, cette année, tout à l'heure, là, maintenant, je viens de découvrir une nouvelle espèce mutante qui ne laisse pas de me transir. Je l'appellerai la mouche goguenarde. Il s'agit sans conteste d'une mouche emmerderesse – GTI –, qui a par surcroît décidé de se foutre de votre gueule. Ele procède comme suit : cessant un instant de tournoyer devant vos yeux aveuglés par la haine, elle se pose hors de votre atteinte immédiate, simplement pour vous laisser le temps d'empoigner la tapette en prévision de son inéluctable retour d'assaut. Puis, elle vient gracieusement se poser sur le manche même de votre arme : un ressort essentiel se brise en vous, vous êtes niqué.

Il vous reste la ressource, pour rétablir un semblant d'ordre parmi vos nerfs crépitants, de massacrer une demi douzaine de mouches emmerdantes à vastes moulinets implacables ; mais la consolation reste piètre.

Aux déserts que l'histoire accable



Aujourd'hui, c'est la Lozère qui tient la corde.
Le vide, l'absence...
Fendre l'air.

dimanche 19 juillet 2009

Face tournée au ciel changeant

Évidemment, en y réfléchissant, on se dit que c'est tout de même bien loin, Saint-Pierre-et-Miquelon. Et puis, M. Chieuvrou nous colle un peu les miquettes, avec ses histoires de montée des océans et d'engloutissement insulaire. Du coup, on se cherche des havres un peu moins bout-du-mondiaux, des endroits aussi vides d'humains que faire se peu, mais pour lesquels il n'est pas nécessaire de grimper dans un avion stupide afin de s'y rendre.

Depuis cet après-midi, tiennent la corde la Lozère et l'Ariège. Par chez nous, il n'y a pas plus vide de foule que la Lozère et l'Ariège. C'est bien simple : vous quittez Paris par la porte d'Orléans et, quand ça devient désert, vaguement aride et méchamment désenclavé, vous êtes arrivés. Vous poussez la porte de la première agence immobilière que vous rencontrez : des maisons à foison, vendues pour une bouchée de pain. Et, au dehors, une population d'un âge bien avancé qui vous observe avec une saine méfiance, une roborative animosité. Pas de doute, vous venez de débarquer en France. Vous pouvez vous installer là, faire souche, y rester trente ans : vous serez toujours un étranger – le bonheur à l'état pur. Non, franchement, l'Ariège, il n'y a que ça de vrai (mieux que la Lozère encore, car plus loin de tout). En plus, le dimanche, en prenant toutes les précautions requises, vous pourrez aller flinguer un ours ou deux, histoire de faire s'étrangler les trois écolos du cru. De toute façon, ils sont bien trop occupés à éviter les pierres que leur lancent les éleveurs énervés pour s'intéresser à vous.

Le seul problème est que ça fait vraiment très loin pour revenir jouer au guignol hebdomadaire à Levallois-Plage. Il faut qu'on réfléchisse encore un peu... qu'on creuse la question... Mais on y arrivera, vous verrez...

La mer les monts les vals et l'étoile qui passe...

Pourquoi faudrait-il toujours qu'un titre soit en rapport étroit avec le billet qu'il introduit ? J'aime bien cette idée qui m'est venue (oh, d'ailleurs, ce n'est même pas une idée : ça s'est fait un peu tout seul) d'utiliser des vers d'Apollinaire. Les précédents, comme l'a noté Suzanne en commentaire, étaient tirés de La Chanson du mal-aimé ; celui d'aujourd'hui vient de l'un des poèmes à Lou :

Si je mourais là-bas sur le front de l'armée
Tu pleurerais un jour ô Lou ma bien-aimée
Et puis mon souvenir s'éteindrait comme meurt
Un obus éclatant sur le front de l'armée
Un bel obus semblable aux mimosas en fleurs...

Et puis, quand j'aurai envie de faire un billet très méchant sur Pierre, Paul ou Jacques, je pourrai revenir au Mal-aimé :

Ta mère fit un pet foireux
Et tu naquis de sa colique, ç'aurait de l'allure, comme titre, non ?

samedi 18 juillet 2009

Moi qui sais des lais pour les reines...

L'Ombre gagne : tel est le titre d'un livre que Renaud Camus n'écrira sans doute jamais – qu'en tout cas il ne publiera pas, car personne n'en veut : trop sulfureux.

Et, pourtant, l'ombre gagne, en effet. Hier, en commentaire de ce billet, Zoridae m'a fait remarquer que je me répétais. Elle a raison : je me répète. Et je continuerai tant qu'elle-même restera sourde et aveugle. J'aime beaucoup Zoridae. J'aime bien son mec aussi. Et, bien que peu porté sur les enfants, le produit de leurs copulations frénétiques ne me déplaît pas du tout : il doit même traîner, çà et là, des photos de moi, à quatre pattes, jouant avec le Kéké en question. Lequel Kéké est tombé amoureux de mes chiens, ce qui crée des liens indubitables.

Ce Kéké-là, j'aurais bien aimé lui laisser un monde vivable, voyez-vous. Or, je n'y crois plus. C'est peut-être un effet de l'âge, après tout : les vieux sont censés s'effrayer d'un rien – tous les jeunes vous le diront. D'ores et déjà, il existe des kékés un peu plus vieux que celui qui nous occupe, pour reprocher à leurs parents de ne pas faire le ramadan. Parce que, enfants, ou adolescents, donc conformistes, ils veulent être semblables à leurs camarades de classe. Or, dissemblables ils sont, et minoritaires de plus en plus – ils le vivent douloureusement et c'est normal. Ces gamins, beaucoup d'entre eux, se convertiront, non parce qu'il seront touchés par une quelconque grâce divine, mais simplement pour ressembler à leur voisin de pupitre. Ils deviendront manipulables, par conséquent manipulés : tout est déjà en place.

Un jour, les gens de ma génération (enfin, les survivants), pas leurs parents, déjà gangrenés, leur diront qu'ils ont vécu toute leur enfance, toute leur scolarité, sans jamais voir un Africain ou un Arabe. Ils préciseront, ces vieux cons, que lorsque par hasard ils en héritaient d'un, ils étaient tout frétillants de cet “ailleurs”qui déboulait dans leur existence, curieux, avides. Et qu'ils jouissaient de cette découverte, de cet exotisme, de cette étrangèreté.

Les kékés ne nous croiront pas.

Voie lactée ô sœur lumineuse des blancs ruisseaux de Chanaan

Ce matin, le ciel est dégagé, le vent balaie les miasmes humains et les restes de pensées noires. Un voisin taille sa haie, mais, étrangement, son vacarme ne me gêne pas. Les invités sont repartis aux aurores (enfin, n'exagérons rien...), l'existence est rentrée dans son lit naturel.

J'ai remisé André Gide et sa Petite Dame pour me replonger dans le cycle miquelonnesque d'Eugène Nicole, hautement recommandable. Le vent souffle aussi dans ces pages, le brouillard atténue les éclats de voix.

Je finirai sans doute par ne plus parler. Du tout. Et je n'ouvrirai les yeux que pour relire des livres déjà connus, et de longue date. S'il se peut, je me ferai interdire d'existence comme on se fait interdire de casino : pour me désaccoutumer en douceur. Ainsi, nulle solution de continuité entre ma vie présente et ma mort prochaine.

Et si l'océan engloutit mon île, il me poussera des palmes : Dieu me doit bien ça.

vendredi 17 juillet 2009

Ma rose mon giroflier...

Il devient urgent de se réfugier à Saint-Pierre-et-Miquelon. Ce n'est pas entièrement une plaisanterie. L'Europe s'écroule, la France avec, la France d'abord. Dans vingt ans, vos enfants (surtout si vous avez bêtement fait des filles) seront de semi-esclaves. Autour de vous sont des gens qui savent ce qu'ils veulent, de plus en plus nombreux – et ils ont absolument raison : vous leur donnez raison, chaque jour que Dieu fait.

Vous mourrez à quatre pattes, ou à plat ventre, aspergés par l'eau bénite laïque des mollahsonnes du type Céleste, qui vous haïssent parce qu'elles n'osent pas se haïr elles-mêmes, parce que les psychanalystes leur ont forgé cet égoïsme invraisemblable qui leur permet de vivre encore un peu. Vous êtes de terrifiants bisounours, qui ne voyez pas le monde que vous allez léguer à vos enfants – vos décervelés d'enfants.

Déjà aujourd'hui, vos filles, blondes ou même brunes, ne peuvent plus aller promener leurs petits culs dans la plupart des banlieues. Vous faites semblant de ne rien voir. Autistes. Elles vous en voudront, un jour ; elles se demanderont pourquoi vous ne les avez pas mieux défendues contre ces babouins agressifs. Vous leur direz quoi ? Comment vous justifierez-vous ? Et comment résisterez-vous à cette pulsion meurtrière qui vous saisira, lorsque cette même fille reviendra chez vous, le visage en sang et le corps dévasté ? Vous lui direz quoi ? Vous lui direz quoi ? Que c'est mal d'être raciste ? Oui, c'est vrai, c'est mal d'être raciste. Et ensuite ? Vous lui expliquerez comment, ce renoncement inexplicable à être vous-même ? Face à cette douleur incommunicable, vous lui prêcherez quelle tolérance ? Quelle solidarité ? Quelle vertu citoyenne ?

Pensez-y, mes frères, mes jeunes frères : aujourd'hui même, des pans entiers de ce pays sont interdits à votre fille (et aussi à votre fils). Il va devenir urgent de redevenir violent, cruel et injuste. Plus le temps passe et plus le sang sera abondant – et c'est vous (ou plutôt vos fils : vous êtes trop endormis) qui le feront couler. La faute en retombera sur cette génération de merde qui est la mienne : nous serons la honte de ce pays, ou bien sa fin.

Mon île au loin ma désirade

On avait d'abord envisagé la Nouvelle-Zélande. Mais il y a la barrière de la langue : se mettre à l'anglais à mon âge, franchement... Mais alors où aller ? Pour être certains d'être vraiment peinards, inatteignables, pour ainsi dire soustraits du monde tel qu'il va.

Eh bien, on a trouvé ça : Saint-Pierre-et-Miquelon. Plus improbable que Saint-Pierre-et-Miquelon, je ne vois pas. Personne n'aurait l'idée d'aller passer sa retraite à Saint-Pierre-et-Miquelon, absolument personne : c'est loin, il n'y a rien à faire, il fait froid et très humide – le rêve, quoi. Autre immense avantage : aucune liaison directe avec la métropole, il faut passer par le Canada, Terre-Neuve ou Halifax, je ne sais pas trop. Enfin bref : aucun risque de voir débarquer les fâcheux au moment des vacances. De toute façon, l'été à Saint-Pierre-et-Miquelon, c'est 15° et brouillard à tous les étages : ça calme.

Et puis, dites : 6345 habitants pour 242 kilomètres carrés, 26 péquins au kilomètre, pas un de plus – ça fait envie, non ? Avec ça, pas pressés de sortir de chez eux, à cause de la neige qui bloque la porte du garage et du vent glacial qui déboule du Labrador. Alors, on ne sort pas. On relit L'Œuvre des mers d'Eugène Nicole, magnifique écrivain originaire de ces îles (dont je ne suis pas foutu de trouver le nom des habitants).

En clair, on se prépare une retraite tellement paisible, tellement monotone, tellement chiante, qu'elle va nous sembler merveilleusement longue. Quand le temps nous pèsera trop, on s'offrira un saut de puce jusqu'au Québec pour aller vider un flacon avec Ygor Yanka. On parlera de la France et on reprendra deux fois des rillettes. Après ça, on rentrera à la maison, retrouver nos chiens (des labradors, évidemment) que nos sympathiques et très vieux voisins auront gardés en notre absence. On leur rapportera un petit cadeau qui leur fera bien plaisir, et ils diront : « Mais non, il ne fallait pas ! »

À la fin, mais alors complètement à la fin, on mourra tranquillement, en choisissant un jour de brouillard pour avoir moins de regrets – et personne n'en saura rien car nous serons, depuis longtemps déjà, oubliés de tous.

jeudi 16 juillet 2009

Anastasie sur la bascule à Charlot

Les billets et commentaires lus ces derniers jours, à propos de “l'affaire Orelsan”, ont montré une fois de plus qu'il en allait de la censure comme de la peine de mort : il y a ceux qui sont pour, ceux qui sont contre, et une large majorité qui est pour en étant persuadé d'être contre.

Que disent les crypto-partisans de la peine de mort ? En général quelque chose comme ceci : « Je suis contre la peine de mort, SAUF (attention, mot-clé !) pour les assassins de vieillards, les violeurs d'enfants, les... » En un mot, ils sont contre la peine de mort pour les gens qui ne la méritent pas, ce qui est bien la moindre des choses.

On a donc pu voir qu'il en allait de même avec la censure : « Je suis pour la liberté d'expression, mais il y a tout de même des idées, des appels à la violence, etc., qu'on ne peut pas tolérer.» En un mot, je suis pour que puissent s'exprimer librement tous ceux qui ne disent rien ou alors les banalités dans l'air du temps sur lesquelles tout le monde est déjà d'accord avant même d'ouvrir la bouche.

Il me semble au contraire que la liberté d'expression doit être tout particulièrement défendue dans le cas d'opinions scandaleuses, choquantes, etc. C'est la raison pour laquelle je suis fermement contre la loi Gayssot et toutes ses petites sœurs qui l'ont suivie. De même, je reste opposé à la peine de mort, en particulier dans le cas des assassins d'enfants, des dépeceurs de vieilles dames, des barbus farcis à l'explosif, etc.

Bref, je suis contre la peine de mort pour ceux qui la méritent, et pour la liberté d'expression des idées qui me répugnent ou me scandalisent.


Post scriptum : Dans mon billet d'hier soir, j'ai fait mon méchant garçon et j'en ai été bien puni : il y a une énorme faute dans mon titre (patronesse pour patronnesse), laquelle s'étale impudiquement dans toutes les blogrolls où j'apparais, me collant ainsi la honte du siècle. C'est le petit Jésus qui m'a puni, vous croyez ?

mercredi 15 juillet 2009

Pour faire une bonne dame patronesse...

À Fanette...


Céleste est en Inde, Céleste est heureuse. Elle dispense ses bienfaits, sans que ça lui coûte très cher, c'est une femme morale. Démonstration. (On est prié de lire le billet in extenso avant de poursuivre...)

Donc, Ginette (l'équivalent indien de Ginette) est mariée avec un repris de justice alcoolique – appelons-le Maurice. Maurice et Ginette vivent entassés les uns sur les autres, avec la yaya (clin d'œil à ma nièce...) ; ils veulent se casser et avoir une maison rien que pour eux et leurs enfants : on les comprend. Seulement, il faut payer une caution : 60 €. N'importe qui d'entre vous (ou moi), bien évidemment, sortirait immédiatement la somme en question de sa poche pour régler l'affaire.

Pas Céleste ! Ni le Fabio qui lui sert d'étalon. Eux, ils veulent rentabiliser moralement ; il leur faut un retour sur investissement. Donc, ils s'interrogent gravement. 60 €, c'est une somme (pas pour ces gras bourgeois européens, évidemment), on ne lâche pas la monnaie comme ça. Il est hors de question de payer une caution sans humilier Maurice, autant que faire se peut. Les fourches caudines (fourches Claudine en l'occurrence) sont là, il y a intérêt à ce que Momo passe dessous – et en fermant sa gueule, en plus. Nous autres, les Européens, on va lui apprendre à se comporter, à respecter sa femme, et à dire merci pour les 60 €, hein ! Faudrait voir que, pour une somme pareille, il refuse de courber l'échine, ce connard de Maurice !

Non, parce que, franchement, on veut bien jouer les dames patronnesses, mais il s'agirait d'en récolter les dividendes avant de rentrer à la maison ! Pour qui il se prend, ce Maurice ? De quel droit il empêcherait sa femme de travailler, hmm ? Regarde-moi bien, Momo : j'ai soixante euros dans la main, là ! Soit tu fermes ta gueule, soit je les remets dans ma poche, capito ?

Baisse les yeux, abruti ! Bon, c'est mieux... Maintenant, on va négocier pour le vélo. Hep ! Baisse la tête, connard : on est là pour ton bien ! Voilà, c'est bien... Souris encore... Tends ta main... Tu l'auras, ton obole...

Les filles, ne rangez pas les ciseaux : il y a encore du boulot

Avant-hier soir, j'ai revu avec grand plaisir la première demi-heure de Calmos, le film tourné par Bertrand Blier en 1975 et qui, allez donc savoir pourquoi, ne passe que très rarement à la télévision. Je dis “la première demi-heure” car, ensuite, le film sombre dans le n'importe quoi systématique : rappelons qu'à la fin, les personnages masculins se retrouvent piégés à l'intérieur d'un gigantesque vagin à l'hyperréalisme assez gerbatoire...

Une chose m'a frappé lors de cette revoyure : bien que vieux de presque 35 ans, Calmos ne traite pas du tout de la lutte des sexes (pour le pouvoir, l'égalité, etc.), mais se situe d'emblée dans une sorte de post-féminisme à tendance apocalyptique. Les femmes ont déjà pris le pouvoir et les hommes ne songent aucunement à le leur disputer. La seule chose qu'ils veulent est qu'on leur foute la paix. Il ne souhaitent pas se battre contre les femmes, mais simplement ne plus les voir, ne plus rien avoir à faire avec elles. Ils n'ont plus que des envies simples (boire et manger entre hommes, pour l'essentiel), ils sont tous intensément fatigués et n'aspirent qu'au repos – à un repos riche en cholestérol, néanmoins. Bien entendu, ce repos leur sera refusé par la troupe de choc des femelles déchaînées.

Je m'étonnais donc, devant mon écran même pas plat, de ce que ce film pouvait encore passer à la télévision. Je m'étonnais encore bien plus de ce qu'aucune ligue féministe n'ait songé, apparemment, à en demander la déprogrammation, l'interdiction, la destruction, etc. Car à côté de ce qui est dit des femmes dans ce film, Orelsan c'est Bambi. Il est vrai que, chez Blier, les femmes ne sont pas des victimes, mais des guerrières salement castratrices (castratrices non par dégoût de l'organe mâle, mais par excès d'exigence envers lui). Et il n'est pas impossible que cette image d'elles-mêmes, en nymphomanes surarmées et nettement fascisantes, face à des hommes traqués, fuyants, apeurés, irrésolus, soit finalement assez de leur goût.

mardi 14 juillet 2009

L'ouverture de la chasse

Depuis une vingtaine de minutes, le silence se déchire, le vacarme monte, emplit le ciel, semblent même vouloir prendre possession de nos corps ; puis décroît, s'amenuise, s'évanouit presque complètement, avant de revenir, identique à lui-même – tout cela, chaque fois, au paroxysme, dans de grandes envolées d'oiseaux paniqués, ou furieux.

On les attendait, l'Irremplaçable guettait avec son appareil photo – c'est tous les ans pareil : les avions de chasse en formation rigoureuse qui, amis Parisiens, seront déjà passés au-dessus de vos Champs-Élysées lorsque ce billet sera terminé, ont décollé de la base aérienne 105, celle d'Évreux, peu après dix heures. Puis, ils ont donc tournoyé quelque temps au-dessus de nos têtes, les premiers décollés attendant les autres dans notre petit mouchoir de ciel.

À présent, se tenant par l'aile afin de ne pas se perdre, ils ont disparu vers l'est, ils approchent de chez vous, Arc de Triomphe en vue – levez les yeux, bon sang ! trop tard : l'Obélisque est déjà derrière eux, il faudra patienter jusqu'à l'année prochaine. Les oiseaux s'en foutent : l'éternité est à eux, le temps humain glisse le long de leurs plumes – il ne s'est rien passé.

lundi 13 juillet 2009

Orelsan vs Ernest Pinard

Remarque liminaire : je ne sais pas qui est ce garçon (avachi sur l'escalier menant à mon blog), je ne l'ai jamais entendu, ne souhaite pas que telle expérience m'échoie, ne l'écouterai sans doute jamais. En vérité, pour les lambeaux de vers de mirliton tombés de sa plume que j'ai pu lire çà ou là, il me semble à la lettre ne rien dire – comme le font la plupart de ses camarades chanteurs. En revanche, les gens qui parlent d'Orelsan ad nauseam depuis des semaines et des mois me paraissent singulièrement bavards sur eux-mêmes. L'affaire devient donc intéressante.

Je ne m'attarderai pas sur l'entrée en francofanfare de l'inénarrable Ségolène dans cette affaire. Que l'on puisse s'étonner d'une quelconque attitude moralo-répressive venant de cette terrifiante greluche, voilà ce qui, moi, me surprend. Passons-la par pertes et profits comme l'histoire contemporaine, dans sa sagesse, l'a déjà fait.

Je vois deux axes, deux pistes dans cette affaire Orelsan, chacune illustrée par sa troupe de blogueurs – certains jouant les transfuges sans même s'en apercevoir, par faute de neurones ou manque d'habitude de les utiliser. Le moins que l'on puisse dire est que ce garçon cristalise un max, si l'on veut bien m'accorder le relâché de l'expression.

Il y a la piste “bouc émissaire”, assez correctement illustrée aujourd'hui par le camarade Dagrouik (que je salue au passage). Le titre de son billet dit tout, dévoile les intentions cachées : « Orelsan, aussi homophobe ». En effet, depuis un moment, on sentait que ça manquait ; que le garçon n'était pas complet, pas fini d'habiller-pour-l'hiver. Être gynophobe (je préfère ça à “misogyne”, plus dans l'air du temps, voyez...), c'était déjà bien, pour bricoler un petit monstre, mais il lui fallait une dimension supplémentaire : dans le cas d'un bouc, on ne charge jamais assez la mule, si je puis dire – Dagrouik s'en est vaillamment chargé, on peut le remercier. On ne serait pas étonné que ce malheureux décervelé (je parle d'Orelsan...) accède dans les jours prochains au rang enviable d'islamophobe, de judéophobe (la bouc-émissairisation ne craint pas la contradiction amusante : c'est un de ses signes distinctifs), voire de crypto-pédophile.

Dans son long billet, tout émaillé de sottises que je n'ai ni le courage ni le temps de relever ce soir (mais le lien ci-avant n'est pas fait pour les chiens), Dagrouik lâche cette perle magnifique, qui dit tout (pas sur Orelsan, sur lui-même) : Peut-on faire confiance à un con comme lui pour éduquer les gens par la chanson ? [J'ai rectifié la syntaxe originale.] On apprend donc, au passage, que la chanson a été inventée pour éduquer les gens (ce qui surprendrait beaucoup Charles Trenet, je pense). Et donc, forcément, les éduquer dans le bon sens, dans le sens de l'histoire, dans le sens de Dagrouik et consort. Comme Orelsan ne le fait pas – ni n'y prétend, à ma connaissance –, on va donc en faire un monstre et empiler sur sa tête toutes les ---phobies qu'on pourra trouver, et Dieu sait s'il en pousse de nos jours. Ça lui apprendra à ne pas éduquer les gens, ou au moins – autre reproche du camarade – à ne pas préciser qu'il s'agit de deuxième, troisième, quatrième degré.

Car la chanson doit être morale. L'art doit être moral. La parole doit être morale. Tout doit être moral. Et il est bien naturel que Donatien Alphonse François de Sade soit enfermé à Charenton (actuellement Saint-Maurice), ça lui apprendra : enfermé pour défaut de signalisation de troisième degré. C'est précisément là que notre piste “bouc émissaire” rejoint l'autre, et que Dagrouik prend la queue de cortège de nos amies féministes (de certaines de nos amies : j'en connais qui renâclent un peu à crier haro sur ce baudet-là...).

Là, on arrive dans le lourd. Car si les palinodies de Dagrouik amusent plus qu'autre chose, parce que ne débouchant finalement sur rien (il y a beau temps que les boucs émissaires ont perdu leur efficacité de résolution violente), nos féministes sont moins folkloriques, moins poum-poum-tralala-pride : ce qu'elles visent ce sont les marches du Palais de Justice. Elles veulent faire taire ce petit crétin boutonneux, elle n'ont pas honte de le dire. Et si elles n'ont pas honte, c'est parce que leur cause est juste : Orelsan bafoue la dignité des femmes, elles se battent pour la dignité – qui pourraient leur en vouloir ? Ne pas être d'accord ? Orelsan traite les femmes comme des chiennes, elles refusent d'être considérées comme des chiennes (sauf “de garde”, mais c'est un détail) : qui ne s'embarquerait derrière cette noble bannière, cette oriflamme incontestable ? La cause des femmes est juste et bonne, elle mérite d'être défendue, on ne peut tolérer qu'elle soit salie. Fort bien.

Il fut une époque où l'Église et la Famille tenaient le rôle enviable de causes nobles. Où s'en prendre à elles revenait à exhiber sa vilenie en plein jour. Pis : à humilier des centaines de milliers de gens dans ce qu'ils avaient de plus précieux, de plus pur, de plus porteur d'avenir. C'est pourquoi l'on chargea le procureur Ernest Pinard de poursuivre et de condamner les Charles Baudelaire et les Gustave Flaubert qui, avec des ricanements insupportablement cynique, prenaient plaisir à piétiner ces valeurs partagées par tous – partagées parce que vraies.

Et les ligues de vertus applaudirent bruyamment à la condamnation de Baudelaire ; et les ligues de vertu se désolèrent à juste titre qu'au nom de je ne sais quelle liberté de l'art, Flaubert échappât à l'infamie qu'il méritait. Et il y eut bien sûr des esprits fins et élevés pour noter que, au fond, toute cette affaire avait été une excellente publicité à leur dépravation morale – que l'on avait sanctifié les prospérités du vice.

Il n'aura manqué qu'un Dagrouik pour accuser Charles et Gustave d'homophobie : ils ne perdaient rien pour attendre.

(Sou)rions avec Ségolène – et avec Philippe Muray

C'est François Miclo qui le dit...

dimanche 12 juillet 2009

L'espoir luit comme un brin de paille dans l'étable

Peu après six heures,
pris d'un accès de rage mal contenu,
je suis sorti dans le jardin et,
à grands gestes brutaux,
j'ai complètement déchiré la couverture nuageuse.

Le ciel a un drap propre
la nuit sera ensoleillée.

Un psychologue danois parle d'islam et d'intégration

Merci à Floréal de m'avoir signalé cette interview.

samedi 11 juillet 2009

For Appas

En discret hommage...


Les plus désespérés sont les champs les plus bio.

Un samedi blanc et gris : j'annonce la couleur

Le samedi est très souvent un jour “blanc”, dans ma semaine ; celui où rien ne se passe, où je me remets gentiment des trois jours d'agitation (modérée, très modérée...) passés à Levallois-Plage, du trop-plein d'humains cotoyés, d'un excès de paroles dites et entendues.

Aujourd'hui, en plus d'être blanc, il est gris : c'est le retour du célèbre “été normand”, celui qui vous incite à mettre un petit coup de chauffage dans la salle de bain avant de passer sous la douche.

La douche, à midi moins dix, vous vous dites qu'il serait peut-être temps d'y aller, d'ailleurs, plutôt que de déambuler sans goût ni ressort d'un blog à l'autre, comme vous le faites depuis près de deux heures, après avoir mollement tourné les pages du Vieil-Observateur (comme Jean-Marie Domenach appelait ce cacochyme hebdomadaire). C'est exactement ceci, un samedi “blanc” : un jour durant lequel évoquer les choses que l'on devrait se mettre à faire suffit amplement à remplir les heures. Ça se remplit d'un rien, une heure, quand on y pense. La bonne sagesse est de ne point trop s'affoler de leur succession prévisible : vous en remplissez tranquillement une ; et, quand elle est à ras bord, vous passez à la suivante sans vous prendre le chou.

Normalement, on devrait arriver à ce soir sans trop d'encombre.

vendredi 10 juillet 2009

M. Bonnet ne voit pas le rapport

L'ami "sabre au clair" semble guetter ce qu'on peut dire de lui dans ce cloaque qu'on appelle la blogosphère. Du coup, il répond, et il répond ceci :

« C’est tout à fait exact, mais il en faut de très loin, même si je déclarais ces 7650 € en plus, pour que je ne rentre dans la catégorie des bénéficiaires du bouclier fiscal. Franchement, je ne vois absolument pas le rapport. »

Où l'on voit, d'abord que M. Bonnet écrit le français à peu près comme la plupart des journalistes : n'importe comment – les rewriters ont encore de beaux jours devant eux. Lui ne voit pas le rapport : compte tenu de la manière dont il s'exprime, moi non plus, je l'avoue. Si on tente de remettre tout cela en langage un peu moins sabre-au-clair, on croit comprendre que M. Bonnet prend sur lui, depuis dix ans, multiplie ses impôts environ par deux parce qu'il ne déduit pas ces fameux 7650 € de ses revenus : on peut y croire, c'est vous qui voyez. Personnellement, je connais tout de même un peu mes camarades folliculaires – et je pouffe sous cape.

M. Bonnet nous signale d'autre part qu'il ne rentre pas dans la catégorie des bénéficiaires du bouclier fiscal. Précision inutile : s'il en bénéficiait, il aurait fermé son claque-merde (comme pour les 7650 €). De plus, pour bénéficier du "bouclier" en question, il convient de bosser, pas seulement de tenir un blog – même sabre au clair : donc, personne n'a jamais soupçonné M. Bonnet d'entrer dans ce genre de catégorie.

Du coup, il ne voit pas le rapport. Le rapport entre qui et qui ? Quoi et quoi ? Peu importe : il ne le voit pas. En revanche, si on le laissait faire, M. Bonnet, il nous réformerait ce pays en deux coups les gros – et d'une seule main encore.

Heureusement, pour un temps encore, personne ne demande rien aux MM. Bonnet de son espèce.

jeudi 9 juillet 2009

La plume est de presse et le silence est d'argent

Plume de presse, vous connaissez ? Non ? Vous avez tort. C'est “le blog d'un journaliste sabre au clair et plume engagée” (non, ne vous marrez pas tout de suite, il y a mieux). Olivier Bonnet, c'est un peu le chevalier blanc joué par Gérard Lanvin dans le pitoyable film de Michel Colucci, Vous n'aurez pas l'Alsace et la Lorraine : il proclame, il mouline, il pourfend l'air, tout en faisant bien attention de ne casser aucun bibelot. Mais, en parole, aucune injustice ne lui échappe. Sauf celles qui l'arrangent, ce en quoi il reste finalement profondément humain et terriblement prévisible.

Ainsi, aujourd'hui (voir le lien plus haut), notre chevalier ressort son sabre à beurre et monte à l'assaut du bouclier fiscal (c'est original et courageux). C'est qu'il déteste les deux poids deux mesures, le gars Olivier ! Il veut la justice et l'égalité à tous les étages, notre matamore-moi-le-nœud ! On va voir ce qu'on va voir ! Avec lui, aucune complaisance fiscale n'a la moindre chance de survie, qu'on le sache !

Enfin, aucune sauf une. Car, en tant que journaliste, Olivier Bonnet (tout comme moi et un tas d'autres nuisibles) a le droit chaque année de déduire 7650 € de ses revenus avant calcul de son impôt. C'est censé correspondre à des “frais”. Vous ne voyez pas lesquels ? C'est normal. En réalité, cette somme, lorsqu'elle a été décidée (par le vertueux gouvernement Jospin si j'ai bonne mémoire), était destinée à compenser les 30 % d'abattement supplémentaire auxquels les journalistes avaient droit depuis des décennies. À l'époque, le vertueux gouvernement Jospin avait décidé qu'il fallait en finir avec ces immondes et intolérables privilèges des abattements supplémentaires, dont bénéficiait un bon nombre de professions, depuis les représentants de commerce jusqu'aux écrivains, en passant par les pipiers de Saint-Claude (je ne plaisante pas !). On les a donc supprimés pour tout le monde...

... Sauf pour les journalistes, à qui on a rendu de la main gauche ce qu'on leur piquait de la droite : vous imaginez qu'ils aillent gueuler, ces cons-là ? Non, non, il fallait à tout prix remplir leur gamelle pour qu'ils ferment leur grande gueule ! Ce qu'ils ont fait, y compris Olivier Bonnet, notre chevalier grisâtre. Pour 7650 €.

Maintenant, vous le saurez : un chevalier blanc, même sabre au clair, pour qu'il ferme sa grande gueule, ça coûte 7650 €. On aurait tort de s'en priver. En plus, ce ne sont pas des gens très regardants sur la propreté de leur gamelle. Quand il a fini de manger ses 7650 croquettes, le preux, vous le lâchez sur le bouclier fiscal : le ventre plein, il va faire des merveilles, vous allez voir...