jeudi 15 octobre 2015

Shakespeare nous parle


La traduction de l'extrait de Troïlus et Cressida qu'on va lire est de Jean-Michel Deprats ; elle diffère sensiblement de celle, classique, du fils Hugo. Par exemple, et c'est important ici, Deprats traduit le Degree anglais par son équivalent français, “degré” (auquel il confère la majuscule initiale) ; alors que Hugo lui préfère un terme sans doute plus explicite, mais aussi plus restricif, celui de “hiérarchie”. L'extrait appartient à la troisième scène du premier acte, c'est Ulysse qui parle :


Oh ! quand le Degré est ébranlé,
Qui sert d'échelle à tous les hauts desseins,
L'entreprise est malade ! Comment les communautés,
Les grades [degrees] dans les écoles et les corporations dans les villes,
Le commerce pacifique entre des rivages séparés,
Le droit d'aînesse et de naissance,
Les prérogatives de l'âge, les couronnes, les sceptres, les lauriers
Pourraient-il, sans degrés, rester à leur place authentique ?
Supprimez seulement le Degré, faussez cette corde,
Et écoutez la dissonance : toutes choses s'entrechoquent
Avec une obstination stupide ; les eaux, naguère contenues,
Gonflent leurs seins au-dessus des rives
Et donnent à la terre ferme l'inconsistance d'une soupe ;
La Force devient le Droit, ou plutôt le juste et l'injuste,
Dont l'éternel écart est le lieu même de la justice,
Perdent leur nom, et Justice le sien.


Ce qu'Ulysse décrit ici, c'est ce que René Girard nomme une crise des différences, laquelle, en s'étendant et s'aggravant, ne peut que déboucher sur des rivalités mimétiques de plus en plus nombreuses et violentes. Le seigneur d'Ithaque parle de nous : le simple fait que nous ne cessions plus d'invoquer les différences, pour les glorifier comme des veaux d'or, montrent bien qu'elles s'effacent un peu plus chaque jour, tendent à disparaître, cependant que, parallèlement, la guerre de tous contre tous se dissimule de moins en moins, tout en prenant le sobriquet substantivé de vivre ensemble. Shakespeare ne serait pas dépaysé.

samedi 10 octobre 2015

Plaidoyer exhumé



En tapant le nom d'Alain Delon dans Google, je suis tombé – dernier article de la première page – sur un billet vieux de deux ans, que j'avais tout à fait oublié. Comme je suis, pour des raisons professionnelles, plongé depuis quelques jours dans sa biographie, je me suis dit qu'il n'y avait pas de raison pour que j'y demeurasse seul. Revoici donc ce Plaidoyer pour Alain Delon, du 20 septembre 2013 :

Il était, et est resté longtemps, d'une beauté que l'on disait volontiers solaire, peut être parce que Plein Soleil l'a révélé. Il avait en tout cas un sourire, une mèche, des yeux et un corps à vous faire regretter, parfois, de n'être pas homosexuel. Encore que non, à la réflexion : si nous l'avions été, homosexuel, la frustration aurait sans doute été terrible de n'avoir aucune chance de le rencontrer jamais ; quant à devenir femme pour approcher l'idole, le prix à payer aurait tout de même été bien lourd. Mais, du jour au lendemain, Delon était là ; la veille, inconnu ; le jour d'après, il ne faisait pas partie du paysage : il était un paysage nouveau à soi seul. Pour devenir acteur indispensable, il n'a même pas eu besoin d'aller faire le guignol chez Godard, même s'il y est finalement allé ; après un fécond détour par chez Visconti, il s'est contenté de décrocher de la patère le costume croisé qui pendait à côté de ceux de Gabin, de Blier et de Ventura : l'affaire était faite.

De sa beauté, les folliculaires disaient aussi qu'elle était insolente. Mais il l'était tout entier, insolent, et l'est demeuré. C'est avec insolence qu'il s'est mis à gagner beaucoup d'argent, à s'instituer star, à parler de Delon comme d'un autre que lui (et personne ne semble avoir vu qu'il pouvait s'agir là d'une preuve de profonde humilité, d'étonnement incrédule face à soi-même) ; Delon rajeunissait, se mettait à jouer, et devait bien rire des trépignements que ses poses et ses écharpes blanches suscitaient dans les cercles vertueux et grisâtres qu'il traversait en dansant.

Et puis, la loi commune étant ce qu'elle est, Delon s'est mis à vieillir. De Delon tout court, il est peut-être redevenu Alain Delon, comme au début. Le panache ne l'a pas quitté pour cela, il n'a cherché à rien esquiver, et surtout pas le pathétique de la grandeur déchue. Il dit assez simplement, dès que l'occasion lui est offerte, la douleur et la déception qu'il y a, quand on vit encore et que tous les autres sont morts, à se savoir appartenir au passé, au patrimoine ; il ne craint pas d'exposer sans fleurs les désarrois de la vieillesse, de toutes les petites pertes irrémédiables qui se succèdent en bon ordre.

Alain Delon est une belle figure, même aujourd'hui où le soleil s'avance vers son crépuscule, et qu'il le sait. 

vendredi 9 octobre 2015

Une vraie décision de réacs


C'est une décision qui fut prise, entre crémant et riesling, presque sans y penser : nous allions ranimer la France, celle des blouses de commerçant au sourire emprunté et des petits costumes d'adolescents assis sur des tonneaux. Au moins, faute de ressusciter ces fantômes posant, nous voulions soudain leur rendre leur temps, le temps réel, charnel, incertain, changeant, celui du soleil impavide et des endormeuses saisons. Comment sommes-nous venus à parler de ce couple modernœud, d'une sottise d'airain : l'heure d'hiver / l'heure d'été ? Ne sais. Mais la décision fut prise, lorsque sonnerait bientôt le moment de la retraite, c'est-à-dire celui de la délivrance du monde, de nous en affranchir. Le sujet se glissant entre les phrases comme un orvet dans les herbes, Catherine en vint à me raconter, une fois de plus (le radotage est l'un des plus hauts plaisirs du couple, et même sa plus solide raison d'être, quoi qu'en pensent les partisans de l'agitation amoureuse et des familles recomposés), la spécificité de son village d'Estrée, en Picardie, où, jusqu'au mitan des années soixante, on vivait encore à l'heure française, c'est-à-dire qu'il y était onze heures quand il sonnait midi dans le reste de la France allemande – France allemande que nous sommes toujours, et même, si je comprends bien, de plus en plus, à mesure qu'elle devient européenne, c'est-à-dire rien.

Sur la lancée où nous étions, nous prîmes alors cette décision difficile mais exaltante : celle, dès que nous pourrions nous moquer totalement de votre monde, et revenir, pour notre usage exclusivement personnel, à l'heure française, celle qui gouverne les romans de Simenon, de Colette et d'autres. Comme ma retraite – nous en reparlerons – semble s'approcher à plus grands pas que je ne le pensais, il se pourrait que, bientôt, à cette heure officielle de neuf heures dix qu'il est actuellement, Catherine et Didier Goux ne soient encore qu'à sept heures dix. La nuit de décembre, pour nous, redescendra vers trois heures et demie de l'après-midi, et les splendeurs de la mi-juin n'excèderont pas neuf heures. Et il se trouvera que, par ce biais, certes un peu puéril, ces deux vieux cons que nous sommes vous congédieront élégamment de leur univers.

mercredi 7 octobre 2015

Désynchronopost


Petit pas de deux assez ridicule avec mes différents livreurs de livres (pas pu faire autrement, désolé…). Ce matin, un mail de Chronopost m'annonçant que mon colis… (là, une interminable suite de lettres et de chiffres alternés au petit bonheur) … me serait livré entre 9 h 35 et 11 h 05. La précision me laisse tout bloblotant d'admiration, évidemment. Le service public est tout de même une grande et belle chose.

À trois heures de l'après-midi, comme aucune camionnette ne s'était arrêtée devant le portail, je me suis décidé à tondre le jardin ; bien m'en a pris : à peine avais-je fini de ratiboiser le dernier carré que l'ondée cheyait. (Je sais que le verbe “choir” n'admet pas d'imparfait de l'indicatif, mais il me plaît, à moi, de lui en donner un ; au moins pour ce soir.).

L'âme apaisée et les muscles endoloris, je reviens devant cet ordinateur, et c'est alors que le téléphone sonne : message enregistré de Chronopost m'informant que son livreur n'a pas été en mesure de me remettre mon colis ce matin, comme il avait l'ardente obligation – et sans doute le violent désir – de le faire (tu parles : ni Catherine ni moi n'avons bougé d'ici, et Bergotte aboie comme une damnée dès que quelque véhicule s'arrête devant chez nous, ou seulement fait mine), que je dois me rendre sur chronopost point effère, y entrer un code long comme le bras, puis un mot de passe à six chiffres, afin de convenir d'un nouveau rendez-vous. Je fixe celui-ci à demain, en maugréant car, la biographie de Delon que j'attendais aujourd'hui, je comptais travailler dessus demain midi, durant l'heure et demie que je vais très probablement passer dans la salle d'attente du gastro-entérologue lovérien qui m'a donné rendez-vous il y a trois semaines.

Sur ce, je regagne le salon afin d'y poursuivre ma lecture des Jeunes Filles de Montherlant (terminées ce soir, juste avant le dîner). Aboi de Bergotte, déboîtement des cervicales chez votre serviteur en direction du portail : une camionnette blanche est garée devant. J'y cours, frétillant, et reçoit des mains du livreur, arrondi et de taille modeste, un paquet Amazon. Je m'étonne de le voir déjà, vu que je viens de prendre rendez-vous pour demain suite au pataquès de ce matin. Il m'informe alors que non, lui, il “est” UPS, et que mon rendez-vous manqué ce devait être avec Chronopost, parce que « Chronopost c'est vraiment de la merde ! » Là-dessus, il ajoute que je pourrais peut-être voir la concurrence arriver plus tôt que prévu, mais que je ne dois pas trop compter dessus tout de même : « Je viens de le croiser à Pacy, le gars de Chronopost. C'est un black, il a l'air de planer à quinze mille… » On se quitte bons amis, unis par une complicité goguenarde.

L'histoire se termine bien puisque, dans le colis acheminé par UPS, se trouvait la biographie delonienne, que je pourrai donc emporter demain à Louviers. Quant au paquet chronoposté, nul ne sait quand il arrivera, ni même ce qu'il contient.

samedi 3 octobre 2015

Retour de Corrèze…

Pour la photo, les explications sont par là.

 … et replongée dans le journal d'août.
 

vendredi 25 septembre 2015

On va essayer d'éviter François H.


Demain matin, pas trop tôt, on n'est pas des esclaves, nous mettrons Bergotte dans le coffre de Liselotte et prendrons la route pour rallier, quelques heures plus tard, le village de Saint-Augustin, sis au cœur de la Corrèze, et qui sera probablement débaptisé bientôt afin de ne pas froisser la susceptibilité religieuse de nos frères mahométans. Nous comptons y passer une semaine, durant laquelle, bien entendu, nous rencontrerons Messire Étienne du Lonzac en sa nouvelle seigneurie ; semaine durant laquelle nous serons bienheureusement privés de toute connexion fâcheuse avec le monde virtuel. C'est la raison pour laquelle le journal d'août ne paraîtra pas avant le 6 octobre. 

Si je fournis toutes ces précisions, c'est afin que MM. les monte-en-l'air sachent qu'ils pourront opérer chez nous en toute tranquillité durant ce temps. Qu'ils se méfient tout de même : notre voisin le plus immédiat est un homme perspicace et armé.

mardi 22 septembre 2015

Renault mirage


Comme je descendais des fleuves impassibles la côte de la déchetterie pour aller chercher deux baguettes “tradition” à la boulangerie de Pacy – celle de la mairie –, j'éprouvai soudain une stupeur proche de l'hallucination : face à moi, grimpant cette même côte avec un vrombissement caractéristique, qui me remontait d'un demi-siècle, venait de surgir une R8 Gordini ; une belle bleue, avec ses deux lignes blanches, exactement comme sur la photo. Pendant une très longue fraction de seconde, j'eus l'impression, culottes courtes aux miches et cartable à la main, que je revenais de l'école vers la Glockengumpen, la cité militaire où ma mère devait m'attendre pour le goûter. Le mirage se dissipa dès que j'eus vérifié que j'avais toujours une moustache.

dimanche 13 septembre 2015

Le gros livre de Michel Houellebecq


Il y a deux semaines, Laurent Ruquier faisait de Michel Houellebecq son invité d'honneur : long entretien d'une quarantaine de minutes, durant lequel l'écrivain parvint à dire des choses sensibles, justes, intelligentes, malgré les tirs de barrage de Mme Salamé qui, faute sans doute d'être capable d'autre chose, cherchait constamment à le ramener dans les petites ornières idéologiques familières et convenues. J'ai regardé ça cet après-midi, sur internet. Vers la fin, le romancier dit qu'il a toujours ce fantasme de parvenir à écrire un grand livre. En réalité, assez curieusement, il parle d'un gros livre ; en précisant : “avec des passages un peu ennuyeux”. Il conclue en reconnaissant que la chose ne s'est pas encore faite. En somme, Michel Houellebecq attend et espère le chef-d'œuvre de Michel Houellebecq. Il n'est pas le seul.

lundi 7 septembre 2015

À quoi ressemblait un journaliste “people” dans les années quatre-vingt ?




Photographies accablantes, retrouvées hier par ma mère, traîtreusement, alors qu'elles dormaient sagement depuis près de trente ans dans un tiroir de buffet.

Rien à dire : on avait le sens de la fête, en ce temps-là, ma bonne dame. Et en plus, pour ça, on était très bien payé.

vendredi 4 septembre 2015

Vertige, écroulements, déroutes et pitié


Donc, nous en sommes là. Il n'y a désormais plus qu'un seul moyen de tirer les Européens en phase terminale de leur stupeur aphasique, c'est de leur titiller la glande émotionnelle ; pour se frayer un chemin jusqu'à ce qui leur reste d'esprit, il faut se résoudre à ramper dans leur conduit lacrymal. Pleurnicher ensemble nous tiendra lieu d'action commune : le petit garçon en bleu et rouge sera efficace jusqu'au départ en week-end ; la semaine prochaine, il faudra dénicher autre chose ; on trouvera, ne vous inquiétez pas, vous aurez votre quota de gros sanglots. Comme pour un malade au long cours, dont on change la molécule apaisante parce qu'il s'est trop habitué à l'ancien traitement, on essaiera de varier un peu : une petite fille africaine en pleurs, par exemple, offrira une diversion bienvenue, tout en présentant toutes les garanties. Car vous avez le mouchoir délicat et regardant : pas question de s'arracher les cheveux, de pousser de grands braiments de pleureuse méditerranéenne, pour une victime insuffisamment estampillée, à la souffrance douteuse, au curriculum incertain. On n'oubliera pas non plus que la communion lacrymale exige le lointain ; une quantité assez précise d'exotisme est nécessaire, pour pouvoir se sentir frères éplorés : on vous trouvera ça aussi, n'ayez nul tourment. Et ce sera délicieux puisque, cette fois encore, comme avant et comme après, on n'exigera rien de vous : ni intelligence, ni lucidité, ni compréhension ; juste une forte dose de compassion bruyante qui, rassurez-vous, a ce mérite précieux, à l'issue de son passage, de ne laisser aucune trace dans l'organisme.

mercredi 2 septembre 2015

L'abbé et le furet


Hier soir, nous nous sommes laissés aller à regarder les deux numéros de Secrets d'histoire que Stéphane Bern consacrait à Louis XIV, à l'occasion du trois-centième anniversaire de sa mort. Le second volet, de loin le plus intéressant, englobait la régence de Philippe d'Orléans. C'est dans cette partie que j'ai appris une chose amusante, de la bouche de Michel de Decker, estampillé écrivain normand, ce qui le rend d'emblée sympathique. À propos de l'abbé Dubois et de ses participations aux parties fines du Régent, il a affirmé que la fameuse et innocente comptine que nous avons tous fredonnée à l'âge des genoux écorchés et des Choco BN, composée à l'époque : Il court, il court, le furet, le furet du bois, Mesdames…, que cette ritournelle, donc, était en fait une malicieuse contrepèterie, et qu'il fallait y entendre :

Il fourre, il fourre, le curé,
Le curé Dubois, Mesdames.

Encore un lambeau d'enfance qui fout le camp.

vendredi 28 août 2015

Adieu Paludes


Tel est le titre du journal de juillet.

jeudi 27 août 2015

Et nous revenons chez nous


Ce n'était pas arrivé depuis des mois. J'avoue avoir aimé la sécheresse, en raison de mon peu d'appétence pour la tondeuse à gazon, dont ce climat stupidement méditerranéen monté vers le nord m'a dispensé durant deux mois. Or, depuis ce matin, et même peut-être avant, je ne sais pas, je dormais, il pleut. Lentement, lourdement, une pluie appliquée et consciencieuse, régulière, ininterrompue, tranquillement normande ; elle me convient. Les odeurs s'exhalent, le monde semble s'étrécir par le poids des nuages. D'où je suis, je vois Boulou, le chat obèse, replié sur le paillasson et attendant que la porte lui soit ouverte. Il y a les bruits, piquetés, discrets, insistants tout de même, rassurants d'une certaine manière, des gouttières et des arbres. On se demande alors comment vivent les bêtes, dehors, et notamment les petits de l'année, qui ont cru naître le mois dernier dans une sorte de garrigue touristique et se retrouvent dans cette terre détrempée, grasse, patiente, environnées par cette herbe redevenue goulue, sous ce modeste déluge qui semble éternel. Boulou attend, je le vois. Bien sûr, cette reverdure va nous obliger, demain, après-demain, à sortir la tondeuse. On fait semblant de s'en désoler, on en est en fait très content.

Le temps d'écrire ces dix lignes, la pluie s'arrête. Mais nous sommes assurés depuis ce matin d'être en Normandie ; elle va donc reprendre. Le vent a disparu, pour que les gouttes tombent droites et impassibles. Il reste quelques gargouillis dans les gouttières. Puis tout se tait, le silence tombe comme une chape. Boulou, sur son paillasson, s'est endormi. – Non, ça y est, il s'en va.

samedi 22 août 2015

Tristesse des romans


Je ne connais rien de plus triste, dans la littérature française, que les dernières pages du Vicomte de Bragelonne. À chaque mort, celle de Porthos – titanesque, surhumaine, presque enviable et pourtant à se taper la tête contre les rochers qui l'ensevelissent –, celle d'Athos qui s'apparente à un suicide ou plutôt à une assomption, puis enfin celle de d'Artagnan, qui est un couronnement, le lecteur se recroqueville dans son fauteuil, en veut presque à Dumas de lui infliger pareil arrachement, tout en sachant qu'il ne pouvait faire autrement. Et il ne faudrait pas oublier Mousqueton, le valet de Porthos, qui, après l'ouverture du testament de son maître lui léguant tous ses vêtements, est retrouvé mort par d'Artagnan, au milieu des habits en question. Il y a aussi Aramis, condamné à rester vivant, et honoré, et puissant, et riche, c'est-à-dire damné.

Rien de plus triste ? Si, finalement. Reportez-vous loin en arrière. Souvenez-vous de vos genoux écorchés et de cette édition pour enfants de Sans famille. L'ouverture du roman : Rémi est empli d'une joie à la fois simple et intense, la Mère Barberin, parce que c'est la Chandeleur, je crois, va faire des crêpes. Ils sont deux, dans cette misérable bicoque, cette vieille femme et Rémi, qui ne sait pas que son enfance va se terminer ce soir. Car, soudain, la porte s'ouvre, et entre le Père Barberin. (Je ne me souviens pas d'où il vient ni pourquoi il était absent ; mais, le lecteur-enfant que je fus a étiré le temps comme on l'a tous fait dans la vie réelle, et il lui semble que ce représentant de l'autorité, du monde extérieur, effrayant, est parti extraordinairement longtemps. Toute la vie, peut-être.)

Le Père Barberin exige sa soupe, et il veut du beurre dans cette soupe. La soupe de Barberin est l'intrusion du monde dans le petit univers clos et douillet de Rémi. (L'enfant bien nourri de 1964 ou 65 ne comprend pas très bien où est le problème, il ne sait même pas que l'on met du beurre dans  la soupe. Du reste, il préfère le saucisson et le camembert ; néanmoins, il pressent l'orage et il poursuit sa lecture.) La Mère Barberin, tremblante devant l'homme comme une femme à l'ancienne mode, tente de négocier : moitié de son pauvre bout de beurre pour la soupe du revenant,  moitié pour les crêpes de l'enfant ; c'est-à-dire moitié pour  le monde, moitié pour l'enfance.. Le Père Barberin, alors, pique le bout de beurre entier et le plonge dans la soupe : il n'y aura pas de crêpes.

J'ai lu plusieurs milliers de livres depuis. Aucun ne m'a plongé dans de tels abîmes de tristesse, assortis de mes premiers mouvements de révolte. Même pas les mousquetaires.

Sans famille est, je crois, une chose miraculeuse et fragile, comme un amour silencieux d'adolescence : il ne faut pas y revenir. Ce serait gâcher, casser, saccager.

mercredi 19 août 2015

Ultimes métamorphoses des Mousquetaires

À lui seul, Le Vicomte de Bragelonne est deux fois plus long que Les Trois Mousquetaires et Vingt ans après réunis : environ cinq millions de signes ; c'est son premier gros défaut. L'intérêt ne parvient pas à se maintenir durant ces innombrables pages, d'autant moins que le roman présente, à peu près en son milieu, un énorme ventre mou, lequel est constitué par la valse des différentes amours péniblement niaises, mettant en scène Louis XIV, Louise de La Vallière, Henriette de France, Raoul de Bragelonne, le comte de Guiche, le duc de Buckingham, ainsi que deux ou trois autres godelureaux et godelurettes de moindre envergure. Il y a là trois ou quatre cents pages que le relecteur prévenu ne fait que parcourir aussi rapidement que possible, à seule fin d'y débusquer les chapitres concernant les différentes intrigues et mettant en scène les quatre héros, savoureuses pièces de viandes que Dumas a vicieusement entrelardées dans ce paquet de mauvaise graisse.

Le deuxième gros défaut du roman est constitué par son personnage éponyme. Raoul de Bragelonne est un concentré de vertu, de droiture, de piété filiale, de dévouement au roi, d'honneur, de… Raoul de Bragelonne est un concentré, et il n'est rien d'autre. Il l'est à un point, concentré, que, tel un trou noir retenant captive toute lumière, il ne laisse jamais échapper la plus petite réaction humaine, le moindre trait de caractère un peu inattendu, le plus infime éclair d'humour ou de folie. Il est tellement ennuyeux qu'on en arrive à se dire que tout ce qu'il mériterait, ce serait de passer sa vie entière en tête à tête avec Louise de La Vallière ; et le lecteur excédé finit par accueillir sa mort avec la satisfaction d'une revanche personnelle enfin assouvie. Au fond, Raoul de Bragelonne, c'est son père, Athos, si celui-ci n'avait pas eu la chance de rencontrer Milady et de souffrir abominablement par elle.

Néanmoins, il faut lire Le Vicomte de Bragelonne ; pour le reste, c'est-à-dire pour le carré d'as. (Je dis cela si l'on a la chance d'être né garçon : si l'on est une fille, je suppose qu'on préférera les pages que je viens d'évoquer.) Athos, dans cette partie, me paraît le moins intéressant des quatre, sans doute à cause de ce boulet de paternité qu'il traîne à sa jambe. D'Artagnan prend des couleurs plus subtiles, des teintes d'automne ; il s'insinue en lui un peu de ce désenchantement de l'homme qui s'aperçoit que le siècle est en train de le laisser derrière lui et a du mal, peine et révolte mêlées, à y consentir. Mais ce sont surtout Porthos et Aramis qui subissent la plus étonnante métamorphose. 

Je parle au singulier car il leur arrive la même chose, avec bien sûr des résultats fort différents, à savoir une amplification telle de leurs personnes, de leurs caractères, qu'ils cessent sous nos yeux d'être humains pour se transformer en des sortes de héros mythologiques, des créatures de légendes. Porthos était une force de la nature : il devient titanesque ; capable, dans le parc du surintendant Fouquet, à Saint-Mandé, de déraciner des hêtres, de briser le tronc des chênes, simplement pour y récupérer les petits œufs des mésanges, verdiers ou grives qui y couvent. Et il se fait alors des omelettes de plusieurs centaines de ces œufs : Porthos est devenu Gargantua.

Aramis va subir une mutation analogue, mais, lui, ce sont ses dons pour l'intrigue et ses appétits de pouvoir qui vont enfler jusqu'à une démesure proche de la folie. Devenu général des Jésuites, il affirme disposer de richesses à peu près illimitées et déclare tranquillement à Fouquet, peu avant la chute de celui-ci, qu'il est désormais “au-dessus des rois et des trônes”. Aramis s'est transformé en un Monte-Cristo faustien. Et c'est sans doute pour cette prétention à égaler Dieu qu'il sera le plus cruellement puni des quatre, puisque condamné à demeurer sur terre après la mort de ses trois amis ; en attendant pire, sans doute. D'où les derniers mots de d'Artagnan agonisant : « Athos, Porthos, au revoir. – Aramis, à jamais adieu ! » Et Dumas d'appuyer, dans son ultime phrase : « Des quatre vaillants hommes dont nous avons raconté l'histoire, il ne restait plus qu'un seul corps : Dieu avait repris les âmes. »

mardi 18 août 2015

La voix des morts 2 (en “temps réel”)


C’est l’histoire d’un acteur de seconde zone. Avant que j’arrive dans le film, sa femme et sa fille sont violemment mortes, et il a fait une tentative de suicide, à la suite duquel sa vie est devenue assez mouvementée : il ne cesse de croiser des gens qui vont mourir prochainement, si possible de mort violentes et originales, et il les voit émettre des rayons lumineux, ce qui le perturbe quelque peu.  Parfois il les empêche de défunter, parfois non. Un jour, il sauve son infirmière d'après suicide, une blonde moche avec deux mèches violet fluo sur le côté, qu’on n’a jamais vue dans aucun film et qu’on ne reverra probablement pas. Elle est veuve et son mari était un prof de musique super cool que les enfants adoraient : au lieu de les faire chier avec « do ré mi », il leur faisait chanter des trucs des Beach boys et d’autres groupes hyper fun du même genre ; elle l’invite à un festival d’enfants braillards qu’elle organise depuis qu’elle est veuve, deux ou trois jours plus tard.

En attendant, le héros va voir une autre veuve, celle d’un type qui, si j’ai bien compris, a vécu la même chose que le héros, mais avant. Elle lui dit qu’elle l’attendait et elle le laisse seul dans le bureau de son mari. La télé se dérègle comme dans les années soixante,  les plombs sautent, des sortes de zombis apparaissent ; et la veuve, qui entrouvre la porte du bureau pour passer la tête, nous apprend qu’elle ne l’est pas, veuve, mais que son mari est chez les dingues ; le héros y va. Il lui demande pourquoi il a tué sa femme et sa fille. L’autre, dos tourné, lui balance tout à trac :  « Qui a été sauvé doit tuer. » Il envoie encore quatre ou cinq sentences imbitables du même tonneau. Puis, il se retourne et montre sa gueule complètement niquée du côté gauche, avant de devenir fou furieux. Le héros achève de lui rectifier sa face. C’est vachement violent.

Le héros rentre chez lui, avec le journal intime du fou, plein de croquis qui font peur, mais hyper bien dessinés. Là-dessus, l’infirmière au sourire niais se pointe, pour lui rappeler qu’elle l’a invité et, visiblement, dans l’espoir de s’en prendre un petit coup entre les baguettes. Mais le héros a un peu la tête ailleurs. D’ailleurs, il dort mal et fait des tas de cauchemars qui font du bruit dans la télé : même Bergotte sursaute.

Mais enfin, on le retrouve avec l’infirmière, en train de s’arsouilller au picrate sur un banc. Ils se prennent la main et elle l’entraîne dans un bar à billard.  Elle rit tout le temps, elle est excitée comme une puce, on l’entend clapoter d’ici. Mais lui, il pense tout le temps à sa fucking femme morte et, du coup, il n’est pas tout à fait au top côté bandaison. Finalement, il se casse ; il y a des zombis en noir et blanc dans la rue, et il se retrouve chez lui. Ça devient un peu confus, peut-être parce que je rédige en même temps et que je suis obligé de regarder le clavier, n’étant pas dactylo. Lui, par contre, comme tous les héros de films, tape avec ses dix doigts, ce qui m’énerve.

« Que celui qui est intelligent compte le chiffre de la bête », dit alors celui qui a tué sa femme et sa fille, et qui a miraculeusement retrouvé une trombine intacte : on se doute qu’on est dans le passé. Le héros ne comprend toujours rien, visiblement, et moi non plus. Il fait une addition de je ne sais quoi et aboutit à un total de 666. Là, le spectateur réalise qu’on ne rigole plus. Le héros découvre que Lucifer est un ange déchu qui est devenu le diable : y a pas d’âge pour apprendre les trucs essentiels. Il téléphone à l’infirmière, qui essaie de la jouer chatte, sans succès, et juste après il y a un pianiste à l’air dément dans un hôtel de luxe. Le héros prévient son pote nègre par téléphone : « Il est possible que le diable soit en train de jouer avec moi. »  Ah, meeerde…

Le pianiste, fort raisonnable jusque-là, se met à jouer des trucs ignobles, genre Boulez, puis sort un flingue de son sac de sport posé à ses pieds. On a beau l’exhorter : « Put the gun down ! », y a pas mèche. Le héros arrive à l’hôtel. Pourquoi ? Ben… parce que l’infirmière lui a dit d’y aller. (Je sais, ça devient pénible…) Le héros se bat avec le pianiste, et le demi-queue laqué noir tombe du deuxième étage, mais au ralenti ; ce qui ne l’empêche pas d’écrabouiller la réceptionniste. Le pianiste a l’air tout désolé ; quant au héros, il commence à se rendre compte que les deux expressions faciales qui sont à sa disposition deviennent insuffisantes pour la complexité de son rôle. Néanmoins, il fonce au récital de chansons d’enfants (là, on bascule vraiment dans un film d’horreur) où l’a invité l’infirmière. Sur le chemin, l’image passe brusquement au noir et blanc, et sa bagnole est traversée par trois ou quatre spectres lumineux à vélo.

Le chœur d’enfant est atroce à  supporter pour le spectateur, heureusement des spectres apparaissent, tandis que le héros se demande ce qu’il va faire du flingue qu’il a piqué au pianiste. Puis le concert est fini, et l’infirmière vient se frotter à lui comme une goule en chaleur. Il lui dit qu’il doit lui parler, ce qui ne semble pas correspondre à ses attentes immédiates. Mais c’est qu’il veut la sauver malgré elle. Pas de chance, il se fait virer par les appariteurs musclés. Il a l’air furieux – c’est-à-dire qu’il a la même tête que depuis le début du film. Il suit l’infirmière affolée de la touffe, chacun dans sa voiture, par les rues désertes. Elle rentre dans un bar de nuit, peut-être dans l’espoir d’y ramasser une bite en déshérence, mais on n’est sûr de rien ; il la rejoint. Là, c’est lui qui émet des rayons lumineux comme s’il allait mourir : il le prend super mal et fait la même tête qu’avant. Il dit à la blonde qu’il est « so sorry » de l’avoir sauvée et il braque son flingue sur elle (un truc a dû m’échapper). Sauf qu’il y a trois flics dans le bar en train de s’empiffrer de donuts, et que c’est lui qui se fait plomber. Mais il a l’air content parce que la malédiction est vaincue (enfin, je suppose). Là, c’est l’infirmière qui semble ne pas aller très bien ; l’ambulance l’embarque, les plombs sautent dans le bar, l’ambulance fait des zigzags, l’infirmière hurle, ses yeux se révulsent, je crois qu’il faudrait vraiment qu’un type se dévoue pour elle. Là-dessus, apparaît le zombi en noir et blanc du héros, et l’ambulance fait un accident, mais pas grave parce qu’elle a réussi à éviter le camion-citerne grâce au zombi du héros ; lequel a la tête du type qui se demande ce qu’il est venu faire dans ce film. Le dernier plan c’est l’autre dément avec sa demi-gueule ravagée, dans sa cellule psychiatrique. Et, enfin, sur fond de générique, le spectateur qui se demande pourquoi il n’est pas allé se coucher une heure plus tôt.

vendredi 14 août 2015

Mes excuses à Dumas

 
Je dois demander pardon. Dans un billet, non récent mais pas si ancien, j'ai dit qu'Alexandre Dumas était le prince des “écrivains en bâtiment”. Non seulement ce n'est pas vrai, mais j'en arrive à me demander si mes petites frontières sont aussi pertinentes qu'elles en ont l'air.

Alexandre Dumas est un écrivain. Tout court. Il suffit pour s'en persuader, comme je le fais en ce moment, de relire sa trilogie mousquetairienne. Essayez, plongez-vous dans l'épopée : vous y serez happé dans la seconde, vous ne pourrez plus vivre hors de ce premier XVIIe siècle, vous goûterez les fumets des viandes que nos mousquetaires dévorent et lamperez les vins de bourgogne ou de champagne qu'ils avalent à grandes gorgées.

Puis, vous passerez des Trois Mousquetaires à Vingt ans après ; alors, vous sentirez passer le vent du temps, de la vieillesse, vous penserez à vos propres amis, dont vous avez bien évidemment le numéro de téléphone dans votre agenda, mais que vous n'appelez jamais. Vous aurez le cœur serré quand les quatre amis se retrouvent opposés, deux à deux, prêts à tirer l'épée les uns contre les autres, parce que le vent de l'histoire les a conduits là, place Royale (actuellement place des Vosges), et que le temps les a marqués sans qu'ils l'aient su.

C'est à ce moment que Dumas est un écrivain, et un grand. Parce qu'il sait faire briller le soleil de la jeunesse sur Les Trois Mousquetaires, avant d'amorcer un crépuscule qui trouvera sa résolution dans Le Vicomte de Bragelonne.

Donc, si l'on met de côté Stendhal, qui est vraiment à part de tout, le premier XIXe siècle a enfanté deux grands romanciers, dont l'un était aussi un grand écrivain : Balzac et Dumas.

De notre effondrement culturel


À ceux qui qui naïvement me prennent pour un homme cultivé, je vais infliger ce violent démenti : je n'ai jamais lu le Satiricon de Petrone. Or, par un détour sans intérêt, je viens de le recevoir, en “Folio classique”. Classique, n'est-ce pas ? C'est inscrit sur la couverture. En effet, on peut difficilement faire plus classique que cette œuvre de deux mille ans. Recevant le volume, je le retourne, afin d'en voir la “4ème de couverture”, comme on dit. Elle est intéressante. Tout en haut, il y a le nom de l'auteur, en dessous le nom du livre, plus bas celui du traducteur (Pierre Grimal, en l'occurrence). Encore plus bas, un extrait de ce qu'on va lire.

Enfin, en petits caractères, deux lignes dont on suppose qu'elles sont là pour nous donner envie d'acheter le livre. Elles disent ceci : Le Satiricon a inspiré à Fellini un de ses films les plus saisissants. « J'ai fait un film sur l'Antiquité qui raconte une histoire d'aujourd'hui. »

Et voilà. Après deux millénaires d'existence, la seule chose qui sauve l'œuvre de Petrone, pour nous, c'est qu'un pesant guignol cinématographique italien l'ait mis au pillage. Je puis évidemment admettre qu'on aime Fellini, même si je ne le comprends pas, mais enfin, le livre de Petrone n'a-t-il vraiment aucun autre titre de gloire ou simplement d'intérêt que d'avoir servi de prétexte à M. Fellini, qui, en outre, en profite pour nous gratifier d'une superbe ânerie modernœuse, puisque en aucun cas le Satiricon ne saurait raconter une histoire “d'aujourd'hui”. 

Va-t-on bientôt, pour espérer nous faire acheter le Voyage au bout de la nuit, nous signaler que ce roman a été “adapté” en bande dessinée par un nommé Tardi ? Les Fleurs du mal ne se vendront-elles plus que si on choisit d'illustrer leur couverture avec les pochettes des disques de Léo Ferré ? Et, d'ailleurs, qui se soucierait encore d'Alexandre Dumas si ses Mousquetaires cessaient brusquement de passer à la télévision ?

jeudi 13 août 2015

Dos à dos, mais sous le parasol


J'éprouve une horreur quasi sacrée, et un accablement qui l'est à peine moins, dès que j'entends cette expression : renvoyer dos à dos. Renvoyer Pierre et Paul dos à dos, lorsqu'ils s'opposent sur un point ou un autre, c'est se laver les mains, avouer son incompréhension, son aveuglement ou sa frousse ; en se donnant, en outre, des allures d'esprit large, supérieur, surplombant. Par exemple, on peut ainsi renvoyer dos à dos le catholicisme et l'islam, ce qui est une manière dégagée de dire qu'on ne veut pas d'ennui et que, par conséquent, on se gardera bien de voir ce que l'on voit et d'écouter ce que l'on entend.

Néanmoins, et pour une fois, je vais moi aussi renvoyer dos à dos. Paris Plage est une monstruosité dont Philippe Muray a dit tout ce qu'il convenait de penser, si l'on est un esprit à peu près sain. Partant, le fait que la sottise s'invite soudain au cœur de la stupidité béate, et que cet enfer ludique devienne pour une journée Tel Aviv sur Seine, ne pouvait en aucun cas me tirer de ma léthargie estivale. Que les habituels antisémites d'extrême gauche grimpassent aussitôt au sommet des parasols pour s'époumoner et crier au monde leurs indignations soigneusement repeintes en tenue de camouflage n'a pas pu davantage me faire soulever une paupière, tant les pavloveries antijuives des palestinolâtres sont prévisibles et toujours au rendez-vous. Choisir entre les clowns blancs de la mairie de Paris et les augustes des officines judéophobes m'était décidément impossible ; et d'autant plus que, pour les départager, il m'aurait fallu descendre dans leur arène, c'est-à-dire dans ce cloaque festif que sont, en ce moment même, les quais de la Seine.

Je les ai donc renvoyés dos à dos. En espérant que, si jamais l'un ou l'autre vient à se retourner, nos braves CRS condamnés à surveiller ce jardin d'enfants cauchemardesque ne molliront pas de la matraque ni des friandises lacrymogènes.

mercredi 12 août 2015

Tout le monde aime Berthe au grand pied !


Ayant compris – par quel mystérieux biais ? – que son auteur ne tarderait plus à nous faire visite, Golo, chat démago, a tenu à montrer en quelle estime il tenait l'œuvre. On remarquera que les deux poules qui se trouvaient là ne font pas trop les fières.