lundi 2 juillet 2012

Traversée au long cours avec voie d'eau dans la cale


     « Cessant de sourire il avançait, et un nuage lourd envahissait le soleil avec lenteur, assombrissant encore la façade morose de Trinity College. Les trams se croisaient, montaient, descendaient, sonnaient. Inutiles, les mots. Les choses vont de même, jour après jour : escouades d'agents qui sortent et rentrent ; trams aller et retour. Ces deux braques qui se baguenaudent. Dignam expédié. Mina Purefoy ventre qui geint sur un lit pour qu'on lui arrache le fruit de ses entrailles. Quelqu'un naît quelque part à chaque seconde. Quelqu'un meurt à chaque seconde. Cinq minutes depuis que j'ai donné à manger aux oiseaux. Trois cents ont cassé leur pipe. Trois cents autres sont nés dont on lave le sang, tous lavés dans le sang de l'agneau, bêlant méééééé.
     « Toute la population d'une ville disparaît, une autre la remplace, qui passe aussi ; une autre viendra qui passera. Maisons, files de maisons, rues, kilomètres de trottoirs, piles de briques, pierres. Ça change de mains. Ce propriétaire-ci, celui-là. On dit que le mort saisit le vif. Un autre se glisse dans ses souliers quand il reçoit sa feuille de route. Ils achètent ça à prix d'or, et après ils ont encore tout l'or. De la filouterie quelque part là-dedans. Amoncelé dans les villes, miné par les siècles. Pyramides dans le sable. Bâties avec le pain et les oignons. Esclaves de la muraille de Chine. Babylone. Les grosses pierres restent. Tours rondes. Le reste, débris, banlieues envahissantes, bâclées en série, maisons poussées comme des champignons, bâties de vent. Asiles de nuit.
     « Personne n'est quelque chose. »

James Joyce, Ulysse, Gallimard, p. 161.

47 commentaires:

  1. A une seconde près nous sommes vraiment peu de chose.

    RépondreSupprimer
  2. James Joyce le premier remplaciste ? Patience, nous venons racheter vos Babylone endettées.

    RépondreSupprimer
  3. Ca oui, plutôt. (Ce n'est pas une réponse à Léon)

    "Patience, nous venons racheter vos Babylone endettées"
    Oui, on sait que vous êtes qatari ou saoudien…

    RépondreSupprimer
  4. Aaaaaaaaaaaaaaaah ! Enfin de la vraie littérature sur le blog à Didi !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Claude Simon et Nathalie Sarraute me chargent de vous exprimer leur plus souverain mépris…

      Supprimer
  5. L'histoire de l'édition d'Ulysse est particulièrement savoureuse. On en trouve le détail dans Shakespeare & Company de Sylvia Beach, fondatrice de la librairie éponyme d'abord rue Dupuytren, puis rue de l'Odéon.

    RépondreSupprimer
  6. Si le pari c'est d'avoir zéro commentaire, Ulysse est un bon départ. Vous pouvez tenter de poursuivre avec La Machine molle de William Burroughs pour voir ce que ça fait.

    RépondreSupprimer
  7. Personnellement, j'apprécie modérément d'être pris pour un imbécile.
    Mais il paraît que les blogs n'appartiennent qu'à ceux qui les créent, et que les commentateurs sont du bétail, méprisable à souhait.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ben Gaston, qu'est-ce qui vous arrive ?

      Supprimer
    2. Ben, c'est quand même de la sous-littérature que vous nous servez, et de la moyennement compréhensible en plus. Sans parler qu'il n'y a rien à en dire, ce qui est gênant pour les commentateurs.
      Mais ça me passera.
      J'ai cru que vous vous moquiez du monde. Ce n'est pas le cas ?

      Supprimer
    3. Permettez-moi de plussoir, cher Gaston, sans dire qu'il n'y a rien à en parler ni à en lire, ce qui n'empêche pas de commenter. Joyce de la sous-littérature, quelque part entre la gare, l'aéroport et la pissottière ! Par Saint Boris ! A mon âge, lire ça, ici ! Ah mais ! Osez le mot Gaston ! Joyce c’est de la… merde, voilà c’est dit ! Ça n’a pas sa place ici où la crème des commentateurs frétille chaque matin pour voir si c’est commentable, le truc du jour.
      - Qu’est-ce y a chez Didi aujourd’hui ?
      - Bah ! Rien ! Pas d’muz, pas d’bisounours, pas d’modernoeuds, rien que du Joyce, et encore du pas frais ! Pas moyen d’y aller d’son com’. Même Dorham y va s’abstenir.

      Gaston faites donc comme tout le monde : commentez les commentaires ! Il y a belle lurette que c’est un algorithme qui insère des billets aléatoires sur le présent blog.

      Supprimer
    4. Prends ta pilule, Léon, ça va passer.

      Supprimer
    5. Léon,

      Hé ho... Tout d'abord, j'admire Joyce plus que tout. Et l'extrait me semble à la fois magnifique et tout ce qu'il y a de plus clair. Vous voulez vraiment réagir à quelqu'un qui affirme que Joyce, c'est de la sous-littérature ? Moi non. Laissez dire, Léon, de temps en temps, cela vaut mieux.

      Supprimer
    6. Cela dit, il est vrai que je suis étonné qu'on traite l'extrait comme si Joyce était un écrivain parmi les autres et non un monstre de la littérature. Sous-littérature et en-dessous ("je trouve ça très bien"), voilà des commentaires qui m'espantent et me laissent coi.

      Supprimer
    7. Je trouve que "sous-littérature" est quand même plus respectueux.

      Supprimer
    8. Que ? "Je trouve ça très bien" ? Oui, en quelque sorte, c'est sans doute vrai. Même si Joyce n'est évidemment pas de la sous-littérature.

      Supprimer
    9. "Ces deux braques qui se baguenaudent"
      J'espère que c'est une fantaisie du traducteur, parce que c'est très nul, comme phrase. Mais ce n'est qu'un exemple : tout ce texte est d'une nullité sans nom. Il faudrait nous trouver autre chose pour nous donner envie de lire du Joyce. Les pyramides bâties dans le sable, c'est une métaphore à deux balles, il me semble. Sans parler du pain et de l'oignon, qui vont aussi bien ensemble que la ciboulette et... n'importe quoi, en fait. Suis-je le seul à m'être aperçu que Joyce est un fumiste ?
      Oui, et le nuage lourd qui envahit le soleil, pour prendre un dernier exemple, on dirait la phrase d'un gamin de sept ans qui n'a pas compris qu'on ne peut pas envahir le soleil, que le mot n'est pas adapté. A vue humaine, on peut dire qu'un nuage recouvre le soleil, ou mieux qu'il le cache, le masque, le dissimule, le voile ou l'occulte, en partie, de plus en plus, progressivement, avec vélocité, peu à peu ou par degré. Et je passe sur la banalité absolue de remarquer que quelqu'un naît à chaque seconde, surtout si c'est pour ajouter dans la foulée que quelqu'un meurt à chaque seconde... C'est de la métaphysique de bazar. Vous imaginez Blaise Pascal nous assommer de tels truismes ? Encore heureux que Joyce soit resté évasif sur le sujet, il aurait pu nous dire que c'est à chaque demi-seconde que quelqu'un naît ou meurt, ce qui serait plus exact d'ailleurs (en fait j'en sais rien, mais lui non plus ; il parle sans savoir).

      Les tours rondes, pourquoi elles ne sont pas carrées ? On n'en sait rien. personne n'en sait rien, l'auteur moins que quiconque. Elles sont rondes et basta. On dirait l'un de ces textes de la bibliothèque de Babel imaginée par Borgès.

      Ne me remerciez pas pour l'explication de texte. C'est du vite fait.

      Supprimer
    10. Vous oubliez une chose capitale (mais il est vrai qu'elle n'est nullement évident, à la lecture de ce seul extrait) : ce n'est pas James Joyce qui écrit, mais Leopold Bloom qui pense. Ou plutôt même : qui laisse flotter les impressions et lambeaux de pensées qui traversent son cerveau.

      Supprimer
    11. "Les tours rondes, pourquoi elles ne sont pas carrées ? On n'en sait rien. personne n'en sait rien, l'auteur moins que quiconque. Elles sont rondes et basta."

      Je vous invite à lire un des premiers chapitres des Principes de la Philosophie de Descartes, il y a quelques observations sur le caractère des tours rondes. Sinon, la remarque de Didier est juste, surtout chez Joyce et encore plus dans Ulysse.

      Supprimer
    12. Bon, je constate, heureux, que tout le monde me donne enfin raison !

      Maintenant je peux avouer que je plaisantais à moitié. Je n'ai rien contre Joyce, que j'ai à peine lu (quand je dis "à peine", je parle de cinq ou six pages, donc rien). Cependant ce texte ne me paraît vraiment pas mirobolant.

      Supprimer
    13. Mais dans ce cas, la faute est mienne, et non celle de Joyce.

      Supprimer
    14. La tentation est grande, quand on se retrouve face à une œuvre opaque, difficile d'accès, de conclure à un "je-m'en-foutisme" de l'auteur. C'est ce que je ressens quand je lis Pynchon par exemple, même s'il ne me viendrait pas à l'idée de dire que Pynchon fait de la sous-littérature tant il y a chez lui quelque chose de foisonnant, qui tient de la construction monumentale ; voire maladive. La comparaison n'est pas très heureuse, je m'en excuse.

      Je trouve par ailleurs votre façon de juger la littérature un peu dépassé, Gaston. Tout cela a un petit coté Sainte-Bave bien sympathique mais qui ne porte pas très loin. La langue française a d'immenses qualités mais ses usagers ont beaucoup de tares. La haine de la répétition, par exemple, chez les français est grotesque. Leur peur du cliché encore plus. Je me souviens avoir lu un ouvrage (de je ne sais plus qui) dont l'objet était de démontrer que les grands écrivains de langue française avaient une maitrise approximative de la langue. Et de dénicher des redondances chez Sand, des lourdeurs chez Musset, des effets trop appuyés chez Stendhal. Quel était l'objet de cet ouvrage idiot, bien qu'irréprochable en termes de syntaxe ? De dire que les grands écrivains écrivent en réalité comme des sagouins. Mais nous n'attendons pas d'eux qu'ils écrivent bien ou parfaitement. On attend d'eux, en tout cas, des romanciers, qu'ils expriment quelque chose que nous serions incapable de mettre en lumière. Joyce a fait cela avec Ulysse. Didier a peut-être mal fait d'extraire un paragraphe de l’œuvre de Joyce ,qui est une œuvre démesurée (et pourtant très circonscrite à certains égards) et qui ne peut s'entreprendre que dans son ensemble (comme la majorité des grandes entreprises littéraires sans doute).

      Ce que vous dites de votre goût pour la métaphore a du reste de quoi inquiéter. Mais c'est une évolution que l'on constate assez bien dans la littérature d'aujourd'hui qui tient plus du festival de la métaphore que de la volonté de rendre intelligible. Les métaphores d'aujourd'hui sont parfois tellement ahurissantes qu'il faudrait presque deux ans pour en analyser ne serait-ce qu'une seule. Et ce sont d'ailleurs bien souvent des auteurs mineurs qui y ont recours. Il en va de même dans la construction des personnages de fiction qui, à force d'être mis à l'écart de tout cliché, finissent pas agir en dépit du bon sens dans 3/4 des romans. Je dirais la même chose de ce que vous dites de l'envahissement du soleil par un nuage. Vous reprochez tantôt à Joyce d'être timide en métaphore et puis quelques mots plus tard de ne pas être assez terre à terre. Je ne vois pas de quoi il faut vous remercier, à vrai dire...

      Supprimer
    15. Mais enfin, Dorham, j'ai avoué que je blaguais (à moitié, au moins) !
      N'empêche que ce texte ne me semble pas terrible, désolé. Peut-être n'est-il pas significatif de l'oeuvre, et en ce cas j'essaierai peut-être un jour d'aller plus loin, et puis vous avez raison de rappeler que c'est seulement un extrait.

      Pour le reste, assez d'accord avec vous : les grands écrivains n'ont pas à être agrégés de lettres, et Juppé ou Bayrou, qui le sont (je crois), sont de piètres écrivains. Mais quand même, l'invasion du soleil par un nuage...

      Supprimer
    16. "Mais enfin, Dorham, j'ai avoué que je blaguais (à moitié, au moins) !"

      Vous avez posté votre commentaire pendant que je rédigeais le mien. Sinon, je ne me serais pas fendu...

      "Mais quand même, l'invasion du soleil par un nuage"... Oui, bon... C'est pour faire crépusculaire, Gaston...

      Supprimer
    17. Pas "invasion", "envahissement", ce qui me paraît tout à fait correct. On parle bien d'une barbe qui envahit le visage, par exemple. (Et pour tout ficher par terre, voici l'original : "a heavy cloud hiding the sun slowly", Joyce utilise donc "cachant", beaucoup plus plat.)

      Supprimer
    18. Ah !AH !
      Victoire sur tous les fronts ! Joyce avec moi !

      Supprimer
    19. Ceci dit, il faut bien reconnaître que même la meilleure traduction d'Ulysses ne rend pas justice à la musicalité du texte original.

      Supprimer
    20. Certes Gaston mais Gerhard Hoffmann (Dr. phil.) contre vous : "The co-presence of the following utterances appears at first glance purely
      contingent: His smile faded as he walked, a heavy cloud hiding the sun slowly,.." "Purely contingent" Gaston vous comprenez ? Dès lors les tours ne POUVAIENT qu'être rondes. La thèse de Hoffmann est inattaquable sur cet aspect. D'ailleurs les tours carrées sont rares et la tour Joyce elle-même est ronde. Vous voyez bien.

      Supprimer
    21. Gaston, je viens de lire les 750 pages de la thèse de Gerhard H (Dr. phil.). Je vous en fais un résumé (inutile donce de lire Joyce et encore moins Hoffmann): the following utterances appears at first glance purely contingent. At first glance, tu comprends "tête de noeud" (je cite toujours et il me semble que c'est en français dans le texte).

      Supprimer
    22. Pour être tout à fait complet "Yet contingency is here cancelled by the inner order of the stream of consciousness, resting in the psychology of the character." (Dr. phil. ibid.). C'est un peu ce que disait Didier Goux : "mais Leopold Bloom qui pense". En gros ça confirme la thèse de Phil : t'es une tête de noeud !

      Supprimer
    23. Merci Léon, la thèse de Gerhard H est en effet très pertinente dans le débat, mais comme tout le monde la connaît depuis longtemps, vous risquez surtout de passer pour un idiot en donnant l'impression de la découvrir.
      Faites gaffe, vieux, dans notre univers impitoyable il faut donner le change, avoir l'air in the wind, voire on the wave.

      Supprimer
    24. Gaston. On sent que vous allez avoir du mal à vous en remettre ce coup-ci. Qu'un Léon vous traite de "tête de noeud" pour avoir qualifié de "sous-littérature" un livre de Joyce dont vous n'avez pas lu la moindre ligne, passe encore ; et la galipette ci-dessus est bien la seule figure de style qu'il vous restait pour en faire une bonne (figure). Mais le dépeçage en règle auquel se livre Yanka ci-après et sans même s'abaisser à vous nommer, vous suivra comme un étron carré chié en pleine mer au moment où un lourd nuage envahissait le soleil.

      Supprimer
    25. oulah ! Heureusement que j'ai dit que je blaguais, sinon j'aurais l'air d'un con.
      Mais toujours moins que vous, tout juste bon à aller cracher sur le copain à terre, après qu'une brute lui ait cassé la gueule.
      Je suis sûr qu'au fond vous vous faites pitié, Léon.

      Supprimer
    26. Enfin Gaston, vous savez bien qu'on est sur un blog là ! Et que si je m'avisais de cracher il y en aurait plein mon écran.

      Supprimer
    27. Reconnaissez que j'ai touché juste, avec le copain à terre.
      J'en étais assez content.

      Supprimer
  8. Réponses
    1. C'est quand même curieux que Nicolas et vous atterrissiez systématiquement dans les spams dès que vous venez ici…

      Supprimer
    2. Mystère ! Votre boîte serait-elle conditionnée à l'insu de son propre gré ?

      Supprimer
    3. Non, ça semble plutôt venir de Blogger. Mais mystère néanmoins…

      Supprimer
  9. Vraie littérature
    Je trouve ça très bien
    ...pouvez vous en dire plus ?
    Le ton de l'extrait me fait penser à l'Ecclesiaste, mais sans aucune perspective de salut.
    Est ce cela la littérature ? Une sorte de religion sans Dieu ni salut ?

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. S'il est quelqu'un qui ne se sent plus la moindre perspective de salut, après deux cents pages de Joyce et une quarantaine de commentaires, c'est bien moi.

      Supprimer
  10. Tout ce qui traverse l'esprit de Leopold Bloom est compréhensible dans le texte, jusque dans les moindres détails.

    Après trois chapitres consacrés à Stephen Dedalus (James Joyce himself, jeune), Joyce nous jette dans l'existence de Leopold Bloom, placeur d'annonces juif. Le personnage ne nous est pas présenté et l'on découvre qui il est, ce qu'il pense, au fil des pages. Ce matin-là, entre autres activités banales, Bloom se rendra à l'enterrement de son ami Paddy Dignam, d'où ses pensées et méditations sur la mort. Le roman, épais, décrit une seule journée à Dublin, le 16 juin 1904. Il est un pastiche génial de l'Odyssée d'Homère. L’œuvre originale en anglais pastiche au surplus chapitre après chapitre les plus grands auteurs anglais, dans l'ordre chronologique. Et chaque chapitre à son thème, correspond à un organe du corps, etc. Lire "Ulysse", et plus encore le relire, est une riche expérience. Beaucoup commencent à le lire et abandonnent vite, parce qu'ils ne comprennent pas ou ne font pas l'effort de comprendre, parce qu'ils résistent, habitués qu'ils sont à lire de proprets petits romans français avec 4 personnages, une intrigue et un dénouement. Rien de tel ici. Pas d'intrigues, pas de héros : une sorte de film sans commentaires (mais avec une bande-son) sur une ville et ses habitants, une journée ordinaire à Dublin, voici 108 ans). Or, l'effort de lire "Ulysse" est récompensé : c'est un livre magique. Il ne laisse pas que des souvenirs, mais offre une vision et forme ou renforce l'intelligence. À noter que l'esthétisme de Joyce est tirée de Thomas d'Aquin.

    Y. Yanka, connu pour avoir lu au moins 7 fois intégralement "Ulysse".

    RépondreSupprimer
  11. Faisons court, faisons simple : Ulysse est un chef d’œuvre (on a tout de même un peu honte d'écrire de telle évidence :

    Ce matin là, à la marée montante Stephen Dedalus marche sur la plage de Sandymouth.

    Sous son pied le sable grenu avait disparu. Ses souliers foulèrent de nouveau un magma humide et grinçant, coquilles manche-de couteau et crissants graviers et tout ce qui vient briser les galets innombrables, bois criblé de vers, Armada perdue. Des sables imbibés d'eau gluante guettaient ses semelles pour les aspirer, exhalant une haleine d'égout. Il les côtoyait, marchant avec précaution.

    Autour de lui tout fait signe.

    Ce sable entassé est le verbe que vents et marés ont vanné jusqu'ici.

    Il oscille entre origine et fin, entre permanence et changement. Alors il aperçoit un chien.

    Leur chien allait l'amble le long d'un banc de sable en train de fondre, trottant, reniflant dans toutes les directions. Cherchant quelque chose de perdu dans une vie antérieure. Soudain il fila comme un lièvre, oreilles rejetées en arrière, à la poursuite de l'ombre d'une mouette au vol rasant bas (...). Il volta, se rapprochant par bonds, puis au trot, pattes tricotantes. D'orangé un cerf passant, au naturel, sans massacre (...). Son corps tacheté qui trottait en avant s'allongea soudain en un galop de veau.

    L'épisode est placée sous le signe de Protée dieu de la métamorphose doué du don de prophétie

    La traduction choisie est celle de Larbaud - Morel - Gilbert (revue par Joyce)

    RépondreSupprimer
  12. Pardon de déranger l'auteur de ce très intéressant blog - que je consulte régulièrement depuis plusieurs années - pour si peu, mais qui est l'auteur de la photographie en noir et blanc qui illustre ce billet ? Par avance merci.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Malheureusement, je n'en ai aucune idée ! Je l'ai trouvé par Google, en tapant quelque chose comme “Dublin – 1904”…

      Supprimer

Les commentaires anonymes seront systématiquement supprimés, quel que puisse être leur contenu, voire leur intérêt.