mercredi 1 août 2012

Tout à l'heure, j'ai foutu Sartre à la poubelle


Et la Beauvoir avec, tiens ! Jusqu'à maintenant, et c'était bien normal, ils étaient ensemble, bien serrés, sur l'une des étagères qui fait face à la porte de la Case. À première et rapide estimation visuelle, ce couple de guignols devait bien en occuper soixante-dix à quatre-vingts centimètres : trop, beaucoup trop, en une période où les nouveaux arrivants commencent à s'entasser tant bien que mal, dans des conditions ignobles. Je devrais financer des sortes d'étagères sociales, pour les loger dans la dignité, mais je n'ai plus la place de les installer. Donc, Sartre et Beauvoir : poubelle ! Pour faire de l'air aux petits nouveaux – lesquels sont parfois aussi de grands anciens, arrangez-vous avec ça.

En réalité, ils n'ont pas vraiment été jetés à la poubelle, mais simplement descendus dans les profonds placards du sous-sol, où plus personne n'ira jamais les rechercher : pis que la mort violente de la poubelle, peut-être. C'est là aussi que vont très prochainement finir mes œuvres complètes d'écrivain en bâtiment, puisque je suis désormais retraité (sans solde…) de cette noble profession. Là, ce seront bien deux mètres “de linéaire” qui seront gagnés sur l'asphyxie par surpopulation.

Mais, en réalité de réalité, Sartre ni Beauvoir n'ont pour l'instant bougé de leur bibliothèque, car j'ai simplement prévu de les descendre à la poubelle au placard. Un de ces jours. Là, je n'ai vraiment pas le courage.

29 commentaires:

  1. Vous avez peur d'avoir la nausée ou les mains sales en le descendant ?

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  2. J'ai eu un éclat de rire quand j'ai vu s'afficher le titre du billet..
    C'est grinçant, comme j'aime.

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  3. Ca veut dire que vous êtes libre de vos journées ?

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  4. Ils sont déjà relégués dans les poubelles de l'histoire, la dernière pichenette en somme.

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  5. Sartre au sous-sol? le voilà donc écrivain de la France moisie; en bonne compagnie.

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    1. Au sous-sol, on peut aussi croiser Dostoïevski…

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  6. " étagères sociales "

    J'aime le concept .

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  7. Le courage, c'est l'art d'avoir peur sans que cela paraisse. Pierre Véron

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  8. " Donc, Sartre et Beauvoir : poubelle !

    "Une place pour chaque chose, chaque chose à sa place" avait l'habitude de dire feue ma grand-mère.

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  9. Dans le fond, mettre "l'agité du bocal" dans un milieu qui l'appelle et lui convient n'est-ce pas lui assurer longue vie? Et si vous l'exposiez à la lumière ? Je sais, c'est cruel, mais comment mieux s'en débarrasser ?

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  10. LE CHAT DU CAFÉ DES ARTISTES
    Paroles: Jean-Pierre Ferland, musique: Jean-Pierre Ferland, Michel Robinoux, 1970


    Quand on est mort c'est qu'on est mort
    Quand on ne rit plus c'est qu'on ne vit plus
    Quand j'aurai coupé la ficelle
    Mettez-moi dans une poubelle
    Laissez-moi faisander un mois
    Et de là jetez-moi au chat
    Qu'il refuse ma rate et mon foie
    Mais choisissez l'heure pour qu'il me mange le coeur
    Et je reste encore avec vous
    Sur vos épaules et vos genoux
    Que je sois puisqu'il faut qu'on existe
    Le chat du café des artistes

    Et si le pain vient à manquer
    Je serai là et n'hésitez pas
    Brisez-moi les pattes et le cou
    Et puis mangez-moi à même le chat

    Ce ne sera pas la première fois
    Qu'on aura mangé un artiste

    Quand on est mort c'est qu'on est mort
    Quand on ne rit plus, c'est qu'on ne vit plus
    Quand il a coupé la ficelle
    On l'a mis dans une poubelle

    Et puis ils m'ont oublié là
    Là là là là là là là là
    Comme ils ont oublié le chat
    Comme ils oublieront ma tête et mes chansons

    Ce ne sera pas la dernière fois
    Que l'on oubliera un artiste

    Quand on est mort c'est qu'on est mort
    Quand on ne rit plus, c'est qu'on ne vit plus
    Quand il a coupé la ficelle
    On l'a mis dans une poubelle

    Et puis ils m'ont oublié là
    Là là là là là là là là
    Là là là là là là là là

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  11. Ne pas négliger les dessus de portes (je viens de gagner 2m50 de rayonnages avec 2 planches, une au-dessus de la porte des chiottes et l'autre au-dessus de celle de la SDB).

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    1. Pas la place, ici : trop bas de plafonds (comme le proprio).

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  12. Je me disais bien que vous n'iriez pas jusqu'au bout avec ce couple de... Pour ma part, aussi étrange que cela puisse sembler, je n'en possède aucun. C'est sans doute mon côté bizarre. Pourquoi ? A cause des années 70. Vous ne pouviez pas tirer une crampe sans tomber sur une écharpée quelconque, sentant fort le patchouli (quel manque de goût), cherchant à vous envagéliser en vous lisant d'interminables extraits de l'un ou de l'autre. Souvent les deux.
    Mon antidote à l'époque, et encore aujourd'hui : Camus.

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    1. Sans parler de celles qui vous faisaient subir le même supplice, à l'issue duquel elles vous disaient gentiment : « Non, s'il te plaît : je préfère qu'on reste amis… »

      (Sinon, je suis toujours obligé de vous “déspamé” à chaque commentaire. Bizarre, tout de même…)

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    2. C'est aussi la position de Michel Onfray. J'ai assisté à l'une de ses conférences dans une librairie - pour faire la promotion de la bio de Camus qu'il a rédigée. En fait, il n'a parlé que de Sartre et l'a mis plus bas que terre.
      Ce en quoi il avait raison.

      Duga

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  13. Quel vantard ce Didier !
    Mais effectivement comme "écrivain de chiottes" ça pourrait faire.

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    1. En lisant Enfance de Nathalie Sarraute, je me demandais comment on avait pu porter aux nues un livre aussi faux que Les Mots.

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  14. On dirait que personne n'a lu Sartre, ici.
    Je ne parle pas des romans et articles divers, certains bien nuls ou bien dégueulasses, affiliés au communisme et à l'anticolonialisme primaire. On ne dira jamais assez que sur ces points, c'est Camus qui avait raison. Mais il y a la philosophie, fort intéressante et surtout fort différente des engagements publics de l'auteur. La morale de Sartre est en effet très proche de la "morale" libérale prônée par certains ici même : on y vante la responsabilité absolue de soi et le rejet de toutes les excuses déterministes, à commencer par les excuses sociales. Avec Sartre, il faut reconnaître qu'on est assez loin de la gauche sociétale actuelle. Son grand ennemi (explicitement revendiqué), c'est Zola.

    Sartre n'a pas eu le courage de toujours vanter ses idées, contraires au communisme. A son époque, on ne pouvait atteindre à la célébrité en se mettant à dos les staliniens, mais il est remarquable d'observer que sa philosophie est presque entièrement exempte de marxisme (malgré quelques efforts d'ajustement) ! Sans doute faut-il en chercher la raison dans la formation archi-classique de Sartre, nourri de Descartes beaucoup plus que de Lénine. Le philosophe contemporain dont il se réclame le plus est d'ailleurs Heidegger, qui n'est pas non plus très "gauche moderne"...

    Mon conseil d'ami : avant de jeter Sartre à la poubelle, pourquoi ne pas le lire ?

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    1. Il y avait un truc pas mal dans L'existentialisme est un humanisme, le seul que j'ai lu.
      J''avais bien aimé le principe d'influence, d'exemple.
      Nos actes auraient toujours des répercussions sur le comportement des autres.
      Sans le vouloir, nous nous influencerions tous mutuellement. Par exemple quand on fume, on peut supposer qu'on va donner envie à autrui d'allumer une clope.
      J'en ai fait un de mes principes, d'essayer de montrer le bon exemple. Mais c'est pas évident.
      En revanche, je me demande si on doit considérer qu'on est tous un peu responsables des uns et des autres. Ou bien qu'influencer ne nous rend pas responsable. Car chacun est libre de suivre ou pas l'exemple qu'il aurait devant lui.
      Mais comme il est de bon ton de considérer que les gens sont faibles, persécutés, que la société est méchante et injuste, on en arrive à des aberrations telles que les gens ne se sentent plus responsables de quoi que ce soit. C'est jamais de leur faute.
      Après, sur l'histoire, je ne sais pas ce que prône ce monsieur..

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    2. C'est presque ça.
      Sartre ne dit pas qu'on a de l'influence sur autrui, mais que l'on doit toujours être exemplaire, se demander : "et si tout le monde faisait comme moi ?". En fait, agir, c'est poser ce que l'on fait comme valeur. Si je me marie, je pense que le mariage est une bonne chose (ou alors j'ai un sérieux problème avec moi-même), et donc je pense que tout le monde devrait se marier. Là encore Sartre surprend. On pourrait s'attendre à une sorte de relativisme, tel qu'il est aujourd'hui à la mode. Pas du tout.

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    3. C'est que je parlais nullement du Sartre philosophe, qui me reste, je l'avoue, tout à fait incompréhensible. Ce qui n'est pas bien difficile.

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    4. Je me demande si ses positions quant à l'histoire et la politique ne seraient pas son point faible.
      Sartre agace, et pourtant sait faire preuve de bon sens. C'est qu'il doit y avoir une coquille quelque part.
      Sa philosophie semble orientée, alors il peut perdre en terme d'universalité. Cela peut fortement discréditer un philosophe, à partir du moment ou l'ensemble de la cité n'approuve pas ses dires. Je me posais la question de ce qui peut faire qu'on apprécie Sartre ou pas.

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  15. Je me permets de vous recommander l'écoute de la diffusion des conférences de Michel Onfray sur France Culture (de 18 à 19 heures et rediff le matin de 6h à 7h). Cette année, le philosophe s'attaque aux « consciences réfractaires ».
    Le communisme en général et Sartre en particulier en prennent pour leurs grades respectifs.

    Quelques titres de conférences de cette semaine :
    Le Petit soldat communiste , Paul Nizan avec et sans Sartre etc...
    Cela devrait vous plaire.
    Vous pouvez également vous abonner au podcast de ces conférences (http://www.franceculture.fr/podcast/4455851).

    Bonne écoute

    Duga

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  16. Bonsoir à tous. Sartre et Beauvoir, 70 à 80 cm, quelle tolérance ! Chez moi, Sartre = 10 cm. S de Beauvoir = 5 cm. Et installés le plus haut possible, là où ils ne gêneront personne. Et quand ils seront chassés par la marée montante des livres, je ferai comme au Caire, un rajout d'étage en douce. Les bidonvilles au Caire sont en hauteur, et pas seulement autour. Donc au sommet, l'étagère des écrivains poubelle, avec Sartre, de Beauvoir, les prêtres marxistes des années 70, ceux que je n'ai pas jeté pour avoir un exemple de leurs errances, Cyril Collard (ça c'est pour l'exemple de ce que l'athéisme et le nihilisme font au monde) et quelques autres pourris(seurs).

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