samedi 25 août 2012

« Procrastiner ! », songea-t-il.


Cela faisait bien une heure et demie que je m'expédiais à intervalle régulier des coups de pied au cul, afin de m'inciter à quitter le fauteuil du salon pour venir ici accomplir le travail dûment promis à mes instances supérieures. Mais je ne bougeais pas plus que cela et continuais à lire – mal, car il est assez difficile de se concentrer sur un livre lorsqu'on se prend une pointe de botte dans le fondement toutes les trois minutes. C'est alors que je suis tombé sur ce passage :

« Nous sommes des paresseux… Toujours des ruses pour éviter l'effort terrible, l'affrontement… – Oui, pour différer l'instant où il faudra faire le bond… sauter dans le vide… Je me dis chaque fois : ce coup-ci, c'est fini. Je vais me briser les reins. Et pourtant on a été, n'est-il pas vrai ? instruit par tant d'expériences… On devrait savoir qu'on retombera sur ses pieds… On sait qu'on s'en sort toujours… Mais comme c'est étrange, chaque fois on l'oublie, on repart chaque fois à zéro, en éternels débutants… – Et dire qu'il se trouve des gens pour nous envier… »

Nathalie Sarraute, Entre la vie et la mort, La Pléiade, p. 676.

J'étais fait comme un rat.

26 commentaires:

  1. "je m'expédiais à intervalle régulier des coups de pied au cul, afin de m'inciter à quitter le fauteuil du salon "
    Vaut mieux pas penser à ce que ça deviendra quand vous aurez votre fauteuil à oreilles !

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    1. Je peux procrastiner avec vous JE ?
      Ca f'ra des vacances au vieux.

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  3. C'est une blague ou quoi ? Vous cherchez spécialement des passages lamentables, dans un français de supérette, avec des points de suspension partout, histoire, comme disait Vian, de faire croire qu'on en pense plus qu'on en dit ? "Faire le bond" ? "Sauter dans le vide" ? Mais pourquoi pas "d'arrache-pied", tant qu'on y est ?

    Non, décidément, c'est très mauvais.

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    1. " histoire, comme disait Vian, de faire croire qu'on en pense plus qu'on en dit " Tout à fait. Et je suis pour. Un certain Céline...

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    2. Oui, mais c'est quand même, trop souvent, se donner de la profondeur à bon compte.
      N'est pas Céline qui veut, ou Nietzsche, qui usait et abusait également du procédé.

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    3. Mais enfin, Marco, quand accepterez-vous de comprendre que ce sont les personnages qui réagissent de cette façon, et pas Nathalie Sarraute ?

      Et, franchement, se faire donner des leçons de littérature par Vian…

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    4. Mais Vian est rigolo, lui !

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    5. Il y a donc des personnages chez Nathalie Sarraute, finalement?
      Dieu, que tout cela est compliqué...

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    6. Marco : rigolo, oui. Mais Frank Dubosc aussi l'est.

      Aristide : il y en a, il en subsiste des traces. Mais ils sont aussi peu différenciés que possible, et de moins en moins au fur et à mesure que l'œuvre s'élabore.

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    7. Bon, il y a donc bien quelque chose comme des personnages, et donc sans doute aussi quelque chose comme des portraits. Oh, des traces bien sûr, et peu différenciés, et de moins en moins, mais enfin...
      Allez, j'arrête de vous embêter, promis.

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    8. Frank Dubosc aussi l'est. Non.

      Non, non, non.

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  4. La VIP Suzanne me disait précisément, sur son blog, son horreur des miroirs. C'est une spécialiste de l'évitement, du "weckstecken" et de la patinette temporelle. Quel rapport avec votre "billet" ? Jacques Etienne vous en parlera plus tard après avoir examiné la question du pardon possible ou non pour Breivik.

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    1. Tiens, v'là mon Léon qui se prend pour une VIP ! Inquiétant, non ? En plus, il me rappelle un peu le regretté Jazzman...

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    2. Vous vous mettez le doigt dans l'oeil jusqu'à l'omoplate.

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    3. Le fantôme de jazzman plane sur les blogs !

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    4. C'était donc ça cette légère gêne au fond de la cavité oculaire ?

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    5. Vous vous mettez le doigt dans l'oeil jusqu'à l'omoplate. Quand la poutre est loin...

      [...] au fond de la cavité oculaire : ENCORE plus loin.

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  5. Pas épatant, ces textes de Sarraute, j'ai bien fait de ne pas les lire, Claude Simon c'est tout de même autre chose.*

    Un fond puéril, une forme catastrophique. Ici, un adjectif, "terrible" assez étonnant dans un texte publié à la Pléiade, puis une allitération involontaire mais ô combien malsonnante "on sait qu'on s'en sort"? Etc.
    Dans un texte précédent on n'avait pas échappé à une kyrielle d'adverbes en "ment", un "profondément", un "insidieusement" et un "malicieusement" en deux courtes phrases successives.

    Nous aussi on est faits comme des rats.

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    1. Vous avez grandement tort de ne pas les lire, mais libre à vous. Claude Simon c'est "autre chose" ? Eh bien, oui, et encore heureux !

      Et, donc, si je vous suis bien, il y a certains adjectifs, comme ce pauvre "terrible", qui devraient interdire de manière rédhibitoire l'entrée dans la Pléiade ?

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  6. Cette Sarraute-là va vous faire plus de mal que vous ne l'imaginez.
    Vous devriez passer à des lectures plus stimulantes.
    Il paraît que le dernier Angot est à couper le souffle.
    Ça s'appelle "Une semaine de vacances", vous nous le raconteriez, ça nous ferait peut-être des vacances aussi.

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    1. Elle me fait sûrement du mal, oui. La preuve : je n'arrive plus à en sortir.

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    2. Et oui ! C'est le problème lorsque l'on a un terrain addictif....on s'accroche à toutes sortes de produits (et je sais de quoi je parle... je suis moi même "accro" très facilement....même aux points de suspension...aux parenthèses...et à plein d'autres choses honteuses, dont les smileys ;) ) !

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  7. Robert Marchenoir25 août 2012 à 20:51

    Des flowcharts sur le blog à Goux... putain j'y crois pas, c'est la fin du monde.

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  8. Nathalie Sarraute par-ci, Nathalie Sarraute par-là. Ca manque terriblement de Marguerite Duras dans ce blog :-D

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  9. Seulement 22 commentaires ?
    Ça procrastine dur !

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