dimanche 8 juillet 2012

Des culs, des queues, des bites, comme à Gravelotte !

Chacun sera d'accord qu'il existe des mots vulgaires et d'autres qui ne le sont pas ; ou moins ; ou pas toujours. Les dissonances commencent dès lors qu'on se met en tête de les séparer, de les classifier : à gauche les vulgaires, à droite les pas, et une barre verticale entre les deux. Là, plus personne n'est d'accord et on tomberait facilement dans des querelles d'Allemands, ce qui pour le coup le serait, vulgaire.

Ainsi, par exemple, pour prendre mon cas personnel, et simplement parce que je suis là, j'ai toujours trouvé qu'une femme parlant de son derrière basculait immédiatement dans la vulgarité ; alors que le mot cul me semble tout à fait recevable, même assez guilleret et piquant, à l'image de la petite queue ornant la lettre qu'il rappelle. Et puisqu'on en est aux vocables sous-ventriers et sub-dorsaux, quoi de plus vulgaire, de plus anatomiquement, médicalement vulgaire qu'une verge ? Tandis que sa sœur la bite vous a quelque chose de vif, de rapide, de bondissant, de primesautier, qui ferme toutes les portes à la vulgarité. Quant à la queue, rien à en dire de particulier, sinon qu'elle nous ramène au Q, ce qui après tout est sa fonction première sauf peut-être pour une poignée d'incontinents.

Dans un ordre voisin, parler de la maman d'un individu me paraît nettement plus dégoûtant que de lâcher, au milieu d'une conversation, un sonore putain de sa mère !, surtout si l'exclamation se veut admirative. De même qu'un invalide cloué à son fauteuil roulant devrait à mon sens avoir envie de cracher à la gueule de tout triste sire le définissant comme une personne en situation de handicap, ce qui est non seulement vulgaire mais de plus faux, méprisant et bouffon. Encore que, dans ces deux derniers cas, on pourrait m'objecter que l'on s'éloigne du champ de la vulgarité pour se rapprocher de celui de l'obscène.

Reste évidemment à régler le statut délicat d'obèse, de jaculatoire et de concupiscent. Ce sera l'objet d'une prochaine conférence.

48 commentaires:

  1. Je proteste, vous faites de la "discrimination anti-verge"
    et vous stigmatiser les "mamans"
    Pour obèse je propose "gros plein d'soupe"

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    1. Mais plus personne ne mange de soupe ! Gros plein d'Big Mac ?

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    2. On disait aussi "grosse patate", et "gros patapouf".

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  2. Et "braquemard" ?

    Que ce soit une femme ou un homme, je trouve l'expression "je fais ce que je veux de mon cul" d'une vulgarité absolue. Il y aussi le "péter plus haut que son cul" qui à chaque fois me soulève le coeur.

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    1. Vous voyez, c'est ce que je disais : chacun a sa petite vulgarité à soi ; portative en quelque sorte.

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    2. "Péter plus haut que son cul" est bien répertorié dans les dictionnaires. Ainsi dans le TLF: Péter plus haut que son cul*/que son derrière. Il n'avait jamais fait attention à Yvonne (...). Conscient de son infériorité sociale, il n'osait lever les yeux sur elle: il ne voulait pas péter plus haut qu'il n'avait le derrière (QUENEAU, Pierrot, 1942, p.103). Ce qui est vulgaire pour moi dans "je fais ce que je veux de mon cul", c'est la pensée.

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  3. Par contre, j'aime beaucoup les femmes qui emploient le mot "queue"...

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  4. Tout est affaire de contexte, tout est à faire de con texte.

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    1. Voila ! Audine disparaît pendant 6 mois et dès qu'on parle ce cul...

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    2. Je me suis fait la même réflexion en découvrant son commentaire…

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  5. Si j'ai bien compris, cul bite couille lèche la cramouille, sein con fesse mords pince caresse.

    Bon dimanche.
    Al.

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  6. Comme ça, au débotté, après une nuit plus qu'agitée...

    Toutes des putains sauf ma mère, disait mon frère. Pourtant, sans même parler du film d'Eustache, chaque mâle fougueux ne cherche-t-il pas, dans la même femelle, l'association difficile de la maman et de la putain, ou l'une et l'autre séparément. A voir.

    Toujours plus de bites, de queues, de braquemards... sauf chez les vieux de mon bocage qui parlent encore de biroute, mais pour eux il est vrai, c'est déjà la déroute.

    Nous attendons avec gourmandise la prochaine conférence autour des cons culs pissants.

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    1. Je pensais le mot biroute réservé aux Libanais…

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  7. Bien vu l'aveugle (et non le déficient visuel).
    Toutes ces mamans et ces papas jusqu'à un âge avancé me font bondir. Ce n'est pas beau, père, mère ?.
    Cul a gagné sur popotin, ce qui est une bonne chose.
    Mais on adjoint plus facilement "petit", pour minorer. On a ainsi un p'tit cul, une petite culotte ... et tant pis pour ceux qui font un bon 54.
    Là, il y a discrimination.
    Moi aussi, j'attends la suite en sale Yvan.

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  8. Je me suis toujours demandée, à titre personnel, si une femme pouvait employer l'expression "ça me casse les c..." ou encore "ça me casse les bonbons".
    Parce qu'il paraît que d'une part, c'est grossier, et que d'autre part, une femme n'a pas de bonbons.
    Or il se trouve que cela veut bien dire ce que ça veut dire, et que nous, la gent féminine, n'avons pas d'équivalent.
    Je profite donc de mon passage chez Didier Goux pour sonder un peu son lectorat : qu'en pensez-vous ?
    (PS : j'ai déjà songer à remplacer ladite expression par "ça me bourre le mou", mais ça n'a pas eu l'effet appaisant que j'espérais sur mon vis-à-vis....)

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    1. Rien à ajouter ni retrancher à ce que dit Maître Yanka un peu plus bas.

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    2. Notez que Maître fredi avait synthétisé la pensée de Maître Yanka un peu avant, mais bon...

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  9. Je me suis toujours demandée, à titre personnel, si une femme pouvait employer l'expression "ça me casse les c..." ou encore "ça me casse les bonbons".

    C'est en tout cas, chez une femme, le summum de la vulgarité.

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    1. Avec l'accent cagole c'est top ^^^.
      Mais pourquoi les femmes devraient-elles rivaliser de vulgarité avec les hommes ?
      Laissez nous donc ça ! C'est à peu près tout ce qu'il nous reste d'attributs virils !

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  10. Pour poursuivre votre énumération, sodomiser a un côté biblique réprobateur « Je-suis-l'Éternel-ton-Dieu-qui-te-surveille-dans-tes-moindres-faits-et-gestes » que n'a nullement enculer, au reste bien plus explicite et, si je puis dire, bien plus franc du collier.

    Dieu à qui, entre parenthèses, je fais grâce pour ma part de n'avoir jamais eu de problèmes gastriques suffisamment importants pour m'amener à employer devant un médecin, plutôt que le mot chier, l'horrible déféquer, sans doute l'un des plus laids de la langue française, ou encore l'expression aller à la selle, qui a certes un petit côté historique plaisant « faites excuse ma mie, il me faut sitost me rendre à ma chaize percée », mais qui ne fait plus guère image de nos jours et sent en tout cas son hypocrisie à plein nez. Pareil, évidemment, pour uriner, que quasiment personne n'emploie ailleurs que chez le médecin, plutôt que pisser.

    Dans le même ordre d'idées de haute volée, le mot masturbation a un aspect « maladie honteuse » que n'a assurément pas le sympathique branlette. Rien que par sa sonorité, le premier m'évoque le vieux pervers planqué dans les chiottes pour observer les petits jeunes.

    Tiens, justement, chiottes : comment ne pas le préférer au ridicule toilettes ? cabinets pourquoi pas, mais toilettes… Comme si on y allait pour se laver les pieds. Je préfère à tout prendre vécés ou ouatères, plaisants détournements de la pudibonderie néo-victorienne de nos amis Grands-Bretons.

    Cela étant, comme je ne suis pas à une contradiction près, je suis le premier habituellement à déplorer que les mots dits vulgaires soient désormais employés à tout va par le moindre branchouilleux ou pseudo-artiste, bien souvent d'ailleurs issu de la bonne bourgeoisie, qui s'exhibe sur les plateaux de tévée (de la même façon que je trouve grotesque et totalement artificiel l'emploi de l'argot en dehors de la pègre) car, cela a été dit et redit, l'extrême banalisation de ces mots fait qu'il n'y a plus aucun plaisir de transgression à les employer. Je me rappelle à ce propos avoir entendu, étant enfant, le comique Sim, dans une émission télévisée, dire qu'il faudrait sans doute bientôt recourir à des insultes du genre malotru ou paltoquet pour produire un effet car con ou connard étaient en passe de ne plus choquer personne.

    Quant au fait de changer de registre lexical quand on se rend chez le médecin, quoi de plus normal, après tout…

    Bref, une fois de plus, je dis tout et son contraire…

    Ah, vous faites chier, à la fin, avec vos sujets à la con !

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    1. Encore qu'un mot d'argot soigneusement choisi et glissé dans une phrase au grand drapé classique, ça peut produire son petit effet sonore.

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    2. Pour des raisons obscures, j'accepte "chier", mais j'abomine le dérivé "chiottes" (c'est un phénomène intéressant, qu'un dérivé puisse indisposer alors même que le dérivant est accepté, et cela même si le suffixe dérivationnel ne gêne pas en soi). Viellard nostalgique, j'en suis resté, spontanément, aux "cabinets" (avec évocation mentale de ceux qui sont au fond du jardin). Il faut vraiment que je me force pour dire "toilettes" pour ne pas passer pour un rustique, un peu comme si je me surveillais pour la prononciation.

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  11. C'est absurde qu'une femme prétende que qqch lui casse ce dont elle est dépourvu anatomiquement. Même si le message passe, qu'on comprend ce qu'elle veut dire, c'est absurde et pas mal vulgaire. Sans tomber dans la délicatesse excessive, il y a encore moyen pour une femme de quelque éducation d'utiliser un langage vif sans faire dans le prout-bite-chier. La profession de charretier et ses mœurs sont masculins. Une femme ne prouve rien en faisant le mec.

    On a dit de First Madame qu'elle en avait. On peut entendre : "du caractère". Or, "en avoir" a toujours sous-entendu "des couilles", autrement dit posséder une témérité de mâle en rut. Ça n'a donc rien à voir avec le caractère, mais avec le taux de testostérone. C'est physique et non psychologique ou mental.

    Je ne vois pas ce qu'une femme a à gagner en se mettant au pet sonore, au rot claironné, etc. Un homme non plus, du reste. Disons que ça permet de savoir vite à quel type de personne nous avons affaire et à les tenir pour ce qu'ils sont : des manants.

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    1. La profession de charretier et ses mœurs sont masculins. Une femme ne prouve rien en faisant le mec.
      Ah comme je suis d'accord avec vous !
      C'est un problème d'éducation.
      Je les enverrais toutes apprendre à jouer "La lettre à Elise" tiens...En robe à fleurs et soquettes blanches. l'après-midi il y aurait couture ou cuisine.
      De quoi former des femmes utiles et distinguées.

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    2. En suivant ce principe, pour certains, une femme ne pourrait prétedr avoir un rhume de cerveau ...

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    3. Ni un rhume de foufoune, cela dit.

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    4. "Je ne vois pas ce qu'une femme a à gagner en se mettant au pet sonore, au rot claironné, etc.". Si : l'amour de Joyce si elle est Nora. Voir les notules sur le billet ultérieur, consacré à Ulysse.

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  12. Connaissez vous le terme africain pour la biroute, le bengala et chez les chinois, le bâton d'opium.

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    1. Chez les Arabes : l'outil de colonisation.

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  13. Oh mon Dieu! On est bien chez DidierGoux n'est ce pas?
    C'est la séquence élégant-vulgaire? Besoin de vacances...

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  14. Je suis assez d'accord sur le fait que la queue est dans le Q!
    Et la quequette?

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    1. Excellent, mais en principe spécialisé comme "pénis d'un très jeune garçon" (TLF, avec citation de Blaise Cendrars, s'il vous plaît).

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  15. Je trouve curieux le glissement au moins en partie métonymique de "cul" dans, par exemple, "film de cul". "Le cul" finit par vouloir désigner les rapports sexuels, même sans sodomie.

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  16. "Putain de sa / ta mère" est une abomination, comme "fils de pute", "nique ta mère" et compagnie. Par ailleurs je suis frappé par la fréquence croissante de "putain" comme exclamation, soit avec une prononciation habituelle, soit avec un extra-allongement du "u", soit avec sa suppression ("p'tain"). Je crois même que c'est devenu très tendance. Il faudrait me menacer des pires sévices pour que "putain" sorte de l'enclos de mes dents.

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  17. J'ignore si j'ai la berlue, mais il me semble me souvenir que, dans "Monsieur Pouget", Jean Guitton attribue à son héros l'exclamation "foutre". Il s'agit du père Guillaume Pouget, lazariste, d'origine paysanne (1847-1933). Si ça se vérifie, on notera que "foutre" était aussi une exclamation favorite d'Emile Pouget, leader cégétiste (1860-1931). S'agit-il d'un mot d'époque ?

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  18. Je rajoute le beau bander, bien supérieur au tristounet avoir une érection.


    Et je constate qu'on ne parle pas, même pas à mots couverts, ou si peu, de ce que les femmes ont, qui mettent les hommes en émoi.

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  19. J'aime bien "couillon", méridionalement variant du plaisamment insultant (= cornichon) jusqu'à l'affectueux. J'ai eu, il y a très longtemps, quand on était tous comme-il-faut dans les lycées, un professeur marseillais très savant et très irascible qui avait traité, à la grande stupeur de la classe, l'unique fille sur trente élèves, de "couillonne".

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  20. Dans l'Anthologie grecque (ou Anthologie palatine), on trouve dans la partie pédérastique (livre XII), chez Straton de Sardes, le terme métaphorique "saura" = lézard. Détails savants dans l'article de Suzanne Amigues, Le nom grec du lézard et ses développements sémantiques, Revue de philologie, de littérature et d'histoire anciennes 1/2006 (Tome LXXX), p. 5-25. Disponible en ligne. Voir section 2.
    En trois mots plutôt qu'en deux, pour Straton, la quéquette enfantine s'appelle "lalou" ou "coco". Si, plus tard, l'objet s'agite au contact de la main, ça devient "saura", le lézard.

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  21. Entre les "malotru" ou "paltoquet" dont parlait Sim (cité par Chieuvrou ci-dessus) et les "con" et connard", on pourrait insérer, si j'ose dire, les éloquents "jean-foutre" et "foutriquet". L'etymologiste Albert Dauzat a détecté "janfoutre" dans des minutes notariales de Bourgogne, en 1661, comme nous en informe le Trésor de la Langue Française. Le TLF cite Léon Bloy (1897), sur "le choix entre la jean-foutrerie et le crétinisme".

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  22. Chieuvrou dit, plus haut, "Quant au fait de changer de registre lexical quand on se rend chez le médecin, quoi de plus normal, après tout…". Parfaitement. Ce serait du reste ma petite objection à Didier Goux, s'agissant de "bite" et "verge" (ou "pénis", qui, peut-être sous influence de l'anglais, semble... remonter). C'est très bien qu'on en ait deux (de mots). On rencontre des circonstances diverses, d'où des registres différents, et les lexiques qui correspondent. C'est bien pourquoi, classiquement, "maman" et "mère" ne s'employaient pas dans les mêmes situations. Un étranger qui me dit "votre maman" veut être aimable et poli, je ne peux que lui en savoir gré, mais quand j'étais jeune, on allait jusqu'à entendre "madame votre mère" (et je ne fréquentais pourtant pas les gars de la haute). Une des pauvretés, justement, chez certains quidams appartenant à la communauté des PD (personnes défavorisées), c'est la réduction de la panoplie des registres. Ça vaut pour le vocabulaire, pour la syntaxe, et même pour la prononciation. Il y a des circonstances où on peut dire "m'sieur", et d'autres où on est obligé de dire "monsieur" dissyllabique. Un étranger qui veut maîtriser le français au maximum doit respecter ces subtilités, jamais répertoriées dans les manuels.

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  23. Sous "phallus", le TLF insère "phalle" : Phalle, subst. masc., synon. Détailler les phalles de messieurs et les mottes de dames, que ni d'Adam ni d'Ève elle ne connaissait (QUENEAU, Enf. du limon, 1938, p.36).

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  24. Certains érudits habitués de ces lieux sauraient-ils s'il y a des tendances régionalistes ? Chronologiques ? Dans mon enfance, j'ignorais "bite", en faveur de "pine".

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    1. Tu serais pas un joueur de flipper?

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    2. Non, mais cette question m'a donné l'occasion d'apprendre que le flipper s'appelle "machine à boule" en québecois, et qu'il serait dérivé d'un vieux jeu français appelé la bagatelle...

      Ah, Internet, c'est ça qu'est chouette !

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  25. Dans le registre où on use (légitimement, nonobstant les froncements de sourcil de Didier Goux), de "verge", "pénis", on avait aussi "membre viril", qui me semble en voie d'obsolescence. Pourtant l'idée d'avoir cinq membres ne me déplaît pas.

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