samedi 15 décembre 2012

Mais vous pleurez, Milord ?

Belle journée, passée hier avec cet homme-là. (Journée néanmoins pénible, en son commencement et sa fin, puisque j'ai dû parcourir – aller et retour – environ 480 km entre chez moi et la ville de Tours pour l'y rencontrer, et que ce trajet fut parcouru sous une pluie battante…)

Néanmoins, journée agréable, en son milieu, ces presque quatre heures de rencontre avec Hugues Vassal, cet octogénaire servant d'illustration à ce billet. Le sujet de notre rencontre : Édith Piaf, dont on commémorera le cinquantième anniversaire de la mort dès l'année qui s'annonce. Vassal, jeune photographe stagiaire à FD en 1957, se voit envoyer en catastrophe à Dijon pour assister à un récital de Piaf ; il y va. D'une certaine manière, il tombe amoureux de Piaf, et elle de lui. Durant les cinq ans qui séparent ce moment de la mort de la chanteuse, en 1963, il va devenir l'un de ses intimes, l'un des habitués du 67bis boulevard Lannes. Il est là, ce soir de 1960 où Piaf est à la ramasse, presque morte déjà, incapable de redevenir elle-même, mais où arrive Michel Vaucaire – auteur piafesque déjà confirmé – accompagné d'un jeune compositeur dont elle ne veut pas entendre parler : Charles Dumont. Elle accepte néanmoins de l'entendre. Il s'installe au piano trônant dans le salon ; et c'est Non, je ne regrette rien. Édith Piaf renaît ; pas très longtemps ; assez pourtant pour parfaire la légende.

Hugues Vassal parle superbement de tout cela, de cette femme étrange et exceptionnelle qui ne l'a jamais quitté, d'une certaine manière. Quand je lui dis qu'elle est, au fond, la femme de sa vie, il me répond “oui”, et c'est une évidence simple.

On prend quatre heures de notre vie pour parler d'Édith Piaf. Ça ne le change pas beaucoup, lui, puisqu'il ne cesse depuis cinquante ans de parler d'elle et, d'une certaine manière, avec elle. Ça me change à peine moins, dans la mesure où, à 19 ou 20 ans, quand mes petits camarades générationnels se shootaient aux Rolling Stones ou à Grateful Dead, moi les larmes me coulaient en écoutant L'Accordéoniste et Marie la Française, ou, remontant plus loin encore dans le temps, Elle fréquentait la rue Pigalle. J'étais déjà, sans doute, ce réactionnaire qui s'ignorait et plongeait dans un passé qui ne lui appartenait pas.

Sinon, le filet bœuf que j'ai mangé ce midi-là était parfait – et les frites “maison”. Et tout ça arrosé à l'eau minérale, s'il vous plaît !

16 commentaires:

  1. Réponses
    1. Laissez tomber : y en a pas dans votre quartier.

      Supprimer
  2. De l'eau minérale ? Avec un filet ? Malheureux !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ce sera comme ça tant que je n'aurai pas les moyens de m'offrir un chauffeur. Et on n'en prend pas le chemin…

      Supprimer
  3. Je crois que c'est plutôt Elle fréquentait la rue Pigalle, sans de.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Vous avez évidemment raison : c'est corrigé.

      Supprimer
  4. De l'eau, peur du gendarme ou points sur le permis réduits au minimum.

    Sinon sur Piaf, une légende toujours pas remplacée.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Non, non, j'ai tous mes points ! Et l'envie de les conserver…

      Supprimer
  5. Indiscutablement bel effort pour rédiger dans le style ampoulé.
    Dommage que ce soit au sujet de cette chanteuse de rues devenue une véritable icône nationale et internationale : elle eut mérité mieux et monsieur Vassal aussi.

    RépondreSupprimer
  6. Man dieu vous venez z'à Tours et :
    Vous buvez de l'eau
    Vous ne faites meme pas un petit coucou aux gauchisses du coin

    ?!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. J'y ai pensé, figurez-vous. Mais devant faire l'aller-retour dans la journée, avec une longue interview entre les deux, je n'avais plus une minute à moi…

      Supprimer
    2. Bon d'accord je vous fais grace de plus de remontrances !

      Supprimer
    3. Gaël, lisez plutôt ce que Didier Goux a écrit il y a quelque temps sur nous autres avant de prendre pour argent comptant son piètre mot d'excuse :

      « […] à mes yeux, les Rémois partagent avec les Tourangeaux la palme de la plouquerie absolue : ce sont des gens persuadé [sic – si je puis me permettre pareille mesquinerie, sans doute typiquement tourangelle] que rien n'existe en dehors de leurs bourgades respectives. Je me souviens, dans mon enfance passée en Allemagne (fils de militaire...), que beaucoup de collègues de mon père venaient de Reims. Leurs femmes n'avaient qu'une idée, qu'un but, qu'un idéal : retourner à Reims, près de môman. Pitoyable. Les Tourangeaux sont exactement pareils : si vous débarquez chez eux, venant de Lyon, de Marseille, de Strasbourg, d'Orléans, que sais-je, ils vont vous regarder avec pitié et vous emmener voir à quoi ressemble une VRAIE VILLE. »

      (Je ne me permettrais pas quant à moi de dire si le sieur Goux a tort ou raison, bien que son jugement me surprenne quand même un peu ; cela étant, pour les autres, je ne dis pas, mais je me demande quand même ce qu'il peut bien y avoir d'étrange dans le fait de regarder avec un sincère sentiment de pitié un Orléanais)

      Supprimer
    4. Je dois avouer que mon étude des chauvinismes rémois et tourangeau porte sur un échantillon de population beaucoup trop réduit pour être érigé en vérité absolue…

      Supprimer
  7. Ah Édith ! (Commentaire tout empreint d'émotion contenue)

    RépondreSupprimer
  8. On peut aimer et Piaf et Grateful Dead, soit dit en passant.

    RépondreSupprimer

Les commentaires anonymes seront systématiquement supprimés, quel que puisse être leur contenu, voire leur intérêt.