samedi 10 mars 2012

Ce jour magique où les blogueurs se sont tus


Et soudain un grand silence se fit, qui dure encore trois jours après. Dans les basses-cours blogosphériques, plus un gallinacé progressiste n'osait même gratter le sol du bout de son bec ; tragédie antique au poulailler, les poussins en rentraient dans leurs œufs. Que s'était-il passé ? Oh rien ! Saint Patron des hollandistes, faites, je vous en multi-prie, qu'il ne se soit rien passé ! Qu'une grève surprise ait été lancée juste à temps. Que toutes les antennes-relais soient tombées en rideau à la même seconde, ce soir-là. Oh ! faites, mais faites donc, Grand Manitou du changement-qui-est-maintenant…

Hélas, rien n'est tombé en panne, tout a eu lieu, le cauchemar s'est consommé : Nicolas Sarkozy a proprement ratiboisé ce pauvre Laurent Fabius, dont j'espère qu'une cellule de soutien psychologique l'attendait au sortir du studio. Et le lendemain, dans les blogs ? Rien. Neige et brouillard : pas vu, pas entendu. Dans les diverses pravdas solfériniennes ? Gobi ! Le culbuto batave ? Ailleurs, sans doute. Même le stalinien aux dents jaunes en est resté muet, ce qui est un résultat collatéral fort appréciable, ma foi.

Alors, bien sûr, le premier choc passé, on s'est remis à caqueter dans les lignes de ponte. Mais il est resté cette poche de silence hébété, cette grosse congère au centre de l'arène blogomachique, que le soleil de l'avenir radieux ne parvient toujours pas à faire fondre.

25 commentaires:

  1. Ratiboisé ? Si seulement... Il a été tellement nul Fabius que je me suis même demandé s'il ne le faisait pas exprès pour nuire. Ou si Hollande lui-même ne l'avait pas fait exprès pour s'en débarrasser. Bref, c'était carrément de l'éparpillement façon puzzle. J'ai l'impression parfois que les socialistes pensent pouvoir faire campagne sans se salir les mains...

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  2. En plus, j'ajouterai que les attaques lancées par Sarkozy laissaient de la prise. Par exemple, sur le cas DSK, Fabius aurait pu dire que le Président le trouvait tout à fait fréquentable quand il appuya sa candidature à la présidence du FMI. Je l'attendais. Mais non, rien... Ce n'est pas possible, il ne s'était pas préparé le Fabius.

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  3. Ca c'est amusant.
    Je n'ai pas regardé ce débat, dont pour tout dire je me souciais bien peu. Mais le lendemain matin en écoutant la Radio de Service Comique j'ai entendu des journalistes assurer gravement que Fabius avait pris le dessus sur Sarkozy, ou quelque chose comme ça.
    Jusqu'à la lecture de votre billet j'étais donc persuadé que Fabius avait ratiboisé Sarkozy.
    Comme quoi on peut garder un indécrottable fond de naïveté, même lorsque l'on se croit un vieux singe.

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  4. Oui, mais c'est de bonne guerre, je ne crois pas vous avoir entendu lorsque Hollande avait aplati Juppé!

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  5. Dorham : oui, à ce point, on se dit que ce devait être fait exprès… Mais pourquoi ? Et par qui ?

    Aristide : la radio dont vous parlez, c'est de la pravda au cube – au moins.

    Léon : mais je ne suis pas militant de l'UMP, moi ! Et que qui que ce soit puisse aplatir cet arabolâtre de Juppé ne peut de toute façon que me réjouir.

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  6. Et bien, je vous ai fourni au moins 2 raisons mais je penche pour la seconde, car s'il y a une chose que l'on ne peut retirer à Hollande, ce sont des qualités de stratège. Et de stratège à tendance sournoise. Démontrer à tous que Fabius est désormais en voie de Giscardisation, ça élimine un ennemi de longue date. Si Hollande est élu, et que Fabius ne décroche aucun maroquin ministériel, on verra alors que c'était bien là le but de la manoeuvre.

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  7. L'avance étant grande, c'était un risque à prendre et ça permet à chacun de se mobiliser et de comprendre que rien n'est gagné. Si j'ai raison, le risque était bien calculée...

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  8. Votre raison me semble également la plus plausible. Mais je suis un si piètre analyste politique qu'elle doit, du coup, certainement être fausse…

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  9. A vous lire les blogs sont tous fabusiens.
    Personnellement j'avais ma vaisselle à faire.

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    1. Être ou ne pas être fabiusien n'a plus guère de sens aujourd'hui (si tant est que c'en ait jamais eu un) : tout le monde sait bien que Fabius était mandaté comme porte-drapeau du candidat socialiste.

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  10. Que Laurent Fabius puisse être calamiteux dans un débat télévisé, on le sait depuis son duel pitoyable de 1986 contre l'autre grand véreux de Jacques Chirac (pour mémoire, un extrait ici, dont le fameux « Roquet ? Roquet ? Non mais, traitez-moi de Rocard, pendant que vous y êtes ! »... – si toutefois je ne fais pas une légère confusion avec le dessin de Cabu paru le mercredi suivant dans le Canard enchaîné).

    Sinon, je n'ai pas vu la dernière prestation de l'ex-premier ministre de la France contre Moi-j'suis-l'président-courache, et j'ignorais même que ça causait dans le poste ce soir-là, mais, radio pour radio, de service tout autant public, j'ai su dès le lendemain, par François Rollin, sur France Culture, que Fabius avait été, pardonnez-moi l'expression, à chier (à réécouter ici).

    Allez, zou !, un petit extrait :

    « J'ai été ébloui, le mot n'est pas trop fort, par la prestation de Sarkozy. Je l'ai trouvé sensationnel : précis, sincère, compétent, adroit, émouvant, formidablement convaincant. Franchement, si je n'étais pas de parti pris comme, à ma courte honte, je le suis, je voterais pour lui. Je n'ai pas peur de le dire : il a été formidable.
    – Normalement c'est plutôt Fabius que tu devrais encenser ?
    – Normalement, oui, mais, bien que de parti pris, je ne suis pas de mauvaise foi ni délirant, j'ai vu ce que j'ai vu, j'ai entendu ce que j'ai entendu : Fabius a été désagréable, arrogant, insinuant, prétentieux, excessif, et par moments cuistre, comme le lui a justement dit Sarkozy. Fabius s'est comporté comme un vieux renard des débats télévisés, il a tiré sur toutes les ficelles, même les plus grosses et les plus éculées, et, en face, on a vu un Sarkozy humain, à la fois humble et brillant, documenté, solide, repentant mais pas trop.
    S'il avait fallu, qu'en mon âme et conscience, je donne une note aux protagonistes, j'aurais mis 18 sur 20 à Sarkozy et 4 ou 5 à Fabius. »

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    1. Parfait ! c'était exactement ça ! Je me demande d'ailleurs comment un Rollin peut encore subsister dans ce cloaque que sont les différentes antennes de Radio France, mais bon.

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    2. Oh, il n'est pas journaliste, lui, donc il peut lui arriver d'être objectif. Et puis la RSC c'est le principe du pâté d'alouette : un cheval socialo pour une alouette d'autre chose.

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  11. 4h22 ? Qu'est-ce que c'est que cette nouvelle connerie ?

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    1. Je ne sais pas : l'heure a "muté" il y a une semaine ou deux (et seulement dans les commentaires), et je ne peux absolument rien y faire.

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  12. Faut dire que d'ici trois à quatre mois, ils vont être dans la majorité… alors nos amis blogueur anti-système, post révolutionnaire, indignés et tutti quanti commencent
    1- flipper grave
    2- à adopter une posture digne et responsable (un peu bourgeoise d'ici un an ou deux) et ils se demandent comment ils vont faire pour avaler toutes les promesses non tenus, et toutes autres couleuvres en faisant semblant que tout va bien…

    bref : souhaitons leur la bienvenu au club…

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  13. Le titre du billet est magnifique. Mais si les canons arrivent à manquer de boulets, ce n'est pas le cas du monde des blogueurs.

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    1. C'est rassurant d'apprendre que vous savez ce qu'est un beau titre, j'ai eu des doutes récemment^^

      (mais oui, je sais que vous l'avez fait exprès votre moche titre, je vous taquine)

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  14. Deux jours après, dans la même émission, avec Bayrou, la situation fut quasiment identique.
    Pour le représenter face à Bayrou, Hollande avait délégué M. Valls. Tout comme Sarko face à Fabius, Bayrou ne s'est pas gêné pour rappeler à son contradicteur que celui-ci défendait désormais des théories qu'il combattait avant que Hollande ne fut désigné candidat.
    Valls a été à deux doigts de dire à Bayrou : "Je ne suis pas Manuel Valls, je suis le représentant de Hollande". Hollande n'est en fait soutenu que par des gens qui l'ont méprisé sa personnalité (Fabius, Aubry, Royal) ou qui ont méprisé ses idées (Valls, Montebourg).
    Cela ne l'empêchera pas d'être élu car ils partagent tous l'art de la belle pensée électoralement racoleuse.

    Duga

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    1. Au point où est parvenue la bouc-émissérisation démente de Sarkozy, Hollande sera probablement élu quoi qu'il puisse (ne pas) dire. Il l'a très bien compris et, de fait, il ne dit rien. en gros, lorsqu'on demande à Hollande ce qu'il compte faire à propos de tel problème, il se contente de répondre qu'il fera le nécessaire. Ou bien qu'il faudra faire en sorte que ça aille mieux.

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    2. 'Soir Didier, le mieux serait qu'il (Hollande)dise et qu'il fasse, Sarco a balancé des tas de promesses, c'est la dessus qu'il est jugé (et sur son omnipresence), n'oublions pas le vieil adage "faites ce que je dis , faites pas ce que je fais" et n'oublions pas non plus de faire une bise à Catherine.

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    3. "mais je ne suis pas militant de l'UMP",

      sans doute pas, mais vous prenez sérieusement parti.

      C'est vrai, c'est plus simple, pour faire la narquois intelligent de prétendre se tenir loin de la politique, le malheur c'est que vous affichez bel et bien une position, celle de détester les arabes.

      "Et que qui que ce soit puisse aplatir cet arabolâtre de Juppé ne peut de toute façon que me réjouir".

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    4. Encore raté ! À moins que vous ne considériez comme “prendre sérieusement parti” le fait de préférer choper la grippe plutôt que le sida. C'est une façon de voir.

      Quant aux Arabes, je ne les déteste nullement, mais j'aime mieux les admirer de loin ; de part et d'autre de la Méditerranée, par exemple. De même (et hop ! un point Godwin !), j'ai connu dans ma jeunesse d'anciens résistants déterminés et farouches, qui étaient en même temps fort admiratifs, pour ne pas dire amoureux, de la civilisation et de la culture allemande.

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  15. "préférer choper la grippe plutôt que le sida":
    Oui, ça s'appelle avoir une position politique.

    "j'ai connu dans ma jeunesse d'anciens résistants déterminés et farouches, qui étaient en même temps fort admiratifs, pour ne pas dire amoureux, de la civilisation et de la culture allemande.anciens résistants déterminés et farouches"

    Assimiler les Arabes aux occupants nazis, c'est en effet un façon d'admirer de très loin.

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